L’actualité de la crise: le syndrome Japonais, par François Leclerc

Billet invité.

LE SYNDROME JAPONAIS

Parmi les certitudes qu’il est envisageable de partager à propos de cette année à peine entamée, si toutefois un tel réconfort est recherché, il en est une à propos de laquelle on ne risquera pas de se tromper. Ce sera la montée en puissance des déficits publics, occasion d’une sourde et insistante campagne destinée à convaincre de l’inéluctabilité des sacrifices qui nous attendent et auxquels nous allons devoir nous résoudre. Une fois que la responsabilité de ceux qui sont à l’origine des déficits sera autant que possible estompée, ce qui n’est pas très bien parti.

Si on écoute le choeur des sirènes du FMI, de la BCE et de l’OCDE – qui ont pris les devants -, les formules employées pour inciter les gouvernements à s’engager dans cette voie sont d’une prudence de Sioux, exprimant combien le sujet est délicat, à manier avec précaution, risquant même d’être explosif. Impossible de résister et de ne pas citer longuement, à propos de ce terrain glissant, le communiqué du FMI, dont l’inimitable jargon n’a d’égal que l’admirable imprécision. Cette institution propose à ses membres l’adoption sans tarder de règles encadrant le déficit budgétaire afin de lutter, dès que possible mais plus tard, contre la dérive de la dette publique. On croit entendre une banque centrale expliquant qu’elle saura retirer les liquidités du marché quand ce sera opportun, mais qu’elle s’en gardera autant de temps qu’il sera nécessaire. L’art de prôner une politique tout en ne la mettant pas en oeuvre  !

Ces règles, précise le FMI, « visent à corriger les distorsions dans la définition de la politique économique, en particulier la tendance des gouvernements à une vue à très court terme du fait des cycles électoraux, et les demandes rivales de groupes d’intérêts spéciaux. » Il est doctement ajouté  : « En se projetant dans l’avenir, et en regardant au-delà de la crise, des cadres s’appuyant sur des règles peuvent être utiles à ancrer les attentes concernant la viabilité des budgets, mais ils doivent tenir compte des circonstances propres au pays ». Pour être crédibles, ces règles doivent comporter « un lien non ambigu et stable entre la cible chiffrée et l’objectif ultime, tel que la viabilité de la dette publique, une souplesse suffisante pour réagir aux chocs, et un mécanisme institutionnel clair pour transformer les déviations par rapport aux objectifs chiffrés en incitations à prendre des mesures de correction ». Redescendant à temps sur terre pour conclure son communiqué, le FMI propose d’éviter « un ajustement excessivement brutal », ainsi que de privilégier un « plan réaliste d’ajustement, accompagné d’un calendrier, soutenu par des politiques adéquates ». Munis de ce solide vade-mecum, les gouvernements sont désormais parés.

Ne nous y trompons pas, le « mécanisme institutionnel » vanté par le FMI n’est pas une formule creuse et recèle un piège, déjà mis en oeuvre en RFA : celui d’obligations législatives permettant aux gouvernements de se réfugier derrière la nécessité d’appliquer une loi adoptée par la représentation nationale. Les gouvernements risquent fort d’avoir besoin de ce type de subterfuge, car un rapide tour d’horizon européen permet de montrer qu’ils marchent à reculons devant l’obstacle.

En attendant, la palme du meilleur marketing politique revient sans conteste à Gordon Brown, premier ministre britannique, qui s’est engagé à réduire le déficit à « un rythme responsable, sans asphyxier la reprise ou nuire aux services publics, sur lesquels compte la majorité du pays ». Un ange nommé Maggie passe. Adressant ses voeux à ses concitoyens, il a tout bonnement annoncé un « plan de prospérité » pour le pays, l’opposant à la « décennie d’austérité » que prépare selon lui l’opposition conservatrice, toujours donnée comme gagnante aux élections du printemps prochain malgré le resserrement des écarts.

Toujours dans son rôle de présumé premier de la classe, Nicolas Sarkozy a annoncé vouloir ouvrir le bal avec des annonces concrètes dès ce mois de janvier. En utilisant à nouveau un artifice déjà employé, l’organisation d’une conférence nationale, portant cette fois-ci sur les moyens de résorber les déficits et la dette (après s’être apprêté à fortement l’accroître avec un grand emprunt national, qui s’est entre temps beaucoup dégonflé).

José Luis Rodriguez Zapatero, le chef du gouvernement espagnol, a de son côté annoncé l’adoption, dès le 29 janvier prochain, d’un « plan d’austérité très exigeant » précisant qu’il est destiné à « l’administration générale de l’Etat », formule alambiquée pouvant laisser croire que seule l’administration devra faire face à ces exigences. Gordon Brown ayant choisi pour slogan « 2010 est l’année où le Royaume-Uni va se remettre à avancer », José Zapatero a assuré, dans son style moins ronflant, que cela serait l’année de la « récupération » pour l’Espagne.

A l’opposé, le mérite d’une franchise toute aussi tactique revient à Angela Merckel, la chancelière Allemande, qui a asséné à l’occasion de ses voeux  : « 2010 sera décisive pour savoir comment nous sortirons de la crise, mais je vous le dis très franchement : nous ne devons pas nous attendre à ce que l’accès de faiblesse de l’économie soit rapidement résolu (…) Certains aspects vont même d’abord se dégrader encore davantage au cours de la nouvelle année, avant de pouvoir se redresser ». Son ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, avait auparavant reconnu, dans le cadre des travaux budgétaires en cours qu’il anime : « Nous devrons réduire le déficit budgétaire à partir de 2011 (…) Comment cela va se passer dans le détail, je ne peux pas encore le dire », car cela sera « incroyablement difficile, et chaque pas devra être réfléchi ».

