La prise de conscience

Vous êtes nombreux ces jours-ci à déplorer le « pessimisme » qui émanerait des temps qui courent et du blog en particulier. Je ne partage pas ce point de vue et pour ramener un peu de bonne humeur à ceux qui l’auraient perdue, je reproduis ici – à l’intention de ceux qui ne les auraient pas déjà lues -, deux pages extraites de « Vers la crise du capitalisme américain ? » (La Découverte 2007 ; réédition sous le titre « La crise du capitalisme américain » Le Croquant 2009) : les pages 206 à 208.

i. Les processus « émergents »

Que signifient les tentatives de conciliation en une explication unique, de celles produites d’une part par des physiciens, d’autre part par des spécialistes des sciences humaines ? Les premiers mettent en scène l’affrontement des forces abstraites physiques, les seconds, des acteurs prenant des décisions à la suite de délibérations complexes et exerçant ensuite leur volonté dans des actes de libre-arbitre. Dans cette même veine, j’ai pu ainsi montrer autrefois comment la taille de la famille dans l’Ile de Houat, en Bretagne, s’avérait être celle qui minimisait l’effort de production économique du ménage (1) ou encore comment le rapport de force entre acheteurs et vendeurs trouve sa traduction physique en Loi de l’offre et de la demande. (2) Vieille question donc que celle-là : comment réconcilier les explications en termes de causes qui s’appliquent à la nature et celles en termes de raisons qui valent uniquement pour l’homme ? La première solution à cette question est celle que j’ai d’abord adoptée ici : ignorer la difficulté et passer l’obstacle sans s’attarder sur la manière dont il a été sauté. La seconde consiste à recourir aux concepts présents dans le titre d’un ouvrage de l’anthropologue social britannique Rodney Needham consacré aux systèmes de parenté : Structure and Sentiment (3), et reconnaître dans la structure la forme que prennent, collectivement, les décisions prises par des ensembles d’individus, comme aboutissements de leurs sentiments ; quant à ces derniers, ils ne seraient rien d’autre que la conscience que prend un sujet des contraintes qu’imposent à ses actes les structures de la société et de la culture auxquelles il appartient.

En fait, la réponse à cette question, je viens de l’offrir : les prolétaires s’unissent, les traces mnésiques se réorganisent du fait de l’accessibilité retrouvée de l’une d’entre elles. Autrement dit, la synthèse est un processus émergent parce que la thèse était au niveau du singulier, l’anti-thèse supposait, elle, l’intervention d’un collectif : « l’ensemble des prolétaires », « l’ensemble des traces mnésiques », et la synthèse était réalisée au niveau de l’universel.

Le moment propice pour la prise de conscience est donc celui de ces transitions qui existent entre l’accumulation des tentatives individuelles infructueuses et celui où une solution collective stable émerge. L’explication de type physique sous la forme d’une loi vaut pour le moment de la solution, du produit achevé, et non pas pour les tentatives qui ont permis d’en arriver là, et qui sont toutes de type « critique », où la catastrophe finale est un moment nécessaire du processus. Qu’on pense à la toile d’araignée avant qu’elle ne soit devenue le piège formidable qui nous est familier : il a bien fallu, comme dans les entreprises humaines, que des myriades de tentatives préalables aboutissent à un échec. Qu’on pense, de la même manière aux générations d’architectes humains qui ont construit, à l’un ou l’autre moment de leur vie, un bâtiment mal conçu qui s’est écroulé (chaque nouvelle audace connaît ses revers). La description physique des tentatives vouées à l’échec est sans intérêt : elles sont caractérisées par la rencontre d’un point critique signalant la catastrophe imminente.

On peut penser pour la solution collective stable à la notion de « cohérence » en physique, quand le laser est décrit comme un faisceau de lumière « cohérente », c’est-à-dire quand on est parvenu à faire marcher au pas un ensemble de photons, de manière synchrone. La prise de conscience porte sur la catastrophe et l’« incohérence » d’un ensemble de comportements singuliers et aboutit à terme par la réflexion sur une réponse collective synchrone. Celle-ci peut alors être résumée par le physicien sous la forme d’une loi susceptible d’être représentée par un modèle mathématique.

Si la prise de conscience est créatrice, c’est qu’elle est née au moment où le processus avait atteint le stage de « semi–cohérence » où il est susceptible de passer du ratage à la régularité (on pense pour une application particulière à ce que Marx appelle la période « prérévolutionnaire »).

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(1) Geneviève Delbos & Paul Jorion, La transmission des savoirs, Paris : Maison des Sciences de l’Homme, 1984, pp. 73-81.

(2) Paul Jorion, Déterminants sociaux de la formation des prix de marché, L’exemple de la pêche artisanale, La Revue du MAUSS, 1990, n.s., 9: 71-106; n.s., 10, pp. 49-64 ; Paul Jorion, La queue qui remue le chien. Métamorphose de la finance due à son informatisation, Techniques et Culture, N° 23-24, pp. 307-349.

