BFM Radio, le lundi 23 novembre à 10h46

Les krachs sont-ils évitables ?

Si vous passez mercredi à 18h30 devant le Conseil Supérieur du Notariat au 60 du boulevard de La Tour-Maubourg à Paris, n’hésitez pas à pousser la porte : vous m’y verrez et vous m’entendrez débattre de « Séismes et bulles financières : quelle prévision ? », et mon interlocuteur sera Didier Sornette, Professeur de risque entrepreneurial à l’Institut Fédéral Suisse de Technologie à Zürich.

Ce sera un débat – même si Didier et moi, nous nous connaissons depuis pas mal d’années : du temps de Los Angeles, et même si j’ai déjà dit beaucoup de bien de ses travaux dans « Vers la crise du capitalisme américain ? », mon livre publié en janvier 2007 : celui où j’annonçais la crise.

Je ne vais pas préjuger de ce que Didier dira mercredi, mais sur cette question : « Les krachs sont-ils évitables ? », j’ai le sentiment qu’il aurait plutôt tendance à dire « Non », alors que je dirais moi plutôt « Oui ». Il écrivait en effet dans son livre « Why stock markets crash », publié en 2003 : « Si les traders apprenaient comment déchiffrer et utiliser [l’information contenue dans les prix de marché], ils en tireraient parti, et tireraient également parti du fait que les autres sachent aussi comment en tirer parti ; ce qui n’empêche que les krachs auraient probablement tout de même lieu » (*)

C’est que, en tant qu’anthropologue et sociologue, j’attache une énorme importance à ce qu’on appelle la « prise de conscience », le fait qu’ayant compris un processus, nous avons, en tant qu’êtres humains, la capacité de réagir : de modifier notre comportement en fonction de ce que nous avons compris. Nous pouvons poser des actes – en tant qu’individus – en tenant compte de ce que nous comprenons, mais nous pouvons faire encore beaucoup mieux : nous pouvons élever notre prise de conscience à un niveau collectif en édictant – attention à ce que je vais dire – en édictant des « règles » : des règlements ou des lois – qui interdisent certains comportements. Et certaines de ces règles peuvent être mises en place dans le but précis – pourquoi pas ? – d’éviter les krachs.

En fait, il se pourrait bien après tout que Sornette ait raison et que j’aie tort : il se peut que les krachs soient effectivement in-évitables. Si c’était le cas, le meilleur argument possible aurait été trouvé en faveur d’une proposition que je défends depuis quelques années : qu’il faudrait cantonner les produits dérivés dans leur fonction assurantielle mais qu’il faudrait les interdire dans les cas où ils créent de toutes pièces un risque qui n’existait pas auparavant, autrement dit : quand ils constituent de purs paris sur les fluctuations des prix.

Tout bien réfléchi, le débat de mercredi constitue pour moi une situation idéale de « win-win », comme on dit : ou bien les krachs sont évitables et j’ai raison contre Sornette, ou bien ils sont inévitables et dans ce cas-là la conclusion est claire : il faut absolument interdire les paris sur les fluctuations de prix… autrement dit appliquer une mesure que je préconise par ailleurs !

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(*) Didier Sornette, Why Stock Markets Crash. Critical Events in Complex Financial Systems, Princeton : Princeton University Press, p. 279.

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47 réflexions sur « BFM Radio, le lundi 23 novembre à 10h46 »

  1. Il me semble que, parfois, les êtres humains n’ont pas envie de sortir des impasses qu’il créent eux-mêmes ou/et qu’ils ont subi, pour des raisons qui essentiellement à l’ego : ils préfèrent un merdier où ils dominent (excusez mon vocabulaire) plutôt que l’ordre dans lequel ils ne seraient plus rien. L’intelligence a besoin de la force pour s’imposer à l’ego… et que ce dernier n’ait plus les moyens de saper la raison.

  2. Je suis tenté de faire un jeu de mots idiot avec sornette…
    @VBS
    Il n’y a pas que des raisons égoistes à la résistance au changement mais également des paramètres psychologiques .L’état de dissonance cognitive dans lequel nous met la révision des paradigmes.
    « La rectification d’idées acquises est plus pénible pour un individu que l’apprentissage d’idées nouvelles pour lesquelles il ne possède pas encore de modèle ». Citation » wikipedia » sur la « dissonance cognitive ».