Nous en sommes donc au prologue, tandis que les marchés, ou ceux qui prétendent en anticiper les réactions, prennent de l’avance et donnent le ton.

Une mention spéciale doit être accordée aux agences de notation, dont on ne dira jamais assez le rôle irremplaçable. En effet, ce sont elles qui sont chargées de la basse besogne du moment : lentement distiller les baisses de notation des dettes souveraines les plus faibles, afin de préparer une montée générale des taux obligataires, attendue avec impatience par les marchés. Les CDS (Credit Default Swaps) redevenant une jauge très surveillée, fidèle reflet de cette attente sourcilleuse et intransigeante. Dans l’immédiat, ce sont sans surprises la Grèce, l’Espagne et le Royaume-Uni qui en font les frais. Et quand ce ne sont pas les pays qui sont notés à la baisse (ou sont annoncés pouvoir prochainement l’être), ce sont leurs régions qui le sont par Moody’s. Non pas les régions périphériques et déshéritées, comme on aurait pu à tort s’y attendre, mais les centres mêmes de l’éclatante prospérité économique d’hier : la Catalogne en Espagne ou Rhône-Alpes en France ! Au rythme où vont les choses, si les taux obligataires se détendent encore un peu parfois après s’être tendus, sans trop savoir quel parti franchement prendre, la cause devrait être prochainement entendue et les rendements mieux grimper. Signe que la main invisible du marché aura sorti son portefeuille afin de le garnir.

Aux Etats-Unis, la récente hausse des taux d’intérêt à long terme des T-bonds a été saluée par les responsables des hedge funds, qui se sont positionnés en utilisant toute la gamme de leurs instruments financiers favoris afin d’en tirer dans l’avenir le meilleur bénéfice possible. John Paulson, l’un des plus célèbres d’entre eux (pour avoir gagné une fortune en anticipant la chute du marché des prêts hypothécaires subprimes), a clairement expliqué qu’il sera difficile pour le gouvernement d’arrêter ses mesures de stimulation de l’économie, ce qui aura selon lui pour conséquence inévitable l’apparition de l’inflation, accompagnée d’une hausse des taux obligataires, qu’il appelle de ses voeux sans le dire.

Ce raisonnement exprime bien ce que les marchés espèrent : ils multiplient par tous les canaux disponibles les signaux alarmistes à propos des déficits publics, afin d’accélérer la montée des taux. Ils savent, en effet, que les gouvernements ne sont pas en mesure de fermer les robinets comme ils les somment de le faire, non seulement en raison des réactions possibles de leurs opinions publiques, mais aussi des conséquences économiques qui en résulteraient. Car la timide relance enregistrée s’appuie principalement sur les aides publiques. En réalité, ils préfèrent à l’austérité qu’ils préconisent en façade le creusement des déficits publics, dont ils ont bénéficié dans un premier temps, pour en profiter à nouveau prochainement.

Les gouvernements, quant à eux, sont pris dans une nasse : ils cherchent à s’appuyer sur le redémarrage de la croissance pour financer leurs déficits, mais celle-ci ne se manifeste que s’ils les creusent encore davantage. Tôt ou tard, ils devront se résoudre à annoncer de premières restrictions, qui seront suivies par d’autres. Les marchés jouant clairement contre eux, préférant en guise de tire-lire acheter de la dette souveraine que de jouer en Bourse (car l’embellie de celle-ci ne doit pas masquer que les volumes échangés restent très faibles et que les gains sont réalisés grâce à de fréquents et rapides aller-retours). Ces achats massifs d’obligations ont dans un premier temps contribué à maintenir les taux, mais les gouvernements ont mangé leur pain blanc en premier. Les marchés ont commencé à hurler au loup (le déficit), n’ignorant pas qu’elle ne risque pas de sortir du bois (l’inflation). Mais ils sont confiants et savent que leurs clameurs vont produire les mêmes effets, les banques centrales n’étant pas en mesure de les stopper.

Nous connaissions jusqu’à maintenant le syndrome chinois (une installation nucléaire traversant la Terre, à la faveur d’une excursion majeure, émergeant de l’autre côté du globe), nous allons désormais entendre beaucoup parler du syndrome Japonais. Le pronostic est de plus en plus clairement établi : l’économie occidentale va subir une longue période de faible croissance économique, assortie d’un fort taux de chômage et d’une stagnation du pouvoir d’achat. Une belle machine dont il n’était promis que des merveilles est cassée et il n’y en a pas pour la remplacer.

Les Japonais sont parvenus à traverser plusieurs décennies d’une crise rampante dont ils ne sont toujours pas sortis. Utilisant leurs capacités d’épargne nationale pour tenir un rang qu’ils vont perdre au profit de la Chine, bâtissant un échafaudage financier de plus en plus fragile et qui peut s’effondrer sans avertissement, selon ses connaisseurs. Aurons-nous cette ressource, qui n’a d’ailleurs permis que de gagner du temps et de durer, un luxe qui risque de ne même pas nous être accordé ? Rien n’est moins sûr.

Dans l’immédiat, les trois coups de la bataille du déficit vont retentir.

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36 réflexions sur « L’actualité de la crise: le syndrome Japonais, par François Leclerc »

  1. « Dans l’immédiat, les trois coups de la bataille du déficit vont retentir. »

    « les trois soeurs »- vieille légende marine qui se retrouve confirmée par les maths et les stats -:

    une suite de trois vagues scelérates modélisables ,qui, telles clothos qui file (le scandale enron ) thèsis qui enroule le fil (le noeud gordien de la perse et de la mésoppotamie que seuls les fous et les enfants coupen : iran,irak ) et atropos qui coupe les fis ,scellent ainsi le destin du capitalisme .