(3) Rodney Needham, Structure and Sentiment, London : Tavistock, 1962

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27 réflexions sur « La prise de conscience »

  1. Actuellement, dès que des gens se rassemblent, on sent monter un « nous » chaleureux et subversif, qui parait invincible de vitalité, de bonheur et d’intelligence, comme hier au concert de R. Bona. Incidemment j’imagine que tout devient politique, et que le sentiment du combat à mener, ou auquel participer, enflamme tout rassemblement, au delà de ses buts initiaux. Bien au delà. Tout devient significatif… et collectif. La foule est bien plus qu’un collectif, entendu comme collection d’individus. Elle est un partage de valeurs immédiats, création d’un « nous » qui ne demande qu’à agir. Actuellement nous allons tout droit vers une mobilisation multisectorielle à la Dobry, avec bipolarisation de la vie sociale, fluidification (certaines distinctions tombent, statut, profession… ), un état pré-révolutionnaire, d’où sortira en tout cas une action révolutionnaire en tant que telle, puisqu’on tend à nous enfermer dans un individualisme inactif, (pléonasme), d’où tout ce qui émerge fait peur. Tout ce qui va à l’encontre, toute action est en fait « révolutionnaire », actuellement par l’ampleur de ce qui est contesté, c’est à dire le tout ! tout est contesté, de la vaccination à la réforme xyz.

  2. Le problème de l’anticipation vis à vis de la prise de conscience.

    « La seconde consiste à recourir aux concepts présents dans le titre d’un ouvrage de l’anthropologue social britannique Rodney Needham consacré aux systèmes de parenté : Structure and Sentiment (3), et reconnaître dans la structure la forme que prennent, collectivement, les décisions prises par des ensembles d’individus, comme aboutissements de leurs sentiments ; quant à ces derniers, ils ne seraient rien d’autre que la conscience que prend un sujet des contraintes qu’imposent à ses actes les structures de la société et de la culture auxquelles il appartient. »

    L’anticipation à laquelle je veux faire référence ici est celle de l’individu, collectif ou organisation qui, s’étant manœuvré dans une situation profitable pour lui, ou pour être plus clair… comparativement plus profitable pour lui que pour les autres et pour autant préférable à n’importe quelle autre alternative, utilise tout son pouvoir et les contraintes que par celui-ci il peut imposer à la société pour détourner de sa trajectoire logique n’importe quelle initiative qui risque de nuire à l’optimisation de la consécution envisageable de ses objectifs.

    Pour faire bref, on doit prendre conscience du fait qu’ils ont pris conscience depuis longtemps et qu’ils agissent en anticipant qu’on prendra conscience…

    Du fait qu’on prend conscience… on se doit d’analyser ce qu’ils ont pu bien faire depuis qu’ils ont pris conscience… pour nous empêcher de prendre conscience à notre tour, et de ce pas, quelle part de la réalité est bien réelle et quelle part n’est que l’écran de fumée qui s’est formée et qui nous empêche d’agir sur une réalité concrète que nous méconnaissons.

    Le pessimisme, c’est l’abandon devant cette situation ou on se sent incapable de trouver le nord dans la boussole… parce-que on ne peut pas arriver à appréhender l’ensemble de la situation pour en faire une analyse complète, ou même parce-qu’on arrive à appréhender que si on y arrive la possibilité est très grande que ce soit la force brute, et non la raison des justes, qui impose sa solution.

    Le problème de fond: l’usage d’un schema de Ponzi comme avantage compétitif, et la difficulté d’y renoncer submergés dans une compétition ou on n’est nullement assuré du fait que les autres aussi renonceront à son usage.

    Les médias ont bien fait leur travail… on vous dit schéma de Ponzi, et le réflexe pavlovien implanté vous répond… Madoff. Mais réfléchissez bien à ce qu’est un schéma de Ponzi… et voyez comment il évolue vers un circuit fermé des qu’on remplace la nécessité de nouveaux investisseurs innocents à la base de celui-ci par un mécanisme créateur interne comme l’est celui de la multiplication miraculeuse des pains par le système de la réserve fractionnaire.

    Mettez ce savoir dans l’ensemble de la prise de conscience… et anticipez.

    1. « pour nous empêcher de prendre conscience à notre tour »

      Seriner sans cesse les mêmes discours sur la compétition, intra et internationale, de sorte qu’il ne vient à l’idée de presque personne de remettre en cause cette pensée et organisation du monde qui vient comme une donnée fondamentale, comme une donnée physique. Naturaliser l’économique sous l’angle d’une philosophie le plus souvent secrète, jamais discutée, qui projette son épure sur le plan de tout discours économique et politique, tous les jours : compétition, rendement, crise… Les réformes ne sont jamais explicitées : ils faut faire des économies. Pourquoi ? pour rester compétitif. Mais pourquoi ??? Airbus s’en va en chine, n’est-il pas temps de changer les règles du jeu plutôt que de perdre. La perte signifiant la révolution, et ceci, les élites ne le prévoient pas, car elles pensent que nous sommes « vaccinés ». Elles n’ont pas prévu la crise, -il est envisageable que comme le maitre chez Lacan, le pouvoir soit aveugle…

      Lacan : Il est de toute évidence que le roi d’Angleterre soit un con… (je retranscrits les termes exacts). Car personne n’a de réponse à la question de savoir pourquoi il y a une loi plutôt que non… la loi (symbolique) n’est jamais sans question.

      Et puis, dans la série des préparatifs, n’oublions pas que ce qui garanti la stabilité politique en dernière instance, selon certains sociologues (lesquels ?), serait la force…

      L

    2. Vous devriez lire « l’argent mode d’emploi » et vous trouverez la démonstration sans appel que le système de réserve fractionnaire n’est pas un mécanisme permettant la création d’argent.

  3. Nous assistons aujourd’hui a une recrudescence du questionnement qui se tiraille de toutes parts.
    Numérique contre analogique.
    Est-ce un mal?
    Absolument pas. Nous n’avons jamais eu autant de philosophes.
    Le net a permis cette explosion.
    Personnellement, ayant été dans le métier depuis 40 ans, je n’ai pas été surpris.
    Pourtant même Bill Gates n’y a pas cru au départ.
    Il s’en est mordu les doigts à l’apparition de Google.

