Le temps de l’adolescence

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

L’administration américaine se demande quel est le degré de détail « graphique », traduisez horrifiant, approprié dans les révélations qu’elle s’apprête à faire sur les pratiques d’interrogation de la CIA et de ses divers contractuels au cours des années récentes. Des bruits de couloir suggèrent qu’elle est en train de faire de même à propos du résultat des tests de « stress » qu’a subi entre ses mains la comptabilité des banques américaines : quelle est l’horreur supportable ? se demande-t-elle.

Que peut-on révéler exactement au public américain quant aux techniques de torture approuvées par son gouvernement et quant à la santé de son secteur bancaire ? La question n’est qu’une instance d’une autre, plus générale : « Quel est le degré de travestissement nécessaire dans ce que nous révélons aux enfants de ce que font les adultes ? ». Les intentions des grands sont louables car le principe qui les sous-tend est celui-ci : « Si les enfants savaient la vérité, ils sombreraient dans le désespoir – comme l’ont fait avant eux leurs aînés ».

Et ils ont raison : si nous savions à quelles pratiques se livrent dans les coulisses ceux qui affirment protéger notre propre sécurité et celle de nos placements financiers, nous sombrerions dans le désespoir. Mais pas tout de suite, souvenez-vous. Le jour où l’adulte révèle à l’enfant que le Père Noël n’existait pas, quelque chose se brise en celui-ci. L’adulte ne pense pas suffisamment au fait qu’il n’en sort pas grandi.

Pourquoi croyez-vous que les adolescents sont révoltés ? Tant de mensonges accumulés les font vomir.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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43 réflexions sur « Le temps de l’adolescence »

  1. @Moi :

    La logique du libéralisme économique est à droite et la logique du libéralisme progressiste est à gauche, tout simplement. Les libéraux progressistes (NPA, Verts, Socialistes) lutteront pour l’extension des « droits à » aux individus ou communautés qu’ils jugent discriminés. Les libéraux « économiques » (PS, UMP) lutteront quant à eux pour le calcul froid de l’économie vu comme horizon indépassable. C’est la monnaie de la même pièce, c’est notre civilisation.

    Evidemment pour que le capitalisme étende son ombre, les deux libéralismes se veulent adversaires, mais dans les faits, le libéral progressiste qui revendique des « droits à » étendus permettra au Capital de disposer d’une législation qui touchera tous les domaines de la vie, et à la fin l’économiste libéral se frottera les mains.

    La gauche et la droite ne confondent pas responsabilité et libre choix, c’est plutôt que le Capitalisme a besoin des deux libéralismes en présence (qui sont l’expression de la même philosophie progressiste) pour s’exprimer sur toute la largeur du spectre politique. Comme ça, Mr ToutLeMonde qui n’est affilié à aucun parti, est sûr de se faire plumer.

    Nb : j’ose mettre le facteur B dans le groupe des libéraux progressistes, car il est vrai qu’à part l’impôt vu comme remède aux maux de la société (leur horizon indépassable), le NPA et ses groupuscules associés ne font que lutter pour les « droits à », soit l’essence même du libéralisme, avec un champ d’action individualiste ou communautaire, un pur produit de notre époque.

  2. entre l’enfant et l’adulte, à l’adolescence et co, il y a le grand plongeon dans la vie sociale, parfois difficile, comme un grand plat dans une piscine vide,
    c’est peut-être de ce côté là, entre le local et le global, le national et le mondial, que le Père Noël néolibéral, avec dans sa hotte ultracapitaliste un nouvel ordre enchanté…

  3. l’adolescent (pour la civilisation occidentale) se révolte devant un-des parent(s) qui tarde(nt) un peu trop à lui reconnaitre sa place d’adulte entrant dans le jeu des échanges. Si çà traine trop, sa révolte devient légitime et la preuve de sa bonne santé mentale; ceci dit il n’y a pas de forme type de révolte…

  4. à Eugène
    je ne suis pas sure que les parents est le pouvoir , ou autant de pouvoir (par ex celui de reconnaitre une valeur sociale à leur enfants devenant grands qui cherche à s’inscrire dans la vie sociale, et reste en galère)
    par contre la révolte ( ou autre ..) , est plus souvent qu’à son tour pour leur pomme ( peut-être plus puisqu’ils sont présents, que d’autre chose ….)

  5. Les grandes indignations, comme les grandes douleurs, seraient-elles muettes ? Je crois qu’on n’est jamais trop indigné car à l’autre bout du spectre, il y a le cynisme et l’indifférence. Mais ce qui peut être dérangeant est l’expression de l’indignation. Il est vrai que parfois l’indignation verbale a des accents poujadistes qui peuvent gêner.
    Sans généraliser, sans cibler mes voisins d’Outre-Quiévrain, on ressent que l’indignation s’exprime plus par la parole au Sud. Je suis frappé qu’en Belgique, les néerlandophones sont plus prompts à développer des pratiques alternatives, des organisation concrètes qui se désolidarisent de ce qui les indigne et ils créent donc des îlots de « vertu » dans cet océan de vice. Les francophones, wallons et bruxellois, sont plus prompts à critiquer, dénoncer, analyser… Les deux manières de faire ont leurs avantages et auraient intérêt à être menées en parallèle, chacune utilisant ses qualités et ne méprisant pas celles des autres.

