À quelles émissions participer ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Suite à ma participation au Sept dix de France Inter ce matin, vous me prodiguez vos conseils et je vous en remercie. J’aimerais du coup vous consulter un peu plus systématiquement sur le sujet.

Je découvre ce monde de l’information radiotélévisée et je procède par essais et erreurs. On vous interroge pendant dix minutes et on en extrait une phrase, introduite par un commentaire du reporter et de sa conclusion. Bon, j’ai compris : à rejeter absolument ! Dans ce cas-là, il ou elle dit ce qu’il veut et vous utilise pour confirmer ses propos. Pire encore : quand on extrait des dix minutes que vous avez accordées, quatre phrases que l’on monte dans un ordre arbitraire, ce qui permet de vous faire dire n’importe quoi. (Reporters qui m’avez abordé récemment, vous vous reconnaîtrez sans peine !)

Je retiens la leçon ! Aussi quand on m’appelle hier, je dis fermement : « Pas de propos tronqués : ce que je vous dis doit être retransmis intégralement ! ». Et on me répond : « Pas de souci : c’est du direct ! » Ceci dit, on ne m’en dit pas davantage : on dit juste « France Inter ». Ce n’est qu’une fois que j’ai accepté de participer que l’on ajoute : « Pour information, Jacques Attali sera notre invité en studio de 8h20 à 8h30 puis de 8h40 à 9h » (texto). Non pas que cela change quoi que ce soit : ce fut pour moi un grand plaisir de participer au Sens des Choses de Stéphanie Bonvicini et Jacques Attali dimanche dernier, mais le fait est que l’on vous en dit le moins possible et que cela en soi vous donne le vague sentiment d’être manipulé.

Certains font bien leur boulot et vous font penser qu’ils ont lu tous vos livres, tous vos articles et tous vos blogs tandis que d’autres semblent avoir consulté votre notice sur Wikipédia quinze secondes avant le début de l’émission. Dans le cas de ce matin, le « docteur en sciences sociales » incongru, appartient manifestement à la deuxième catégorie. Est-ce gênant ? Selon moi, pas vraiment : si ce que vous dites retient l’attention, on vous gougueulera et on retrouvera aisément qui vous êtes vraiment.

En conclusion, quelques remarques. La première, c’est que répondre à des questions impromptues d’auditeurs me semble un excellent exercice : cela vous met en contact direct avec ce que le public au sens large comprend de la crise (ce qui est en soi très instructif) et cela vous oblige à répondre en termes compréhensibles et de manière convaincante à ce niveau d’analyse particulier. La seconde, c’est que cela vous donne accès à d’autres média : j’ai reçu depuis ce matin trois nouvelles invitations, commençant toutes de la façon suivante : « Je vous ai écouté ce matin sur France Inter… » : d’un quotidien qui ne me connaissait pas jusqu’ici, d’un hebdomadaire qui me dit : « C’était court, pouvons nous reprendre la discussion ? » (texto), et d’une station de radio à laquelle je n’avais jamais eu affaire. Alors, pourquoi pas ?

Ceci dit, dites m’en plus – et en particulier où, selon vous, ne jamais aller en aucun cas. Comme vous le savez… je débarque !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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133 réflexions sur « À quelles émissions participer ? »

  1. Ma première impression est que l’unique critère est la diffusion. Si vous allez quelque part et que vos propos sont déformés pour suivre la « ligne » de l’emission, ça ne changera rien en terme de message (il y aurait de toutes façons eu la « ligne »). Ce sera vexant pour vous mais du point de vue de ceux qui vous connaissent, la faute sera clairement au média (regardez les commentaires ici même)… Et de celui de ceux qui ne vous connaissaient pas, au moins vous connaitront-ils. Quand les libraires, voyant votre nom sur une liste, feront lien avec quelqu’un qu’ils auront vu à la télé, ils commanderont plus. Selon la même logique, vos livres seront plus chroniqués. En fait plus vous passerez à la télé/radio, plus vous vendrez de livre, plus vous aurez de visiteurs, plus vous aurez d’invitations à d’autres médias et ce *même* avec de mauvaises prestations tronquées…

    Il y a un temps pour produire des idées, un autre pour les communiquer ; ce second ne peut être aussi perfectionniste que le premier. Il faut accepter par avance qu’il y aura de la perte. J’aime bien Frederic Lordon mais sur ce sujet il a un point de vue de fonctionnaire.

