La Hongrie hier et aujourd’hui, par Auspitz

Billet invité.

LA HONGRIE HIER ET AUJOURD’HUI

En République Populaire, le Parti ne demandait qu’une chose au camarade-citoyen : qu’il se rende chaque jour sur son lieu de travail. Ayant accompli ce devoir, l’Etat-Parti le prenait en charge jusqu’à la fin de ses jours, par le versement d’une somme mensuelle. « À chacun selon ses besoins ».

Dans ces pays de l’ancienne sphère communiste, il n’y avait pas de chômage : tout le monde était affecté quelque part, on lui demandait de s’y rendre, et au moins on savait où il se trouvait ; il n’y avait pas de chômage, ni d’allocation chômage : tout appartenait à l’Etat. Il importait peu de savoir d’où venait l’argent, d’une entreprise, d’une administration, ou d’une caisse d’allocation : comme de toute façon, il n’y avait pas de comptabilité, ça n’avait aucune importance. Tout le monde était affecté quelque part, et il y avait parfois 4 personnes pour le même poste de travail. Une chose était sûre : il n’y avait pas de chômage au sens où nous l’entendons.

Personne n’avait de raison de traîner dans la rue, puisqu’il était « occupé » sur son lieu de travail. Le brave clochard parisien n’existait pas à Budapest ; on ne le rencontrait que dans des films, jamais dans la rue ; il aurait été considéré comme un être antisocial, devant être soigné en hôpital psychiatrique, ou en camp d’internement. J’en ai pourtant croisé dans les rues, au début des années 70 : des personnalités détruites par la répression de la révolution de 1956.

Le sans-logis, en hongrois hajléktalan, n’est vraiment apparu dans le paysage qu’avec le changement de régime et le retour du capitalisme ; il est même considéré, dans certains milieux, comme une des caractéristiques du capitalisme, et le signe de son déclin.

Les gouvernements n’ont pas su de quelle façon traiter le problème, et maintenant, les digues sont rompues ; on trouve les clochards dans tous les parcs et jardins publics, dans toutes les stations de métro – surtout les plus importantes : celles qui ont une correspondance avec une grande gare, comme la gare de l’Est, (keleti pàlyaudvar) ou la gare du Midi,(déli pàlyaudvar).

On les retrouve dans les passages souterrains qui servent à traverser les grandes avenues, et où souvent, il y a aussi une station de métro, ils sont étendus sur des vieux matelas, des cartons, parfois, il faut presque les enjamber. On estime qu’il y a entre 50 et 60 000 personnes dans cette situation mais leur nombre ne va pas aller en diminuant, puisqu’un million de foyers se trouvent en retard avec des dettes de plus de 6 mois, soit ¼ des ménages. Juste avant la rue, certains habitent encore chez des amis ou bien dans des locaux qui ne sont pas des logements, tout ça dans un contexte de grande précarité.

Le phénomène est apparu dès la chute du communisme : des pans entiers de l’industrie ont été fermés, et les salariés se sont retrouvés dehors, sans aucun droit, puisqu’il n’existait aucun couverture sociale du chômage. Dans certains cas, les activités ont été rachetées par des grands groupes comme Danone ou Lafarge, et les usines immédiatement fermées pour éliminer un concurrent.

Cette précarité est le résultat d’un effet de ciseaux entre des revenus qui diminuent, blocage des salaires depuis 2 ans, suppression de toutes les primes du genre 13ème mois, diminution des retraites, et l’augmentation du coût d’entretien du logement, essentiellement les charges. Incapables de faire face, ils sont chassés de chez eux, et se retrouvent à la rue, du fait de la disparition du lien familial et social.

Soumises à une angoisse extrême, ces personnes se réfugient alors dans l’alcoolisme et se retrouvent en peu de temps irrécupérables pour la société. Il existe des centres d’accueil et de soins, surtout pour les malades, mais aucune réhabilitation n’est constatée ; en tout cas, les responsables de ces centres considèrent comme un point positif de pouvoir déjà approcher ces personnes et de rendre compte de la situation.

Il est bien évident qu’au-delà de cette souffrance humaine, une économie ne peut pas fonctionner dans de telles conditions, sans parler de l’image que l’on offre aux touristes du monde entier qui viennent visiter une des belles capitales de l’Europe.

