A propos d’un parallèle entre L’argent, mode d’emploi et Some Considerations Upon Interest de John Locke (1692), par Claude Roche

Billet invité.

A PROPOS D’UN PARALLELE ENTRE « L’ARGENT, MODE D’EMPLOI » ET « SOME CONSIDERATIONS UPON INTEREST » DE JOHN LOCKE (1692)

Le grand Locke, dans sa controverse avec Petty, fut peut-être le premier qui ait exprimé en termes abstraits le rapport existant entre le taux d’intérêt et la quantité de monnaie ».
(Keynes – La théorie générale)

« L’argent mode d’emploi » est aujourd’hui considéré comme une explication lucide de la crise actuelle. Nombreux d’ailleurs sont les économistes qui sont interpelés. Mais sa simplicité, jointe à l’absence de références historiques ne sera pas sans les troubler : le livre leur donnant l’impression de « sortir de nulle part » et posant la question : « si c’était si simple, comment n’y a-t-on pas pensé auparavant ? » Aussi, dans ce papier, je voudrais apporter un éclairage historique à l’appui des thèses de Paul Jorion, à partir d’un parallèle avec le principal texte économique de John Locke « Considérations sur la baisse de l’intérêt et la monnaie » (1692) texte fondateur de la macroéconomie moderne : car de facto on y retrouve la même vision de l’intérêt et de la monnaie. Ce parallèle me semble d’autant plus important que le texte de Locke a joué un rôle décisif dans l’institutionnalisation du système financier (anglais puis européen) : tout se passant comme si L’argent, mode d’emploi venait à établir un pont avec la pensée économique des origines.

Ce parallèle est alors lourd d’enseignements, car il nous permettra « par Locke interposé » de situer les analyses défendues dans L’argent, mode d’emploi par rapport aux nombreux courants de pensée qui sont en échec aujourd’hui (3ème partie). Mais comme le texte de Locke est mal connu il faut revenir sur son contenu (1ère partie) et ses enjeux (2ème partie). Excusez donc ce rappel historique, mais il en vaut la peine. Cf. la remarque finale sur la théorie des prix.

I – Locke, à l’origine de la macroéconomie moderne

La fin du XVIIème est marquée par des troubles monétaires profonds, mais aussi le profond désarroi de la pensée économique. Car à l’époque on sentait bien le besoin d’une politique économique nationale ; mais on était incapable de la penser faute de comprendre la relation existant entre l’univers productif et l’univers financier. On peut d’ailleurs savoir pourquoi : on pensait à l’époque que l’argent était naturellement productif, et que donc le marché de l’argent fonctionnait de façon autonome (c’est le « fétichisme mercantiliste »). Laquelle position interdisait toute compréhension globale. Aussi le premier pas de la pensée économique moderne sera celui là : décrire comment le jeu de l’intérêt est lié au reste de l’économie. Et c’est Locke qui va l’effectuer en expliquant que le taux d’intérêt dépendait de l’activité économique du pays et trouvait donc son origine dans l’activité productive : « L’état courant de l’industrie (« trade »), de la monnaie et des dettes élèvera toujours l’intérêt [à sa] vraie valeur »

Insistons sur ce point : cette idée d’interdépendance globale apparaît pour la première fois, c’est un véritable saut de la pensée. Mais comme souvent dans cette histoire c’est une position particulière sur la monnaie qui en explique le contenu direct. En fait la vraie révolution introduite par Locke réside dans sa théorie de la monnaie qu’il va re-définir comme fondée sur un gage universel (le métal) : « Les métaux y sont les gages communs au moyen desquels les hommes sont assurés de recevoir en échange des choses d’une valeur égale … l’humanité a attribué une valeur imaginaire à l’or et à l’argent, en a fait par consentement, les gages communs. » Noter ici que c’est la réunion de ces deux idées qui est nouvelle (Locke s’en prend ici aussi à la théorie de la monnaie signe chère au banquier Law). Et elle lui permettra de modéliser la vie économique en trois points :

 En montrant d’abord que tous les revenus sont issus du travail productif, et pour cela il va prendre le modèle du fermage : « that which raises the natural interest of money is the same that raises the rent of land… its aptness to bring him to manages it a greater overplus of income above his rent.”