  2. J’ai lu la réponse que M. Jorion fait à Frédéric Lordon. J’ai envie de dire : « encore un qui se croit plus malin que les autres et qui ne veut pas voir les pièges ni prendre en compte la capacité des médias dominants à digérer et récupérer toute forme de contestation ».
    Mais peut-être M. Jorion est-il tout simplement en mal de notoriété. Il finira donc, ce sera sa punition, comme Bernard Maris (ex oncle Bernard).

  3. Cher Monsieur Jorion,

    Voilà deux fois que, récemment, je vous entend sur France Culture (dans « l’économie en question » et dans « le sens des choses »). Et je découvre maintenant votre blog… que je suis loin d’avoir entièrement parcouru. Je me permets de vous écrire maintenant, déjà pour vous remercier pour vos analyses dans les émissions précitées et pour vous poser deux questions : une question économique et une question anthropologique.

    Dans ces 2 émissions, j’ai trouvé très instructive vos analyses de la crise en tant qu’anthropologue économique. Elles rejoignent, me semble t il, en de nombreux points celles d’André Orléan ou de Frédéric Lordon. Je reste cependant sur ma faim, si je puis dire, car vous n’avez pas exprimé (ou pas pu exprimer) vos solutions pour une société « meilleure ». D’ou ma première question, quelles seraient concrètement ces nouvelles approchent (« déjà connues », disiez-vous, dans « le sens des choses ») ? Ou peut être, où sont elles déjà expliquées ?

    Sinon, j’aurais aimé faire un pas de recul supplémentaire vis à vis de cette crise économique, et avoir votre opinion d’anthropologue sur les travaux de votre confrère, René Girard, académicien depuis 2005. Je vous demande cela pour deux raisons :
    1/ Je crois que la pensée de René Girard, sinon indispensable, au moins d’une grande efficacité pour une lecture de notre histoire et de notre « modernité ».
    2/ Je suis un peu surpris de ne voir aucune référence à René Girard sur votre site, et surtout dans votre article « Les trois moments historiques du sacrifice ».

    Bien amicalement.

    1. Quel est le rapport entre Girard et la crise du capitalisme? Le désir mimétique? La révélation divine? Je ne vois pas.

      PS: ceci dit sans acrimonie, j’apprécie ses travaux sur le désir mimétique; j’ai été beaucoup moins convaincu par sa thèse eschatologique.

    2. Chers Moi et Monsieur Jorion,

      Le rapport entre René Girard et la crise du capitalisme est peut être un peu lointain, mais elle est d’ordre explicatif, bien sur. Les concepts ne nous aident t ils pas à mieux penser le réel ? La question de la pertinence des concepts girardiens sur le « réel » économique est peut être la question que je me posais aussi.

      La théorie du désir mimétique permet avant tout de théoriser et de comprendre des comportements humains (peut être plus simplement que la psychanalyse Freudienne avec ses postulats des pulsions de vie et de mort). L’analyse des religions, par la théorie mimétique, permet d’en comprendre la « logique » évolutive et sa fonction sociale. Sinon pour « sa » thèse eschatologique, ce n’est rien d’autre que celle du christianisme, interprétée par les lumières de la théorie mimétique… C’est un point de vue qui paraît assez cohérent (voir même assez troublant) avec des évènements historiques récents : désordre climatique, désordre et violence sociale, 11 septembre, la Shoah… Et sans doute, si les crises économiques persistent ou/et que les inégalités sociales s’aggravent, peut être verrons nous d’autres signes plus « frappant »…

      Sinon, les concepts à connaître : Désir mimétique, Rivalité mimétique, Monté aux extrêmes (de la violence envers autrui ou/et de la bipolarité psychique sur soi-même), Victime émissaire (vue comme coupable ou innocente), Médiation externe ou interne.

      Voici quelques exemples (pas forcement très pertinent… vu que ce sont les miens) de liens possibles entre ces concepts et l’économie :

      Dans le cas des marchés financiers, les acteurs en rivalités se mimant les uns les autres, finissent par échouer par leurs points forts : les acteurs, ayant presque tous la même stratégie « gagnante », épuisent les capacités de leur « écosystème »… et ce dernier s’écroule avec eux.

      Sinon, l’économie n’a t elle pas une fonction de canalisation de la violence ? Il y a bien longtemps, les rituels religieux archaïques avaient cette fonction, me semble t il.

      Et la technologie, aujourd’hui produit dérivé de l’économie, n’est elle pas le résultât de rivalité mimétique, et d’une monté aux extrêmes dans la complexité, entre les entreprises qui cherchent à conquérir symboliquement un espace territorial toujours plus grand ?