  4. Je n’ai pas lu La crise du capitalisme américain (en commande chez Amazon, puisque les librairies ont des difficultés à se procurer les titres, même commandés il y a belle lurette), et je peine à déchiffrer ce que Paul veut dire dans l’extrait qu’il a cité. En quoi la physique a-t-elle grand chose à voir avec le processus d’auto-détermination de la conscience? N’intervient-elle pas qu’a posteriori, pour constater un état nouveau que ses lois ne savaient pas (nécessairement) anticiper? S’il existe une « loi d’airain » de la physique, one ne la découvre qu’après, me semble-t-il. Par contre, je n’ai pas de difficulté particulière avec la « réponse collective synchrone » et le processus de sa formation, et si Paul veut la comparer au développement du laser, soit.

    Je n’ai qu’une assez pitoyable réponse à proposer au regard des termes employés par Paul, mais elle me semble la seule qu’il vaille la peine de formuler (pour un intuitif pur et simple): « Notre amour est un amour qui a raison. » (Paul Eluard)

  5. Prise de conscience…

    Je viens de tomber sur cette vidéo de propagande incitant à trouver les origines et conséquences d’une petite société qui prospère et qui se nomme la FED.
    http://www.dailymotion.com/video/xb0bfh_615-fall-of-the-republic-hq-soustit_news
    Vous remarquerez comme moi que l’un des ressorts de cette demande (voire le principal) tient dans le fait que la petite pme FED a été « obligée » de donner de l’argent à des banques « étrangères »…

    Vous savez, comme moi, que toute petite transaction doit être nominative, alors que les plus grosses peuvent (et même doivent) être anonymes…
    Et maintenant, je compare… avec ma petite personne…
    Tant que je dépense 150 000 Euros, personne ne me dit rien. Ce n’est qu’au delà que je dois avoir la signature de mon supérieur…
    Soit, le système à l’envers…

  6. Notre problème réside dans le fait que notre génération n’est pas très (pas assez?) « sacrificielle »…
    Pas d’accord pour que çà aille mieux demain si nous devons renoncer à tous nos fameux « avantages acquis ».
    Pour certains acquis sans douleur, pour d’autres avec fatigue relative !
    Relative comparativement aux conditions humaines occidentales du XIX°, ou à la condition du paysan chinois du XXI°.
    Il semble acquis qu’un changement de « paradigme » sera nécessaire et que de plus en plus d’élites acceptent l’idée qu’elles-mêmes devront en subir les conséquences.
    C’est nouveau pour les élites, où se réfugier pour ne pas subir le même sort que le vulgus pecum..?

  7. Tout à fait hors-sujet. Agoravox publie un article de Vincent Bernard, président de l’institut Hayek, sur cette mystérieuse affaire d’un hacker ayant pénétré les ordinateurs du GIEC et publiant des infos tendant à prouver que même les experts dudit GIEC ont de sérieux doutes sur la thèse du réchauffement climatique et qu’ils auraient un peu tendance à manipuler les chiffres, pour ne pas dire plus, pour se rassurer sur la validité de leurs hypothèses. A prendre bien sûr au conditionnel, mais si cela se révelait vrai, il faut imaginer le scandale que cela créerait et les conséquences tant économiques que politiques. Le bug de l’an 2000 ou la grippe porcine seraient alors ravalées au rang d’aimables canulars de potaches…affaire à suivre, donc…

    1. >Wladimir

      Alors comment ça on se laisse aller à diffuser de la propagande néolibérale ici?

      Allez voir le site en question:
      http://www.fahayek.org/

      Tout le verbiage habituel des ayatollah du libre marché, qui ce sont pourtant allégrement planté ces deniers temps, est pourtant visible en première page.
      Comment pouvez vous croire qu’une quelconque science de bonne qualité pourrait sortir d’un lieu pareil?

      Vous pensez vraiment que sur la Conservapedia vous pouvez apprendre quelque chose de valable sur la théorie de l’évolution par exemple?
      http://conservapedia.com/Main_Page

      L’article est ridicule tout simplement: Il n’y a même pas besoin d’argumenter.

      Ces fameux mails n’ont aucune signification en eux même, parce qu’ils ne représentent qu’une bride de l’immense conversation qu’est la recherche fondamentale.
      C’est comme si vous surpreniez une discussion entre deux physiciens des particules, discutant des dernières corrections à apporter au Modèle Standard, sans que vous ne connaissiez ni ce dernier modèle, ni même la physique des particules.

      Quand à placer cet article, sous l’autorité de Vincent « Terre Plate et Carrée » Courtillot, c’est se tirer immédiatement une balle dans le pied.
      Le copain d’ Allegre s’est gentiment fait humilier par ces collègues du Collège de France qui lui ont expliqué que la Terre n’était pas plate, ni carrée, à la différence de celle qu’il utilisait dans ces modèles, et qu’en plus, il ne suffisait pas de falsifier ces données pour avoir raison dans une controverse scientifique.

      Voilà peut être une des multiples origines du déni, souligné par George Monbiot de l’effet de serre anthropique qui ne cesse de s’étendre aux USA.
      http://www.monbiot.com/archives/2009/11/02/death-denial/

      Et ne me répondez pas le fameux esprit critique du grand public américain: ce charmant pays a, par deux fois, ré-élu un type comme Bush….