    Codex Regius (Norvege)

    D’ici vinrent les filles
    Savantes en toutes choses,
    Trois, venant de la mer,
    qui s’étend sous l’arbre;
    L’une est appelée Urd,
    Verdandi l’autre
    – elles gravaient sur le bois –
    La troisième est Skuld:
    Elles ont fait les lois
    Elles ont fixé les vies
    aux fils des temps
    elles énoncent le destin.

  2. Le futur de la dette selon le FMI: Playing Ponzi From Economist.com

    The legacy of the financial crisis will continue for some years yet in advanced economies
    IN 2009, the G20—a group of the world’s largest economies—edged out the G8 as the pre-eminent forum for tackling the world’s economic ills. Advanced economies, which aggressively stimulated demand and are forecast to experience weak GDP growth next year, contrast starkly with the G20’s developing countries. After some gentle fiscal stimulus, these countries are on track for strong growth next year. The IMF forecasts that gross government debt among advanced economies will continue to rise until 2014, reaching 114% of GDP, compared to just 35% for developing nations. With governments struggling to rein in their finances, rating agencies are becoming increasingly twitchy; rich countries such as America and Britain are fearful of losing their hallowed triple-A status.

    http://www.economist.com/daily/chartgallery/displayStory.cfm?story_id=15108456

  3. Rich-country debt: Playing Ponzi The legacy of the financial crisis will continue for some years yet in advanced economies
    IN 2009, the G20—a group of the world’s largest economies—edged out the G8 as the pre-eminent forum for tackling the world’s economic ills. Advanced economies, which aggressively stimulated demand and are forecast to experience weak GDP growth next year, contrast starkly with the G20’s developing countries. After some gentle fiscal stimulus, these countries are on track for strong growth next year. The IMF forecasts that gross government debt among advanced economies will continue to rise until 2014, reaching 114% of GDP, compared to just 35% for developing nations. With governments struggling to rein in their finances, rating agencies are becoming increasingly twitchy; rich countries such as America and Britain are fearful of losing their hallowed triple-A status.
    http://www.economist.com/daily/chartgallery/displayStory.cfm?story_id=15108456

    1. Cet article rend compte d’un phénomène invisible dans les médias et que je vois très souvent. Les gens n’y croient plus. Ce monde ne tient que par l’absence d’une alternative. Ce monde ne tient que par l’évitement d’une réalité. Ce monde est coincé dans l’image négative de la nature humaine.

      Nous sommes dans « Les Hauteurs Béantes » de Zinoviev. Ce livre décrivait la situation de l’URSS peu de temps avant la chute. Il décrivait des personnes vivant en URSS, pas la situation géopoliticoeconomicoculturelloetc… Juste les gens. C’était cruel et vrai.

      La question devient : « Que mettre à la place du système actuel ? » Il a failli. Cette faillite me laisserait indifférent si j’avais une alternative à ce système.

    2. Que mettre à la place? Mais le modèle gagnant bien sur: le modèle chinois!
      (Ce n’est pas pour rien que l’UMP a signé un protocole avec le PCC, et ce n’est pas pour rien si dans les media on commence à se lamenter sur la lenteur de nos systèmes démocratiques face à la vitesse d’execussion du Parti Unique).
      Capitalisme Nationaliste D’Etat.
      Le même genre que celui du début du XXeme siecle.
      Avec la bombe en plus bien sur.

  4. Affreusement clair et réaliste. Rajoutez vieillissement démographique et concurrence fiscale (« distorsion dans la définition de la politique économique »), vous obtenez de l’indigeste. Que des sushis quand a plus qu’Hiroshima mon humour.

  5. Je vais ici avancer quelques idées sur la pointe des pieds, ou de la souris, car je ne suis pas du tout certain de leur valeur.

    De fait, j’ai longtemps pensé – même si je ne suis pas vraiment un économiste orthodoxe, étant plus proche de J. Robinson que de Samuelson, de Marx que de Walrass, de Keynes que de de Modigliani – que les déficits publics étaient l’abomination de la désolation.

    J’ai viré ma cutie, de plus en plus profondément, depuis quelque temps, en particulier depuis le déclenchement de la crise des subprimes, m^me s’il n’y a pas un rapport évident de cause à effet qui puisse expliquer mon changement d’attitude.

    En fait, c’est en réfléchissant sur le rôle de la monnaie (d’où vient l’argent, à quoi sert-il, qui décide de son émission, de son utilisation: toutes questions que l’on évite soigneusement de poser, en général, en particulier dans les facs d’économie et les grandes écoles de management – circulez, il n’y a rien à voir) que je me suis décidé à raisonner par l’absurde.

    Que se passerait-il dans une économie non monétaire? Quels sont les vrais problèmes (ceux que Paul nous a dit vouloir étudier cette année, je crois: comment utiliser nos ressources finies, dans un monde fini, avec des besoins qui semblent infinis, et une démographie loin de stagner).
    Cela reste le problème fondamental de l’économie: comment allouer des ressources rares, appropriés par certains, et faire en sorte que cette allocation serve au plus grand nombre, tout en sachant que, la nature humaine étant ce qu’elle est, on aura toujours le problème de répartition soulevé par tous les économistes un peu philosophes, ou les philosophes un peu économistes
    quel partage de la production (et de la consommation) pour le mérite, quel partage pour l’égalité, quel partage pour les besoins.

    Cette question permet d’aller au coeur du problème, celui du scandale de capacités inutilisées, de produits agro-alimentaires jetés à la décharge, de logements vides, face à des hordes de mal logés, mal nourris, mal employés…

    En revenant en économie monétaire, si les déficits publics, et plus généralement des dettes de toute sorte, permettent de diminuer ce scandale, cette obscénité, de voir tant de gâchis, j’ai de plus en plus de mal à voir où, justement, serait le mal.

