Les entreprises et les produits dérivés, par Olivier Brissaud

Billet invité.

Les entreprises ne créent pas de risque systémique quand elles utilisent des instruments dérivés : elles couvrent de vrais risques d’entrepreneurs, des risques non-standard et n’utilisent pas des instruments tels que des CDS, apanage des banques et institutions financières. Elles ont donc besoin d’un marché de gré à gré efficace et liquide. C’est vital pour permettre aux entreprises de stimuler la reprise.

La Banque des Règlements Internationaux (BRI) a estimé la part des contrats générés par les entreprises industrielles et commerciales à 3% du volume estimé des opérations sur dérivés. En admettant qu’il puisse y avoir une certaine marge d’erreur, on constate que cela reste tout de même une fraction minuscule du marché total. Aucune trace de risque systémique.

De quoi parle-t-on au juste quand on évoque les « dérivés » ? Pour faire simple nous allons dire qu’il s’agit de transactions financières dont les effets finaux se situent dans l’avenir et qui servent à couvrir ou diminuer, mitiger, un risque sous- jacent actuel ou futur : prenons l’exemple d’une PME française qui vend son produit au Royaume–Uni en Livres Sterling. Les coûts de fabrication sont en €. Le client payera dans 3 mois en Livres. Comment vais-je, moi PME, m’assurer du montant en € que je vais recevoir à l’échéance (sur lequel j’ai calculé ma marge bénéficiaire) ? Voilà mon risque, dit risque de change. Eh bien je vends les Livres que je dois recevoir dans trois moi à une banque contre des € à un prix que je conviens avec la banque aujourd’hui. Je sais de la sorte exactement combien d’€ je vais recevoir dans 3 mois. Mais les opérations de change ne sont pas les seules que l’on qualifie de « dérivés » ; les opérations sur taux d’intérêt, sur matières premières sont également des dérivés utilisés par les entreprises : je peux vouloir acheter maintenant de l’énergie dont j’aurai besoin dans un mois. Le prix de revient de mon produit est dès lors plus facile à établir. Il existe cependant d’autres catégories d’instruments dérivés que les entreprises n’utilisent pas ou très peu. On parle des dérivés sur actions, sur index boursiers, des dérivés de crédit. Ah mais c’est de ceux-là dont on a tant parlé pendant la dernière crise financière n’est-ce pas ? (Pour une définition précise voir ici). C’est effectivement bien le marché des CDS qui a dérapé, un marché interbancaire, gangréné par les crédits hypothécaires américains, les fameux subprimes.

Pourquoi alors veut-on « règlementer » tous les produits dérivés ? Comment y parvenir ? Ce processus n’est pas sans risques pour les entreprises. Voyons ces points successivement.

Pourquoi d’abord : simplement parce que le politique n’a pas toujours les connaissances pour faire dans la dentelle ; « les dérivés qui ont participé de la crise financière, doivent donc être contrôlés pour que la crise que nous avons vécu, chers concitoyens, ne se reproduise plus ! ». On ne comprend pas tout mais ça sonne bien, avouez ! Ceci est particulièrement vrai Outre Atlantique et comme en Europe nous sommes un peu en retard par rapport au processus américain, nous ne sommes pas à l’abri d’une décision américaine qui mettrait l’Union Européenne devant un choix difficile : suivre les américains dans une mauvaise décision ou prendre le risque que les marchés financiers arbitrent la décision en se déplaçant au gré du meilleur traitement offert. Mais pourquoi le « tout règlementer » serait mauvais et mauvais pour qui ? Ce serait une erreur de mettre tous les marchés que l’on regroupe sous le terme de dérivés dans le même panier parce qu’ils ne représentent pas le même risque. Le marché des dérivés de change et de taux, ceux utilisés également par les entreprises n’ont jamais fait courir un quelconque risque systémique. Les règlementer les rendra moins liquides, plus rigides et moins efficaces. Les entreprises auront donc plus de mal à trouver une contrepartie qui va accepter à un prix raisonnable de prendre le risque dont l’entreprises souhaite se défaire (voir l’exemple du risque de change décrit plus haut).

Qu’entend-on par règlementer ? L’idée est de contraindre ou d’inciter les banques à transiter par un organisme de règlement-livraison pour déboucler leurs opérations, des « central clearing counterparts » voire des Bourses ; on espère par là mieux visualiser le risque, mieux le circonscrire et donc mieux le gérer. Si d’une part cela est déjà le cas dans bien des cas pour certaines matières premières et pour des swaps de taux par exemple, il n’est pas certain d’autre part qu’en concentrant le risque de contrepartie auprès d’un petit nombre de CCP on réduise le risque systémique. La doctrine est divisée sur le sujet. Mais soit me direz-vous c’est une décision politique prise par le dernier G 20, probablement bien « informé » par des acteurs de marché qui s’en retrouvent, par hasard bien sûr, les plus grands bénéficiaires. Certains théoriciens émettent l’hypothèse que si centraliser le risque le fait ipso facto diminuer, les banques auront elles-mêmes moins de coûts pour maîtriser les risques résiduels et que tous les utilisateurs s’en trouveraient à devoir payer moins cher. Cela fait preuve d’un angélisme très touchant. Hélas on ne voit pas le système bancaire faire bénéficier ainsi leurs clients de gains de sécurité ou de productivité.

Si « obliger » les banques à utiliser un CCP risque de se révéler difficile, les Autorités procèderont par l’incitation : les banques qui auront un portefeuille de dérivés non « clearé » devront garder plus de fonds propres dans le cadre des nouvelles règles de « Bâle III ». Plus de fonds propres c’est des coûts supplémentaires que les banquiers transfèreront au client final, soit sous forme de marge accrue sur les opérations de couverture soit par l’attribution de lignes de crédit additionnelles sur lesquelles elles imputeront les opérations.

Et voici le premier effet pervers qui apparaît : l’entreprise qui souhaite mitiger ses risques par l’utilisation d’un produit dérivé va devoir bénéficier d’une ligne de crédit supplémentaire ; par les temps qui courent on peut se demander si c’est bien sage… cela expose l’entreprise à un risque supplémentaire : le risque de liquidité que par hypothèse elle connaît peu. Il n’y a en effet pas de prêteur en dernier ressort pour une entreprise comme pour les banques. Ce risque de liquidité s’ajoute au risque de contrepartie que l’entreprise est habituée à gérer (quel volume d’affaire traiter avec quelle institution, le principe de base qui consiste à « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier »).

L’effet pervers suivant est que si le marché de gré à gré, OTC, se contracte parce que les règles de Bâle poussent au clearing central donc à de la standardisation des termes du contrat, les entreprises vont avoir plus de mal à trouver la bonne contrepartie pour acheter son risque industriel ou commercial, par définition non-standard. Avoir plus de difficulté à couvrir précisément son risque veut aussi dire avoir plus de mal à se qualifier pour « hedge accounting » : comptabilité de couverture, c’est-à-dire neutraliser les deux opérations dans le compte de résultats.

Enfin, cette mesure va pour sûr contribuer à concentrer le marché plus encore. Nous savons que sur les CDS une petite dizaine de contreparties bancaires « font » le marché ; sur les changes ou les taux le nombre de contreparties sur le marché de gré à gré est encore grand. Mais toute règlementation qui augmentera les contraintes et les coûts aura comme conséquence le retrait de certaines banques du marché et donc la diminution des choix pour les entreprises. Et qui dit moins de choix, dit moins de concurrence et donc des prix tendanciellement en hausse.