    2. Blob,
      Sans être complotiste, vous n’avez jamais trouvé ça un peu bizarre cette touchante unanimité de tous les politiques, économistes, industriels, médias de tout bord réunis pour nous menacer des pires châtiments si ne nous suivons pas illico let manu-militari eurs recommandations, lesquelles se sont surtout traduites jusqu’à présent par des avancées aussi fondamentales pour la préservation de la Terre, je n’en doute pas, que des taxes sur l’air que nous respirons ?

  8. Merci Paul pour ce rappel.
    L’optimisme – et mieux encore, l’espoir – est une force : le pouvoir des Maîtres s’accompagne souvent d’un discours du type ‘vous ne pouvez rien contre nous’ donc soyez sans espoir… et ça a été le discours de ces ‘économistes’ stipendiés du libéralisme : nous avons la vérité. Le seul point positif de la crise est ce violent éclairage sur leur idéologie inepte.
    Mais perdre espoir est parfois irrépressible: un grand écrivain comme Stefan Zweig s’est suicidé en 1942 en apprenant la chute de Singapour. L’histoire de l’humanité est sinistre. Vaclav Havel y a cru ; pas de jugement de valeur sur Zweig. Dans le cas de V. Havel ou du Pape polonais (réponse historique à la question de Staline : le Vatican? combien de divisions?) des individus semblent avoir un effet dans la prise de conscience collective. Après tout dans le pompage optique qui va donner le faisceau laser, on pourrait dire qu’au début il y a quelques photons… C’est ma question par rapport au texte sur la prise de conscience dont parle Paul.
    Il m’arrive souvent de diffuser ‘nos’ idées (en résumé une constitution pour l’économie aussi) à partir de tout ce que j’ai appris, sur ce blog en particulier, et les gens sont très réceptifs. Certes un sentiment d’injustice se lève mais au fond mes interlocuteurs (et moi le plus souvent) nous sentons démunis. D’ailleurs la dernière analyse de F. Leclerc semble aussi montrer que l’oligarchie tient ferme dans la déroute qui se profile.
    D’un point de vue plus pratique je trouve qu’il est anormal que les donations soient encore à ce niveau en novembre. Amis bloggeurs réagissez ! Le blog de Paul Jorion (et François Leclerc) est un lieu d’avenir.

  9. @ PJ.

    La conscience dont vous parlez est-elle « quelque chose » de binaire (conscient/pas conscient mais pas d’entre deux) ?
    Merci.

  10. Le problème des intellectuels c’est qu’ils ne sont pas très pratique et qu’ils croient que la logique et la vérité suffisent à régler les choses, je n’ai pas changé d’avis, nous avons atteint nos limites (surtout par cupidité) et nos sociétés se dirigent vers une version tiers monde.
    Si vous voulez que cela change (mais je crois que le peuple ne sera pas prêt) alors mettez paul jorion à la place de sarko mais faites le vite.
    Le pessimiste c’est simplement parfois du réalisme et puis abandonner n’est pas une mauvaise chose ca permet de canaliser l’énergie ailleurs ou simplement de l’économiser, à quoi bon déployer bcp d’énergie si les résultats sont insignifiants.
    Toto club des pessimistes.

  11. Toujours dans la série prise de conscience, je me dois de vous relayer cette information qui apparaît malgré tout :
    http://www.bakchich.info/L-UE-partageuse-d-infos-bancaires,09309.html

    « Un projet d’accord entre l’Union Européenne et les Etats-Unis prévoit la transmission aux autorités américaines des informations transitant par le système informatique d’échanges interbancaires Swift. »
    « Il s’agit de fixer les conditions dans lesquelles seront transmises d’Europe vers les autorités américaines, les informations financières détenues par SWIFT. »
    « La présidence suédoise propose en effet que « l’accord SWIFT » prenne effet le 30 novembre 2009, soit la veille de l’entrée en vigueur du Traité de Lisbonne qui donne compétence en matière de justice et d’affaires intérieures au Parlement Européen : une course de vitesse assez troublante puisqu’il comporte une clause selon laquelle les parties entreprendront d’y substituer un accord à plus long terme dès que ledit Traité sera entré en application… »

    Leurs sources semblent fiables.

  12. La conscience pourrait aussi être une visiteuse, une passante considérable digne de toute l’attention
    et de toutes les attentions, et qui viendrait éclairer et dégager l’horizon de nos ruminations pensives,
    ou bien ouvrir des trouées de plein jour aux galeries de taupe qu’obscurément nous creusons, obstinément
    patiemment mus par un infatigable et inquiet espoir ou pressentiment …
    A moins qu’à ce moment il ne fasse nuit.

  13. Un article trouvé sur Contrinfo :

    1873, la véritable grande dépression (Traduction)
    20 novembre 2008

    La référence en matière de crise est aujourd’hui fournie par 1929. L’historien Scott Reynolds Nelson, dont la mémoire est par nature plus longue que celle des médias, nous rappelle le précédent de 1873, qui pour lui est l’archétype de la grande dépression née d’une bulle de crédit, et dans laquelle il voit de nombreux parallèles avec la situation actuelle. Reynolds met également en garde contre les conséquences de ces crises dévastatrices. A l’époque, la recherche de boucs émissaires avait provoqué une recrudescence de l’antisémitisme et allumé des pogroms en Europe de l’est.

