BFM Radio, lundi 18 janvier 2010 à 10h46

La saignée

Vous vous souvenez de la saignée ? Le remède classique de la médecine occidentale avant le XIXe siècle. Beaucoup en sont morts. Mais que voulez-vous, on ne comprenait pas d’où venait la maladie, alors on incriminait à tout hasard l’excès de sang.

Nous sommes quelques-uns quand même depuis trois ans à expliquer ce qui n’a pas marché dans la finance : ce qu’il faudrait réparer, ce qu’il faudrait supprimer, ce qu’il faudrait mettre à la place. Nous avons répertorié les différents microbes, localisé les virus et les bactéries. Les politiques, le plus souvent, nous ont regardé avec des yeux ronds. Certains, quand même, ont secoué la tête d’un air entendu, donnant l’impression d’avoir compris. Ils se sont réunis en conclave pendant trois ans. Ils sont enfin sortis et ont dit avec une très grande solennité : « Le remède, c’est la saignée ! »

Ils auraient mieux fait de dire qu’ils ne comprenaient rien à nos explications. Qu’est-ce qu’il aurait fallu faire ? prendre des mesures en amont, à la source. Or ils ont fait exactement le contraire : ils sont allés se placer à l’embouchure du fleuve et ont déclaré : « Oh ! Il y a beaucoup trop d’eau ! On va en pomper une partie, on va taxer tout ça ! ».

Bien sûr, les banquiers les ont aidés à penser « Il y a trop d’eau ». Le monde où nous vivons est dans un pétrin épouvantable et pendant ce temps-là, les bonus dans le monde de la finance n’ont jamais été aussi élevés. Ce qui est une façon de dire aux politiques : « On a de l’argent en trop ! » à quoi les politiques ont obligeamment répondu : « Ne vous faites pas de souci : on va vous soulager ! »

Mais quelqu’un s’est-il demandé pourquoi les bonus des traders sont aussi élevés ? Quelqu’un s’est-il demandé pourquoi les patrons – surtout américains – des établissements financiers reçoivent des bonus aussi plantureux ? Apparemment non : la question est sans doute trop technique. Alors je me lance : les bonus des traders et des commerciaux sont des commissions. On ne simplifie pas trop en disant : c’est X % sur le bénéfice qu’ils font. Comment ont-ils fait pour réaliser ces chiffres d’affaire astronomiques ? Il n’y a pas dix mille manières : ou bien ils ont vendu quelque chose à un prix beaucoup plus élevé que cela ne leur avait coûté – et tant pis pour le gogo qui le leur a acheté, ou bien ils ont fait des paris très risqués, paris qu’ils ont gagnés – et tant pis pour celui en face qui les a perdus. Certaines de ces activités sont ce que Lord Adair Turner, le président de la FSA, le régulateur des marchés britanniques, a appelé des « activités socialement inutiles ». C’est sur cette base là qu’il faudrait trier. Au lieu de cela, on préfère taxer la finance au petit bonheur la chance.

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66 réflexions sur « BFM Radio, lundi 18 janvier 2010 à 10h46 »

  1. @Francois Leclerc: Merci de ces précisions sur le cout du ‘bail out bancaire’ britannique, la BBC estimant pour sa part que la facture totale pour le Royaume-Uni avait été de 94% du PIB, 2,4 trillions de $, soit une facture de 30,000 livres par personnes, contre 3,6 trillions aux Etats-Unis sur la base de ‘data’ du FMI, alors que, pour avoir un ordre d’idées ou de comparaison-la formule semble plus juste-, la facture des ‘guerres’ en Irak et en Afghanistan depuis 2001 pour les Etats-Unis, vient de passer le trillion de dollars…

    1. Cette guerre a, je pense, pour but surtout de payer et donner une activités des gens qui ne savaient pas trop quoi faire de leur vie. Et de redistribuer un peu les richesses au sein du peuple (il n’y a pas autant de fonctionnaires aux us qu’ici)
      Un peu comme si l’armée était un échappatoire pour les jeunes qui veulent travailler mais n’y arrivent pas puisqu’il n’y en a pas.
      Ça justifie aussi les millions donnés aux copains qui ont une entreprise « utile à l’effort de guerre »