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34 réflexions sur « La Hongrie hier et aujourd’hui, par Auspitz »

  1. Sans parler qu’il vous importe de l’image donnée aux touristes…

    Est-ce raisonnable de parler d’ “image” dans ces cas-là?
    Regardez l’image de carton pâte que donnent les US avec 20 à 25 % de la population vivant sous le seuil de la pauvreté.

    Encore une fois, la tiers-mondialisation avance bien et je rêve d’un système à mi-chemin entre communisme et son opposé extrême.
    Soit, lorsque l’humanité sera adulte.
    Mais… est-ce bien raisonnable de montrer trop de vérité à l’humain, et… de lui demander s’assumer ses erreurs???

    1. “Mais… est-ce bien raisonnable de montrer trop de vérité à l’humain, et… de lui demander s’assumer ses erreurs?”

      Comme dirait Edgar Poe, “Es lässt sich nich lesen”, il est certaines vérités qu’il vaut mieux ne pas savoir….

      http://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Homme_des_foules

      L’Homme des foules
      Edgar Allan Poe
      Traduction de Charles Baudelaire

      Ce grand malheur de ne pouvoir être seul !
      La Bruyère.

      On a dit judicieusement d’un certain livre allemand : Es lässt sich nicht lesen, – il ne se laisse pas lire. Il y a des secrets qui ne veulent pas être dits.

      ========

      Simple association d’idées.

      L

  2. Il y a de ça une semaine , je fut étonné par un reportage sur le 13h de TF1 qui nous montrait le désarroi de familles américaines se retrouvant expulsées de leur maisons … Ces pauvres petites familles se retrouvaient parquées provisoirement dans une sorte de camping , dans de belles caravanes , leurs affaires personnelles souvent stockées dans de petits garages individuels …
    Un peu égayés par les caméras, ces braves nous montrent l’organisation mutualiste de cette petite communauté , où l’on n’hésite pas à y partager des repas, à y créer un dressing “surplus” où tous peuvent à loisirs emprunter un vêtement chaud … etc …

    Où quand les excès d’ “intérêts individuels” capitalistes poussent les américains à s’organiser par leur propres moyens et à vivre comme des … communistes …

  3. Bonsoir Auspitz,
    Pour réagir à votre article, permettez moi de vous faire partager mes impressions de “l’Est”. En effet, grâce à ma profession, j’ai eu l’occasion, jusqu’à très récemment, de voyager dans ces régions, après la chute du mur et bien après la Pérestroïka. Je suis trop jeune pour avoir connu ces régions avant, et je vais donc vous communiquer ce que j’en sais et ressenti , en tant qu’occidental :

    –> La République Tchèque : En 1997 : A la sortie de l’aéroport de Prague, le choc : Affiches tape à l’œil pour Mercedes et autres marques du capitalisme triomphant. Rencontres avec des gens attachants. Centre de Prague en pleins travaux, donnant parfois l’impression d’un décor de cinéma, avec des façades attirantes et des arrières cours un peu déglinguées. Sur les hauteurs de Prague, des anciens bâtiments avec des fresques murales datant de l’ancienne Europe, recouvertes de crasse non nettoyée par le régime communiste. Visiblement les traces d’une gloire passée de plus d’un siècle… Des jeunes sniffant de la drogue derrière un centre commercial du centre de Prague, au vu et au su de tous. Bref, une impression mitigée…

    –> L’ex Allemagne de l’Est, à Dresde, en 2008: Une ville dynamique, avec un centre légèrement soviétique avec ses barres d’immeubles, mais arrangé d’une manière pas trop moche. La vieille ville historique avec sa cathédrale fraîchement reconstruite, et encore des stigmates des bombardements. Visiblement, le gouvernement de la RDA n’avait pas la reconstruction comme priorité, ou alors il n’en n’avait pas les moyens. J’ai vu des centres commerciaux en pleine ville (pas en banlieue) pleins de gens, des restaurants le soir pleins de clients (au mois d’octobre). Les bords de l’Elbe étaient truffés de brasseries en plein air, des promenades sur des chemins herbeux, comme un rêve… J’ai beaucoup aimé Dresde et son atmosphère de renouveau.