    La dépression de 1929 n’est pas le bon modèle pour la crise économique actuelle

    Par Scott Reynolds Nelson, The Chronicle, 17 octobre 2008

    En tant qu’historien du 19ème siècle, j’ai lu mon journal avec un certain effroi. Alors que de nombreux commentateurs de la crise actuelle des prêts des banques ont fait un parallèle avec la Grande Dépression de 1929, cette comparaison n’est pas particulièrement adaptée. Il y a deux ans, j’ai commencé une recherche sur la Panique de 1873, un évènement qui concerne mes collègues en histoire des affaires et du travail, mais sans doute ignoré de toute autre personne. Mais en tournant la manivelle du lecteur de microfilms, me parvenaient d’étranges échos des événements récents.

    J’ai des doutes quand les commentateurs évoquent 1929. Selon la plupart des historiens et économistes, cette dépression était plus liée aux stocks énormes des usines, un krach de la bourse et une incapacité de l’Allemagne à payer ses dettes de guerre, ce qui l’a conduit à une forte pression sur les réserves d’or Britanniques. Aucun de ces facteurs n’est réellement un problème actuellement. Les industries actuelles ont des moyens de contrôle très sophistiqués pour adapter la production quand la consommation baisse ; notre milieu boursier a suivi les problèmes bancaires qui ont émergé il y a plus d’un an, et il n’y a pas de problème international avec les réserves d’or, tout simplement parce que les prêts des banques ne dépendent plus de ces réserves.

    En fait, les déboires économiques actuels ressemblent un peu à ce que ma grand-mère de 96 ans appelle “La véritable Grande Dépression“. Elle comptait les pennies dans les années 1930, mais elle disait que c’était moins terrible que pendant la grande dépression que ses grands-parents avaient traversée. Ce krach a eu lieu en 1873 et dura plus de quatre ans. Il ressemble davantage à notre crise actuelle.

    Les problèmes ont commencé vers 1870, d’abord en Europe. Dans l’Empire Austro-Hongrois, fondé en 1867, dans les états unifiés autour de la Prusse et de l’empire Germanique et en France, les empereurs ont crée de nouvelles institutions qui émettaient des prêts pour des constructions privées ou municipales, particulièrement dans les capitales comme Vienne, Berlin et Paris. Ces prêts étaient plus faciles à obtenir qu’avant, et il s’en suivit un boum immobilier. La valeur des terrains grimpa indéfiniment ; les emprunteurs souscrivaient voracement de plus en plus d’emprunts, en les garantissant par des maisons à moitié construites ou pas encore ! Les endroits les plus admirables aujourd’hui dans ces trois villes sont situés dans des édifices construits au cours de cette soi-disant période fondatrice.

    Mais les fondamentaux économiques étaient mal assurés. Les exportateurs de blé de Russie ou d’Europe Centrale ont du faire face à une nouvelle concurrence internationale qui a cassé les prix. La version du 19ème siècle des containers de produits “made in China” et expédiés à Wal-Mart consistait en légumes des fermiers du Middle-West américain. Ils utilisaient déjà les silos à grain, les tapis roulants, et d’énormes bateaux à vapeur pour exporter des trains entiers de blé. L’Angleterre, le plus grand importateur de blé, se convertit à ce blé bon marché assez rapidement vers 1871. Vers 1872 le kérosène et l’alimentation industrielle montaient en flèche au coeur de l’Amérique, dévalorisant la graine de colza, la farine et la viande de boeuf. Le krach eut lieu en Europe Centrale en mai 1873, quand il devint clair que les prévisions régionales pour une croissance économique continue étaient trop optimistes. Les Européens durent faire face à ce qu’ils appelèrent l’Invasion Commerciale Américaine. Un nouveau super pouvoir industriel était né, dont les bas coûts prenaient à la gorge le commerce européen et le style de vie européen.

    Alors que les banques continentales s’écroulaient, les banques britanniques retirèrent leurs capitaux, faute de savoir quelles étaient les institutions les plus impliquées dans la crise des prêts. Le taux des emprunts inter-bancaires atteint des sommets. Cette crise bancaire atteint les Etats-Unis à l’automne 1873. Les compagnies de chemin de fer s’écroulèrent les premières. Elles avaient élaboré des instruments financiers qui promettaient un taux fixe sans que soit clair pour grand monde ce qui était garanti aux investisseurs en cas de faillite (réponse : rien). Les bons s’étaient bien vendus au début, mais ils ont chuté après 1871 quand les investisseurs se sont mis à douter de leur valeur, les prix ont baissé et beaucoup de compagnies de chemin de fer ont pris des prêts bancaires à court terme pour continuer à poser des rails. Ensuite les taux des prêts à court terme montèrent en flèche à travers l’Atlantique en 1873, les compagnies de chemin de fer furent en difficulté. Quand Jay Cooke, financier des chemins de fer, fut incapable de payer ses dettes, la Bourse s’écroula en septembre, provoquant la fermeture de centaines de banques durant les trois années suivantes. La panique continua pendant plus de quatre ans aux Etats-Unis et près de six ans en Europe.

    Les effets à long terme de la panique de 1873 étaient pervers. Pour les plus grandes firmes industrielles des Etats-Unis – celles qui avaient des contrats garantis et la possibilité de passer des marchés à prix réduits avec les compagnies de chemins de fer – ces années de panique valaient de l’or. Andrew Carnegie, Cyrus McCormick et John D. Rockefeller avaient assez de capitaux en réserve pour financer leur propre croissance continue. Pour de plus petites entreprises, qui comptaient sur une demande saisonnière et sur des capitaux extérieurs, la situation devint terrible. Les réserves de capital s’asséchèrent et les industries aussi. Carnegie et Rockefeller rachetèrent leurs concurrents à prix cassés. L’Age d’or des Etats-Unis avait commencé en ce qui concerne la concentration industrielle.