      Si j’interprète correctement René Girard, le religieux archaïque avait une fonction régulatrice et inhibitrice d’une monté aux extrêmes au sein des sociétés archaïques. Nos sociétés modernes désinhibées, et malgré la sublimation de la violence dans la symbolique économique, me semble entrées dans une spirale bien dangereuse.

      Bien amicalement.

    3. Cher M. Paul Jorion,

      Je voudrais tenter de faire une « analyse mimétique » de notre situation économique…
      Mais le silence accueillant mes messages précédents me fait douter de l’utilité de poursuivre à écrire sur votre blog… Cela dit, peut être ai je posté à l’endroit idéal pour passer inaperçu 🙂

      Bien sur, j’ai conscience d’être peu de chose, je ne suis pas économiste, je ne suis qu’un anthropologue amateur et débutant. Je ne sais si cela donnera quelque chose de pertinent, mais je pense que cela devrait au minimum être envisagé.

      Qu’en pensez vous ? Dois je me fatiguer et tenter de formuler cela dans une contribution ?

      Amicalement.

  4. Pollux,

    L’auteur qui s’est en premier lieu intéressé au mimétisme et a écrit des ouvrages
    à ce sujet est bien Gabriel Tarde, n’est-ce pas ?
    Il est complètement oublié, mais toujours pertinent à plusieurs titres, ai-je entendu dire.
    Je ne suis pas sociologue ou quoi que ce soit, mais j’apprends juste à apprendre…

  5. Cher Domini CB

    Je ne connaissais pas Gabriel Tarde. D’après ce que je lis dans wikipédia, ces idées sur l’imitation semblent proches d’Aristote. Ce dernier, d’après René Girard, a transformé l’imitation en quelque chose d’assez pacifique et raisonné (qui est la part essentiel de l’éducation)… La théorie du désir mimétique place aussi l’imitation dans les passions (ie l’inconscient) : le désir, la rivalité, la jalousie, l’amour, la violence…

    Je vais tacher d’écrire prochainement une contribution sur la crise à partir du point de vue mimétique… que je posterais dans un sujet récent, pour changer 🙂

    A bientôt.

    1. Avant que vous ne consacriez trop d’effort à cette tentative, je vous rappelle une remarque que j’avais faite précédemment :

      Pour moi, le désir mimétique de Girard, c’est le désir de reconnaissance chez Hegel et chez Lacan passé sous le rouleau compresseur : passant de trois dimensions à deux et ayant perdu toute épaisseur. Tout ce qui était intéressant a malheureusement été perdu dans cette « transformation ».

      De même pour Tarde, (et Gustave Le Bon d’ailleurs – auteur aujourd’hui trop négligé), ce sont des versions simplistes de ce qu’on trouvera ensuite en 3-D chez Freud.

    2. Cher M. Paul Jorion

      Je suis heureux de pouvoir dialoguer avec vous sur ce sujet. Ne connaissant Hegel et Lacan que de seconde main, j’en sortirais sans doute avec une tonne de livre de lire. Par contre je crois avoir assez bien « chaussé les botes » de René Girard.
      Je ne suis pas de votre avis, concernant le désir de reconnaissance dans la dialectique du maitre et de l’esclave chez Hegel. Le schéma que propose Hegel est un sous ensemble du schéma de Girard.

      La dialectique de Hegel est un schéma à 2 corps (le maitre et l’esclave), celui de Girard à 3 corps (le médiateur, le sujet et l’objet du désir). Quand l’objet du désir s’efface complètement (ou qu’il se confonde avec le médiateur), il me semble que nous retombons dans le schéma de Hegel. Ce dernier serait bien une simplification bipolaire du schéma Girardien.

      A bientôt.

    3. D’accord avec Pollux.
      Je vois autant de profondeur dans l’anthropologie girardienne que dans la psychanalyse freudienne, échafaudage bien branlant après un siècle d’existence.
      Quant aux spéculations lacaniennes, nous tombons là dans quelque chose de si éthéré que l’irrationnel l’atteint comme il atteint l’astrologie.
      Il y a plusieurs lignées pour expliquer l’origine du désir, moi je choisis celle de St Augustin et de celui qui n’est que son disciple, au fond, René Girard.

    4. OK merci pour la mise en lumière. Je n’ai lu que de début et j’avoue n’avoir que de très vagues notions dans bien des domaines abordés sur ce blog. Aurais-je été dégoûté par des profs incapables d’expliquer ce qu’ils sont censés enseigner, ou suis-je idiot, ou suis-je victime de mes propres biais ou refoulements, ou tout à la fois ?