    –> Moscou et, à 130 km de là, les bords de la Volga : La première chose qui frappe est la courtoise des chauffeurs de taxi de la compagnie que nous avons prise à l’aéroport de Moscou . Impossible à Paris… Des hôtels très corrects (nous n’étions pas dans les palaces pour hommes d’affaire occidentaux et n’avons eu affaire ni aux pickpockets, ni aux prostituées). J’ai rencontré des gens très chaleureux et fait des repas où la Vodka n’est pas une légende… J’ai vu une église en bois sur les bords de la Volga, qu’une vieille femme nous a ouvert pour l’occasion. Lors des repas, nous avons parlé des écrivains russes, de Victor Hugo aussi… Bref, un peuple attachant, éduqué, et certainement courageux, et totalement lucide par rapport à ses dirigeants politiques.

    Le message que je voulais faire passer est que l’Europe de l’Est et la Russie ont fait preuve d’une grande capacité d’adaptation qui force le respect, et qu’il s’y trouve des gens cultivés dont nous pouvons apprendre, si le capitalisme ne détruit pas tout avant. Mais j’ai confiance car le soviétisme n’a pas réussi à les détruire.

    1. La vodka n’est pas une légende, encore faut-il savoir la boire, par exemple avec une goutte de tabasco par dessus, et un sirop de framboise (malina ?). J’ai aussi bu de la vodka distillée à la maison, du 76 degré bien tassé, rien que la vapeur vous pique les yeux…

      D’ailleurs, on prononce “voudka”, et non pas “vodka”, c’est ce que m’a dit le tenancier d’un petit magasin de délicatessen, vers Varsovie. Il y a un accent sur le “o”, en polonais.

      – Poprosze bilet dniowy : je voudrais un billet pour la journée s’il vous plait…

      – Ah, slotowka ! (1 sloty)

      En polonais approximatif …

      Ce qui est amusant pour un germaniste, c’est le nombre de mots allemands utilisés dans la langue polonaise, dans les domaines techniques (bâtiments, automobile…) mais aussi pout Frizyer (friseur) mais aussi de mots français (makijaż, prononcé avec un tel charme…), etc de sorte que ces étrangers n’en sont pas, pour moi, c’est comme si je les connaissais depuis toujours et peut-être même comme si c’était ma véritable patrie…. l’étrange et le familier réunis, amalgamés, fascinants.

      La granize, la grenze (frontière) parzports, passeport, etc.

      Komar = müke (étrange “verlan” de l’allemand)
      serek = kese
      milch = mleko, ça chante toujours…
      puder cukier, etc…

      Les couloirs de la gare centrales de Warszawa sont un monument, lorsque vous avez mangé un beignet polonais dans le matin ensoleillé et froid, vous avez presque tout compris… il y a dedans de la gelée à la rose… parfois. Il sont à 1,1 sloty

      J’y étais ces dernières années lors du mini boom économique, du aux capitaux étrangers. Des gens solides mentalement, qui ne doutent pas de leur identité car ils la pratiquent, and not at least dans les rites, catholiques… dans le passage des saisons, qui amènent toujours les mêmes fruits et légumes, fraises, ensuite épinards, cerises, etc, . Ces produits ne sont pas importés. Les gens les cultivent et les vendent. La repasseuse est la voisine, l’économie est informelle.

      Et l’Ukraine est encore plus mystérieuse et profondément croyante, comme le sud de la Pologne (frontières mouvantes). Même la façon de faire le lit est religieuse…. la façon très particulière de poser l’oreillé au centre du lit si je me souviens bien.

      L’identité c’est donc un mode de vie, collectif, et non l’isolement social dans les villes c’est pourquoi nous avons un “drame” identitaire que rien ne pourra venir combler, en tout cas nous essayons de combler cette question de la vacuité du collectif, de l’identité, avec des idéaux abstraits comme la République indivisible et laique, etc. C’est très bien mais à l’usage des greffiers de tribunaux, juges et autres magistrats. C’est le Contrat social de Rousseau, un règlement… une culture soit, si désincarnée, révocable, de seconde main, tierce main…

      C’est pourquoi l’ethnologue qui sommeil en moi a beaucoup appris en Pologne, et ceux qui n’y sont pas allés n’ont aucune idée de ce que peut être une “identité nationale”, un patriotisme latent, cette notion d’identité est résolu lorsqu’elle ne se pose pas. Aucun Polonais n’a de souci à ce sujet, être polonais, c’est un tout.