 En ré-expliquant le phénomène du prêt d’argent dont il verra la cause – non plus dans la nature de l’argent comme on le pensait à l’époque – mais dans son inégale distribution : « money is a barren thing [but] for my having more money in my hand that makes me able to lend and another’s want of so much money as he could employ in trade”

 Et enfin le niveau du taux intérêt : dont il montrera qu’il est issu d’un partage entre le prêteur et l’entrepreneur : »money is apt in trade, by the industry of the borrower to produce … profit… as well as your land.. » « [prêteur et emprunteur] se partagent également le profit à hauteur de 6 %. »

Ces points acquis Locke déduira que l’intérêt n’était pas une variable autonome (et donc manipulable à peu de frais), mais une variable « naturelle », dépendante de la structure de revenus de « l’industrie » (à prendre ici dans son vieux sens). S’il est souhaitable dira-t-il que l’intérêt baisse, on ne peut donc le faire artificiellement (lire : on faciliterait l’endettement des propriétaires fonciers oisifs et dispendieux).

II – L’institutionnalisation du système financier

Répétons–le : c’est la première fois de l’histoire qu’apparaît cette idée de l’interdépendance globale des transactions dans une économie : aboutissant à cette idée « étrange » de régularités dans la formation des revenus. Mais ce qui est plus intéressant ici est l’enjeu institutionnel de telles positions. Car dire que la monnaie était un gage universel ce n’était pas seulement dépasser les apories théoriques de son temps c’était aussi construire un modèle de monnaie politique, puisque la valeur de la monnaie prend sa source en dehors des transactions marchandes : dans un accord préalable des humains (Locke reprendra donc logiquement cette théorie dans son Traité de Gouvernement où il lui donnera son fondement moral). Mais c’était aussi affirmer que l’Etat devait garantir cette valeur de gage et donc organiser le système financier en conséquence. Et c’est effectivement cette dualité que Locke va développer

1/ sur le plan théorique d’abord en dénonçant la spéculation et les trafics qui régnaient à l’époque sur « les marchés » monétaires. « Une loi [abaissant l’intérêt] : 1. entravera le négoce. 2. Portera préjudice à ceux qui ont le plus besoin d’être aidés. 3. Elle accroîtra … l’avantage des banquiers et des changeurs (…) toujours habiles à placer l’argent à sa valeur naturelle »[SC-p46] ». Thèse qui conduira logiquement à prôner la fluidification des circuits allant de l’épargne à l’industrie : « the multiplying of brokers hinders the trade by making the circuit which the money goes, larger ».

2/ Mais surtout sur le plan institutionnel, puisque Locke est alors le principal conseiller du régime. Il agira dans deux directions dont il est inutile de préciser l’enjeu

 Création de la Banque d’Angleterre sur un modèle spécifique : la banque rompt avec l’idée (hollandaise) d’un déposant possesseur de ses dépôts, au profit de l’idée d’un droit à recouvrer l’équivalent du dépôt (toujours cette idée de gage). Le modèle était clairement plus contraignant pour la banque et Andreades le qualifiera pour cela de « service public de crédit ».

 Puis la refonte des monnaies fondées elle aussi sur le principe du gage et pour laquelle Locke engagera tout son crédit politique (pour l’anecdote, c’est lui qui fait alors nommer Newton comme secrétaire du Trésor).

III – Le parallèle conceptuel avec L’argent, mode d’emploi

Ceux qui ont lu L’argent, mode d’emploi ne seront bien sûr pas dépaysés. Qu’on en juge : on retrouve ici le même angle d’attaque (s’interroger sur l’origine de l’intérêt), rigoureusement le même décryptage de la nature de l’intérêt – l’inégale distribution de la monnaie, le même modèle du fermage, le même rejet du prêt à la consommation (chez Locke pour des raisons morales), la même idée du partage des profits, et la même critique de la spéculation. Last but not least on y retrouve la même distinction conceptuelle entre la fonction de GAGE de la monnaie et sa VALEUR et au-delà la même réflexion sur la propriété de l’argent (ceci expliquant in fine cela).