    Comme la panique s’accentuait, les Américains ordinaires souffrirent terriblement. Un fabricant de cigare, Samuel Gompers, qui était jeune en 1873 se souvint plus tard qu’avec la panique, « l’organisation économique s’écroula avec des accents de cataclysme primitif ». Entre 1873 et 1877, de nombreuses petites entreprises et ateliers mirent la clé sous la porte, des dizaines et des centaines de travailleurs, dont beaucoup d’anciens soldats de la Guerre Civile, devinrent des temporaires. Les termes de « tramp » (vagabond) et « bum » (clochard), tous deux des références aux anciens soldats, devinrent courants dans la langue américaine. Les listes de l’aide sociale explosèrent dans les villes principales, avec un taux de chômage à 25% (100 000 travailleurs) rien qu’à New York City.

    Les chômeurs manifestèrent à Boston, Chicago, et New York pendant l’hiver 1873-74, demandant l’ouverture de chantiers publics. A Tompkins Square – New-York – en 1874, la police attaqua la foule avec des gourdins et frappa des milliers d’hommes et de femmes. La panique fut suivie par les grèves les plus violentes de l’histoire de l’Amérique, y compris le groupe secret de travailleurs connu sous le nom de Molly Maguire dans les mines de charbon de Pennsylvanie en 1875, quand des travailleurs masqués échangèrent des coups de feu avec la « Coal and Iron Police, » une force privée missionnée par l’Etat. Une grève du chemin de fer à l’échelle des Etats-Unis suivit en 1877, au cours de laquelle la foule détruisit des nœuds ferroviaires à Pittsburgh, Chicago, et Cumberland, Md.

    En Europe Centrale et Orientale, les temps étaient de plus en plus difficiles. Beaucoup d’analystes politiques ont rejeté la responsabilité de la crise à la fois sur les banques internationales et sur les Juifs. Les leaders de la politique nationaliste (ou agents du tsar Russe) ont adopté une nouvelle forme sophistiquée d’antisémitisme qui fit école auprès des milliers de gens qui avaient perdu leurs moyens de subsistance pendant la panique. Des pogroms anti-Juifs s’en suivirent dans les années 1880, surtout en Russie et en Ukraine. Petites et grandes communautés avaient trouvé un bouc émissaire : les étrangers dans leur propre milieu.

    Je suis troublé par les échos du passé dans les problèmes actuels de prêts immobiliers. Après 2001, des prêts furent accordés aux primo acquéreurs qui signèrent pour des taux variables qu’ils ne pourraient vraisemblablement jamais payer, même dans le meilleur des cas. Les spéculateurs de l’immobilier, espérant récupérer facilement les propriétés, se déchainèrent, en supposant que les prix des maisons n’arrêteraient pas de grimper. Ces dettes furent titrisées sous forme de titres complexes pour les compagnies de crédit et d’autres banques d’affaires, puis vendues à d’autres banques ; inquiètes pour la stabilité de ces titres, les banques ont acheté une espèce de police d’assurance appelée « credit-derivative swap », dont les gérants se figuraient qu’elle protégerait leurs investissements. Plus de deux millions de demandes de saisies – notifications de non-paiement, de ventes aux enchères ou de saisies par les banques furent recensées en 2007. Depuis, des milliards de dollars furent déjà investis dans ce marché dérivé des crédits. Est-ce que ces nouveaux instruments financiers étaient assez résistants pour couvrir tout le risque ? (réponse : non) . Comme en 1873, une pyramide financière complexe reposent sur la tête d’une épingle. Les banques accumulent du cash. Les banques qui accumulent du cash ne font pas de prêts à court terme. Les grandes et petites entreprises courent un risque de mort faute de crédits à court terme pour acheter les matières premières, expédier leurs produits et entreposer les stocks.

    S’il y a des leçons à tirer de 1873, elles sont différentes de celles de 1929. Surtout, quand les banques périclitent à Wall Street, elles arrêtent toute l’activité ailleurs et ce pour très longtemps. La laborieuse remise en route des banques aux Etats-Unis et en Europe créa un chômage généralisé. Les syndicats (illégaux presque partout auparavant) se développèrent mais furent enrayés par les institutions centrales qui apprirent à agir à la limite de la loi. En Europe, les politiciens prirent les Juifs comme boucs émissaires, à la lisière des problèmes économiques. (D’autre part les Américains s’en prenaient surtout à eux-mêmes ; beaucoup se mirent à adopter ce qu’on appela plus tard la religion fondamentaliste.)

    Les gagnants de cette panique , une fois sortis d’affaire, pourraient être les firmes – financières ou autres – qui ont des réserves de cash substantielles. On pourrait voir à l’horizon une consolidation importante des entreprises, ainsi qu’une réponse nationaliste avec des fortes barrières douanières, un déclin du commerce international, et la prise des immigrants comme boucs émissaires pour l’accès aux rares emplois. L’échec des discussions de l’OMC en Juillet, commencées à Doha il y a sept ans, suggère l’arrivée d’une nouvelle vague de protectionnisme.

    Enfin, la Panique de 1873 a montré que le centre de gravité du crédit mondial s’était déplacé vers l’ouest – d’Europe Centrale vers les Etats-Unis. La panique actuelle suggère un nouveau déplacement – des Etats-Unis vers la Chine et l’Inde. Je ne me risquerai pas à des prévisions au-delà. J’ai encore un microfilm à lire.