      Etre français, Allemand, belge, s’il faut coller des prédicats kantiens pour le savoir, c’est inutile. On ne repeint pas un fantome… Comme disait Wittgenstein, s’il faut monter sur un tabouret pour obtenir une chose, elle ne m’intéresse pas.

      Etre français, c’est partager des idées, des valeurs… une sorte de confraternité intellectuelle donc, en attendant on vit comme dans un roman de E.M. Forster: The Machine Stops (1909).

      Voilà, à la recherche de l’identité perdu.

      L

    2. Attention ! la vodka que l’on peut prononcer voudka : c’est que par chez nous, on l’appelle aussi eau de Pologne…

    3. Il est d’ailleurs bien connu qu’en Pologne, lorsqu’on lave une voiture, non seulement elle est propre, mais en plus… elle sent bon.
      Pays de riches. lol

    4. . Ce que vous dites étonne toujours len France où l’on se demande pourquoi un système apparemment féroce ( le capitalisme dit sauvage) produit plus de solidarités qu’n système apparemment égalitaire ( le communisme)
      Mais je crois que c’est facile à comprendre quand on connaît un peu de l’intérieur ( j’ai de la famille là bas depuis 80 et j’y ai travaillé souvent après la chute du mur ; il m’est arrivé d’être confronté à la bureaucratie) : quand un système cherche à organiser toue la vie sociale “par en haut” il détruit le lien entre les gens ..c’est en quelque sorte un mécanisme de décivilisation. Et cela va largement au-delà du contrôle politique de la société
      C’est pourquoi je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui ait réellement souhaité revenir à l’état antérieur (même ceux qui disent en forme de boutade : c’était mieux avant)
      Quelques soient ses travers le capitalisme ne produit pas cela
      amicalement

    5. Monsieur Roche, ne désespérez pas.

      Lorsque la tiers-mondialisation empêchera le petit peuple de manger, nous serons tous bien contents que des mots tels que “solidarité”, “troc”, appartenance à une ville ou une région réapparaissent naturellement.

      L’argent aura, alors, une importance beaucoup plus relative.

  4. @ yvan
    Bonsoir, oui tiers-mondialisation, j’aime bien, c’est plus juste que mondialisation avec son cortège de commerce supposé apporter la richesse. Je crois qu’on peut concidérer les states aujourd’hui comme un pays du tiers monde… avec la bombe en plus.
    J’ai de nombreux contacts américains (musiciens) je peux témoigner ici du changement radical et rapide de leur condition de vie et de travail, particuliérement sur le plan syndical (pourtant très fort à une époque) à l’opposé de la vitrine médiatique dont nous sommes gavés, ici, en europe. J’ai également vu, tout derniérement et de très près, le fonctionnement d’un grand orchestre de l’Est” je ne dis pas lequel par pudeur, c’était consternant côté financier, et aussi leur malaise pour cacher la détresse, la paupérisation d’artistes aussi talentueux ça fait vraiment mal au ventre.

  5. Voici un billet qui tel un jackpot fait sonner toute une série de commentaires qui dégringolent dans le site comme autant de louis d’or. Emotionnel et sympathique. Un ton autre.

  6. vivant souvent là bas en hongrie depuis plusieurs années ,j’ai vu de mes yeux ce que cet article décrit…..
    ce que j’ai constaté en plus ,c’est l’absence de moyens de réaction collective ….le communisme version kadar
    a tué le syndicalisme et le sentiment qu’il est peut être possible de modifier un peu le cours des choses en agissant
    collectivement

  7. C’était en 68, j’avais pris en stop un jeune homme tchèque. Nous avions beaucoup parlé, il m’avait raconté, sa vie, sa vision d’un monde idéal, ses espoirs. Il visitait l’Europe. Dans cette conversation il y avait tout ce qui figure dans ce billet et les commentaires qu’il suscite. Nous étions du même age, le même que celui de Jan Palach…
    “La tristesse du monde saisit des êtres comme elle peut, mais à les saisir elle semble parvenir presque toujours.” Il y a bien des moments actuellement où je trouve que Céline a décidément bien raison.