    Il ne s’agit pas de nier la propriété privée, de dire qu’il suffit de prendre aux riches. Il s’agit bien plutôt de dire que tout doit être fait pour ajuster les besoins – la demande – à l’offre disponible, potentielle ou réelle. S’il est nécessaire de creuser les déficits pour cela, qu’importe.

    Juste un dernier point, sur l’emprunt que va lancer le gouvernement français très bientôt.
    Au risque d’en surprendre un certain nombre, j’aurais pour ma part été favorable au lancement d’un emprunt 10 ou 20 fois plus important, mais à un taux d’intérêt « sans usure », le fameux taux de l’age d’or: taux de croissance espéré plus taux de croissance anticipé, donc à un taux beaucoup plus proche de 2% que de 5%. Les riches n’y auraient peut être pas souscrit, mais je pense que les citoyens honnêtes, eux, auraient fait un effort, dès lors qu’ils auraient pensé que cet emprunt était fait pour eux, et pas pour quelques privilégiés.

    Dans l’attente de vos réactions, bien à vous,

    Bruno Lemaire.

  6. Bruno Lemaire ci-dessus (http://www.pauljorion.com/blog/?p=6403#comment-47622) pose une vraie question, que je reformule ainsi, dans mes propres termes : le rôle de l’économie n’est-il pas d’organiser la production et la répartition de la production? La monnaie n’étant alors qu’un moyen d’obtenir cette organisation, moyen par ailleurs non-nécessaire (économie non monétaire).

    Dès lors, la monnaie est un outil, dont il faut, avant de le réaliser puis de l’utiliser, définir la nature, les fonctions, les caractéristiques. Bref, il faut en établir un « cahier des charges ».

    Concernant sa nature, la monnaie se comprend comme une dette de celui qui l’émet (ou la transmet) envers celui qui la reçoit, dette reconnue par le fait d’avoir reçu un bien ou un service en échange duquel le receveur ne pouvait rien donner qui interessât le donneur ; c’est une reconnaissance de l’échec d’un troc direct, échec dont le dépassement est reporté plus tard et ailleurs.

    La monnaie est donc fondamentalement une dette.

    A partir de là, il est logique de considérer que toute monnaie institue la dette de quelqu’un. Si chacun se trouvait sans dette, il n’y aurait tout simplement pas de monnaie.

    En poursuivant avec cette dernière idée en tête, il est inéluctable d’arriver à cette question: dans une économie monétaire à monnaie centralisée, qui doit porter, en dernier ressort, la dette que représente la monnaie?

    Etant donné que dans une telle économie, la monnaie représente un potentiel de réalisation d’échanges en réseaux, elle est un vecteur mis à la disposition de tous les acteurs, et garantie par un cours légal, voire un cours forcé. Or, qui a autorité pour instituer le cours légal? C’est bien sûr l’Etat.

    C’est l’Etat qui garantit la monnaie, c’est lui qui assure que la reconnaissance de dette qu’est la monnaie permettra à chaque acteur économique de trouver, en échange de la monnaie, les biens et services dont il a besoin, c’est donc lui qui est en dette envers chaque porteur de la monnaie. L’Etat est donc le porteur en dernier ressort de la dette que représente la monnaie.

    Un Etat a donc le droit, et même le devoir, de s’endetter auprès de sa population, tout simplement pour permettre l’existence d’une monnaie centralisée à cours légal, utile à tous. L’Etat doit être l’émetteur unique de la monnaie. Sa dette est égale à la somme de monnaie en circulation. Cette somme doit représenter exactement le dividende de la somme des échanges monétarisés par la vitesse de circulation de la monnaie. Au delà, c’est l’inflation qui guette, en deça, la déflation.

    En période de croissance, la dette doit gonfler, ou bien la vitesse de circulation accélérer. En période de ralentissement, elle doit faire l’inverse. Les politiques économiques doivent tenir compte des anticipations (augmenter la dette de façon ciblée par financement de certains secteurs en période de récession peut libérer les énergies, et favoriser une reprises sur des bases, par exemple, de rupture technologique).

    Bref, la « dette » n’est pas un problème, c’est une conséquence naturelle de l’existence de la monnaie. La « dette de l’Etat » n’est pas néfaste par elle-même, c’est une mesure du dynamisme économique de la Nation.

    Les meutes qui hurlent à la dette n’ont qu’un seul objectif, après avoir réussi à détruire le droit régalien des Etats à s’endetter auprès de leurs populations (= battre monnaie) ; cet objectif, c’est d’étrangler les capacités collectives des peuples à encadrer la solidarité nationale, pour placer chaque individu face à un créancier privé. Le but des « marchés » n’est autre que de capter, au profit de quelques mains privées, le bénéfice colossal que représente la dette des Etats envers leurs Citoyens. C’est de transférer sur les particuliers besogneux la dette de la collectivité, afin de s’assurer, ad vitam aeternam, la soumission du débiteur.

    La course folle à la réduction des déficit publics et celle encore plus folle au désendettement par l’austérité budgétaire, n’ont aucun sens, d’une part parce que cela est vain : toute monnaie en circulation est et restera une dette, et d’autre part parce que cela transférera sur des individus, mortels et limités dans leurs capacités productives, ce qui était autrefois l’apanage, le rôle, le devoir, d’une nation immortelle et capable de mobiliser des millions d’heures de travail. Cette course suicidaire au transfert de la dette du collectif vers le particulier aura pour unique conséquence l’éreintement, à un rythme sans cesse accéléré, des forces productives de la Nation (concurrence accrue, pression à l’innovation, pression à la baisse des salaires, à la baisse des prestations sociales, à l’allongement des durées de travail, etc, avec toutes les catastrophiques conséquences sociales et individuelles que l’on peut en attendre).

    Il faut défendre la dette de l’Etat, il faut abroger l’article 123 du Traité de Lisbonne!