En conclusion, je suis d’avis que l’on devrait avoir le courage de laisser les entreprises hors de cette règlementation : les entreprises ne sont pas un élément du risque systémique. Dissuader les entreprises de pratiquer une saine gestion de leurs risques ne peut pas être le résultat de la manœuvre. Les banques ont alimenté la bulle spéculative. C’est à elles d’en supporter les conséquences.

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59 réflexions sur « Les entreprises et les produits dérivés, par Olivier Brissaud »

  1. Déjà, vous utilisez beaucoup trop le mot « systémique » alors que global convient tout autant.

    Ensuite, vous n’êtes pas assez précis dans les catégories de protection dans les risques de change et la spéculation.

    Il y a d’abord le SWAP de devises. Pour les entreprises internationales, bien sûr.
    Soit, j’équilibre (ou plutôt j’annule) les variations de change entre ma monnaie locale et la monnaie étrangère.
    C’est à dire : je refile la monnaie de mes clients étrangers à mes fournisseurs du même pays.

    Autre instrument : l’achat à terme. Vous l’expliquez mais pas dans le détail.
    Ainsi, l’achat à terme peut devenir peu intéressant à cas d’inflation faible de votre propre monnaie.
    (toujours regarder le différentiel réel des taux)

    Pour la spéculation, (chose qui ne devrait en principe pas être faite par une entreprise industrielle car ce n’est pas sa vocation), si je vous dis que je l’ai toujours pratiqué de façon « inconsciente »…

    Bien sûr que j’achète lorsque le cours est bas. (en connaissant mon coût de stockage, naturellement)(trou de trésorerie compris)

    Bien sûr que je truffe mes contrats de clauses de révision en visant mon intérêt plutôt que celui du fournisseur ou client. (on parle alors d’anti-spéculation, quand on regarde bien, car la stabilité est un peu visée)

    Mais comment voulez-vous qu’une entreprise n’utilise pas non plus son pouvoir financier…???
    Alors que la finance est qualifiée d’ « industrie ».

    1. Quel dommage de spéculer ! Essayer de gagner sans favoriser l’économie… pratique médiocre? Elle me parait l’être.
      On spécule sur les cours de produits vitaux à tant l’humains. On infléchit sur leurs cours, san rien apporter à l’éconnomie. Activité parasite, aucune coopération.

      Je vous encourage à renoncer à toute activité spéculative. Nos prises de conscience sont vitales.

    2. Pardon d’avoir différé ma réponse.
      Et Tartar m’a fourni des éléments qui confirment que le mouvement que j’ai constaté il y a 20 ans en début de carrière s’est amplifié et surtout, affiné. Ainsi, à l’époque, il s’agissait juste d’ « investir » dans des filiales pour diminuer ses bénéfices et faire ainsi chuter la participation et l’intéressement.
      Maintenant, il y a ça :
      http://dondevamos.canalblog.com/archives/2010/01/25/16666592.html

      Quand-même : c’est beau le progrés. 😉

  2. Vous avez raison de faire remarquer qu’il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes, et que les produits dérivés peuvent apporter une contribution à l’activité économique. Vous expliquez parfaitement pourquoi.

    Mais il est intéressant de suivre le débat sur leur réglementation et de voir avec quels arguments les établissements financiers ont obtenu aux Etats-Unis que leur régulation soit très réduite. Elles ont en effet fait intervenir des grandes entreprises, pour se réfugier derrière elles et obtenir des exemptions de plus en plus nombreuses à l’obligation d’utiliser des chambres de compensation. Elles ont aussi argué du fait que ces chambres n’auraient jamais la solidité financière nécessaire, dans l’exercice de leur mission de contrepartie, et qu’il ne fallait pas les surcharger (certains, pour répondre à cette objection, proposaient que les chambres aient accès aux aides des banques centrales).

    Il a finalement été retenu que ce sont ces mêmes chambres de compensation (ou bourses) qui décideraient elle-mêmes pour quels produits dérivés elles seraient d’usage obligatoire, étant donné la très grande difficulté à réglementer un marché en constante évolution, marqué par l’apparition permanente de nouveaux produits dérivés. De mauvais esprits ont ensuite remarqué que les établissements financiers prenaient pied dans leur capital !

    1. Merci pour votre réaction. Je cherche surtout à faire en sorte que l’on ne se trompe pas de cible: les entreprises ne sont pour rien dans cette crise et les marché sur lesquels elles opèrent , taux, changes, l’essentiel des matières premières de base, ne sont pas systémiquement dangereux. Commençont pas regarder le marché des CSD, index linked, actions etc puis on verra bien si cela nettoie suffisemment le marché….

    2. @ Olivier brisaud

      bien sûr que les entreprises ont participé à cette crise et qu’elles y sont pour quelque chose ; pour la bonne et simple raison que la part de la plus-value qui a été transférée des salariés aux actionnaires a servi à alimenter les circuits financiers

      croyez vous que le smicard a suffisament d’argent pour placer de l’argent !

      depuis 30 ans on vole les salariés et c’est maintenant à eux de payer une crise où ils n’y sont pour rien.
      ils vont la payer par le chomage, l’augmentation des « impots », la diminution des protections sociales.

      Avant, pendant, après la crise , ce sont les salariés qui paient .

      la chance des dominants et de leurs chiens de garde , c’est que tout espoir est mort à gauche actuellement . Mais attention , le réveil pourrait être très douleureux pour les accapareurs.

  3. Bonjour,

    1/ je comprends mal : si le but est de se couvrir, pourquoi donc permettre l’existence d’un marché de gré à gré. Vous vous couvrez, ok, mais le but n’est pas de spéculer, donc vous le gardez tant que vous avez le risque couvert.

    2/ comment justifier vous la bagatelle de 400 000 milliards de contrats de taux sur devises ou 40 000 milliards sur indices boursiers (soit 10 fois et 1 fois le PIB mondial). un « réel » besoin de couverture

    3/ pourquoi les CDS ne sont-ils pas réservés aux seuls assureurs dont c’est le métier ? (même s’il leur arrive de faire faillite quand ils font n’importe quoi…)

    Mais enfin, quand des produits ont la potentialité de destruction d’une bombe atomique, je suis d’avis qu’il vaut mieux les interdire, cela marchait très bien sans eux il y à 30 ans (et oui, c’est moins « moderne », mais cela permet juste une chose accessoire, la survie…)

    1. Merci Olivier,

      vous avez raison le marché des CDS n’existait pas il y a 30 ans…le marché des changes et des taux a cependant bien plus d’ancienneté…je ne crois pas qu’il faille les interdire.
      1. Je parle du point de vue d’une entreprise industrielle ou commerciale: quand je couvre un risque de change ou de taux j’ai toujours un sous-jaçant!
      2.vous avez raison je disais en commençant l’aricle que seuls 3% des volumes dont vous parlez représentent des opérations passées par des entreprises non financières . Le reste est pour l’essentiel de la spéculation réalisée par des entreprises du secteur financier.
      3. Les entreprises non financières ne touchent jamais aux CDS; c’est l’apanage de banques,fonds spéculatifs et assureurs, encore là vous avez raison!

  4. Il n’empêche que le « risque » faisait aussi partie de la vie de l’entreprise, à vouloir à tout prix l’occulter, nous voici dans un nouveau monstrueux totalitarisme dont nos démocraties n’ont pas su se méfier : La Dictature de la finance.

  5. @Olivier Brissaud :

    Je suis ignorant en finance :
    Je suppose que l’exemple que vous prenez en début de billet sur la convertibilité de l’euro en livre, pris pour une PME française, ne vient pas comme un cheveu sur la soupe, et je comprend l’intérêt d’une couverture. Dans l’histoire de la finance, comment faisaient ces entreprises pour se couvrir d’une perte liée à la variabilité du taux de change, avant l’invention de ces instruments dérivés ? Ou est-ce à un moment donné de l’histoire financière qu’il a fallu se couvrir spécialement de ce risque ? Et comme je suis dans le flou, j’ai la vague impression que les taux de change sans cesse changeant, font parti d’un risque systémique qu’il a fallu contenir.