    1. Céline Dion ?
      ou bien celle-là :
      Dis-moi, Céline,
      Où les as-tu donc cachés,
      Tes insignes nazis ?…tralalala …lalalè-hèè-re

  8. Article très intéressant, il donne à réfléchir. Il n’y avait donc pas de clochards dans les rues, dites-vous, mais y avait-il du bon pain dans les boulangeries ?

  9. crapaud
    non, il n’y avait pas de bonnes boulangeries, il n’y en a toujours pas; ils ne savent pas faire du vrai pain “à la française”;
    ce qu’ils désignent comme croissant, kifli, qui a d’ailleurs la forme du croissant, est une arme redoutable pour un français qui n’y prend garde; j’ai bien failli m’étouffer avec; c’est là que l’expression ” étouffe chrétien” prendrait tout son sens;
    mais ce qu’il y avait, c’étaient des petites boutiques qu’on appelait ” tejözö”, du mot “tej” qui veut dire lait;
    avec le décalage du soleil, les journées commencent plus tôt qu’en France; dans les usines, on embauchait à 3h du matin; et pour ne pas perdre de temps, et la nourriture étant très bon marché, les gens prenaient leurs petits-déjeuners dans ces boutiques;
    on trouvait toutes sortes de boissons à prendre le matin, pas seulement à base de lait, et des gâteaux d’une variété invraissemblable; à base de pavot, de noix, de fromage blanc hongrois( touro), à base de pomme, de châtaigne, et de différentes sortes; à ne plus savoir que commander d’abord; un vrai régal;
    on ne peut en parler qu’avec nostalgie;

  10. L’identité c’est donc un mode de vie, collectif, et non l’isolement social dans les villes c’est pourquoi nous avons un « drame » identitaire que rien ne pourra venir combler.
    Sophisme… C’est désormais CELA qui FAIT notre identité. Qu’elle plaise ou non est une autre question. C’est là le résultat ultime du christianisme poussé à son terme (le christianisme comme religion de la sortie de la religion, rejeté pour cette raison même par le judaïsme et l’Islam).
    Il y a une différence entre “identité” et “cohésion/intégration communautaire” (au sens ou plus ou moins de communauté “passe” entre les individus).

    Il suffit de vivre et d’avoir grandi dans un village de Province, d avoir eu des parents/ grands parents jusque assez tard pour savoir ce qu’était l’identité nationale (pour ma part il y a communauté “pleine” quand les membres d’une communauté éprouvent personnellement et réellement un sentiment de honte quand un autre membre de la communauté même inconnu de lui se conduit d’une façon déshonorante vis à vis d’un étranger, du point de vue des valeurs partagées par la communauté d’appartenance: l’émoi populaire qu’a suscité en Corée le carton qu’un jeune américain d’origine coréenne a fait dans son lycée en tirant sur ses camarades constitue un exemple récent. Il y a donc un lien entre “identité des valeurs partagées” et “identification aux autres membres de la communauté”).
    Faut-il regretter cette perte? Je ne sais pas. Elle a de lourds inconvénients. Mais elle est le côté face du fait que chacun se soit vu reconnaître la capacité de donner un sens à sa vie, ne serait ce que parce que c’est “la sienne” et celle de personne d’autre. Les fruits de saison jouent également un rôle, mais ils viennent après.

    1. Oui, dans les campagnes, les voisins venaient aider pour diverses travaux, l’épluchage des quenouilles de mais par ex, et puis l’on mangeait et buvait ensemble, et quand-même ce mode de vie rendait toute question sur l’identité superflue, à mon avis.

      Dans les expériences de manipulation en psychologie sociale, l’on voit bien la force du groupe sur l’individu. Si la personne est invitée à s’engager devant les autres pour employer une lessive X, de la poudre de lait, elle le fera davantage que sans cet acte. (Lewine ?)