  6. Difficile d’aborder le sujet des médias sans faire référence à Marshall Mc Luhan et son idée époustouflante que « le message, c’est le media ». Rapporté à cette discussion, cela pourrait vouloir dire qu’il faut adapter son message au media, afin de tenir compte de ses exigences propres. France Culture n’est pas TF1, mais il n’est pas donné d’avance que l’on peut mieux faire passer une idée sur l’un ou sur l’autre de ces medias. Cela dépend laquelle. Il y a un travail à faire dans les deux cas, dont la nature est le contournement, afin de préserver son « message ».

  7. « cela pourrait vouloir dire qu’il faut adapter son message au media, afin de tenir compte de ses exigences propres »

    comme la censure, l’uniformisation de l’information ou l’économie de la connaissance par « Le complexe entreprises-gouvernement-média ?

  8. Non, non, cela c’est le niveau immédiat. Il y a plus subtil dans la « dictature des medias ». L’histoire des pays où la censure règne est aussi celle de ses contournements, certes. Il y aurait une magnifique étude à faire à ce propos, mais peut-être existe-t-elle. Mais l’idée de Mc Luhan va plus loin. Lisez bien sa phrase: « le message, c’est le media ». Dérangeant, non ?

    1. Cela relève des techniques de marketing….media chauds media froids….agissant subjectivement sur l’uniformisation de la manière dont l’homme pense, agit ou perçoit son environnement. Processus très invasif.

      Il y a eu d’ailleurs une erreur (?) d’impression dans le titre de l’ouvrage ‘le medium est le mAssage’
      l’interprétation du mot jusqu’à en faire un jeu de mots « massage », « message », « mass age », ou « mess age (très parlant !).

  9. Si vous voulez diffuser au mieux vos points de vue, le mieux est de choisir des supports le plus grand public possible, non?

    1. Si vous vous y frottez, vous vous en rendrez vite compte ! Les blogs sont un media « doux », permissif, mais ils induisent également leurs lois. Il y en a sur ce blog, explicites ou implicites. Nous les respectons, parfois les transgressons ou en jouons… Pas trop besoin de contournement ici !

  10. d’où cette ancienne litanie :
    Jour après jour et aussi soigneusement que la veille, sur la pierre tu cracheras
    et le fil acéré de ton sens critique tu passeras et passeras, jour après jour etc.

  11. …et le fil acéré de ton sens critique sur la pierre tu passeras et passeras jour après jour etc.
    pardon

  12. Pourquoi ne pas observer le fonctionnement du média ?
    Il est impossible de faire passer in extenso la richesse du débat sur la monnaie dans une émission de varietes par exemple.
    Et pour de multiples raisons.
    Croire que l on pourrait transmettre cette richesse dans une telle emission équivaut a croire de même que l on aurrait pu faire une conference (anachronique) sur le calcul intégral, sans micro, dans un coin du stade, devant le public antique des jeux, pendant les effusions bruyantes de deux gladiateurs..
    De temps en temps le micro serait tendu et l’ avis du conférencier requis pour décider des deux coqs le plus vaillant; tout autre réponse que A ou B étant interprétée par le public préconditionné par les intermèdes publicitaires pour telle potion pour la digestion, comme un rôt prolongé ou un bruit digestif sans importance…

    Il se peut toutefois qu ‘ existent des situations moins défavorables : un micro pour le conférencier disponible en permanence mais aux prix d’ un Monsieur Royal grossier qui au moment ultime de developpement d’ une idée vient interrompre l orateur pour l orienter sur un autre chemin, pour toujours dévier le trait de sa cible. Dans ce type d’ émission, avec présentateur grossier, le meilleur conférencier est le Poète, qui sait faire beau feu de tout le mauvais bois déversé par le goujat, avec la delicatesse du camionneur pressé.
    Dans le cas de figure du cirque, avec terrain miné par le conditionnement du public, le sujet fermé par une logique bivalente (qui est le meilleur gladiateur), un micro pour deux, collé a la main d’ un co-conférencier bien choisi qui saura a chaque instant dévier le tir de sa cible, en pratiquant l outrance, ou la bêtise, ou inspirant l ennui, dont une part viendra discréditer tout ce qui aura été dit de juste de ce côté de la scène; il faut être dramaturge pour analyser la scène en temps réel et faire émerger quelque chose qui se rapproche de la cible.

    Pas simple.