    1. Merci Bertrand, Paul répondrait bien mieux que moi; je vais essayer de faire court et simple: les couvertures des cours de change et des matières premières sont à la base de la banque donc existent depuis des siècles; l’inclusion de ces instuments dans la catégorisation comptable « instruments dérivés » date de la rédaction des IAS, règles de comptabilité internationale, soit le début des années 1990. Les CDS qui servent à couvrir des risques de crédit sont sous cette forme plus récents. » Les dérivés » donc est une définition comptable qui regroupe différents instruments qui ont des profils de risque très différents…difficile à expliquer simplement…c’est pourquoi les politiques rechignent à expliquer et appliquent la technique du bouc émissaire…

  6. Bonjour,

    Un moyen de couverture contre les impayés ou/et surtout un moyen d’obtenir des liquidités est l’affacturage (factoring) ; je dois avouer que je ne sais pas si cela se pratique entre devises différentes, mais ce que je sais c’est qu’il y a des entreprises qui se chargent de ce type d’opérations et qu’il n’est point besoin à l’utilisateur de recourir au marché pour ce faire.
    Dans cet ordre d’idée, il n’est pas tout à fait certain qu’il soit pertinent de permettre à une entreprise dont l’objet est industriel ou commercial de faire des opérations risquées sur les marchés financiers : à chacun son métier, bien qu’il arrive évidemment que la frontière soit poreuse entre les différentes activités d’une entreprise.
    Ceci étant, on est bien d’accord sur le fait que le problème financier actuel ne provient pas des entreprises industrielles et commerciales mais bien des banques et de leur succédané les assurances.

    Cordialement

  7. Ce n’est pas tout à fait dans le droit fil du post, lequel concerne les opérations de couverture des grandes entreprises, mais on peut lire dans le Wall Street Journal un article intéressant à propos de la proposition de Paul Volcker d’interdire les transactions pour compte propre (proprietary trading) dans le chef des banques. Cet article met en relief la difficulté à distinguer parfois spéculation et opération de couverture tant ces opérations peuvent être intriquées et interconnectées, et il est clair que le lobby bancaire a l’intention de s’enfoncer dans la brèche. L’article montre que l’on a des difficultés à distinguer opérations pour compte propre et opérations pour un client dans le cas d’une banque teneur de marché (market maker) ou d’un arbitragiste. En effet, un teneur de marché fournit la liquidité permettant à ses clients d’opérer. Il achète au vendeur et vend à l’acheteur. Bien sûr, dès lors qu’il engage des liquidités, il court un risque durant l’intervalle de la transaction. Pour couvrir ce risque, ces teneurs de marché opèrent donc pour compte propre. Autrement dit, ces opérations pour compte propre servent à couvrir des opérations pour le compte de leurs clients. Le lobby bancaire va donc essayer de rogner la réforme Volcker en demandant qu’il laisse les teneurs de marché opérer comme bon leur semble.

    http://online.wsj.com/article/SB10001424052748703422904575039502973649716.html?mod=mktw

  8. La définition des produits dérivés telle qu’énoncée dans ce billet est plutôt évasive. Un contrat à terme (forward) n’est pas à proprement parler un produit dérivé, puisqu’il équivaut à la valeur au comptant majoré d’un différentiel de taux d’intérêt pour la durée considérée. Les données sont connues au moment où le contrat est conclu. Un produit dérivé, en revanche, tels que les swaps, les options, les futures, dérivent leur valeur d’une formule qui repose sur des hypothèses et suppositions quant à l’évolution probable du prix du sous-jacent. De plus, ces produits requièrent une mise de fonds qui, selon le produit, est soit perdue à l’échéance, soit déductible.

    En outre, l’acheteur du produit n’a pas toujours les mêmes contraintes que l’émetteur de celui-ci (sa contrepartie, donc). Généralement, c’est l’acheteur du produit qui décide s’il l’exerce ou non, s’il contraint donc l’émetteur de lui fournir le sous-jacent au prix convenu. L’émetteur, par contre, a toujours une obligation de livraison. Cette distinction peut attiser une forme de spéculation particulière. Ce sont ces aspects, parmi d’autres, qui rend les produits dérivés hautement spéculatifs.

    L’émetteur d’un produit dérivé doit normalement démontrer qu’il sera en mesure de remplir sa part du contrat. C’est la raison pour laquelle il doit s’acquitter d’un dépôt de garantie qui variera selon l’évolution du prix du sous-jacent. Si cette évolution se déroule en sa défaveur, il devra suppléer davantage. C’est ce qu’on appelle dans le jargon un ‘appel de marge’.

    En admettant que les formules destinées à donner une valeur équitable à ces produits soient fiables (elles ne le sont pas, aucune, ni au niveau des paramètres et de leurs définitions, ni au niveau mathématique des formules; Paul Jorion en a déjà esquissé les avatars précédemment), l’utilisation à des fins de couverture pourrait se justifier. Mais à une condition impérative : seuls les parties contractantes négociant véritablement le sous-jacent peuvent opèrer sur ce marché. Les autres devraient en être exclues ou, à tout le moins, leurs interventions strictement réglementées, par exemple, par un appel de marge équivalent à 100% de la contrevaleur (cela abolirait tout effet de levier).

    Les produits dérivés attisent la spéculation. Au lieu d’acheter un sous-jacent quelconque, on peut l’acquérir par l’achat d’un produit dérivé le concernant. Il suffit de s’acquitter alors de la prime (le prix du produit dérivé) et de l’excercer en temps voulu s’il dégage une plus-value, ou de l’abandonner à l’échéance s’il n’en dégage aucune. La perte ne dépassera jamais la prime initiale, qui, elle même, correspondra à une fraction de la valeur du sous-jacent.

    On peut diminuer à une fraction encore plus dérisoire la mise initiale en combinant les produits dérivés. Il suffit, par exemple, d’acheter une option d’achat (call) et d’émettre une option de vente (put) en même temps sur un sous-jacent identique pour obtenir une position sur ce sous-jacent à un coût marginal. Le call nécessitera une mise de fonds, tandis que l’émission du put rapportera la prime payée par son acquéreur. En théorie, cette position ne comprend aucun risque. En effet – en théorie, je tiens à le souligner – une des deux options terminera sans valeur. Si c’est le call, le porteur du put exercera son droit et remettra le sous-jacent au spéculateur au prix cocnenu. Si c’est le put qui échoit sans valeur, le spéculateur exercera son call et déboursera le même montant.

    Ce que ces spéculateurs et les économistes à la base de ces formes « d’investissement » ont oublié – sciemment ? – c’est que ces deux contrats se négocient individuellement et il n’est pas dit que la combinaison initiale résiste telle quelle jusqu’à l’échéance du contrat. Ce qui signifie que le spéculateur, dans sa croyance béate d’avoir minimisé le risque, l’a en fait doublé. Il est donc impératif au niveau du négoce que toutes les positions soient connues de chacun de sorte à ce que des positions exclusivement spéculatives puissent être écartées.