      Il y aussi des expériences sur le hard-drill (bisutage) et le soft-drill, plus le rite d’initiation est sévère, plus la personne adhère aux valeurs du groupe. Ceci pour illustrer l’importance des actes collectifs, et pour reprendre un terme de Durkheim, la société polonaise est moins anomique que la nôtre. Le regretter ne sert à rien, car nous n’y pouvons rien.

      Il nous faudrait, comme dans “le meilleur des monde”, une pillule d’ersatz de passion violente !

      Il reste le sport comme ersatz d’identité, à l’usage des foules… et lorsqu’on ne peut plus rien pour remonter le moral de ses .. sujets, il faut un conflit externe, pour détourner leur agressivité du pouvoir interne. Ceci est quand même le b-a ba.

      L’identité française est abstraite, elle se complet dans l’idéal, la séparation des pouvoir, Rousseau, la Constitution, les institutions, plus loin, Louis 14, Zola, etc. La Commune a emporté son trésors social avec elle. Tandis que la question de l’identité polonaise ne se pose pas. Ils sont dans leur pays, tout le monde sait qu’être polonais c’est vivre dans ce pays, ou immigrer, mais rien que le pays vous donne son identité, par son calme, sont état désuet. Personne ne viendra vous déranger là. Les maçons, les femmes de ménages, tout le monde est polonais. Ils sont dans cette grande sphère d’influence russe, cette bulle slave, ils n’ont pas à se confronter à d’autres … aux immigrés déjà. Tout ceci est d’ordre anthropologique, et non exclusivement culturel (le culturel est un idéalisme). Les comportements humains sont sociaux (acquis) jusqu’à un certain point, mais ils ne peuvent en aucun cas aller contre les lois ethologiques qui stipulent que tout comportement doit procurer un avantage pour l’individu ou pour le groupe proche. Bref…

      Oui il faut regretter cette perte, et vous ne pourrez jamais donner un sens à la vie, ni moi. On n’institue pas le sens, on le pratique. Nous sommes dans une misère noire du point de vue du moral collectif, de notre identité, j’allais dire un état dépressif global.

      D’ailleurs Roustang dit qu’il faut s’assoir et laisser les problèmes, attendre que ça passe. La volonté de guérir, c’est elle la maladie.

      L

  11. Pour m’être rendu à Budapest à plusieurs reprises, je confirme la tonalité de l’article. Beaucoup de désoeuvrés dans les rues, le regard souvent aviné et desespéré, qui contraste avec les casinos, et les fast-foods qui ont envahit la capitale hongroise ces dernières années.

    Les gens se plaignent de la hausse continuelle des taxes, surtout des charges, mais aussi des transports en commun (beaucoup de contrôleurs ont été recruté) et leurs retraites fondent. Les seuls à tirer leur épingles du jeu jusqu’à présent furent les jeunes diplomés (et encore !). D’ailleurs, les rues de Budapest paraissent régulièrement uniquement peuplés de jeunes personnes, alors que la Hongrie est un pays de natalité très faible. Les personnes agés ne peuvent se permettre le luxe de sortir de chez elles. Le capitalisme a fait de ses derniers d’irrémédiables vaincus, et beaucoup pensent avec nostalgie au temps d’avant…

    L’intelligentsia communiste à la tête du pays s’est brillament converti au social-libéralisme, en faisant fortune au passage.

    Enfin, pour couronner le tout d’un grand désarroi, de nombreux ménages se sont endettés en yen pour l’achat de leur maison. Ce qui était un avantage en période de croissance (il y a encore 2 ans) et vanté par la plupart des banques implantées en Hongrie (allemande et autrichienne pour les plus importantes), s’est avéré un fardeau considérable lorsque le yen s’est apprécié par rapport au forint hongrois.

    La Hongrie souffre, et ce n’est que le début.