    1. Je ne parle d’ailleurs pas d’égoïsme, mais d’ego.

      Ceci dit…

      Promis je vais essayer de répondre en négociation au mec qui veut un plus gros beefteck que les autres « attendez, vous êtes en dissonance cognitive »… ;-)))

  3. Bonjour,
    je suis depuis trés peu de temps votre blog et je le découvre donc ! la conclusion de votre article du jour m’invite à penser que vous aimez beaucoup avoir raison … mais je suis aussi presque sur que c’est par esprit ludique que vous l’avez écrite, seul remède de l’esprit pour calmer l’ego des uns et des autres, et formidable catalyseur de l’ego des intellectuels.

    L’humour seul reméde pour sortir de l’impasse des situations compliquées, les boudhistes ( des gens plutôt « convaincu ») parlent eux directement de la vacuité des phénoménes et réservent l’humour seulement pour les choses triviales que la vie nous améne.

    Par ailleurs:

    J’arrive pas à trouver dans vos articles des choses portant sur les idées que Marx a émisent en son temps (pas ce qui en a été fait plus tard par les communistes etc), ce serais pour moi trés interessant … je vais continuer à parcourir votre blog.

    Cordialement

  4. excusez-moi, Paul;
    la situation win-win, gagnant-gagnant, est celle où les deux participants sont supposer tirer un avantage de la relation qu’ils créent entre-eux;
    dans la situation que vous présentez, vous êtes gagnant à tous les coups;
    on dira plus tôt : pile, je gagne; face, tu perds;

    1. Bien vu Auspitz.

      Dans la sagesse professionnelle que d’autres m’ont reconnus, il s’agissait de reconnaître ce que les deux parties acceptaient de perdre.

      Cela s’appelle une vraie relation commerciale.

    2. Et je complête : cela a été COMPLETEMENT montré par notre gars Paul dans son étude sur les marchés de pêcheurs.

      Relisez bien. Cela vaut son pesant de dorades.
      Pour ma part, je n’ai étudié que la communication des volumes de pêche depuis les bateaux en mer aux marchés, pardon, ports, auquels ils allaient livrer…

      La phase antérieure, donc. Ouaich, Mr Paul… Même si le terrain existe, il existe aussi toujours un tordu de ma race pour faire « mieux »…

    3. Je reviens au sujet principal. Exceptionnellement.

      Je n’ai, pour ma part, jamais, mais vraiment jamais constaté aucune société, qu’elle fusse entreprise privée, ou publique, ou démocratique, ou fascite ou tout ce que vous pouvez imaginer…. garder un monopole plus que 100 générations il y a 2000 ans, et 2 générations maintenant.

      Les crashs d’une société capitaliste avec sa « récupération » par les mêmes ou d’autres sont donc inévitables et se feront toujours au détriment de 98% de la population.
      Soyons généreux : 99,9%.

  5. C’est quand même moche pour un prévisionniste de s’appeler « Sornette ». La vie est parfois injuste 😉

  6. Les krachs sont-ils évitables ?

    Dans un système communiste OUI , dans une économie du marché (capitalisme) NON !

    Actuellement, on vit dans quel système, étant donné que l’on a assisté à la fin du capitalisme?

  7. Dans une relation gagnant-gagnant, Sornette ne peut pas avoir totalement tort. Donc les krachs sont inévitables et on peut interdire les paris sur les prix………….ou bien, le krach ne relève pas de la programmation neuro-linguistique ?

  8. bonjour,j’ai entendu ce matin sur france culture que m.jorion rejoignait le think tank de Mme lepage ou l’on attend aussi m’a t’il semblé entendre p.larrouturou dont le P.S a fini par exceder la patience.excellente initiative,et j’espère que nous aurons l’occasion de lire sur ce blog l’évolution de certains débats.et notamment sur les moyens concrets(politiques)d’influer sur le cours des choses dans un laps de temps assez court et avec qui(Mme lepage étant liée pluot au modem,traduction politique avec ou pas avec f.bayrou?Mme lepage me semble tenir la route mais le système de pensée français est une lessiveuse impitoyable sans compter son gout de la distinction inutile.si p.jorion peut nous laisser un petit commentaire là dessus et comment il envisage les choses.