    Enfin, quand on prétend que les entreprises n’ont pas pour objet la spéculation, beaucoup ne s’en privent pas. Certaines même la créent sans s’en rendre compte. C’était le cas de la filiale américaine de Metallgesellschaft qui, durant les années 80, au moment où tout le monde prédisait une hausse continue du prix du pétrole, avait conclu des contrats à terme (futures) et des options sur ce dernier afin de couvrir ses besoins futurs. Mais vu l’étroitesse relative de ce marché, l’importance des contrats au nom de ce seul acheteur, les spéculateurs ont empêché le prix de s’envoler,de sorte que la filiale devait périodiquement verser des appels de marge de plus en plus coûteux pour elle. En 1993 elle sombrait, perdant 1,93 milliards de dollars. Sa banque attitrée, la Deutsche Bank, l’avait contrainte à dénouer anticipativement tous les contrats. Et, comme par enchantement, le prix du baril s’est remis à grimper à partir de ce jour !

    Comme on le voit, il n’est pas aussi évident de réguler ce genre de marché à partir des produits qu’on y négocie. Il me semble plus pertinent d’empêcher certains opérateurs d’y agir. Et si on exige de la part des autorités gouvernementales qu’elles fassent des appels d’offres pour chaque investissements, pourquoi n’en exigerions-nous pas autant dans le domaines des produits dérivés et autres produits négociés, interdisant ainsi les transactions de gré à gré, les plus spéculatives, qui resteront toujours nébuleuses et difficlement standardisables ?

    1. hélas, si les produits « plain vanilla » sont absolument dans le cadre de ce que les autorités veulent réguler: si je dois acheter un métal précieux qui entre dans la composition du produit que mon entreprise fabrique, ce métal se négocie en dollars; je dois donc acheter des dollars pour le payer; si je veux m’assurer d’une quantité de métal qui couvre mes besoins pendant disons 6 mois, à un prix qui me semble bon, je vais acheter ce métal à terme en dollars; je peux ne pas le faire bien sûr mais il est de bonne gestion de tout faire pour garantir la marge nette de l’entreprise et de limiter autant que faire se peut les fluctuations….c’est en ce sens que je disais que ne rien faire c’est aussi spéculer!!!

    2. @ Olivier,

      Ne rien faire est également spéculer, affirmez-vous. Dans ces conditions, nous spéculons à longueur de journée ! Non, il faut faire une distinction fondamentale entre une couverture de change directe (via un ‘forward’ ou un contrat à terme) et une stabilisation d’un coût. Votre exemple n’est pas clair à ce propos. Admettons que vous devez acquérir de l’or pour votre production. Certes ce métal sur le marché international est coté en dollars. Pour vous se pose à ce stade deux problèmes : le prix de l’or et celui du dollar. Donc, d’un côté il vous faudra vous couvrir contre les variations du prix de l’or, puis sur celle du taux de change du dollar, si vous souhaitez produire à un coût déterminé et assurer votre marge nette. Ce seront deux couvertures disctinctes, certes liées, mais sur deux marchés différents.

      Pour ce qui est du dollar, la couverture la plus appropriée est le contrat à terme. Là vous fixerez aujourd’hui la valeur des dollars que vous payerez plus tard. Et cette valeur correspondra à la valeur actuelle du billet vert majorée du différentiel des taux d’intéret entre l’euro et le dollar pour la durée contractée. C’est ainsi qu’une banque calculera son taux de change à terme, sans risque aucun, puisque c’est effectivement ainsi qu’elle opérera. Ce genre d’opérations n’a rien de spéculatif. Ce qui serait spéculatif, par contre, c’est de ne pas couvrir les dollars. Car dans ce cas, si vous devez les payer, vous spéculeriez effectivement sur une baisse du dollar et, sournoisement, vous attiserez la pression à la baisse sur le billet vert. A contrario, si vous craignez qu’il ne progresse, vous pourriez alors les acheter dès aujourd’hui pour éviter un sur-coût. Et cette attitude aura aussi pour effet d’augmenter la pression à la hausse sur le billet vert. Ce qui, dans le jargon économique, s’appelle les effets des ‘leads and lags’.

      Par contre pour votre or, la couverture se fera par le biais d’un contrat à terme (future) ou d’une option (à la rigueur d’un warrant). Et le prix qui vous sera demandé n’aura pas grand-chose à voir avec un différentiel quelconque, bien que la théorie l’affirme. Si vous ne pouvez passer le prix payé dans le prix du produit fini, vous n’aurez pas le choix, vous devrez vous couvrir via un tel contrat pour en fixer la valeur. Dans ce cas, vous, en tant qu’entrepreneur, ne spéculerez pas mais pourrez être victime d’un mouvement spéculatif. En revanche, vous deviendrez spéculateur à votre tour si vous commencez à négocier vos contrats durant la période de couverture pour (essayer d’) en tirer profit.

      C’est à ce niveau qu’il devient difficile de distinguer qui spécule et qui ne spécule pas. Mais ne rien faire n’est certainement pas spéculer !

  9. En créant un seul « organisme de contrôle » pour tous les produits dérivés , on peut supposer que le but de cette « réglementation » du marché est peut-être de rendre le marché des dérivés plus transparent afin de mieux le contrôler , le diriger au bénéfice de certains….

    1. bien sûr mais comme je le disais concentrer les risques n’est pas toujours la panacée; ces organismes de clearing seront des entreprises privées; qui va les superviser? combien y en aura-t-il? que se passe-t-il si l’une des ces institutions flanche? elle aura accès à l’argent de la Banque Centrale des son pays? beaucoup de questions difficiles.

    2. @olivier brissaud

      Si ces organismes de clearing étaient privées ,il y aurait en effet un grand risque d’abus…

  10. Moins que les produits dérivés directement liés aux entreprises (bien que cela existe, en particulier pour les multi-nationales), c’est bien plutôt de ça qu’il s’agirait d’être vigilant :
    http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2966

    C’est l’affaiblissement du sens commun, de l’intérêt général, des valeurs morales, etc., des dites entreprises, en lieu et place de la ‘valeur’ profit, qui devrait inquiéter les sociétés humaines.
    C’est cet affaiblissement qui pousse, aussi, les pouvoirs publics à supprimer les contrôles sur l’action même des entreprises. Et les citoyens à accepter tout ceci.

    In fine ?

    La promotion de la barbarie ‘civilisée’.
    On finira bien par vendre aux iraniens des lunettes anti-radiations nucléaires avant de les bombarder ‘proprement’ à l’uranium ‘enrichi’ (ce dernier terme est véritable ‘impropre’, dans tous les sens du terme) …
    Pour leur bien. Car nous ‘luttons’ pour eux. C’est connu.

  11. Si l’on disposait d’organismes de régulation adéquats (= compétents ET non inféodés aux ‘institutions’ spécialisées dans la spéculation) et que tous les nouveaux instruments devaient être soumis à leur approbation, il semble que les dérivés dont vous parlez pourraient parfaitement remplir leur office. Paul Jorion souligne toujours la différence entre les ‘vrais’ (légitimes) instruments de couverture et les autres.

    J’ai comme l’impression que le plan Volcker (je n’en connais pas les détails, mais la presse a déjà fuité quelques informations à son sujet) reflète une véritable compréhension des uns et des autres, même s’il ne va vraisemblablement pas assez loin. Je suppose que François Leclerc lui consacrera l’un de ses prochains billets.

  12. @Olivier Brissaud

    Je cherche surtout à faire en sorte que l’on ne se trompe pas de cible: les entreprises ne sont pour rien dans cette crise.

    Ah tiens, il n’y aurait donc aucune entreprise avec fonds de pension ? Et aucun « bon père de famille » avec plans d’épargne-pension ? (Tous deux fiscalement encouragés par notre « bon » état).

    Et puis, combien d’entreprises peuvent gagner plus et plus facilement en spéculant plutôt qu’en produisant et vendant péniblement, surtout maintenant. Poussé à l’extrême, c’est Enron, une entreprise qui était au dessus de tout soupçon. 😉

    Voir aussi le billet de Paul Les méchants de la nouvelle génération
    « C’est pas nous ! On n’a rien fait ! »

    M… Alors !