  12. J’ai vécu plusieurs années en Hongrie il y a une dizaine d’années.
    De retour là-bas en septembre, j’ai été frappé de la tristesse encore plus grande qui s’est abattue sur la ville. L’atmosphère pesante du métro et des gens qui semblent ployés sous le poids de leurs soucis.
    La nouvelle extrême droite (anti-tsiganes, antisémites, anti-capitaliste) fait des ravages en Hongrie, l’ex parti communiste devenu socialiste “blairiste” (donc crypto-néolibéral) est totalement discrédité. On n’écoute plus les intellectuels… Les élections du printemps 2010 vont être sanglantes…

  13. L’anomie est une chose. Devrions nous la regretter? Bof. La France aurait une identité “abstraite”. Le sang qu’elle a fait couler n’est nullement abstrait, lui. Nos voisins savent très bien identifier nos rituels sociaux, également.

    Dire que l’institution du sens est collective est une chose discutable. Pensez vous qu’un enfant élevé parmi les loups n’aurait aucune idée/sensation du fait que la vie ait un sens, quand bien même il agirait et se comporterait strictement comme eux? Pensez vous que la mort d’un loup de la meute l’affecterait comme elle affecterait les autres loups restés en vie? Et la sienne propre? Je ne pense pas. Le fait que pour nous, hommes, la vie ait un sens est une question ontologique qui précède toute culture déterminée (ce en quoi la philosophie précède toute anthropologie). Que le sens soit “institué” par la communauté à travers le langage/les rites… ok, voire qu’il soit institué pour des raisons qui tiennent à des exigences de survie simplement biologique du groupe humain, pourquoi pas (ce n’est pas mon avis). Mais il reste que je suis capable de rectifier/reviser ma conception de la vie “bonne”, le but que je veux lui donner (nous n’aurions pas de dilemmes sinon), et que la communauté n’a donc ni le premier mot ni le dernier mot de la question du sens.

    Si tel était le prix à payer pour une éducation libre, pour des pratiques religieuses qui soient – un peu (soyons fou)- moins hypocrites (faire du christianisme un vecteur d’identité est à la limite du blasphème je trouve, quand je pense à tous ces gens qui vont à l’office “parce-ce que c’est ce qu’on fait depuis toujours” ou pour “s’acheter une identité” et donc en dehors de tout abandon proprement sprirituel, abandon qui devrait justement au contraire se traduire par le rejet de toute recherche d’identité mondaine) et pour le fait de pouvoir mener ma vie comme je l’entend sans être obligé se subir l’influence de la doctrine morale englobante de la communauté numériquement dominante, alors je ne regrette rien.
    Ceci me rappelle une question qui me fut posée par une femme très attachée à ses traditions que j’ai beaucoup aimé: “liberté, liberté, vous n’avez que ce mot là à la bouche… pourquoi ne pas simplement… obéir?”. L’anomie est le prix à payer pour la réponse que “nous” avons donné à cette question.

    Toutefois l’homogénéisation culturelle” due à la mondialisation des échanges et aux contextes géopolitiques divers et variés m’apparait également comme une véritable tragédie.

  14. Tout le monde était affecté quelque part……image de deux caissières en file indienne dans le magasin d’Etat,la jeune devant avec la caisse enregistreuse électrique,l’ancienne derrière qui vérifie avec le boulier….image du milicien au milieu du champ de la ferme collective dans le mirador pour surveiller le vol des épis par les tsiganes aprés la moisson …serveuse du restaurant d’Etat installé dans l’église désaffectée, elle attend depuis deux ans une admission à l’université car son père est ingénieur et catholique….policiers alcooliques et voleurs qui surveillent la voiture mal garée du touriste étranger pour lui coller une amende en devises et en liquide ….Camionneur de l’usine de parpaings qui revend la moitié de sa cargaison avant livraison….Economie de passe-droits,trafics qui n’aura pas pas besoin du passage au capitalisme pour s’effondrer….C’était moins pire avant mais pas pour tout le monde.

  15. je ne pense pas que l’on puisse interpréter mon texte comme une défense du communisme-stalinisme; ce n’est pas pour rien qu’il s’est écroulé;
    simplement, ceux qui ont déjà vécu ça étaient en droit de trouver mieux en changeant; d’où la désillusion dont écrit François Leclerc ;
    mais pour ces populations, l’échec du libéralisme est une tragédie; que faire maintenant ?

    1. Il me semble qu’apres la chute du mur, les polnais librement ont voté et fait revenir les anciens communistes au pouvoir.
      Ce n’est pas que de la nostalgie. Il y avait un mieux vivre quand meme et partagé par une majorité de la population.
      Qu’en penses-tu Auspitz?