    Il se peut toutefois que le public retienne quelque chose du conférencier qui aura dit : pourquoi se battent ils ? Quel est le sens de ce combat ?

    le

  13. Contournement…Je ne suis pas sûr de bien comprendre François, pourquoi pas déviation, évitement ou alors dans un autre genre  »passe muraille » ?
    Sur la loi du média fort ok mais au pluriel, ses lois ; on est pas assez fort pour arriver au singulier.
    Paul, je ne savais pas que vous aviez enseigné à Paris VIII, j’y ai etudié (les sciences politiques) après la bonne époque paraît il mais j’en garde un grand souvenir, certains enseignants et enseignements m’ont beaucoup marqué, une histoire des mathématiques notamment et une erreur de salle où l’on m’avait retenu, forcément ; c’était  »un cours de psychanalyse » à base de Lacan. jvoulais dire ça au cas ou un ancien prof déprimé lisait le blog, qu’il sache qu’on sait jamais l’effet qu’on fait.

    1. Il y a pas mal d’années, la confection avec pleins pouvoirs du JT de midi de ce qui s’appelait encore Antenne 2 avait été proposé, une semaine en août, à deux réalisateurs: Jean-Luc Godard, qui s’est alors désisté, et Armand Gatti, qui s’est mesuré à la bête.

      J’y ai participé et regretté que Godard ne prenne pas le risque d’y aller aussi. Il aurait été le plus capable de démonter la mécanique. Car Gatti a substitué un discours à un autre discours, même si cela était sympathique.

      La machine « JT » est plus forte qu’on ne le pense. C’est elle qui largement commande, voici ma conclusion de l’époque. Je n’étais pourtant pas innocent en la matière !

  14. Pour rebondir sur les propos de François Leclerc, un article intéressant de Nicolas Cori sur le cas Frédéric Lordon, où comment son refus de participer aux émissions qui lui ont été proposées contribue à réduire le champ de diffusion de sa réflexion. Les lecteurs attentifs du blog ne manqueront pas de faire le parallèle avec la fin de non-recevoir opposée par Lordon, pour d’autres raisons, à une proposition de travail et d’échange collectif de réflexions sur ses « 4 principes et 9 propositions pour en finir avec les crises financières » (http://www.pauljorion.com/blog/?p=525).

    Il y a des points valides de chaque côté : d’un côté, le rapport de forces est forcément biaisé quand on a pas les « clés » et les « codes » du média invitants, et le risque de « mise en conformité » ou d’acclimatation des propos de l’intervenant est fort, mais d’un autre côté, bien préparé, on peut faire des étincelles qui ont mille fois la portée des outils traditionnels comme le blog. En conclusion de quoi, je pense qu’il ne faut rien refuser, mais toujours bien se préparer.

  15. Pour alimenter la réflexion sur l’utilité d’une présence à la plus grande échelle possible (position que je défends, malgré les risques déjà évoqués de mise en conformité des propos ou d’acclimatation des intervenants eu égard au rapport de forces largement à l’avantage de la puissance médiatique invitante), un article de Nicolas Cori, le monsieur économie de Libération, sur la stratégie de communication de Frédéric Lordon. Les commentateurs habituels du blog ne manqueront pas d’y voir un rappel de la fin de non-recevoir opposée par le même Frédéric Lordon à l’appel formulé par certains (dont Paul Jorion) d’un travail collectif à partir de sa plateforme « 4 principes et 9 propositions« .

    1. J’ai mis le commentaire suivant à la suite du billet de Nicolas Cori :

      Il y a quelques jours (le 6 août), pressé par un commentateur de mon blog de m’aligner sur la position de Lordon, j’avais répondu dans les termes suivants :

      « Je viens d’écouter l’ensemble des communications de Frédéric Lordon sur son rapport avec les média. Je partage comme souvent ses analyses mais je n’en tire pas les mêmes conclusions. Sa position est celle d’un certain purisme, ce qui peut se défendre, mais qui me paraît contradictoire sur un certain point : si l’on essaie de diffuser ses idées, il faut s’en donner les moyens. Or il me semble qu’il partage les média en deux catégories : ceux qui défendent une position différente de la sienne et avec eux aucun dialogue n’est possible et ceux qui défendent une position semblable à la sienne, mais qui ne s’y sont ralliés que récemment et qui du coup n’ont aucune crédibilité. Et il illustre le cas de ces derniers en comparant ce qu’ils écrivaient il y a quelques années seulement et qui véhiculait un message ultralibéral et ce qu’ils écrivent aujourd’hui et qui est porteur d’une réelle critique sociale. J’aurais plutôt tendance à m’en réjouir : la question de leur bonne foi m’est indifférente puisque mon but est de rallier le plus de monde possible aux idées que je défends. Si les média m’ouvrent leurs colonnes et leurs studios, tant mieux, j’en tirerai parti. Le puriste dénoncera là un compromis, mais ce n’est pas un compromis que d’accueillir généreusement ceux qui se rallient à vos idées. Bien sûr s’il s’agit d’une tentative de manipulation de leur part, il faut la déjouer, et c’est pour cela que je refuserai, comme je l’ai dit, tout saucissonnage de mes propos. Mais – si le cadre s’y prête (j’exclus donc le simple cirque) – j’accepterai toute opportunité de défendre mes idées (si après m’avoir invité, on m’empêche de parler, je m’en irai bien entendu moi aussi). Dire que tout débat avec un défenseur de l’ultralibéralisme est nécessairement inégal parce que ses arguments ont été préparés de longue date, ne me paraît pas convaincant : aucun débat n’est évidemment gagné d’avance mais si vos idées sont meilleures que celles de votre adversaire, elles disposent d’un atout dont il est lui privé. »