    1. il serait illusoire de penser que aucune entreprise ne spécule, d’accord avec vous. La sanction est cependant plus radicale: pas de banque centrale ou d’ Etat pour sauver Enron; la faillite est la conséquence d’une mauvaise gestion….encore qu’il existe des exceptions, en France et ailleurs.
      Ce n’est cependant pas le métier d’une entreprise industrielle et commerciale de faire des opérations financières qui dépassent le niveau de couverture des risques inévitables, intrinsèques au fait d’entreprendre. Je ne comprends pas pourquoi avoir un fonds de pension est spéculatif…pour qui spéculatif? Quant au plan d’épargne-pension c’est chez nous en tout cas un choix que nous avons de le faire ou pas. Je répète, au risque de lasser, ne rien faire c’est aussi spéculer….en l’occurence sur la solvabilité indubitable de l’Etat qui gère les retraites…voyons comment ça va se passer en Islande; je ne sais pas combien il restera d’argent pour payer les retraites des fonctionnaires….

  13.  » Les banques ont alimenté la bulle spéculative. C’est à elles d’en supporter les conséquences.  »

    Il arrive parfois que certains meurtriers pris sur le fait nient complétement l’acte de leur crime, c’est pas moi c’est l’autre, pour la prochaine bulle qui éclatera je me demande de quelle manière ils s’y prendront pour moins en supporter les conséquences et les tourments moraux.

  14. Mais d’ ou vient donc le risque contre lequel vous voulez vous couvrir ?
    De la volatilité.
    Qui profite de la volatilité ?
    La spéculation.

    C est la spéculation qui alimente et amplifie ce risque dont elle profite ensuite.
    Son carburant est le crédit pour la spéculation.
    Il faut tarir cette source.

    Si nos politiques ne font rien (et ils ne feront rien), une des solutions est de créer des marchés plus petits, a taille humaine, « volumes humains », relocalisés si possible, de façon a pouvoir supporter les conséquences de la réalisation du risque (autoassurance).

    Je ne connais pas les problèmes que vous décrivez quand je prévois d’ acheter mes croissants chez mon boulangère: si elle ne peut me livrer la quantité voulue, je ne prends que ce qui est disponible, et il n y a pas de drame.

    Pas un centime pour des traites qui ne viennent pas d’ un travail, point barre.

    1. vous abordez-là un débat de société plus philosophique que mon propos n’avait pas l’ambition de déclencher; je suis dans le « dur » du quotidien quand j’écris ce papier. Vous avez sans doutes raison sur les perspectives futures, peut-être que le retour sur soi est une solution….

    2. Pourquoi se prémunir sur l amplitude de variation d’ un prix, quand en réalité il n y a pas de prix.
      Quand je passe devant une vitrine de magasin ou l on ne distingue que des pourcentages de rabais écrits en gros, ou bien des remises alléchantes, ou des chiffres affublés d’ une asterixe renvoyant a des caractères illisibles en bas de page, j en conclus qu il n y a pas de prix, et donc je n achète pas.

      Je ne vous parle pas de repli sur soi, c est tout le contraire, justement s’ ouvrir aux autres, mais directement.
      Il faut individuellement modifier sa façon de consommer pour avantager les entreprises qui respectent le consommateur et qui prêtent le moins possible le flanc a la spéculation. Celles qui se sont endettées au delà du raisonnable sont condamnées a réaliser des profits au detriment de la qualité, condamnées a truander le consommateur d’ une manière ou d’ une autre, ne serais ce que parcequ’ elles licencient et délocalisent déséquilibrant la protection sociale et provoquant la hausse des prélèvements obligatoires sur ces mêmes consommateurs.

      Le président US vient de décliner l invitation au sommet de l UE, il y a fort a parier que nous entrons dans une ère de repli sur soi des US.
      Le modèle de mondialisation qui justifiait les techniques de couverture dont vous parlez est en train de s effondrer en direct.

  15. Je sais j’en reviens constamment aux comportements de l’être humain plutôt qu’à des règles financières.

    Pour revenir à la couverture, diriger une entreprise quelle qu’elle soit, la peur principale est l’erreur, on connait son métier mais on connait moins les autres, ce me semble ce qui semble le mieux convenir à l’homme actuel est sa peur et en conséquence il a tenté de se couvrir.

    D’abord dans l’entreprise en recourant aux spécialistes, plus chers mais logiquement mieux informés car plus axés sur une seule tâche, ensuite face aux variations violentes de certains postes, ils ont cherché à se couvrir.

    Juste prendre un exemple, celui d’air France, ils se sont couverts avant les autres sur un baril à 80 $, cela leur a réussi deux exercices et s’est retourné contre eux au début 2009 lorsque le baril est passé en dessous, ce choix pertinent à permis à Air France deux exercices de suite de faire de meilleurs résultats que les autres….

    Ce me semble, la complexité du monde a fait que nous atteignons d’une part nos limites, ensuite nous perdons du courage, ensuite nous nous complaisons dans la facilité…

    Ce me semble tous nous cherchons des droits mais pas de devoirs, les traders sont indexés sur les gains mais pas sur les pertes, les grands patrons en font autant, je ne parle pas des hommes politiques, soyons sérieux dissoudre l’assemblée nationale alors que la reprise est présente, je parle de Chirac, ou passer aux 35 Heures alors que de sérieuses difficultés de recrutements se font déjà ressentir démontre que nos hommes politiques sont comme les banquiers aujourd’hui, à savoir n’étant pas condamné sur leurs erreurs, ils prennent de plus en plus de risques…car ils excluent le risque de l’erreur n’ayant pas à le supporter, ce qui est d’ailleurs totalement différent pour une entreprise normale, et le sujet du moment en est un bon exemple…

    C’est de même en France, une majorité de français parlent de leur droits mais jamais de leurs devoirs, c’est comme vouloir l’argent sans le risque de la perte, comme pour les banquiers…

    A travers les CDS, les banquiers ont oublié qu’ils gagnaient car ils prenaient des risques, c’est le risque qui est rémunéré pas forcément le prêt d’argent, juste regarder le cas de la Grèce aujourd’hui, bref ils ont transféré le risque aux autres sous forme de titrisation et avec les couvertures mutiples, ils ont rendu la situation tellement inextricable que personne ne sait réellement qui doit quoi….le montant absurde des CDS en est un exemple et juste voir l’exemple récent de Thomson qui a eut de grosses difficultés pour renégocier sa dette, en particulier obligataire, étant dans l’incapacité d’identifier les ayants droits de ses créances…

    La peur, tout simplement la peur, seul problème iles financiers ont atteint une telle puissance qu’ils ont retransmis le risque qui est la source et la raison de leur métier sur le dos de la collectivité…

    Bref et ce me semble le To big to fail est une réelle invention de ces messieurs, faire croire qu’ils sont indispensables, le sont ils voilà un bon sujet de réflexion ce me semble

    1. … »j’en reviens constamment aux comportements de l’être humain »
      Le gros problème c’est que l' »être humain »…n’existe pas, pas plus que la « nature » humaine, les « hommes » ou les « femmes ».
      Ces catégories ne peuvent pas servir à comprendre la »nature » de la société, ni celle des rapports sociaux, ni de la crise actuelle.
      Quand on pense ainsi, l’histoire n’est qu’un décor, l’homme est naturellement lui-même, invariant naturellement. Les rapports sociaux sont naturalisés, l’histoire évacuée : c’est l’idéologie de la bourgeoisie (des philosophes des Lumières) et celle des porte-parole des exploiteurs : la nature égoïste de l’être humain, éventuellement la stricte détermination génétique, le darwinisme social.
      Les « comportements de l’être humain », le behaviourisme qui revient finalement à : les gens sont comme ça, ou comme ci.
      L’être humain n’existe pas, il est grand temps de s’y faire.
      Avez-vous remarqué ce qu’on dit à propos d’une monstruosité produite par et pour les êtres humains? l’être humain dit souvent « c’est inhumain » ?
      qui de plus humain que cet inhumain?
      Qui plus inhumain que cette humanité?
      Rideau de fumée, bonne conscience des » comportements de l’être humain », pusillanimité des classes moyennes, confinant au cynisme le plus juteux, puisque c’est humain…

  16. @Olivier Brissaud : merci pour votre réponse plus haut.