  2. La saignée et le lavement, en premier lieu.
    Dans un premier temps, lavons nous le fondement de cette bulle immobilière malodorante.
    Et, comme dans le temps, le lavement s’est fait au vinaigre (le crédit ‘acide’, pour dissoudre les dettes), provoquant ainsi des bulles monnaitaires phénoménales.
    A cours d’arguments, on saignera donc le corps social, pour expurger ces ‘humeurs’. Et lentement le sang de l’emploi de couler …
    ‘Les échanges et l’ajustement structurel’ : http://www.oecd.org/dataoecd/58/41/34753303.pdf
    Cela ne date ‘que’ de 2005. Mais on dirait depuis bien plus longtemps. Par contre, on peine à se souvenir de la signification du sigle : OCDE …

    Et on se dit que ce que l’on a fait subir à l’Afrique et à l’Amérique Latine il y a 40 ans jusqu’à si peu (2005 donc, 2 ans avant la crise), on se l’auto-administre nous même !
    Qui a dit que la civilisation ‘occidentale’ s’étiolait ? Au contraire, nous administrons sans complaisance à nos ennemis la preuve de notre supériorité culturelle et morale : nous allons vous montrer que ce qui a failli vous tuer, nous allons le traverser sans coups férir !
    Quitte à y laisser notre peau, si nécessaire.

  3. Ici, on administre quelques saignées pour soulager le faux malade d’une apoplexie certaine, là, pas de gêne pas à étrangler à mains nues un moribond déjà à l’agonie dénutri et déshydraté.
    Qu’en pensez-vous M. Jorion?

    « La RDC dans l’étau du FMI
    17 janvier par Renaud Vivien

    Le 11 décembre, la RDC a conclu un accord de financement de trois ans avec le FMI, après avoir cédé à toutes les exigences de ses bailleurs de fonds. D’abord, en révisant sous la pression du FMI un contrat conclu avec la Chine que les puissance occidentales voyaient d’un mauvais œil, puis en s’engageant à encore améliorer le « climat des affaires » sur injonction du Club de Paris, un groupe informel réunissant 19 riches pays créanciers, dont les intérêts économiques en RDC sont considérables. Les garanties données par le Club de Paris étaient un préalable obligatoire à la conclusion de ce programme avec le FMI ainsi qu’à un allègement de sa dette externe, dont le paiement annuel absorbe un quart des dépenses publiques !

    Mais la route est encore longue et parsemée de conditionnalités avant d’atteindre le fameux « point d’achèvement », qui donne droit à cet allègement de dette et qui constitue l’ultime étape de la stratégie PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) promue par le FMI et la Banque mondiale pour soi-disant régler le problème de la dette. La RDC attend cet allègement depuis 2003 et pourrait bien l’attendre encore longtemps… En effet, pour le « mériter », le gouvernement congolais devra s’attacher entre autres au « développement du secteur privé, notamment par la réforme des entreprises publiques (…) la protection de l’investissement étranger et l’amélioration de la transparence dans la gestion des ressources naturelles », indique le communiqué de presse du FMI |1|.

    Autrement dit, la RDC doit achever la privatisation de ses secteurs stratégiques (mines, énergie, industrie, transport ) déjà très largement contrôlés par les transnationales, impliquant le licenciement massif des travailleurs, comme ce fut le cas en 2003 avec l’opération mal nommée « Départs volontaires ». Ce plan de licenciement financé intégralement par la Banque mondiale a violé les droits de 10 655 agents de la Gécamines, l’entreprise publique minière située au Katanga, qui attendent toujours le paiement de leurs arriérés de salaires et les indemnités prévues par le droit congolais.