    1. Là, Paul, il faudra confirmer ou infirmer, je pense.

      Mais ne pas laisser un doute planer. Rien n’est plus destructeur que le doute. Je ne vous apprends rien.
      Enfin… j’espère ne rien vous apprendre.

      Entrer en politique, quoi de mieux..???

    2. Effectivement « entrer en politique ».
      Ce serait avoir accès à l’antichambre du poste de pilotage.
      Mais c’est un autre « métier ».
      Le parti qui vous utilise vous « tague » à vie.

    3. Sachant que la politique vend aux peuples le pouvoir de leur spoliation, quoi de mieux pour dominer, en effet.

      Oui, ami haché. Compte combien d’humains ont préféré vivre en hermite dont certains connus ont dit : « au plus je connais l’humain, au plus j’aime les animaux »…

      Néanmoins, il semble que Paul soit là… un peu obligé de dire la vérité.

    4. Mme Lepage, personne pour laquelle j’ai beaucoup d’estime, en raison de son combat concret pour l’écologie, son indépendance d’esprit, son courage, ferait mieux de larguer les amarres avec le parti de François Bayrou.
      Bayrou n’est pas fiable, son programme se résume au programme libéral classique tout le reste chez lui n’est qu’adjuvant pour rendre son offre politique plus attractive. Son seul objectif est de devenir président de la République peu lui importe les faux-semblants.

      Pourquoi Mme Lepage ne créerait-elle pas son propre parti en s’entourant d’une volée de conseillers, personnalités, par forcément issues du sérail politique, de haute tenue et réellement novateurs ? En tant de crise ce qui fera la différence ce sont les partis qui auront vraiment quelque chose à proposer.
      Il faut ringardiser le jeu politicien des petites phrases, regarder loin devant, l’intendance suivra.
      Au lieu de courir derrière les sondages à la recherche d’une martingale électorale les partis doivent faire de la vraie politique c’est à dire cristalliser des mouvements d’idées émergents.
      Les idées si elles sont vraiment pertinentes sont portées par la situation dont elle sont une réponse. Et à plus forte raison en situation de crise où il faut pouvoir être capable de définir des repères nouveaux là où les anciens ont perdu toute crédibilité.

      Les UMP, PS sont des machines électorales, mais la matière grise n’ y est pas appréciée à sa juste valeur, voire y est contrindiquée si l’on veut faire sa place dans l’appareil.

      Que des personnes de talent comme Larrouturou ou Jacques généreux n’aient pu trouver leur place et se faire entendre au sein du PS en dit long sur l’état de la réflexion intellectuelle dans ce parti. Que certains au PS en viennent à souhaiter le retour de DSK — l’homme qui avait dit au début de la crise que celle-ci était seulement conjoncturelle — est catastrophique. La place de DSK est bien plus sûrement chez Bayrou, à moins qu’il ne faille plus faire de différence entre le MODEM et le PS.

      Un nouveau » think tank », pourquoi pas, s’il observe une totale indépendance.

    5. Pierre-Yves D.

      Vous est-il venu à l’esprit que les politiques font, maintenant, carrière. ?

      Je vous pose la question en toute honnêteté. N’ayant pour ma part, malheureusement pour beaucoup, aucun intérêt à entrer dans la mafia.

    6. Yvan

      Certes, mais on ne peut pas dire non plus « tous pourris ».
      La politique existe, il faut bien en tenir compte, même s’il existe d’autres moyens d’action.
      Je ne pense pas honnêtement que les personnes que j’ai citées soient authentiquement carriéristes, c’est d’ailleurs pourquoi elles ont tant de difficultés à émerger dans leurs partis respectifs. Raison de plus pour les encourager.