    Et une question à la cantonade :

    Quand la SG a annoncé en catimini pendant les fêtes de fin d’année qu’elle avait 35 milliards d’euros de papiers issus d’un marché devenu illiquide, est-ce que les banquiers ont compté les paris qu’ils avaient dû engager pour se couvrir d’une pareille déconvenue ?

  17. Si le taux de change n’était réévalué qu’une fois l’an, ce risque (risque de change) ne serait il pas supprimé?
    Les dérivés peuvent ils être utilisés par les entreprises (non financières) pour couvrir un risque de dévaluation des produits créés?

    1. on a longtemps vécu avec un système de taux de change fixes, càd indexés sur l’or…puis dans les années 70 on a abandonné ce système et considéré que la valeur d’une devise représentait la performance économique du pays de la devise, période de confrontation idéologique forte, guerre froide…. aujouird’hui 167 pays dans le monde , 150 devises… je vois mal comment revenir aux changes fixes et indexés sur quoi…
      sur la seconde question oui il y a eu des « CDS sur des CDS » comme Paul l’a sans doutes maintes fois expliqué..plus de vrai sous-jaçant et donc à un certain moment patatras….mais ce n’est pas le but des original des produits dérivés; il faut un sous-jaçant.

  18. Je rejoins un des commentateurs qui s’étonne qu’on essaie de justifier de l’utilité ponctuelle des dérivés sans se pencher sur les causes qui justifieraient cette utilité. Ne faut-il pas aujourd’hui essayer de diminuer la volatilité des prix, donc de limiter la spéculation et rendre le risque (et la rente) bien moins attractif pour le parieur, donc s’attaquer aux racines du mal ? Il me semble que c’est ce que Paul Jorion essaie de proposer avec son interdiction de paris sur les prix, de même qu’un Frédéric Lordon avec le SLAM et le retour au fixing…

    1. d’accord mais qui « fait » le fixing? c’est la somme arithmétique des cotations du marché dont on a supprimé la plus élevée et le plus basse divisé par le nombre de cotations…..ça reste un prix de marché….qui fluctue au gré des informations économiques, politiiques etc . Une entreprise garde donc le besoin de se prémunir contre ces variations…..non pas dans le courant de la journée mais sur une plus longue période, un mois, six mois etc…

    2. Il y a plusieurs formes de fixing. La plus équitable serait celle qui prévoit une cotation unique par séance. Seuls les négociants attitrés pourraient placer leurs ordres. Le prix évoluerait ainsi en fonction d’une demande et d’une offre réelle, non en fonction d’une demande ou d’une offre supposée, alimentées par la spéculation. Pour limiter les manipulations, il suffirait d’introduire des quota.

      Ce système existait déjà en Europe continentale et a été abandonné durant les années 80 suite à cette vague libérale (Reagan, Tatcher, Monory, De Clercq, …) qui ont libéralisé les marchés (le fameux ‘Big bang’). Il requérait des courtiers seuls habilités à recevoir et traiter les ordres (sorte de commissaires priseurs). Si on souhaite la transparence, il faudra revenir à ce mode de négoce, car plus il y a d’intermédiaires, moins il sera possible de camoufler.

    3. Certes, mais il est tout de même plus facile de se prémunir, surtout d’analyser et donc de supporter le risque, quand les variations sont plus espacées. Cela autorise une vision économique à plus long terme. Cela dit le fixing n’est qu’un paramètres sur lequel agir. Mon esprit profane se dit qu’il faut rendre le risque structurellement non rémunérateur à un certain degré. Je renvoie une nouvelle fois aux économistes hétérodoxes pour les propositions techniques…

  19. @Olivier Brissaud

    Merci pour cet article.

    Corrigé moi si je dis une bêtise :
    seuls les entreprises commerciales et industrielles ayant un sous jacent avéré devrait donc pouvoir recourir aux instruments de couverture (dérivés).
    Autrement dit, tout intervenant « non commercial or industrial » devrait être bannit de ces opérations soit les 97% du volume (BRI) ?

    1. je dirais plutôt que les 97% doivent être surveillés et spour ne pas créer de bulle spéculative; les 3% ne nécessitent pas de contrôle particulier si ce n’est du déclaratif, ce que les entreprises cotées en Bourses doivent faire de toutes façon.

  20. Bien d’accord avec Tigue!
    Et avec Fujisan! Longue vie à l’escargot!

    La finance structurée, qu’importe son organisme d’origine, resplendit d’inanité.
    Voulons-nous découpler les profits et les risques? Cessons de rechercher le profit.
    Concentrons nous sur l’efficacité.

    Le but d’une entreprise disons agricole (ou de toute autre entreprise à l’exception des divinités usurières) devrait être de nourrir (servir) sainement la population, et non les risques, en recherchant systématiquement le profit.
    Si par malheur la récolte s’avère mauvaise, le DEVOIR de la banque (si possible publique) est de fournir la « liquidité » nécessaire pour traverser cette mauvaise passe, s’il ne s’agit que d’une mauvaise passe. Autrement, qu’elle crève, d’autres naîtront.

    De toute façon, à partir d’une certaine taille, une entreprise devrait éclater en plusieurs autres ou devenir publique.

    Je considère le risque « systémique » porté par certaines entreprises bien plus menaçant que celui ayant fallacieusement effrayé nos amis usuriers. Je pense sans trop creuser à Monsanto et à Areva.

    Mais peut-être me trompe-je. Quelque détail technique et législatif guérira tantôt l’humanité de son avidité dangereuse, dans l’attente d’une « reprise » à contre courant du flux fossile d’énergie globalisée.

    Bien entendu, je m’éloigne du sujet, mais Paul Jorion lui même n’a-t-il pas évoqué la possibilité de supprimer intelligemment les problèmes avant que la question de leur résolution ne se pose?

    1. Pour que je vous réponde, il faudrait que vous précisiez votre pensée. Est-ce une critique de la notion de fixing ou une affirmation que tout acte commercial est spéculatif de nature ?

  21. Monsieur Brissaud,

    Votre premier argument est celui de la liquidité. Il a déjà beaucoup servi. Il a couvert toutes les manipulations à base de produits dérivés. Il a permit la spéculation sur les produits comme le pétrole, la nourriture et provoqué des morts. Devant moi, cet argument est à fonder de manière rigoureuse. Il a déjà donné tout ce qu’il a pu et, comme dit le poète, plus encore.

    Votre deuxième argument est le faible volume des produits dérivés générés par les entreprises. Il vous permet de dire que le risque systémique en est absent. C’est une affirmation qui dépasse mes compétences. Il ne fonde pas l’argument de liquidité.

    Vous expliquez ce qu’est un risque de change. Je vous propose une autre méthode de « mitigation ». Le taux de change ne varie qu’une fois par trimestre et pour un pourcentage limité. Si vous hurlez à cette idée, je souris.