    2. Cher Sphinx, je vous renvois au second lien de mon post « 4 principes et 9 propositions » : quand vous proposez une collaboration qu’on vous refuse (poliment, mais fermement), il n’est certes pas interdit de collaborer tout seul, mais cela rend tout de même la chose plus compliquée 🙂

  16. « monsieur Jorion propose une critique plus ou moins éclairée et s’en contente alors que monsieur Lordon propose des solutions »

    Et la constitution pour l’économie, c’est de la critique éclairée selon vous?

  17. L’un des inconvénients de passer dans les média trop grand public est précisément d’attirer des gens vulgaires et mal intentionnés.

  18. Je vais juste répéter et puis je ne répondrai plus parce que je vois bien que vous êtes un troll: « L’économie doit être régulée, sévèrement régulée, et tout ce qui fait un pas en ce sens est une solution. »

  19. Des H1N1 camouflés ,mais si peu ,mutent du matin au soir :
    ils sont culottés (pas masqués donc ) et perceptibles en macroscopie directe.
    Ils sont même parvenus ici.
    Méfiez (fuyez ) vous en comme de la P…je veux dire du virus porcin,alias « mexicain ».
    Et pour lui dire deux mots ,une fois pour toutes :
    la » fête » a commencé ce jour 17 août à Tokyo,Paris,Wall street et ce n’est ,hélas,mais Paul Jorion nous le dit depuis des mois et des mois qu’Un Commencement (Re-commencement !!!)

  20. Ainsi l on peut se demander pourquoi opposer Lordon et Jorion, pourquoi l un des deux aurait il tord ?
    La situation n est elle pas suffisament complexe pour adopter deux éclairages (ie points de vue) différends d’ une même complexité ?
    Pour un Fan de Lordon, Sphinx ne s’ accommode que trop bien de la grossiereté du pseudo « fin de la crise ».
    Nous avons donc une pièce a 3.
    Un bel exercice de Dramaturgie en somme.
    De quelle cible a t on dévié le tir ?
    Qu est ce qui est plus facile : refuser de parler aux médias minés, ou les utiliser en faisant fonctionner toute son intelligence en temps réel pour surfer sur les mines ?
    Qui a une attitude grossière et simpliste face a la complexité de l utilisation des medias ?
    Qui ne sert a rien drapé dans sa superbe outrance, qui est réellement inoffensif et insignifiant (car outrancier) pour le système ?
    Sûrement pas Paul.

  21. @Paul

    Hs Au sujet des trolls : Je trouve fascinant tous ces contributeurs anonymes mal attentionnés qui passent autant de leur « temps libre » (temps consacré hors de leur salariat sinon ils voleraient leurs employeurs !) à réciter leur catéchisme. D’où cette question anthropologique : Comment la classe moyenne a t’elle pu engendrer ce genre de zozos ?

  22. http://heinberg.wordpress.com/2009/06/02/206-look-on-the-bright-side/

    MuseLetter 206 / June 2009 by Richard Heinberg

    This month’s MuseLetter brings together two pieces that share a connecting theme – is humanity capable of making the necessary changes to save the planet and so itself? The first article Look on the Bright Side discusses this from the viewpoint of the huge shifts that are already occuring as a result of economic decline. Somebody’s Gotta Do It explores the job of trying to lead change and the challenges faced by all who attempt so to do.

    Une traduction (automatique corrigée des erreurs grossières) des interrogations qui me semblent importantes pour le sujet de ce fil:

    Salut. Mon travail est d’essayer de sauver le monde, et je voudrais vous dire un peu plus sur ma ligne de conduite.
    Tout d’abord, c’est un travail que j’aime. J’ai l’occasion de me sentir bien dans ce que je fais, et je rencontre beaucoup de gens intelligents et intéressants. J’ai l’occasion de voyager en des lieux excitants pour assister à des conférences, et au moins quelques personnes respectent mes efforts (même si beaucoup d’autres pensent que je suis fou ou malavisé).