Ce parallèle en surprendra plus d’un n’en doutons pas, mais en réalité il est tout sauf surprenant. A partir du moment en effet où – prenant acte de la crise – Paul Jorion cherchait à penser la monnaie au-delà de la science économique moderne, il était naturel de retrouver les débats des époques antérieures : en tout cas les débats des époques financièrement troublées. Que Paul Jorion retrouve les positions de Locke sonne alors comme une réponse à tous ceux qui critiquent la « non-scientificité» de sa théorie monétaire. Mais ce n’est peut-être pas l’essentiel. Car si l’on « tient » ce parallèle, on peut alors situer, de façon rétrospective en quelque sorte, les thèses de Paul Jorion par rapport aux principaux courants ayant traversé la pensée économique : il suffira simplement de rappeler comment la théorie monétaire de Locke a été lue par sa postérité.

4. Trois lectures de Locke, trois erreurs que nous payons – à lire en fonction du parallèle avec L’argent, mode d’emploi

A vrai dire Locke n’a pas eu la reconnaissance qu’il aurait mérité des économistes « de la moyenne » : et on pourra très bien comprendre en quoi. En fait, peu après Adam Smith et jusqu’aux années Reagan – jusqu’à la théorie de l’agence – la pensée économique va être dominée par le conflit entre le capital et le travail : mais le capital étant pensée du point de vue de l’entreprise et non pas en fonction du marché financier. Locke était donc pour beaucoup « hors sujet ». Il n’en reste pas moins que les plus grands ont forcément rencontré Locke.

a/ Commençons par Marx, lequel se veut d’abord un historien de la pensée. En bon hégélien Marx sait que Locke est le plus important auteur de cette époque « le penseur de la bourgeoisie montante ». Or si Marx travaillera les ouvrages de Locke, il ignorera quasiment les Considerations (pas un mot dans les « Theorien über den Mehrwert » !) ; et, s’il est clair qu’il les a lues, on peut quand même douter qu’il les ait comprises. Il y a une raison à cela : Marx part de l’idée que l’enjeu essentiel de toute pensée économique est de décrypter les rapports de production entre le capitaliste-entrepreneur et le salarié (L’idéologie allemande) ; il cherche donc à les analyser abstraction faite de la « question financière ». Il ne voit pas que celle-ci est première dans le système que nous connaissons.

 Il faut voir ici l’origine de la faiblesse de presque toute la gauche, laquelle – tout en croyant lutter contre le capitalisme – est en réalité aveugle aux questions financières et institutionnelles : elle est condamnée à rester dans le monde du XIXème siècle

b/ Schumpeter, lui, dira avoir lu Locke et il verra l’importance du débat. Mais il lui attribue une position bizarre : « Locke dit-il considère le marché de l’argent comme autonome, il ignore le rôle du profit : c’est un homme du passé ». Les pages ci-dessus montrent assez qu’il s’agit d’un contre-sens, mais qui s’explique lui aussi. En fait Schumpeter écrit en apologue de la science économique émergente à cette époque dont il veut montrer les progrès (sur Smith et Ricardo) : et il voit ce progrès dans ce qu’elle aurait dépassé le « réalisme » des analyses classiques, c’est-à-dire leur absence de prise en compte de la monnaie (« la science économique, dit-il raisonne en valeur »). D’où la nécessité de se tromper sur Locke qui ne rentre pas dans un tel cadre (Foucault fera pareil soit dit en passant)

 Il faut voir ici la source de l’aveuglement de la science économique moderne, laquelle ne peut fonctionner que sur un concept « scientifique » de monnaie : id est un concept homogène (englobant « tous les moyens de paiement »). Par construction elle tombe entièrement sous la critique de L’argent, mode d’emploi.

c/ Reste Keynes, lequel – notre citation – a non seulement lu les Considerations mais prétend s’en inspirer dans sa théorie générale (là encore silence gêné des commentateurs). Ainsi le chapitre sur l’efficacité marginale du capital se veut directement traduit des Considerations. Mais on l’a dit, l’enjeu majeur de Locke est dans la théorie de la monnaie et le fait est que Keynes ne la reprendra pas (Cf. l’extraordinaire faiblesse de sa vision de la monnaie : « un pont entre le présent et le futur » !) Là encore il y une raison à cela : car on l’a dit, la monnaie chez Locke est politique ce qui veut dire, chez lui, « morale ». Or Keynes rejette toute idée de morale en économie (« en ce qui me concerne je suis un a-moraliste »). On voit donc ici où s’est situé le véritable enjeu. Car Keynes ne l’oublions pas est le véritable géniteur du marché financier moderne et de ses politiques de stimulation monétaire (« nous sommes tous keynésiens maintenant », dit Milton Friedman).