    Mon idée est parfaitement hétérodoxe, mais elle marche. Le but poursuivi, mitiger le risque de change, est atteint. Vous ne justifiez en rien la liquidité.

    Vous terminez votre explication par « le marché des CDS qui a dérapé, un marché interbancaire, gangréné par les … fameux subprimes ». Et vous faites passer l’une des explications de cette crise par les ultralibéraux comme une évidence. Ce que ces gens font couramment. Je vous prie donc de justifier ici cette affirmation. Elle exonère tout le marché interbancaire de toute responsabilité dans cette histoire. Vous accordez cette exonération à beaucoup de gens pour un prix très léger et ne justifiez en rien l’argument de la liquidité.

    Votre question « Pourquoi alors veut-on « règlementer » tous les produits dérivés ? » contient plusieurs hypothèses. »on » désigne absolument tout le monde et personne. Les guillemets de « règlementer » me suggèrent que cette idée est délirante. (J’ai lu la suite) L’expression « tous les produits dérivés » est au moins un abus de langage. Vu mes compétences en produits de ce type, je ne peux pas vouloir tous les règlementer. Les réponses que j’attends de cette question sont du genre « Pour avoir plus de pouvoir politique. Pour éviter la répétition de cette crise. » Toute raison de vouloir règlementer ferait ici l’affaire. Votre réponse est « parce que la politique n’a pas toujours les connaissances pour faire dans la dentelle ».

    Je ne la saisis pas. Votre réponse revient à dire que les politiques sont des incompétents en finance. Elle ne revient pas à dire pourquoi ces « incompétents » veulent réguler. La phrase mise entre guillemets est une raison de vouloir réguler. Mes compétences sont probablement plus limitées que les vôtres en finance. Mais cette phrase me semble claire. Elle fait vraiment mieux que sonner.

    Le reste du paragraphe est une explication pourquoi il ne faut pas réguler. Vous n’avez pas répondu à la question « Pourquoi réguler ». Votre argumentaire antirégulation reprends les arguments ultralibéraux. Vous ressortez même l’argument de la liquidité, que vous n’avez toujours pas justifié.

    Je peux admettre que la question « Comment y parvenir ? » (à un règlement) est analogue à « Qu’entend-t-on par règlementer? ». Ce n’est pas la même. Vous expliquez que règlementer, c’est créer une (je crois) caisse de compensation. Vous expliquez que cela revient à concentrer les risques pour mieux les visualiser et donc les circonscrire. Curieuse vision de la règlementation. Je la vois plus comme une « constitution des marchés financiers » interdisant les paris à terme. Quelqu’un d’autre pourrait mieux en parler que moi. Cette interdiction est pour moi un règlement. Vous organisez le marché des produits dérivés. C’est tout. J’aime énormément votre phrase « La doctrine est divisée sur le sujet ». J’ai entendu parler de la doctrine communiste, de la doctrine de la foi catholique, mais pas de cette doctrine concernant les risques liés aux produits dérivés. Je me sens fatigué. Mais je reçois la fin du paragraphe comme un refus de créer cette caisse de compensation. Votre argument le plus fort est qu’accepter cette caisse est faire preuve d’angélisme. Ce n’est pas un argument économique. Vous terminez ce paragraphe avec une phrase niant tous les effets positifs attribués à la concurrence. Je suis d’accord avec vous. L’argument de liquidité, sans lequel tout ce texte est vain, n’est toujours pas traité.

    Le paragraphe suivant est une illustration de « privatiser les bénéfices et socialiser les coûts ». Nous sommes d’accord. Je me demande même si le montant de ces coûts supplémentaires n’est pas juste en dessous du maximum que le client accepte sans casser la figure de son banquier. Aucun rapport avec la justification de la liquidité.

    Dans le paragraphe suivant, vous introduisez la notion de risque de liquidité. Ce n’est qu’une autre formulation du problème de départ. Vous revenez à ce départ pour en justifier votre refus de la régulation. Je crois que je ne vais pas voir d’argumentaire en faveur de la liquidité ici.

    Je comprends mal la suite. Mais, elle me semble être une description des effets d’une généralisation de la caisse de compensation, i.e. une diminution de la liquidité généralisée. En plus vous considérez que le marché gré à gré est supérieur à celui des caisses de compensation. Ce qui se passe maintenant me dit exactement le contraire.

    Vous terminez en prônant la conservation du système qui nous a mis dans cette situation. Pour cela vous voulez que les entreprises puissent rester totalement dérèglementées.

    Vous terminez en déclarant que les banques doivent supporter les conséquences de la bulle spéculative qu’elles ont alimenté. Cela contredit l’affirmation plus haut selon laquelle les subprimes ont gangrené le marché interbancaire.

    Votre « courage de laisser les entreprises hors de cette règlementation » revient à interdire toute règlementation. Je n’ai plus jamais vu depuis les années 80 de spéculateur. Tout le monde est un entrepreneur. Les investisseurs sont des entrepreneurs. Etc… Je pense que ces déclarations sont faites sincèrement et que l’absence de règlementation concerne donc tous ces gens.

    Vous notez justement que quelques banques « font » le marché. C’était vrai avant la crise et ça l’est encore plus aujourd’hui. Cela s’est fait sans règlementation. Chaque fusion-acquisition ressemble à une diminution de la concurre (si elle a les effet que vous croyez ou pas).Voyez où nous en sommes. Votre « courage » est malvenu.

    Avec un règlement, du genre interdiction de tous les paris à terme, il y aurait 33 fois plus d’argent à disposition des entreprises. Cela introduirait une concurrence nettement plus importante entre les banques pour se trouver des clients. Si la concurrence a les vertus que vous lui prêtez, alors il faut règlementer. L’argument de liquidité joue contre vous.

    Sans lui, toute votre théorie s’effondre. Je comprends cette théorie comme une présentation du point de vue ultralibéral sur cette crise. Vous reflétez, à mon avis, ce que ces derniers vous ont transmis. Dans ce cadre, je prends votre théorie sur la « protection » des entreprises contre le risque d’illiquidité comme un « talking point » produit au moins un « think tank ». Il permet de rendre le rejet de toute règlementation acceptable. Il est vrai, au mieux, à 3 % du total. Il y en a 3 fois plus que nécessaire pour qu’une bonne campagne de presse force le « vulgum pecus » dont je fais partie à refuser toute règlementation.
    À vous lire, la campagne de presse pour nous faire arriver à cette conclusion a commencé.

  22. Quand on se couvre, c’est qu’on prend trop de risques, que la boite n’est pas fiable et que c’est un montage bidon pour petit crétin créateur surdiplomé de startup. Que l’on recherche le gogo, par l’intermediaire souvent de la finance et de ses produits « dérivés » qui va vous couvrir un max pour pas un rond.
    Le résultat: On fait n’importe quoi « pour gagner plus ». Et aprés la faillite, les employés sont sur le carreau. J’appelle ça de la délinquance patronale. En fait cette stratégie est voulue par la « globalization » pour détruire les économies concurrentes aux cartels qui dominent la planete.
    Il y a donc malhonneteté du début: l’industriel, à la fin: la banque. Copain coquin.
    3% de produits dérivés dans l’industrie? Chiffre assez bidon. Les grosses boites sont organisées en groupe.
    Exemple: Peugeot contructeur automobile et Peugeot Finance siégeant soit à Malte (4% d’impots) ou à la City (pareil)
    L’un construit (Les 3% de produit dérivés) l’autre vends des crédits autos, titrisés et assortis de CDS…La c’est la totale en produits titrisés et dérivés, avec paradis fiscaux en prime et fraude du fisc autorisée par l’Europe de la « concurrence libre et non faussée » et de la « libre circulation des biens » sans parler de Bolkestein.
    Bref le gros patronat vertueux c’est une bonne blague. Merci j’ai bien rigolé…

  23. http://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20100202trib000470197/le-gouvernement-annonce-le-rachat-de-logements-vacants.html

    Il s agit d’ un renflouement des pertes bancaires speculatives par de l argent public.
    Nos impôts vont augmenter, notre épargne siphonée pour payer des logements au prix spéculatif.
    Une baisse des prix permettrait un accès plus large a la propriété, une baisse des loyers, mais l ironie du sort veut que nos impôts servent a soutenir ce niveau de prix, fermant ainsi aux vrais gens la possibilité d acheter quelque chose pour eux même. Et ouvrant aux spéculateurs une sortie.