  16. Bruxelles : La Stib va évacuer les mendiants de ses stations

    Après les messages sonores diffusés dans le métro bruxellois incitant les passants à ne pas attirer les mendiants en les aidant, la Stib a décidé de « raccompagner » les mendiants à la sortie des stations. Interpellant à l’approche de l’hiver.

    “Cachez cette misère que je ne saurais voir…” nous dit la Société des Tartuffes Intercommunaux de Bruxelles.

  17. le communisme, tel qu’il a existé dans les pays du bloc soviétique, est entré au musée de l’Histoire; personne n’en veut plus;
    de même que le système des esclaves serviteurs de l’antiquité, en Grèce ou à Rome ;
    le communisme a été imposé à la Hongrie, entre 1945 et 1948 par l’armée Russe, à la suite d’élections démocratiques truquées; autrement, il est peu probable qu’il ait pu s’imposer;
    mais ça, c’est de l’histoire; notre problème aujourd’hui est de nous en sortir, sans revivre toutes les tragédies qui ont précédé; dans ce cadre, le tout ou rien ne peut pas nous intéresser;
    à Budapest, on peut visiter la Maison de la Terreur, Andràsy ut; dans l’immeuble où les nazis hongrois avaient installé leur siège, la police communiste s’est installée ensuite, utilisant les mêmes salles de torture, les mêmes cellules dans les caves; et pour une très grande part, le même personnel, déjà parfaitement bien formé et entrainé;

    1. Pourquoi suis-je encore de ce monde, puisque
      Toutes les douleurs, j’ai du les subir ?
      Le cours de ma vie va prendre fin. L’homme
      Ne vient ici-bas que pour y souffrir
      Pourquoi suis-je encore de ce monde, puisque
      J’ai vu tout ce qu’il y avait à voir :
      Du Bien la déconfiture éternelle,
      Et du Mal les éternelles victoires

      Sandor Petofi ( 1823-1849)

    2. Je regrette mais je sens chez – vous un amalgame bien actuel communistes = nazis , si le communisme est entrée au musée de l’Histoire, 1917 a été et restera pour tous les opprimés de la terre un espoir immense , qu’il ait été trahi, dévié , assassiné , ne doit pas vous permettre d’évacuer en 2 phrases lapidaires l’Histoire comme vous le faites . Sur ce dernier point parlez nous svp , de la Hongrie placée sous l’autorité d’un gouvernement de coalition modéré- radical toléré par Vienne, devint un Etat autonome du moins jusqu’au moment où les Hasbourg se trouvèrent en mesure de la reconquérir ……. et de la Russie de 1849…. ce n’est pas l’aube de l’humanité. Non ?

  18. OK , la démocratie- Temps relativisé; – ……. et TF1 en 2007 – au moment où la crise actuelle pointe son nez …. Un jeu à 12 h 30 :
    Le présentateur propose plusieurs chiffres , un parmi eux est le bon , les candidats doivent le trouver, et ce devant un public sélectionné, assis qui applaudit le gagnant .

    Ces chiffres ce jour là, sont ceux du déficit public en France , après quelques candidats malheureux , un autre trouve le bon chiffre , il gagne , c’est la liesse, les images filmées au ralenti des soutiens au vainqueur rappellent , celles du football, où les joueurs viennent sauter en pyramide sur le gagnant – Voix – OFF :” bravo , vous avez trouvé le bon chiffre, c’est beaucoup d’Euros,à rembourser mais nous allons tous nous y mettre( .!!!!!… ) et nous allons gagner” .

    Il s’est trouvé que fortuitement je connaissais une dame ( j’étais en cours de langues avec elle ) la veille, qui faisait partie du public assis , et qui m’avaient raconté les affres de la sélection en espérant aller en finale , c’est a dire en espérant gagner de l’argent , après des heures d’attente , elle s’est vue refusé pour je ne sais qu’elle raison , sa participation . ( ça l’aurait aidé à financer ses cours )
    EVOQUER,: ” On achève bien les chevaux ” serait peut-être exagéré , j’en conviens, mais achever les esprits ? qu’en pensez- vous ?

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