    « La protection de l’investissement étranger » signifie, quant à elle, une interdiction pour les autorités de revoir les contrats miniers conclus illégalement avec les transnationales (sauf si elles sont chinoises !). Rappelons en effet, que le Canada s’était opposé à la conclusion d’un accord avec le FMI lors de la réunion du Club de Paris du 18 novembre où aucun officiel congolais n’était invité. Le but était alors de faire pression sur le gouvernement, qui avait annoncé quelques jours plus tôt la résiliation d’un contrat frauduleux signé avec l’entreprise canadienne First Quantum. L’affaire a finalement été réglée suite à l’engagement du gouvernement d’améliorer « le climat des affaires »…

    Concernant « la gestion des ressources naturelles », le FMI fait comme à son habitude reposer la seule responsabilité sur la RDC en omettant le rôle néfaste de sa partenaire, la Banque mondiale, incapable de changer de politique. Selon les ONG Greenpeace, Global Witness et Rainforest |2| : « En tant que bailleur principal de la réforme forestière congolaise, la Banque mondiale porte une responsabilité particulière pour les résultats médiocres observés à ce jour (…) Les conclusions du rapport d’enquête de 2007 réalisé par le Panel d’Inspection |3|, révélant le parti pris de la Banque mondiale en faveur de l’exploitation industrielle, au détriment des communautés locales, semblent avoir été largement ignorées ». Malgré les enjeux liés à la déforestation et au changement climatique, le FMI s’inscrit toujours à l’instar de la Banque mondiale dans cette logique de l’exploitation industrielle du bois en transformant un peu plus la RDC en véritable paradis pour les transnationales, comme si les bénéfices réalisés par ces dernières allaient en bout de course profiter au peuple congolais. Pourtant, c’est l’inverse qui se produit dans l’ensemble des pays en développement : les populations s’enfoncent dans la pauvreté tandis que les rapatriements des bénéfices réalisés par les transnationales augmentent, culminant en 2008 à 298 milliards de dollars !

    Que va gagner la RDC en appliquant toutes ces conditionnalités ? Pas grand chose : environ 560 millions de dollars étalés sur trois années à condition que le FMI juge satisfaisante l’application de ses politiques. En effet, la RDC est sous haute surveillance puisque le programme triennal est évalué au fur et à mesure de sa mise en œuvre. Au total, six missions d’évaluation du FMI sont prévues, conditionnant le décaissement des différentes tranches financières. L’allègement de la dette dépendra des résultats de la première évaluation prévue en mars 2010. Rien n’est donc acquis, sachant que le précédent accord avait été suspendu par le FMI en 2006 et que l’Ukraine s’est vu refuser en octobre dernier la dernière tranche d’une aide FMI, après avoir adopté une loi augmentant le salaire minimum. Dans l’hypothèse où le gouvernement congolais fait un sans-faute, il continuera à supporter une dette de 4 milliards de dollars, après l’allègement espéré. La difficulté restera de trouver les ressources financières pour la rembourser, vu que les privatisations imposées par les bailleurs de fonds entraîneront moins de recettes budgétaires. Le gouvernement devra alors se réendetter à moins qu’il ne fasse un autre choix.

    Cet autre choix pourrait être de refuser de payer la dette afin d’assurer en priorité les besoins humains fondamentaux de sa population et se débarrasser de la tutelle néo-coloniale des créanciers. Un tel acte unilatéral est fondé en droit international, d’autant que la dette congolaise est une dette odieuse, constituée principalement d’arriérés impayés par l’ex-dictateur Mobutu. Elle n’a donc aucune valeur juridique car les créanciers connaissaient la nature dictatoriale du régime mobutiste. Le Forum sur la corruption, qui s’est ouvert en RDC le 16 décembre, pourrait être une occasion pour les mouvement sociaux congolais d’exiger la mise en place d’un audit de cette dette pour en révéler le caractère illicite et identifier les détournements afin de légitimer la répudiation de la dette et exiger la restitution des biens mal acquis. Seulement 3% des avoirs détournés au niveau mondial ont été restitués à ce jour, malgré la ratification de la Convention de l’ONU contre la corruption par la majorité des pays du Nord, qui consacre la restitution des avoirs détournés comme un principe fondamental du droit international.

    Article paru dans l’hebdomadaire français Politis le 14 janvier 2010 « 

  4. Le cas de la RDC n’est comparable à aucun autre. Ce que possède la RDC est infiniment plus précieux et rare que du gaz, du pétrole ou des métaux précieux. Ceci étant le véritable enjeu des des vagues agitations de surface que cet article met en avant. C’est pourquoi la RDC connait et connaitra encore le même sort que Dune de F. Herbert, jusqu’à ce qu’on trouve mieux que l’épice. Mais de celà on ne parle JAMAIS, même dans les sujets consacrés à la RDC.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Coltan

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