    Scott Reynolds Nelson est professeur d’ histoire au College William and Mary. Parmi ses livres on compte : Steel Drivin’ Man : John Henry, the Untold Story of an American legend (Oxford University Press, 2006).

    1. merci pour ce nouvel élément (pour moi) qu’en pense Paul au fait? j’aimerais bien savoir si l’on se trompe de modèle de crise. Celle-ci me semble étrange, comme une mutation accompagnée d’une régression qualitative.

  14. Au fait, puisque les banques nous font du mal, puisque l’état a décidé d’être de leur côté, pourquoi ne nous lancerions nous pas dans un vaste programme de troc, un marché parallèle où l’argent n’aurait plus droit de cité ? Nos chers banquiers fraaçais nous la joueraient peut être un peu moins frileuse sur le crédit etc ? Sommes-nous tout à fait désarmés, nous, consommateurs, clients , face à ces gens qui s’octroient des bonus sur notre dos ? Internet nous faciliterait grandement la tâche, qui lance le grand Troc.com ?

    1. Vous ne pourrez pas vous passer de l’argent. Si, en échange de votre voiture, un éleveur de chevaux vous proposait 4 chevaux, et si vous vivez dans 70 m2 à Paris, qu’allez vous faire ?

    2. Drole d’objection…peut-etre n’accepterais-je pas des chevaux : avec internet on doit pouvoir trouver ce qu’on cherche assez facilement. Je pense qu’on doit pouvoir faire pression sur les banquiers français pour qu’ils arretent de jouer aux cadors internationaux sur le dos du peuple français. Que nous apportent leurs grandes envolées, leurs chiffres, à nous français de base ? Rien. Que savent-ils faire de si étonnant que ne pourraient faire des banquiers américains ou anglais ? A eux de faire un effort si ils veulent encore nous avoir pour clients. Qu’ils prennent leur part du fardeau de la crise. J’ai lu quelque part que la finance captait aujourd’hui 40 % des bénéfices de notre économie contre m^^eme pas 10 % en 1980. Il est temps de les remettre à notre service. Quant aux engagements internationaux, l’etat français est encore assez crédible, pas besoin de ces banques. Passons nous d’elles pour le maximum d’échanges etc et on verra leur réaction.

  15. Le sentiment dans notre culture occidentale — du moins dans son développement depuis l’époque moderne –, se réduit généralement au sentimentalisme, à l’émotivité, si bien que raison et sentiment y sont constamment opposés dès lors qu’il s’agit de décrire une réalité, et qui plus est d’agir sur cette réalité.

    Pourtant l’expression « prise de conscience » qui appartient au langage courant révèle une vérité dont nous avions la connaissance implicite, mais que toute une tradition de notre rationalité a rejeté du coté du parasitaire, du nocif même, s’agissant du bien raisonner.
    Comme l’indique le mot « prise », la conscience n’est pas celle du pur esprit qui ouvrirait une fenêtre sur le monde pour en prendre conscience, c’est à dire, en fait, simplement lui donner sa visibilité en vue de l’action individuelle et souveraine ; cela c’est la vision albertienne, ou perspective, dont nous avons hérité de la Rennaissance.
    La prise dont il s’agit ici émane du monde lui-même : elle est ce qui permet dans le monde la transition d’un état stable ancien à un nouvel état stable où raison et sentiment — tels yin et yang –, jouent un rôle d’égale importance en tant qu’ils sont à la fois mûs et portés l’un par l’autre.
    Le sentiment est alors ce qui offre une prise à l’esprit humain lors de cette phase particulière de tout changement qu’est celle où les repères habituels ne sont plus d’aucun secours pour faire face pratiquement à une réalité — économique, sociale, politique — qui se dérobe, autrement dit que l’on ne maîtrise plus.

    Le sentiment associé aux tentatives ratées finit par neutraliser, rejeter à l’arrière plan les raisons qui sous-tendaient les dites tentatives, et par ce fait même le sentiment cale, dispose les humains d’une collectivité sur une nouvelle configuration de l’esprit collectif où les raisons autrefois marginalisées ont cette fois une place de choix, ou bien encore où les raisons singulières émergentes peuvent s’y exprimer — c’est ici qu’intervient l’accès à la trace mnésique qui rappelle des expériences anciennes et sur laquelle la multitude se branche et se synchronise –, et ainsi de suite, jusqu’à ce que de sentiments en raisons, le processus débouche sur le nouvel état stable. Alors seulement il devient possible de rendre son droit à l’analyse des causes physiques, celles qui sont relatives à la rationalité associée à la nouvelle pratique (économique, scientifique, technique ..), déjà constituée.

    Le sentiment jouerait ainsi en quelque sorte un rôle de sélection naturelle des idées et pratiques en circulation à chaque phase de la transition.

    Cette approche des choses, pour ce que j’en ai compris, et selon une interprétation peut-être un peu libre, offre des raisons d’espérer que les choses n’iront pas forcément de mal en pis car c’est aussi de nos réactions — sentiments, que nous inspirent les évènements que nous devrons de traverser l’océan tumultueux sur lequel nous voguons pour finalement atteindre la terre lointaine dont nous n’avons encore qu’une idée très incertaine.