 Dans ce rejet de la morale (de la morale institutionnelle) de Locke par Keynes, il faut donc voir tout un symbole : c’est justement le point central, le fond du problème qui émerge en période de crise. La pensée économique moderne n’est donc pas a-morale par « réalisme » comme elle le prétend, mais par « principe idéologique » !

On nous dira que Keynes à ce moment était un angoissé, luttant contre la double menace de Hitler et de Staline. Et que s’il a ouvert la boîte de Pandore, il a quand même réussi à écarter le danger. Certes, mais à quel prix ?

Nota pour Paul Jorion : la théorie des prix de Locke est un peu différente de celle que vous défendez. Non pas que Locke – profondément marqué par Aristote – n’ait pas la même définition du prix que le Stagyrite. Mais sa notion de valeur (épistémologiquement construite sur le concept physique de densité, de Wren et de Newton) n’est ni aristotélicienne, ni surtout platonicienne : en fait elle ne peut s’interpréter qu’à partir de la lecture kantienne de la physique ce qui serait ici hors sujet.

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17 réflexions sur « A propos d’un parallèle entre L’argent, mode d’emploi et Some Considerations Upon Interest de John Locke (1692), par Claude Roche »

  1. 1) car on l’a dit, la monnaie chez Locke est politique ce qui veut dire, chez lui, « morale ».

    Locke comme beaucoup d’autres s’est interrogé sur la moralité du capitalisme de son époque. Mais le sujet de l’intéret, me parait plus centré sur l’efficacité économique que sur la morale…

    Le passage a contenu moral de Locke dont je me souviens concerne le travail, qui selon Locke est ce qui confère la valeur au « produit ». Ainsi chacun est propriétaire des fruits de son travail, car le travail est l’essentiel de ce qui fait la valeur, incorporée à .. ce qu’on appellera plus tard la marchandise.

    Exemple, celui qui ramasse des noix en forêt en devient le propriétaire… sans se soucier d’en laisser pour autrui. Mais c’est ici que Locke introduit une condition de moralité, à savoir que l’on peut accumuler de façon illimitée, à condition que cette richesse ne soit pas détruite ou par quelque manière soustraite à l’économie. Locke ne mérite pas la cohorte de libéraux qui se réclament de lui.

    1. Est il bien fondé de séparer efficacité économique et morale , si l’on veut bien revenir à l’étymologie de « économie » , c’est à dire lart d’aménager sa maison ?

      Mais il est vrai qu’entre l’art et la morale , les chemins de traverse , les impasses et les contresens ne manquent pas;

      Et pour la morale même , les écoles sont aussi nombreuses que les exégètes de l’argent ou de la monnaie .

      Je vais me réfugier sous le réverbère Pascal :

      « …la vraie morale se moque de la morale; c’est à dire que la morale du jugement se moque de la morale de l’esprit … »

      Y aurait-il aussi une économie du jugement et une de l’esprit ?

    2. @Liszt ( quel beau nom !)
      Locke a été tellement interprété que j’hésite à faire usage d’autorité et à vous suivre . Mais sincèrement, votre lecture est non seulement la bonne, mais elle met l’accent sur ce qui est pour moi le fond du problème .
      La crise que nous connaissons est la première où se manifeste – de façon massive – le phénomène de l’enrichissement sans cause qui devrait être condamnable (moralement) . C’est pourquoi je pense que PJ est fondamentalement dans le vrai avec sa thèse institutionnelle.
      Autrement dit critiquer la spéculation parce qu’elle met en péril la croissance est sans doute judicieux , mais ne va pas au fond des choses et c’est se situer de facto sur le même terrain que les « hedge fund » qui disent : la spéculation est amorale, mais elle favorise la croissance
      @ Juan nessy , je parle de la morale du jugement Attention cependant les moralistes du XVIIème sont extrêmement « durs » : ils ne jouent pas les pleureuses comme chez nous.