  7. « Les Japonais sont parvenus à traverser plusieurs décennies d’une crise rampante dont ils ne sont toujours pas sortis. »

    Et dont ils ne sortirons pas.

    Le Japon est la 2ème économie mondiale, L’Allemagne la 3ème ou peu s’en faut. Imaginez ce qu’il en est des autres pays, si la situation dans ces fleurons du libéralisme est ce qu’elle est, c’est à dire mauvaise. Il y a encore 191 autres pays qui n’ont pas le privilège que procure une industrie d’export !

    Maintenant, demandons-nous si une stagnation est possible, actuellement, ou bien si le système dans son ensemble est trop instable pour trouver un point d’équilibre, entre les forces négatives (dettes, surproduction, productivité, baisse du taux de profit…) et positives (demande solvable, inflation…) A l’évidence, il n’y aura pas d’équilibre parce que le rapport des forces est rejoué au niveau politique. Les forces politiques de droite dominent massivement, seul l’Amérique du sud tente autre chose; Les populations sont fatalistes, après 35 ans d’endoctrinement libéral;

    D’autres part le problème de la surproduction ne sera *jamais* résolu, et lorsque le système atteint ses limites, comme c’est le cas, ses vielles maladies ne peuvent que l’emporter.

    Chevalier à a rose :

    Je dis la vérité et je la dis autant pour moi que pour toi. Je veux nous rendre la tâche facile à tous deux. Il faut prendre les choses à la légère, le cœur léger et les mains légères, les tenir et les prendre, les tenir et les laisser.

  8. « Les Japonais sont parvenus à traverser plusieurs décennies d’une crise rampante dont ils ne sont toujours pas sortis. »

    Et dont ils ne sortirons pas.

    Le Japon est la 2ème économie mondiale, L’Allemagne la 3ème ou peu s’en faut. Imaginez ce qu’il en est des autres pays, si la situation dans ces fleurons du libéralisme est ce qu’elle est, c’est à dire mauvaise. Il y a encore 191 autres pays qui n’ont pas le privilège que procure une industrie d’export !

    Maintenant, demandons-nous si une stagnation est possible, actuellement, ou bien si le système dans son ensemble est trop instable pour trouver un point d’équilibre, entre les forces négatives (dettes, surproduction, productivité, baisse du taux de profit…) et positives (demande solvable, inflation…) A l’évidence, il n’y aura pas d’équilibre parce que le rapport des forces est rejoué au niveau politique. Les forces politiques de droite dominent massivement, seul l’Amérique du sud tente autre chose; Les populations sont fatalistes, après 35 ans d’endoctrinement libéral;

    D’autres part le problème de la surproduction ne sera *jamais* résolu, et lorsque le système atteint ses limites, comme c’est le cas, ses vielles maladies ne peuvent que l’emporter…

    Chevalier à a rose :

    Je dis la vérité et je la dis autant pour moi que pour toi. Je veux nous rendre la tâche facile à tous deux. Il faut prendre les choses à la légère, le cœur léger et les mains légères, les tenir et les prendre, les tenir et les laisser.

  9. Bruno Lemaire,
    ce n’est pas la dette qui est un problème, mais sa charge, dont la répartition est totalement inégalitaire;
    ceux qui profitent déjà des intérêts sur les sommes qu’ils ont prêtées seront également ceux qui subiront le moins, dans tous les cas de figure, le poids du remboursement; et en tout cas, dont les surplus resteront les plus importants; surtout s’ils sont installés dans les îles;
    et le poids de ce remboursement, sur le reste de la population, provoquera un appauvrissement généralisé; ne serait-ce qu’à travers la réduction des services publics;

  10. Le syndrome Islandais ou la resistance d’un peuple

    pres de 60 000 signatures d’une petition signée par plus de 20% de la population (enfants compris) remises hier au President de la Republique d’Islande afin de ne pas signer la loi d’indemnisation Icesave (Arte dimanche); malgré le lissage parlementaire…

    rappel du bras de fer en cours :

    Le Parlement adopte à l’arraché l’accord Icesave

    Le Parlement islandais a adopté mercredi soir à une courte majorité une loi controversée destinée à rembourser près de 4 milliards d’euros. Cette somme a été avancée par le Royaume-Uni et les Pays-Bas pour indemniser plus de 300.000 de leurs citoyens lésés par la faillite de la banque Icesave.

    Une majorité de 33 députés a voté en faveur du texte et 30 parlementaires ont voté contre, selon le décompte officiel du vote, retransmis en direct par la télévision islandaise.

    « Félicitations l’Islande! », a crié un député favorable au texte à la proclamation du vote devant l’assemblée, tandis qu’un opposant a répliqué: « C’est de la haute trahison! ».

    Le litige sur Icesave, qui dure depuis l’été dernier, était un obstacle pour la candidature de l’Islande à l’Union européenne (UE). Il a aussi entraîné des retards dans le versement de nouvelles tranches du prêt d’urgence de 2,1 milliards de dollars accordé par le Fonds monétaire international (FMI).

    Accord conclu en octobre

    La loi est conforme à un nouvel accord trouvé par les gouvernements islandais, britannique et néerlandais en octobre après le rejet par Londres et La Haye d’un premier texte adopté fin août par le Parlement islandais qui prévoyait l’expiration en 2024 de la garantie publique islandaise au remboursement des fonds.

    Le texte prévoit le paiement échelonné d’ici 2024 d’environ 3,8 milliards d’euros, soit l’équivalent de près de 40% du Produit intérieur brut annuel de l’île de l’Atlantique Nord, ruinée par l’effondrement de ses banques en octobre 2008.

    L’ampleur du fardeau a suscité des manifestations, de fortes critiques de l’opposition et semé la discorde au sein de la majorité de gauche du Premier ministre Johanna Sigurdardottir, qui a menacé de faire voler la coalition au pouvoir en éclats si le texte n’était pas adopté.