    7. Il n’y a en réalité pas grand-chose de neuf : le groupe en question existe, de manière informelle, depuis l’année dernière. Corinne Lepage – que je ne connaissais pas du tout – m’a approché et, expliquant son projet, il m’avait semblé une bonne idée de participer aux discussions sur les thèmes envisagés. J’ai, moi-même été à l’origine de deux discussions dans ce groupe : l’une sur la notion de propriété privée et l’autre sur le principe de convoquer de nouveaux « états-généraux ».

      Ceci dit, ce rôle de « conseiller » ne m’engage pas vis-à-vis d’une ligne politique : je « conseille » de la même manière d’autres personnes se situant ailleurs et qui voudront peut-être un jour aussi le mentionner.

  9. Il faut en effet (malheureusement) choisir dans cette société : rester indépendant et par conséquent sans pouvoir et souvent pauvre financièrement ou rejoindre un parti (de préférence « traditionnel ») et les portes s’ouvrent, à condition de suivre le diktat (idées) du parti…

    1. Ce qui peut vraisemblablement se passer dans notre avenir proche est que les individualismes renforcent les indépendantismes.
      En effet, en cas de collapse général (un truc américain), le communautarisme ainsi que le régionnalisme auront une montée de valeur dans les bourses (et mes miennes) beaucoup plus importantes que ne le laissent soupçonner les « politiques » (ou « dirigeants », au choix).
      Ainsi, comme je l’ai lu par ailleurs, le bas-peuple des villes souffrira beaucoup plus que celui de la campagne et fera naturellement une « révolution », soit guerre civile, contre le pouvoir dominant.

      Tout bêtement.

    2. Ce ne sont pas des arguments, Chaméléon.

      Nous en reparlerons dans peu de temps lorsque le mouvement prendra une accélération certaine.

      Bien à vous.

    3. c’est une question en effet très délicate que celle de garder le cap de ses convictions et d’honorer ses engagements en politique.soyons sérieux,la plupart s’y perdent mais trouvent au sein du sérail ce qu’il faut de soutiens en tout genre pour les conforter dans leur conversion ou cautionner leurs abandons.il faut une personnalité sans failles pour résister et celà n’a rien à voir avec les partis politiques.après tout l’histoire nous enseigne que c’est sous un gouvernement travailliste que l’angleterre a adopté une neutralité plus que bienveillante envers les troupes franquistes en 1936,que w.churchill était conservateur tout comme a.lincoln que churchill en guise de remerciement pour sa tenacité a été balayé aux élections de 1946 et que lincoln a été assassiné à la fin de la guerre de sécéssion.on voit donc que le souci actuel est autant dans la vacuité des programmes politiques de partis devenus consanguins que dans leur totale innéficacité à promouvoir des dirigeants qui tiendraient la route,obama s’avérant pour le moment une terrible déception mais il hérite d’une situation terrifiante.

  10. heu… c’est possible d’éviter les krachs tout en gardant les bulles? (après le mouvement perpétuel, la quête de la bulle sans fin). Ou alors, si on veut des bulles il faut forcément avoir des krachs?

    krachs bulles hue!

  11. OK avec iGor. Une bulles engendre tot ou tard son propre crash, sans aucune exception, donc les crashs me semblent inévitables tant que l’environnement financier permet la formation de bulles.

    Ceci dit : interdire les paris sur la fluctuation des prix ne permettrai nullement d’éviter un crash. pour eviter un crash il faut empecher la formation de bulles. comme je l’ai deja dit humblement ici, une solution pour empecher une bulle de se former serait la mise en place de seuils limites (journaliers, hebdomadaires, mensuels ?) aux variations des prix pour tous les actifs en étroite relation avec l’économie réelle tels que les matières premières. j’ai souvent observé qu’une bulle prend une allure exponentielle, conséquence d’une avidité qui augmente avec le prix.

    par ailleurs à partir du moment où le « sous jacent  » comme on dit ne varie que peu, les paris sur leurs evolutions diminueraient tout autant à la fois en volumes et en variations.