  2. Merci pour cet article très instructif pour un parfait néophyte en matière économique comme moi. J’ai bien retenu la conclusion sur l’aspect « moral » de la monnaie du fait de son lien avec le pouvoir politique. Ceci suppose me semble-t-il deux conséquences: d’une part une hiérarchie entre fonctions politique et économique, d’autre part, une supériorité « morale » à laquelle cet ensemble serait subordonné. Keynes aurait rompu cette filiation en renversant la nature du pouvoir économique pour finalement l’affranchir de cette hiérarchie, et, de cet affranchissement, serait né l’épanouissement de la puissance financière livrée à sa propre morale (qu’on emballe sous le terme de « valeurs »).
    Ai-je bien compris ?

    1. @domend
      Oui – bien sûr en simplifiant. Keynes a rompu le dernier lien théorique qui liait la gestion financière à des principes de justice et de droit pour ne plus se préoccuper que de la « croissance »
      Il faut dire qu’il a été bien aidé : n’oubliez pas qu’à l’époque il est très fréquent d’opposer la science à la morale ( toujours qualifiée des pires noms d’oiseaux)
      amicalement

  3. Bonjour, il y a longtemps que me démange l’envie de participer à ces débats.

    Dans les années 50, un de mes oncles qui travaillait dans l’entreprise créée par un grand-père et qui lisait l’Aurore, m’avait dit « nous donnons du travail aux 50 ouvriers » de l’entreprise. Mes parents et lisions L’Huma … d’où les débats.

    Au début des années 90, j’ai eu une discussion avec un jeune économiste déjà renommé à propos de l’ « effet richesse ». Ce qui prouve, à mon avis, que les mécanismes à la base de la croissance américaine, « exceptionnelle » à l’époque, étaient connus mais que probablement leurs limites n’étaient pas correctement analysées.
    Ensuite, on a parlé notamment dans la presse, d’une part, de la « création de valeur pour l’actionnaire » et, d’autre part, des « charges » que les salariés sont pour les entreprises.

    Une idéologie sous jacente différente, à mon avis, de celle des américains basée sur la croyance que Dieu récompense les fortunés.

    Ces idéologies paternalistes, technicistes ou immanentes sont certainement nécessaires pour que les capitalistes et leurs familles, en tant que classe (bouh le vilain mot ringard), se sentent à l’aise dans leurs baskets alors que des milliards de gens sont dans la « m… ».

    Le problème, c’est qu’à force d’y croire ils pensent sincèrement que c’est le capital qui crée les marchandises, la valeur, etc. Création « spontanée » qui explique aussi la croyance en la création de monnaie ex-nihilo par les banques. Pourtant, il me semble bien que la Fontaine avait expliqué qu’un tas d’or posé dans un champ ne produit ni blé, ni pommes de terre.

    Dans le système capitaliste, si on n’est pas capitaliste, il faut être exploitable ET exploité … sinon on vous laisse crever (littéralement en Afrique, par exemple).

  4. j’ai beaucoup de mal à écrire ce que je pense,non pas parce que j’écris avec les yeux,mais j’étais un verbal.çà fait 4 ans que je surfe tous les sites de reflexions scientifiques (donc économiques) pour etre « confortable » avec la nature et la pensée humaine
    j’ai trouvé un texte qui répond à ma place à mr roche&jorion
    http://palim-psao.over-blog.fr/article-pourquoi-critiquer-radicalement-le-travail-conference-d-anselm-jappe-34933038.html
    j’avais écrit ,ici,que plutot que de supprimer la spéculation(mr jorion),c’est le profit qu’il faut supprimer
    mr jappe m’offre un support bien utile(écrit) à la réflexion

    1. Vous avez bien raison de renvoyer à la signification du travail ( peut être de façon plus large à notre  » emploi du temps ») et à son rôle dans la structuration sociale .

      L’Afrique et pas mal de damnés de la terre gagneraient surement à cette vision économique qui soit de  » jugement » .