    Quant au suicide de nombre d’intellectuels, penseurs, écrivains, artistes dans les périodes noires, très troubles ils tiennent sans doute en partie au fait que notre culture occidentale est une culture du tragique, eschatologique, qui dramatise les évènements de façon paroxystique là où les chinois, par exemple, voient dans ce qui constitue pour nous des fins, des termes, seulement des transitions, des phases d’un procès continu du monde. Or si la pensée chinoise dans son ensemble est précisément cette pensée du processus c’est justement parce que le sentiment en est une partie intégrante, et ce dès son origine. L’intelligibilité du monde y est explicitement appréhendée comme sentiment de la raison et raison du sentiment.

    La combinatoire à laquelle renvoie le Yi King — Classique des changements — n’est rien sans l’investissement émotionnel modulé et normatif qui la présuppose : les configurations de l’ordre dynamique de la nature ont leur pendant dans l’ordre dynamique des affaires humaines établissant ainsi une relation de symétrie (voir à propos du symétrique et de la réaction émotionnelle : Comment la vérité et la réalité furent inventés, Paul Jorion.)

    Il faut noter que les premières commentaires au Yi King ne furent pas comme on pourrait le penser des commentaires relatifs à une explication du Classique des changements en termes d’analyse combinatoire, cette tradition aura certes une place importante dans la prolifique littérature interprétative, mais toujours est-il que les commentaires furent d’abord métaphoriques.
    « … Le livre des mutations est une modélisation des conditions optimales de l’action dans un cadre ritualiste : la description générique des différentes phases d’un ordre dynamique des phénomènes naturels n’a pour fonction la prévision que pour autant qu’elle vise la régulation universelle, c’est à dire, au niveau de l’empire ou du royaume, la régulation des affects. » ( Pierre-Yves Dambrine, 1995)
    A l’origine les structures politiques étaient calquées sur des structures familiales via un culte des ancêtres qui consistait pour les chefs du culte (les aînées mâles) en l’observance de formes rituelles (paroles, gestes, postures) destinées à maintenir la continuité d’une chaîne familiale de génération en génération si bien que de l’observance de la relation filiale et hiérarchique au sein même de la famille vivante dépendait in fine la survie du clan dans son ensemble et par voie de conséquence le bien être de chacun des membres du clan. Les formes rituelles devaient donc médiatiser l’insertion de chacun dans l’espace temps culturel élargi aux dimensions de l’empire et de son histoire dynastique. D’où le rapport particulier et nécessaire entre forme et sentiment : le sentiment en tant que motivation de la forme, et la forme comme normativité du sentiment.

    La calligraphie chinoise, art du lettré par excellence, illustre bien ce phénomène culturel en tant qu’il est une forme dérivée, abstraite, de la ritualisation des liens sociaux initiée par le culture des ancêtres. La calligraphie chinoise est constituée par des formes fractales à investir de ses sentiments propres sur fond d’une Histoire incorporée de la calligraphie : l’appropriation des formes canoniques des styles anciens est le passage obligé pour tout calligraphie qui voudrait s’exprimer singulièrement. Le singulier est donc d’emblée ancré dans le collectif, un collectif qui renvoie à l’ordre historique continué de la Civilisation chinoise dont il s’agit de faire surgir une nouvelle configuration formelle qui a doublement valeur morale et esthétique : les grands styles des calligraphes renommés sont autant de phases de la civilisation sur le plan proprement artistique.

  16. Le pessimisme est sans doute de rigueur.Je viens de lire quelques articles postumes et prémonitoires (ECOLOGICA)que le philosophe André Gorz écrivait avant sa mort et la crise de 2008.Il disait en particulier »la sortie du capitalisme aura lieu d’une façon ou d’une autre. »Elle sera « civilisée » ou « barbare. »Si cette sortie semble admise par les lecteurs de ce blog, la direction qu’elle prendra est toujours indécise.

  17. Il y a plusieurs types d’optimiste. Un individu qui a une solide confiance en soi a tendance d’être plus optimiste que celui qui en a moins. Il y a l’optimiste candide, inconscient, sensible à toutes sortes d’hilarités. Et il y a aussi un optimiste issu du déni, autrement dit la peur d’affronter la méduse sans être pétrifié par son regard. Je ne pense pas que ce nouveau totalitarisme sera sérieusement mis en cause, car il s’agit d’un système solidement ancré, doté d’une cohérence systémique, et couvert tant par les lois que par das instances gouvernementales et même par les églises. Mon vécu professionnel m’a appris que toute organisation qui gère des énormes sommes d’argent a tendance à se pervertir et que le changement ne survient que par un pourissement intérieur, de manière autogène. Ce processus peut être très long en faisant des dégâts irréversibles. Je ne vois aucune impulsion qui puisse mener à une révolte de la part du public, et cela malgré les violences psychologiques et sociales excercées par ce nouveau système totalitaire. « Le bon peuple », n’a-t-il pas, dans le passé récent, supporté et même acclamé les régimes totalitaires?

  18. @ très simple bourré de parachutes en gaze

    j’espère vous y voir à gaz-gaz cet hiver ce premier de l’an
    je vous repérerai car vous serez sans tête et vous aurez une belle allure

  19. la colère est un territoire que l’on ne quitte que rarement à GazGaz
    non, je vous y verrai,
    où donc le laissez-faire dans le pourrissement n’est-il pas le prolongement de l’arme du plus fort pour faire plis et plus
    dans le jeu de territoires à conquérir, aucune pierre n’est mise au hasard dans le jardin des nains
    la vache qui rit risque d’en perdre le ris de ses boucles en oreilles pis pis que pendre
    oui, Go vers l’enclave et l’enclume

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