  12. question suivante: pourquoi être attaché aux bulles-krachs? est-ce que ça sert à quelque chose? concrètement? par exemple, est-ce que ça permet de concentrer efficacement les richesses? où c’est plutôt un effet des concentrations des richesses? ou alors ça sert à autre chose, une utilité d’ordre psychique?

    pour ce qui est de l’interdiction des paris sur l’évolution des prix et les matières premières: un article dans Le Temps du jour, qu’on peut télécharger en version PDF ici

    1. IGor, je ne suis pas aller voir votre article sur « Le Temps ». Journal trop révolutionnaire pour moi.

      Néanmoins sinon, la bulle est effectivement nécessaire dans le système d’argent.
      Elle permet de faire monter la valeur irréelle de n’importe quel actif à des sommets qu’il n’aurait jamais atteint autrement.
      Voyez le prix d’une simple maison qui a été multiplié par 2 entre 1999 et 2007….
      Pourtant, le prix des matériaux et le salaire des ouvriers n’ont pas beaucoup changé………..

      Hypocrisis m’en parlait encore il y a peu…..

      Bonne retombée de bulle à vous et tous ceux que vous connaissez.

  13. Les accidents de la route sont-ils évitables ?
    Oui, non, peut être, en tous les cas on peut en limiter la gravité et la fréquence en régulant et en contrôlant les flux, en donnant la priorité à certains tout en la retirant à d’autres, en limitant la vitesse de circulation, en créant des déviations, en séparant strictement certains usagers des autres, en inderdisant l’accés à certaines voies quand cela est nécessaire, en délivrant des permis, en faisant de la prévention, en controlant et en verbalisant les contrevenants, etc.

  14. « …la « prise de conscience », le fait qu’ayant compris un processus, nous avons, en tant qu’êtres humains, la capacité de réagir : de modifier notre comportement en fonction de ce que nous avons compris. Nous pouvons poser des actes – en tant qu’individus – en tenant compte de ce que nous comprenons, mais nous pouvons faire encore beaucoup mieux : nous pouvons élever notre prise de conscience à un niveau collectif en édictant – attention à ce que je vais dire – en édictant des « règles » : des règlements ou des lois – qui interdisent certains comportements. Et certaines de ces règles peuvent être mises en place dans le but précis – pourquoi pas ? – d’éviter les krachs. »

    Imaginons une société qui prendrait conscience que l’homme mérite mieux que d’être un animal social ultra-dominateur et destructeur de tout ce qui gêne sa domination. Pourrait-on dire de cette société qu’elle a élevé sa prise de conscience si elle met en place des règles qui interdisent une seule forme d’ultra-domination, et si ce faisant ces règles replongent la société dans une certaine stabilité –léthargie ?- de laquelle une nouvelle prise de conscience « généralisée » aura du mal à émerger, ou si ces règles focalisent la prise de conscience « générale » du départ sur un seul aspect ? Ouf !

    1. Fab,

      La prise de conscience dont il est question ici ne peut être totale et définitive, elle s’applique toujours à une situation donnée qui devient intolérable, même si je suis d’accord avec vous sur un point : il s’agit souvent d’un aspect particulier, par exemple aujourd’hui le phénomène de l’inégalité en tant qu’elle menace la survie du système.

      Il me semble que vous vous focalisez sur ce qui s’apparente à un facteur spirituel, voire religieux, ce qui vous amène à envisager la prise de conscience en terme d’échelle de niveaux de conscience. Je pense par exemple aux bouddhistes pour qui le niveau de conscience va de la simple observance des préceptes du culte jusqu’au nirvana en passant par toute une série d’étapes intermédiaires.

      Je veux bien admettre, j’en suis même convaincu, qu’au niveau individuel nous puissions passer d’un niveau de conscience à un autre au gré de nos expériences, de nos apprentissages, mais de là à trouver le moyen d’élever tout le monde et en même temps à un niveau supérieur de conscience, cela est-il possible et même souhaitable ? Est- ce ainsi qu’une société se sort d’un mauvais pas ?

      La « prise de conscience » émerge avant tout d’une situation particulière. Sitôt la situation stabilisée la prise de conscience trouve une traduction technique, juridique, constitutionnelle, si bien qu’elle n’a plus réellement besoin de se trouver en permanence dans l’esprit de chacun des membres de la collectivité. La société est dorénavant axée autour d’un nouveau paradigme partagé par tous ou du moins tous se situent désormais par rapport à ce nouveau paradigme. Le paradigme, ou au moins la nouvelle règle, régule la société, sert de point d’appui au point de devenir pratiquement un inconscient collectif, ce qui bien sûr, à terme, peut causer certains problèmes.