      J’ai par contre quelques réserves sur l’article auquel vous nous renvoyés , car , par exemple , selon moi , en matière d’agriculture , la baisse de reconnaissance du travail ( production ) est en partie due au jeu de mise en concurrence , mais aussi et assez largement au fait que le consommateur  » moderne » accepte de bouffer de la m… et oublie le coût induit sur sa santé ( qu’il rétablie à coup de pharmacie) , sur la pollution des sols ( agriculture intensive et même  » raisonnée » ) , sur la pollution de l’air induite par le jeu délirant de tranports abracadabrantesques .

    2. je me retrouve beaucoup plus dans le mail de M Niboh qui me semble extrêmement juste. Derrière ces formules il y des évolutions de mentalités qui sont des regressions.
      Par contre je ne me retrouve pas dans la critique du travail qui me semble extrêmement dangereuse . Actuellement le travail est la seule activité qui soit à la fois exigente et socialisante (vous travailler à la fois pour d’autres et avec d’autres). De ce point de vue, les distinctions que l’on fait couramment en distinguant travail et activité ou travail et oeuvre me semblent spécieuses. Car on oublie que ces distinctions fonctionnaient quand l’homme avait une autre forme de socialisation la guerre : en clair il deviat payer de sa personne pour défendre la communauté.
      En d’autres termes ce n’est pas en enlevant des contraintes à l’homme qu’on le rendra bon et sociable : l’oisiveté est mère de tous les vices disaient les Hussards Noirs de la République
      amicalement

    3. Claude Roche :

      Il est significatif ( mais hâtif) que vous ayez traduit signification du travail par contrainte , et je comprends mieux que morale ne vous évoque effectivement que la morale pascalienne que je n’avais appelée à la rescousse que pour l’opposition  » jugement » VS « esprit » .

      Le sujet du « bon temps » reste un des seuls où je reste en phase avec les approches de Jacques Attali .

      J’ai passé mes quarante et un ans de  » travail » sans sentiment de contrainte ( sauf sur la fin car le corps ne suivait plus) .

      Et parfois sur certains blogs , où mon retrait des affaires me permet d’être oisif ,j’ai le sentiment d’être puni.

      Heureusement , un clic et tout s’efface .

  5. C est un super article. Passionnant. Peu de chercheurs s’intéressent à ces sujets. Merci beaucoup c’est très inspirant.

    Pour ce qui est de Locke, nombre de libertariens savent très bien à quoi s’en tenir et le détestent justement pour sa fameuse clause provisionnelle à laquelle Lisztfr fait allusion, clause lourde de conséquences pratiques qui soulève par ailleurs de nombreuses difficultés d’interprétation.

    Il est très difficile en général de justifier les positions libertariennes à partir d’une théorie contractualiste. Même Gauthier a été conduit à constater que les externalités (positives comme négatives) ne sont pas l’exception mais la règle, et que tout libéral conséquent devrait reconnaître que le « marché » en est saturé.

  6. @ antoine
    merci de vos commentaire .
    Je pense en effet que ce ne sont pas seulement les libertariens mais tous ceux qui pensent que les droits définis par Locke sont négatifs ( id est ; vides de toute notion de devoir). C’est en fait une position récente qui reflète le glissement de toutes les tendances de la vie politique vers le subjectivisme Locke dit expressement que l’homme est libre de faire ce qu’il pense bon pour sa « conservation », mais qu’il doit agir pour « conserverles autres ( membres de sa communauté) quand il le peut . On pourrait discuter d’ailleurs de la manière dont notre « déclaration » a reflété ce phénomène
    Ceci dit, il n’y a pas que les libertariens qui font eds contre sens sur Locke. j’ai rédigé un texte de critique du courant contextualiste – que je cherche à faire publier. Si cela vous interésse.
    amicalement

  7. Je signale à ceux qui n’ont pas lu « L’argent, mode d’emploi » (Fayard 2009), que j’y avais situé ma démarche au sein de l’histoire de la pensée économique d’une autre manière (pp. 95-96) que ne le fait Claude Roche. Sans référence à Locke – dont je n’avais pas lu les écrits économique jusqu’à maintenant.