    31 décembre 2009 00:56

    http://www.romandie.com/infos/ats/display2.asp?page=20091231005622320172019048000_brf002.xml

  11. Je ne partage pas tout à fait votre analyse sur l’avenir du Japon.

    Si le Japon et la Chine parviennent à se réconcilier, ce serait une grande chance pour le Japon qui possède tout ce qui peut encore manquer à la Chine. C’est plutôt l’Allemagne qui devrait s’inquiéter.

    On peut aussi penser à Taïwan.

    1. vous oubliez 1500 ans d’histoire François. Cela arrive souvent hélas, les gens d’aujourd’hui ne savent pas d’où ils viennent. Pas étonnant qu’ils ne sachent pas non plus ou ils vont.

  12. « En réalité, ils préfèrent à l’austérité qu’ils préconisent en façade le creusement des déficits publics, dont ils ont bénéficié dans un premier temps, pour en profiter à nouveau prochainement. »

    Cette posture, s’il s’avérait qu’elle monte en puissance, devrait conduire, compte tenu du déni de réalité dans lequel se vautrent « les marchés », à l’émergence dans l’opinion publique, d’une impérieuse nécessité de répudier la dette.

  13. Oui bien sur ! lol
    En attendant, il y en a un qui va calmer tout le monde.
    C’est le prix du pétrole. 80$ et il monte, et il monte, chaque mois un peu plus …

    1. De quelle manière? la consommation en carburants fossiles à chuté de 30% en un an. Le prix actuel fait partie de la spéculation globale sur les matières premières, avec effet de bulle comme en 2008, sauf que plus personne n’est demandeur. Des tankers pleins font des ronds en mer du nord en attendant une hypothétique reprise de la demande. Tout cela est de la poudre aux yeux. Réveil!

  14. @ Georges Auspitz, 4 jan 10:15:

    La question de la répartition de la charge de la dette nous amènera fatalement, sauf aveuglement idéologique maintenu à grands coups de lobbies et à grands renforts de décervelage des populations, à la question de l’origine et de la nature de la dette.

    Comme je le disais à la suite du commentaire de Bruno Lemaire, la dette n’est pas un « problème », mais l’inéluctable verso de la monnaie. La question est donc de savoir qui porte cette dette, et envers qui. Les évolutions des trois, et bientôt quatre, dernières décennies, ont fait passé la dette des épaules de l’Etat, qui devait la rembourser directement et indirectement aux citoyens via les services publics et la constitution de capital fixe (routes, ponts, bâtiments, entreprises d’Etat, etc), aux épaules des Citoyens, qui doivent la rembourser aux entités privées à qui l’Etat emprunte aujourd’hui sa monnaie.

    Le circuit d’autrefois, c’était l’Etat emprunte à la Banque Centrale, ditribue la monnaie sans trop se soucier de ce qui advient, et répudie sa dette par l’inflation et la croissance.

    Depuis 1973 (en France), l’Etat est interdit d’emprunter à la BdF, et cherche donc à trouver des capitaux sur le marché. Les prêteurs ont bien su faire entendre leur voix, en exigeant la fin de l’inflation qui, sinon, aurait conduit, selon les termes de Keynes, à leur euthanasie. Et l’Etat, incapable de trouver suffisamment de fonds pour rembourser ses emprunts et assurer son service aux citoyens, s’est peu à peu désengagé… de son service aux citoyens, pour consacrer une part grandissante des recettes fiscales (majoritairement prélevées sur le travail) au « service de la dette ».

    Et c’est ainsi que d’un régime où l’Etat, endetté auprès de ses Citoyens, assurait l’équité de la dette par l’inflation et la croissance, nous sommes passés à un régime où l’Etat se trouve pris à prélever (en net) sur le travail des moins riches, pour remplir les poches des plus riches. De ce point de vue, ce sont bien les citoyens qui ne touchent pas de revenus sur la dette de l’Etat qui paient la dette de l’Etat (autrement dit, tous ceux qui ne touchent pas plus de revenus d’OAT et autres titres de dette nationale que ce qu’ils paient d’impôts et taxes en tout genre sont ceux qui supportent et « remboursent » la dette). Ce remboursement étant mathématiquement impossible, ils sont voués à trimer éternellement, pour la plus grande satisfaction des riches. A moins que… (je vous laisse imaginer la suite d’une prise de conscience massive de cet état de fait au sein de la population qui trime).

    1. Parfait, Brieuc Le Fèvre. Rien à redire. A propos de l’origine de cette affaire, on peut citer Pompidou, ex chargé d’affaires à la banque Rotschild, qui la même année fait rentrer le Royaume-Uni dans l’Europe, éliminant ainsi définitivement la possibilité d’indépendance vis à vis des USA de celle ci.

      Si le système précédent avait été maintenu (contrôle d’état sur la banque de France, émissions de celle ci pour l’état sans intérêts) nous n’aurions aujourd’hui tout simplement pas de dette.

      On peut s’interroger sur les raisons qui ont fait qu’un Président de la République en exercice ait délibérément sabordé les intérêts de la France, alors que son prédécesseur s’était toujours opposé vent debout à ces évolutions. Le parti de l’étranger, vous vous souvenez?

  15. excellente analyse, vraiment!
    Au Japon, heureusement, les taux restent bas, mais, dans un contexte déflationniste, même les taux bas sont élevés, car le pouvoir d’achat de la monnaie augmente : pas celui de la majorité des citoyen, mais, comme toujours, celui qui de l’oligarchie de la finance.. et les dettes toujours aussi peu remboursables!
    Une autre monnaie non thésauriable résoudrait, là aussi, rapidement le problème

    1. Comme d’hab, johannes, le problème n’est pas un vecteur technique, le problème c’est l’oligarchie. Elle trouve toujours le moyen de contourner un handicap technique. Elle a les moyens.