  6. @ Bertrand

    bonjour,

    vous dites : revendiquer le droit pour tous à une vie décente (travail, logement…)
    c’est la même chose que lutter pour accumuler des fortunes faramineuses

    j’avoue que j’ai du mal à comprendre votre raisonnement

  7. @MarcusH

    bonjour,

    vous dites : il faut s’indigner contre le capitalisme, par sa cupidité, il mène notre espèce à sa perte
    ( j’entends pollution, gaspillages des ressources… )

    voulez-vous dire que si le capitalisme ne produisait pas ces dégâts, en se mettant au vert, par exemple,
    il serait moins digne de réprobation ?

  8. @ Oppossùm

    Eh bien, pour quelqu’un qui dénonçait la « sur-indignation », il me semble que vous êtes passé directement aux travaux pratiques. Hum…

    De la « fâchitude »? Le Pen? Qu’est-ce que ces gugusses viennent faire dans la discussion?

    Je vous demandais, simplement, de préciser le contenu de termes que vous utilisez, histoire de voir vers quelle conclusion vous vous acheminez. C’est tout.

    Ce que vous ne faites pas, d’ailleurs, dans votre réponse. Laquelle ressemble beaucoup à de la « sur-indignation », non?

    Quand aux « indices » que je croyais déceler. Rassurez-vous. Cela n’a rien à voir avec de quelconques incriminations de « facisme » ou « d’extrême-droitisme ». Je suis vacciné depuis longtemps contre ce genre de méthodes (pour les avoir lues jusqu’à la nausée sur internet).

    En fait, je pensais plutôt à un certain type d’argumentation. Du genre « la France qui tombe ». Vous situez?

    Pour le reste, c’est vous qui voyez.

  9. @Sylvie

    bonjour

    le capitalisme vert ? belle oxymore, non ?
    Pour éviter les mots en isme qu’on n’affectionne pas beaucoup ici, je dirais, pour être plus précis, qu’avec la nature du système monétaire qui impose le toujours plus (sur un mode exponentiel) de croissance, donc de consommation…, il est difficile de croire à l’avènement d’un mode de vie durable.
    Mais mon indignation (que je n’estime pas être déplacée et j’espère partagée) se plaçait sur le registre social. Considérant la concentration de richesse, là encore intrinsèque au capital…., il me semble que les perspectives sont assez explosives, vous ne trouvez pas ? Après, est-ce qu’il faudra attendre que 0.0001 % détienne 99.9 % des richesses, je ne sais pas. Tout dépend des prises de conscience, de l’efficacité du contrôle social…

    En parlant de contrôle social, je vous invite à lire « l’ennemi intérieur » de Mathieu Rigouste, chercheur en socio histoire à Paris je ne sais plus combien.

  10. @Champignac: « Du genre “la France qui tombe”. Vous situez? »

    A cause des impôts et des grévistes mon bon monsieur. Que ferons-nous le jour où tous les riches seront partis, dégoûtés? 🙂

  11. @ Champignac
    … c’est que vous étiez bien mystérieux dans vos commentaires ! Pour l’indignation oui, je suis comme tout le monde, mais je n’en fais pas le fond de ma pensée.

    « La France qui tombe » ? … c’est vrai que parfois la France est décourageante.

    @ MarcusH

    1) Un récent bouquin , sur la base d’études sociologiques, posait que la France et le pay où l’on se défie le plus les uns des autres. La défiance n’est pas l’indignation même si cela a à voir.
    Je n’ai qu’une intuition à vous opposer pour défendre mon sentiment.

    2) Les bourgeois, mes réactionnaires, les spéculateurs …. bon, si ce sont des catégories bien identifiables dans votre perception des choses, soit. Mais moi, ça me parait diffus, flou, pas si simple. Bn , vous avez raison pour ce qui est de la fausse indignation !
    Mais entre la fausse , purement théâtrale et interessée , et la sincère, il n’y a lorsqu’elle est bien tournée, pas de différence énorme, vu de l’extérieur.
    Je dis simplement qu’il convient de s’en méfier chez les autres, de ne pas trop y ceder soi-même, et dans tous les cas de n’en pas faire une conseillère!

    Et le billet de Paul m’a un peu choqué. L’indignation n’est qu’une forme et ne saurait être une raison.
    Ca ne m’empêche pas de beaucoup l’apprécier dans son côté … apôtre !

    Oui j’ai quelques côtés réac. Pour aller vite hein !

  12. lors de ce Noël 2008, mon fils de 6 ans a découvert les paquets cachés dans le cagibi, il a soudain compris que les révélations de certains de ses camarades étaient réalistes.
    sa première réaction fut de me dire : « Mais pourquoi on nous a mentis ?? »

    (je pouvais tout de même pas lui répondre que le Père Noël était en or dur…)

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