    Ce n’est pas tout rose. Les plus grandes difficultés pour sauver le monde sont: premièrement, il ne semble pas toujours vouloir être sauvé; et, deuxièmement, ceux d’entre nous qui essayons de le sauver ne peuvent pas s’entendre sur la raison pour laquelle il faut le sauver ou la manière de le faire. Laissez-moi vous expliquer.

    Quand je dis «sauver le monde», je veux dire éviter l’effondrement chaotique, violent de la civilisation humaine, qui entraînerait d’énormes souffrances et des morts. Je veux dire préserver le monde naturel, de manière à minimiser les extinctions d’espèces et la perte de l’habitat sauvage. Je considère ces deux priorités tout aussi importantes l’une que l’autre, car elles sont étroitement liées: si la civilisation s’effondre de façon chaotique, des milliards de personnes vont faire une énorme quantité d’autres dommages à des écosystèmes dans leurs tentatives désespérées de survie; et si la nature part d’abord, cela signifie que la civilisation partira aussi, parce que nous nous appuyons sur les services écosystémiques pour tout ce que nous faisons.

    Mais ceux qui travaillent à plein temps pour sauver le monde n’ont pas tous les mêmes priorités. Il y a des sauveurs-du-monde qui sont seulement (ou principalement) préoccupés par le bien-être humain. Certains veulent tout simplement sauver l’âme des gens en les amenant à souscrire à une série de croyances ou d’autres; pour eux, il faut «sauver» le monde parce qu’il est méchant. D’autres sont concernés par les droits de l’homme ou la justice économique ou les conflits internationaux, pour eux, les plus grandes menaces pour notre survie proviennent d’autres personnes. Puis il y a ceux qui ont conclu que le défi de notre survie est d’abord environnemental: la disparition des ours polaires ou des abeilles, ou l’exploitation des forêts tropicales, ou l’épuisement des ressources, ou la contamination de l’atmosphère ou des océans.

    C’est un problème. Si tous les sauveurs- du-monde ne peuvent pas se mettre d’accord sur ce qui ne va pas, nos efforts peuvent paraître manquer de cohérence, ou peuvent même s’annuler l’un l’autre. Il y a sans conteste plein d’humanitaires à temps-plein qui croient qu’il faut préserver le monde de gens comme moi! – Des personnes, qui sont des non-croyants et qui insistent sur le fait que la taille de la population doit être réduite.

    En outre, si nous, professionnels-sauveurs-du-monde, ne pouvons pas nous entendre sur ce qui pose problème, comment savons-nous qu’il y a un problème après tout? Le monde pourrait aller mieux si nous dépensions nos énergies ailleurs – déterminer la façon de devenir riche, ou l’enseignement primaire, ou inventer la prochaine génération de logiciels de réseau social?

    Eh bien, je suis personnellement convaincu que, de toute évidence, le monde doit affronter des défis sans précédent, sinon je ne ferais pas ce travail. Je pourrais écrire en long et en large (comme je l’ai fait d’ailleurs) sur ce que sont ces défis, comment ils sont survenus, et ce que nous devrions faire à leur sujet, mais il n’est pas nécessaire de me répéter ici. Il suffit de dire que je pense que nous, les humains, par notre nature, et par les règles de l’existence biologique, aurons toujours des problèmes de nature assez prévisible, mais nous avons récemment utilisé des sources d’énergie non-renouvelables à forte concentration, mais en voie d’épuisement qui nous ont permi de faire croître notre population et notre appétit pour diverses matières premières à des niveaux tout à fait insoutenables; et dans le processus de la combustion d’énergie fossile, nous avons mis en branle un processus de changement climatique qui s’emballe rapidement. Cela sera un ensemble de problèmes difficiles à résoudre, car il implique de changer les modes de vie et les désirs, le partage des dons de la nature en ressources non renouvelables en épuisement plutôt que tirer les rennes et trouver des moyens de réduire la population de manière proactive, sans interférer trop avec les droits de l’homme.

    Pour moi, tout cela semble évident, comme je suis imprégné de données montrant les limites de différentes ressources, les conséquences probables de la poursuite du développement économique et la croissance de la population, et l’aggravation rapide des dommages à notre environnement (et donc à notre planète de la capacité de soutenir les futurs des générations d’humains). Mais je rencontre souvent des personnes sincères et dévouées qui voient les choses de manière très différente.