      Une prise de conscience ne consiste donc pas en l’élévation généralisée d’un niveau de conscience individuelle sur un axe linéaire du temps , puisque c’est précisément l’émergence d’une conscience collective, éphémère, transitoire, en tant que réaction affective et intellectuelle, qui introduit une rupture dans la continuité de l’enchaînement des causes du système désormais en crise.
      Ou alors, si l’on veut éviter que s’installe une stabilité il faut déclarer l’état de révolution culturelle permanent, comme le fit par exemple un Mao Zedong lors de sa révolution culturelle prolétarienne, laquelle après avoir opéré un lavage de cerveau à l’échelle d’une nation facilita l’entrée de la Chine dans la sphère capitaliste. Autrement dit l’état de rupture permanent a toujours une fin, laquelle débouche sur un nouvel ordre.

      L’état de léthargie dont vous parlez ne dure jamais, tout système secrète ses propres contradictions, lesquelles susciteront immanquablement de nouvelles prises de conscience.

      La prise de conscience collective est une étape nécessaire au changement. Ceci dit cela n’est pas la seule voie par laquelle les sociétés évoluent que ce soit pour échapper au statu quo ou pour trouver une sortie de crise.
      Les dissidents, les individus qui agissent et pensent à contre-courant sont là pour éviter toute léthargie.
      A contrario l’histoire nous enseigne que lorsque des politiques, et même des philosophes (Heidegger) , voulurent remédier de façon absolue — totalitaire –, à ce qu’ils identifiaient comme des états de léthargie, ils employèrent des thérapies de choc dont les effets furent dévastateurs.

    2. Il faudrait que chacun propage le message, que les médias s’y mettent : la crise est économique ! Il est grand temps que tout le monde le sache !

      Il faut que l’homme prenne conscience que la crise est économique ! Et tant qu’à faire, dans la foulée, que « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » !?

      Ça c’est de la prise de conscience !

      http://www.pauljorion.com/blog/wp-includes/images/smilies/icon_wink.gif

  15. Les bulles servent à faire beaucoup d’argent très rapidement pour les hedge funds, banques. Ils peuvent évidemment en perdre beaucoup tout aussi rapidement mais la mutualisation des pertes justifient largement les prises de risque. Au pire les gros bonnets verront leurs bonus réduits, on l’a bien vu. Bon, bref une économie « bullesque » rend illusoire toute tentative de maitrise des prix à cause du processus cognitif en oeuvre dans la formation et l’eclatement des bulles. or la maitrise des prix me semble etre une condition nécessaire à une économie stable. non ?

  16. Les krachs sont inévitables dans des économies de type américaines, d’ailleurs presque tous les krachs ont leurs épicentres dans ce type d’économies et bcp chez les yankees.
    @pipelette, t’en a fumé du bon.

  17. Le chameleon (sans accents) comme le caméléon est en effet le contraire d’un indépendant… (bravo!,vous avez compris pourquoi j’ai choisit ce pseudo)
    « As a metaphor
    When a person is described as chameleon, the reference to the animal is generally a commentary on the person’s ability to blend into various social situations, often to mean the person has no true values, or that he quickly abandons them in company if it’s convenient to do so.[11] « Chameleons » are also people who can change their personality and appearance with ease, morphing into a seemingly different person, such as an accomplished actor or model. »

    bien à vous.

    http://en.wikipedia.org/wiki/Chameleon

  18. @Paul Jorion,

    Je me pose une question : Puisque le risque est de plus en plus centralisé et puisque les 21 banques américaines ont le quasi monopole des transactions financières, que vas t il se passe en cas de nouveaux crash? Pourront elles trouver une contre partie acheteuse si elles passent vendeuses dans la mesure ou elles détiennent une part colossale des actifs financiers?