  16. Cher François:

    Le transfert vers les états des dettes bancaires et leur monétisation ne pouvait avoir qu’une seule conséquence: le massacre fiscal des classes moyennes et la paupérisation ultime des autres. Ce phénomène est déjà très engagé en Grande Bretagne et arrive en Allemagne.

    Pourquoi? Parce que la classe moyenne est encore insérée dans l’économie et crée des richesses. Comment? une part du gâteau échapperait ainsi à l’oligarchie? Pas question. Ou plus prosaïquement, prenons l’argent là ou il est.

    Il s’agit de la continuation de la spirale déclenchée par le renflouement des TBTF. Spirale qui s’arrêtera faute de carburant. En effet, après les classes moyennes, il reste quoi à verser à l’écot de ces messieurs-dames?

    Comme on ne se révolte pas quand on a peur, comme on ne lutte pas contre un système et des valeurs qui vous ont créé, La classe moyenne va à l’abattoir sans bêler. Mais qu’on ne s’y trompe pas, il s’agit des dernières cartouches avant les faillites d’état.

    Les recommandations de tous ces organismes pour qui l’effondrement actuel semble ne pas avoir eu lieu, le trucage systématique et délibéré de tous les indicateurs sociaux et économiques, la spéculation intense sur les matières premières, le carnaval des affaires dans le milieu des marchands d’armes laissent présager des évènements gravissimes très proches.

    Un dernier rappel quand même sur ce fond de trucage généralisé. L’économie continue de dégringoler dans le monde entier, les destructions d’emploi sont massives partout, il n’y a pas et il n’y a jamais eu de reprise, le dollar est mort mais pas encore enterré, et nous allons au devant de graves désordres géopolitiques, non exempts de bruits de bottes. Voila la réalité.

    Radio Paris ment… Radio Paris est…

  17. @ Roland

    « Comme on ne se révolte pas quand on a peur, comme on ne lutte pas contre un système et des valeurs qui vous ont créé, La classe moyenne va à l’abattoir sans bêler. »

    Trouver une issue à cette crise ne sera vraisemblablement pas un parcours de santé.
    Mais bêlante ou non, la classe moyenne n’ira pas à l’abattoir, tout court.
    Pour deux raisons: elle est intelligente et cultivée. Avec pour implication une conscience de la richesse de ses moyens. Moyens partiellement stérilisés par un sentiment de connivence qui est en cours de désagrégation.

    Dans un contexte politique dont j’ignore tout, elle devrait à nouveau adhérer de façon active et créative, à des objectifs simples de justice économique et sociale tels que ceux portés par exemple, par le programme du Conseil National de la Résistance, purgé, si j’ose dire, de ses références strictement contextuelles.

    1. Une petite partie est cultivée. L’intelligence, c’est autre chose. Et c’est expressément cette classe moyenne (mal) cultivée qui défend bec et ongles la cause de notre asservissement, à savoir les multiples abandons de souveraineté consentis par tous, aboutissant à l’impuissance totale actuelle.

      Quant au programme du CNR, c’est essentiellement la doctrine de De Gaulle qui l’à mise en œuvre personnellement et directement par ordonnances en 1944-1945. Son credo était, je vous le rappelle, la souveraineté nationale sur nos affaires et la bride tenue aux appétits étrangers.

      Pour que ce programme soit de nouveau appliqué, il faudrait qu’il y ait des dirigeants soucieux de l’intérêt de la France, ce qui n’est plus le cas depuis bien longtemps.

    2. C’est bien entendu aux élites de guider le peuple et de lui indiquer la voie à suivre. Il faut donc que les élites se débarrassent de ce qui les bloque réellement à savoir la croyance erronée qu’être du côté du plus fort, c’est être le plus fort. Que seule l’indépendance d’esprit et de fait permet à la souveraineté de s’exercer, et qu’il faut se battre pour ce en quoi on croit parce que personne ne le fera pour nous, au contraire. Tout un programme, et on en est loin, vous l’admettrez surement. J’ai tendance à penser que seuls les évènements nous mettront en situation de réagir. D’ici là, il faut être au clair avec nous mêmes, et prêts à récupérer ce qui pourra l’être dès que les circonstances s’y prêteront.

      PS: vous noterez le peu d’intérêt que ces questions fondamentales suscitent, ici ou ailleurs. On préfère s’écharper sur des détails ou des concepts fumeux et irréalisables plutôt que de débattre de nos intérêts. Le combat sera rude…

  18. Petit ajout: La classe moyenne, comme toutes ces notions générales, est multiforme. Les intérêts des différentes catégories la composant ne concordent pas. Comme l’Europe actuelle si je puis dire. Certes, au sein de ce magma, des hommes ou des femmes se lèveront, laisseront parler leur conscience, probablement au détriment de leur situation, mais de phénomène de classe unifiée, il ne faut pas rêver. Néanmoins, j’espère plutôt que la conscience nationale, le sentiment d’être volé, roulé et faisandé incitera TOUS les Français à demander des comptes à ceux qui les ont mené là. Ce ne serait que justice.

  19. Deuxième ajout: Dans mon propos initial je ne parlais pas de la classe moyenne Française stricto sensu, mais bien de la classe moyenne en général. J’indiquais que la tonte des citoyens de sa gracieuse majesté avait déjà commencé (lire le Herald Tribune ou le Daily Telegraph), et pour l’heure, aucune manifestation de yuppies n’est venue interrompre la ponction. L’Allemagne prépare des mesures fiscales analogues (taxons tout ce qu’on peut) ainsi que l’Espagne. Tout, plutôt que laisser le dollar moribond s’effondrer.Bien sur, dans les hauts cercles dirigeants, les plus lucides sentent bien que le raffiot est pourri, que tout ceci n’a aucun sens. Mais tous ces gens là font carrière et ils sont tétanisés par la peur et une certaine lucidité quant à leur impuissance.