    Étant donné qu’il n’existe pas de consensus entre nous, pouvons-nous, sauveurs-du-monde, accomplir quelque chose d’utile?

    ….

    Cela souligne l’un des dilemmes pour ceux qui vont essayer de sauver le monde: faut-il juste de dire la vérité sans crainte, ou essayer de formuler son message de manière à le rendre acceptable? Les deux options ne sont pas toujours mutuellement exclusives, mais elles ne sont pas non plus exactement identiques. Vous voyez, la plupart des gens ne veulent pas être trop inquiet, et ils ne veulent pas entendre parler de problèmes pour lesquels il n’existe pas de solution. Ainsi, les sauveurs-du-monde essaient souvent d’adapter leurs déclarations publiques, afin qu’un grand nombre de personnes ne soient effrayées, au point du désespoir et de la paralysie. Combien de fois ai-je dit, « Soyez positif! Mettez l’accent sur des solutions! » Pourtant, je ne peux pas vous dire combien de fois j’ai rencontré un militant dont le dernier document d’orientation contient des solutions, mais en tête à tête, il révèle qu’il ne croit pas vraiment que notre espèce a beaucoup de chances d’éviter une catastrophe majeure, peut-être même l’extinction.

    C’est un équilibre difficile. Si vous dites toute la vérité, dénoncez des erreurs ou préjugés, vous ne serez pas invité à des séminaires sur les politiques à mettre en oeuvre et les responsables vous éviteront comme la peste. Si votre message est mielleux, vous devez vivre tout en sachant que la grande majorité des gens sur notre planète n’ont pratiquement aucune conscience des enjeux imminants qui nous concernent tous, mais que vous escamotez. Certains d’entre nous, dans la sphère des sauveurs-du-monde, gravitons naturellement d’un côté du spectre ou de l’autre, et j’essaie de respecter les raisons du choix des gens à cet égard. J’aime à penser que je suis plutôt du côté «dire la vérité, en toute indépendance», mais dans certaines situations, je fais des compromis afin de me faire entendre.

    Donc, vouloir sauver-le-monde est en partie une question de politique et de relations publiques. Ce n’est pas ce qui m’a attiré dans ce travail, mais, maintenant que j’y suis, je me rends compte que cela en fait partie.

    Allons-nous réussir? Le monde est-il meilleur parce que nous essayons de le sauver? Eh bien, mon avis est sans doute intrinsèquement biaisé, étant donné mon occupation. Aussi déçu que je sois parfois sur la quasi-futilité de vouloir réveiller mes concitoyens au fait que nous nous dirigons collectivement tout droit vers la plus grande falaise de l’histoire, je ne vois rien de mieux à faire. Je ne vois non plus aucun meilleur espoir pour l’humanité que les efforts du petit nombre de nos espèces qui comprennent au moins un aspect de notre situation, il suffit d’expliquer à leurs semblables et de formuler des réponses stratégiques.

    Est-ce que je recommande cette ligne de travail à d’autres – des étudiants en recherche de carrière? Vous le devinez. Il y a certainement beaucoup d’autres choses utiles à faire dans la vie, mais à un moment comme celui-ci, nous avons besoin de toute l’aide que nous pouvons obtenir.

  23. @ Fujisan

    Merci pour vos contributions toujours très pertinentes.

    Je trouve cette intervention très constructive par rapport à la position de Frédéric Lordon (dont j’apprécie la qualité de réflexion et la pédagogie)
    Se draper dans sa pureté (ce qui est louable) ne fait pas avancer le débat.
    L’ermite vit peut-être dans la sagesse, mais il n’y a pas de gloire à refuser de se confronter à la folie du monde en s’en retirant.
    Dans ce fil, je regrettais que les économistes hétérodoxes ne puissent se réunir pour confronter leurs idées, j’ai constaté depuis que la démarche avait été tentée par Paul Jorion sans succès, je trouve cela d’autant plus déplorable, qu’en face, les ultras libéraux se tiennent les coudes eux!!!
    C’est le drame des forces progressistes, elles avancent toujours en ordre dispersé, multipliant jusqu’à plus soif les chapelles, voir se combattant entre elles….c’est d’autant plus désespérant que nous sommes certainement à un tournant historique décisif.

    Petite question pratique quel traducteur avez vous utilisé, car pour avoir essayé Google et Yahoo, j’ai renoncé à les utiliser tant le résultat était incompréhensible.

    Merci d’avance
    Salutations
    Bob

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