    Par exemple une chose m’a vraiment interpellé c’est le baril de pétrole : les banques étaient à l’achat le baril est passé à 150 dollar. Au moment de prendre les bénéfices, aucune contrepartie acheteuse et le baril est passé à 32.

    >>Par conséquent, il est raisonnable de penser que la centralisation des capitaux, en plus d’accroitre les risques, accélère et amplifie la formation de cycles baissiers brutaux.

    Certes les banques payent des bonus record mais leurs endettements deviennent aussi record …

  19. Paul,

    Je préfère nettement ceci : « (…) en tant qu’anthropologue et sociologue, j’attache une énorme importance à ce qu’on appelle la « prise de conscience », le fait qu’ayant compris un processus, nous avons, en tant qu’êtres humains, la capacité de réagir : de modifier notre comportement en fonction de ce que nous avons compris. Nous pouvons poser des actes – en tant qu’individus – en tenant compte de ce que nous comprenons, mais nous pouvons faire encore beaucoup mieux : nous pouvons élever notre prise de conscience à un niveau collectif en édictant – attention à ce que je vais dire – en édictant des « règles » : des règlements ou des lois – qui interdisent certains comportements »…

    … à votre billet du 22/11 « La prise conscience » où vous noyez le message que vous voulez faire passer dans la métaphore scientifique : « La prise de conscience porte sur la catastrophe et l’« incohérence » d’un ensemble de comportements singuliers et aboutit à terme par la réflexion sur une réponse collective synchrone. Celle-ci peut alors être résumée par le physicien sous la forme d’une loi susceptible d’être représentée par un modèle mathématique ». « Une loi susceptible d’être représentée par un modèle mathématique » ? Vraiment ??

    Quoiqu’il en soit, je ne crois pas que l’application du schéma dialectique soit pertinente en la matière, pour la raison qu’il n’est pas possible, comme vous le faites (en cause : l’individualisme méthodologique ?) d’opposer «l’individu » (thèse) à « la société » (antithèse). La société « fabrique » les individus qui perpétuent la société. Et en cas de création du nouveau dans l’histoire, le même cercle apparaît : des sujets changent la société qui les change. Un homme (par ex. Moïse ou, mieux, Mohamed) se lève et crie « Nos lois sont injustes ! Nos croyances sont fausses ! » et rallie à sa cause des foules énormes. Pourquoi ? Parce que toute la société est « travaillée » par les mêmes « préoccupations » et que cet homme n’est que leur porte-parole et donne forme à ces « préoccupations ».

    Dans la situation de crise présente (Krisis : l’acné d’une maladie où l’état du malade peut basculer soit dans la mort soit dans la guérison), force est de constater que la « prise de conscience » de nombreux individus (ici, sur ce blog, et ailleurs) n’a pas encore débouché sur un « prise de conscience » universelle et, encore moins, sur une modification radicale de nos lois et de nos institutions. Mais puisque Krisis il y a, rien n’est encore joué : il n’y a donc pas lieu d’être optimiste ou pessimiste. Demeure cette vive inquiétude : le temps presse !

    Cordialement !

  20. Bonjour Mr Jorion,

    Nous sommes en plein dedans, la formation d’une nouvelle bulle.
    La bonne question est la formation d’une nouvelle bulle est-elle possible à prévenir (ou pas), derrière il est effectivement trop tard le mal est fait.

    Croyez-vous que l’on puisse « prévenir » au sens stoper la formation de celle-ci (je parle de la bulle sur les marchés actions, la dette publique est incontrolable) ?

    Est-il encore temps ? Merci.

  21. Bonjour,
    ne pensez vous pas que le probléme ce ne sont pas les bulles et les kracks, mais les conséquences de ces kracks qui sont ennuyeuses.

    Des petites bulles ça mets du peps !

    De là, ce qu’il faut viser serait donc le processus de gonflement des bulles, donc : qu’est ce qui produit le gaz en trop grande quantité ? ou bien comment le garder sus cloche ?

    Cordialement

    1. Le combustible est fourni à titre gracieux par les banques centrales, BCE, Fed, BoJ, BoC … c’est gaz à tous les étages, quand l’immobilier flambe il ne fait pas semblant c’est tout l’immeuble qui prend feu.

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