    Alors peut-être que seule la disparition de cette Europe supranationale mortifère sera notre planche de salut. Nous retrouverions les instruments de notre souveraineté et notre voix si particulière dans le monde. A nous ensuite de les utiliser à notre profit pour rétablir la crédibilité et la viabilité de notre pays.

    1. Effectivement, il ne faut pas attendre un phénomène de classe unifié concernant les classes moyennes. Mais de quelles classes, hormis les classes dirigeantes, faudrait-il l’attendre ?
      Sur la disparition de cette Europe supranationale, je ne peux que partager votre opinion.
      C’est pourquoi j’insiste sur le fait qu’une condition nécessaire, mais loin d’être suffisante, pour que les transformations que nous appelons de nos vœux adviennent est que la classe moyenne, fourre-tout que l’intelligence et la culture unifie partiellement, puisse s’engager dans une dynamique qui nous permettra de regagner nos instruments de souveraineté.
      Je crois en effet que les individus qui la composent sont plus au moins conscients qu’il est possible de réorienter les politiques économiques vers plus de frugalité et d’efficacité, et les politiques sociales vers plus d’égalité.
      La croyance perdue en un éden libéral confrontée à une situation de ponction généralisée devrait permettre de catalyser une renaissance du politique, débarrassée, grâce à la culture, du syndrome du bouc émissaire.

  20. Dans tous les pays, l’Etat se surendette à la place des consommateurs.

    Mardi 5 janvier 2010, deux exemples sont venus illustrer cette situation très inquiétante.

    1- Premier exemple :

    Quand un Allemand achetait une voiture neuve, l’Etat lui donnait une prime à la casse de 2 500 euros.

    Maintenant, c’est fini. En septembre, l’Etat a supprimé la prime à la casse en Allemagne.

    Conséquence : en décembre, le nombre de voitures neuves vendues s’est effondré de – 4,7 %.

    http://www.boursorama.com/infos/actualites/detail_actu_marches.phtml?num=4352a69c69894c3eb9ed491c08344476

    2- Deuxième exemple :

    Quand un Américain achetait un appartement ou une maison pour la première fois, l’Etat lui donnait un crédit d’impôt de 8 000 dollars.

    Maintenant, c’est fini. En septembre, l’Etat a supprimé ce crédit d’impôt de 8 000 dollars.

    Conséquence : en novembre, les promesses de ventes dans le secteur immobilier américain ont plongé de – 16 %.

    http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=b9e9d996f50cc434f9d6f476340012c2

    Conclusion :

    – C’est l’Etat qui soutient la consommation.

    – Par exemple, en France, l’Etat distribue des primes pour l’achat d’un logement écologique, des primes à la casse, des primes de rentrée scolaire, des primes de Noël, des primes à la cuve, des primes de ceci, des primes de cela.

    – Quand l’Etat arrête de distribuer des primes aux consommateurs, la consommation s’effondre.

    – L’Etat est donc obligé de se surendetter de plus en plus, parce que les consommateurs sont eux-mêmes trop endettés pour consommer.

    – Dans tous les pays occidentaux, cette fuite en avant va aboutir à une explosion incontrôlable et incontrôlée des dettes publiques.

  21. Au petit jeu « à qui le tour? « , le Japon semble prendre nettement l’avantage, alors que les rumeurs d’une dégradation de la note de sa dette souveraine se font de plus en plus insistantes. Moody’s et S&P’s sont dans les starting blocks.

    Les marchés se sont décidément engagés dans un jeu périlleux. Dans quelle mesure la pression qu’il s’apprêtent à exercer sur le financement de la dette publique sera-t-elle tenable ?

    Si le G20 veut continuer d’être ce qu’il prétend être devenu, le centre de la gouvernance mondiale, il va devoir se saisir de ce dossier et prendre des mesures qui ne soient pas de façade.

    L’exemple Islandais, le refus du Président Olafur Ragnar Grimsson de promulguer l’accord de remboursement des clients Britanniques et Hollandais de la banque Icesave, et de le soumettre à référendum, devait sonner comme une alerte.

    1. Peut-etre l’Islande abrite-t-elle des raisonnements de destruction massive ou des idées tchetchenes ? Ne voyez- vous point poindre, frère Francois, des réactions anglo-bataves plus que conflictuelles dans ces genres de scénarios ?

    2. Dans un premier temps, le FMI va être chargé d’effectuer d’amicales pressions afin que tout rentre dans l’ordre, c’est à dire que le gouvernement Islandais assume les conséquences financières de l’effondrement d’une banque privée. Le versement d’une dernière tranche du prêt du FMI, un milliard de dollars reste à verser, va être mis dans la balance.

  22. « c’est à dire que le gouvernement Islandais assume les conséquences financières de l’effondrement d’une banque privée »

    Oui, ça en est presque comique. Les champions européens du libéralisme, G-B, Pays-Bas se crêpent le chignon pour qu’un autre Etat (l’Islande, autre ex-champion du libéralisme) leur rembourse l’argent qu’ils ont dû donner à leur ressortissants ayant perdu leur épargne dans un négoce privé. Et tout ça pour que les gens n’osent penser que déposer en banque comporte un risque de perdre son épargne.

    Mais je me pose une question: la GB et les Pays-Bas ont-ils remboursé toutes les sommes ou seulement à hauteur de la garantie de chacun de ces Etats? Parce que s’ils ont tout remboursé, c’est obliger l’Islande à garantir tout alors qu’eux-mêmes ne s’engagent qu’à hauteur d’un certain montant pour leurs propres banques. C’est l’arnaque.

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