    Pour ceux qui aimeraient situer mon raisonnement ici au sein de l’histoire de la pensée économique, je combine la réflexion de Quesnay sur les avances et sur la terre comme seule créatrice de richesses, avec celle de Marx, pour qui c’est le travail qui constitue la seule source de richesses. Je vois moi la combinaison de ces trois facteurs, avances, terre (sous l’égide du soleil, sans qui les autres ne seraient rien) et travail, comme indispensable pour la création d’un surplus (de richesses), dont les intérêts sont alors la part qui va au « capitaliste », le fournisseur des avances, alors que le profit (surplus moins intérêts) va au travailleur.

    Schumpeter écrit à propos de Quesnay et Marx :

    « … l’agent naturel rare, opérant, par hypothèse, uniquement dans l’agriculture, produit, au-delà des autres facteurs utilisés, une plus-value à laquelle la fabrication n’ajoute rien, parce que la concurrence ramène ce qu’elle ajoute à la valeur des matières employées, au niveau de la valeur des produits agricoles consommés par les fabricants et leurs ouvriers. Si nous étions fermement résolus à pousser à l’extrême cette argumentation, c’est jusqu’à l’intérêt que nous pourrions expliquer comme un dérivé du produit net [en français] Ceci renforcerait encore l’analogie avec Marx ». (Schumpeter 1983 [1954] : 335-336).

    Ce que je fais, c’est donc précisément cela : je complète les avances et la terre de Quesnay par le travail de Marx et, comme le dit Schumpeter : « je pousse à l’extrême cette argumentation pour expliquer les intérêts comme fraction du produit net ou surplus ».

    1. Lutte ouvrière , dans sa profession de foi lors des dernères européennes , était le seul parti qui avait mis en avant la nécessité , en conclusion de sa lecture de la crise ,d’aller mettre son nez dans la répartition des « valeurs ajoutées  » dans les résultats des grands groupes entrepreneuriaux.

      Il y a sans doute aussi à se poser des questions sur les consanguinités entre capital et grands patrons -entrepreneurs .

  8. J’en profite pour demander à Claude Roche, s’il le veut bien, de transmettre son mail à Paul Jorion afin qu’il me le transmette puisque je constate que nous avons des domaines de préoccupation très proches. Et puis j’ai des tas de trucs à demander, que ce soit dans le domaine de l’OT (sur une de vos allusions relative à la théorie de l’agence notamment) ou de l’économie normative. Je croise les doigts 😉

  9. Non je dis le contraire Claude: les libertariens sont les seuls qui ne font pas de contresens sur Locke. Pour eux c’est un pas en avant et deux pas en arrière par rapport à Pufendorf. Ils rejettent presque tous la clause provisionnelle et l’idée sous-jacente que le monde serait à l’origine partagé en commun… Le monde, à l’origine, n’appartient à personne, il est simplement res nullius et la règle « premier arrivé premier servi » doit s’appliquer. Evidemment certains ont quand même essayé de partir de la prémisse de Locke, et de déduire de l’appartenance commune du monde une justification de la distribution de droits de propriété privés… mais c’est évidemment moins facile (ça oblige à opter pour une argumentation utilitariste de maximisation du bien commun au détriment d’une argumentation centrée sur la défense de la liberté comme droit naturel inviolable et sacré… bref le cinéma habituel).

    Pendant que j’y pense l’idée de nouveaux commons à imaginer est à indexer au répertoire des idées à promouvoir, si ce n’est déjà fait. C’est une idée très importante.

  10. En lisant L’argent mode d’emploi, j’ai été très surpris que Jorion pense que le profit va aux travailleurs et non aux capitalistex. Il me semble que les capitalistes ne se contentent pas d’un intérêt, sauf dans le cas des obligations, mais qu’une fois les salaires payés c’est eux qui récupèrent le bénéfice restant, sous forme de dividendes, ou de valorisation de la valeur de l’entreprise dont ils sont propriétaires si les bénéfices sont réinvestis. Ce qui explique pourquoi ils cherchent habituellement à réduire le plus possible la part des salaires pour accroitre leurs profits.Qui peut répondre à mon intérrogation ?
    Merci.

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