    L argent de la spéculation va ensuite se deverser dans l économie et acheter ce que 
    les vrais gens plombés d’ impôts et de charges doivent vendre pour survivre.

    Attention les gars, faudrait voir à pas trop pousser mémé dans les orties, il y a des bretons, des corses, des savoyards pas trop patients, qui pourront le jour venu demander des comptes.

  24. http://pagesperso-orange.fr/claude.rochet/philo/ndl/roux.html

    la suite du film est bien connue : arguant du déficit budgétaire, l état se sépare a vil prix de ce qu il a acheté très cher.
    Malheureusement, les » vrais gens » plombés par les « vrais impôts », ne peuvent concurencer les spéculateurs qui viennent reprendre ce qui leur a en réalité toujours appartenu, car plus difficillement accessible à d’ autres qu’eux (bénéficient d’ un accès quasi illimité au crédit + renflouage public+assymetrie d’ information privilégiée ?).
    Il serait juste que ces ventes soient réservées aux contribuables, avec des prêts subventionnés par l état en indemnisation de la garantie et des fonds qu a fourni l état pendant la crise bancaire

  25. cher Didier merci pour cette longue exégèse; d’abord il y a quelques soucis de sémantique. Je suis sans doutes influencé par le fait que tous ces termes je les manie souvent en anglais et non en français. dands l’ordre
    1. Les subprimes sont évidemment un produit bancaire vendu entre banques exclusivement. Presque toutes les banques dans un objectif vain de réaliser 20 de retour sur investissement, se sont ruées sur ces produits, prétendument sans risque mais très juteux;
    2.liqiudité: j’entends par là profondeur de marché en termes de durée des périodes disponibles et de nombre de contreparties; si la réglementation oblige les banques à passer par des chambres de compensation pour traiter tous les dérivés il faudra standardiser les termes du contrat; les entreprises ont par hypothèse des risques non standard à couvrir; elles trouveront mécaniquement moins de contreparties bancaire voulant prendre leurs risques non-standard ce qui va restreindre le nombre de banques actives sur ce segment de marche, pousser donc le prix vers le haut par manque de concurrence .Un peu complexe j’avoue mais indiscutable.
    3. Doctrine: ce que les experts du sujet écrivent sur le thème, économistes, systémistes, régulateurs, universitaires et chercheurs de tout poil . Tous ces gens ne sont pas d’accord sur les vertus de la concentration du risque. Le sujet est passionnant.
    4. En ce qui concerne les produits dérivés l’essentiel du marché se traite de gré à gré ( en pur bilatéral) et n’est pas dirigé vers des chambres de compensations ni des bourses; c’est bien là ce que regrettent ceux qui pensent que concentrer les risques les rend plus visibles et plus aisés à contrôler.
    5. Mon approche est de dire: ce sont les dérivés de crédit les CDS et les banques qui ont crée la bulle;c’est ça qu’il faut règlementer c’est à dire donner des règles du jeu aux acteurs ( les banques entre elles) en ce qui concerne la gestion des flux et des risques.Les autres produits dérivés (change, taux) sont embarqués dans la discussion par manque de discernement ainsi que les entreprises non financières.Ne perdons pas l’objectif de vue.
    Voilà j’espère avoir clarifié ma pensée qui est loin d’être ultralibérale; comme c’est un sujet que je connais désormais assez bien je ne lui applique pas de contenu idéologique; je suis dans l’opérationnel, pas dans la réflexion « spéculative »;

    1. Monsieur Brissaud,

      Vous avez raison. Je suis long et c’est une exégèse.

      Pour la sémantique, je pense que c’est plus le sens des mots qui me gène que leur origine anglo-saxonne.
      1) Subprimes. Vous dites qu’ils ont été vendus de gré à gré, sans caisse de compensation et sur la base d’un avis extérieur autorisé. C’est le cadre que vous défendez ici. Vous accusez ces subprimes d’avoir pourri tout le système. Il y a là une idée de régulation.
      2) Liquidité. Qu’il existe des risques non standards est tout à fait acceptable. Qu’ils soient créés de toutes pièces par des dérivés vraiment bizarres ne l’est pas. Voilà une seconde idée de régulation.
      3) Doctrine. Selon votre écrit, elle n’est pas du tout fixée. Cela exclut donc de s’y référer pour prendre une décision ou défendre un avis.
      4) Vu que ce « shadow banking » est très lié à la catastrophe et qu’il a prouvé son incapacité à s’autoréguler, je pense que la chambre de compensation est un très léger minimum de régulation.
      5) Comment voulez vous stopper les dérivés de crédit et les CDS pour éviter de revoir une bulle sans y mettre un organisme de surveillance ?
      Vous ne vous considérez pas ultralibéral. Je vous crois. Ce que vous défendez et les arguments que vous employez, je les retrouve chez les ultralibéraux. Vous êtes sincère. Vous êtes dans l’opérationnel. Vous suivez la vulgate ultralibérale. Sans réflexion « spéculative », vous n’en sortirez pas.

    2. Merci Didier,

      1. on dit la même chose: les sub primes on été « emballé » dans des produits dérivés, mais peu importe oui ceux là il faut les réguler
      2. quand on a un risque non standard à couvrir par ex un montant en livres turques résultant de la vente de taxis à la ville d’Istambul et payables en six fois sur trois ans; chaque payement est un montant « brisé » , c’est à dire pas rond; eh bien je veux être sûr maintenant de combien cela fera en € à chaque échéance; j’achète donc une couverture de change que l’on appelle, en comptabilité, un produit dérivé; ce n’est pas lui qui est « tordu » c’est le sous-jaçant. Les contrats de couverture collent au risque à couvrir et c’est bien le but
      3. c’est bien la raison pour laquelle je propose que l’on fasse passer par là les CDS les dérivés actions etc d’abord ainsi que les opérations interbancaires mais pas les opérations que les banques font avec leurs clients entreprises non financières.
      4. je ne dis pas autre chose
      5. d’accord avec vous

      je pensais avoir été clair en disant qu’il ne fallait pas TOUT faire passer par une chambre de compensation; je n’ai jamais dit qu’il ne fallait rien réguler….voilà…bonne soirée

  26. « Voilà j’espère avoir clarifié ma pensée qui est loin d’être ultralibérale; comme c’est un sujet que je connais désormais assez bien je ne lui applique pas de contenu idéologique; je suis dans l’opérationnel, pas dans la réflexion « spéculative »  »

    Pourtant, vous vous appuyez sur les avis de spécialistes (« systemistes » dites vous), qui n ont rien vu venir.
    Vous avez donc une croyance irrationnelle dans leurs avis, puisque la raison devrait vous conduire a douter de leur système de pensée et de leurs hypothèses (l’ autorégulation du marché N’existe pas).

    Vous êtes tellement « dedans » que vous ne vous rendez pas compte que vous croyez, que vous spéculez, que vous êtes en somme, en plein dans l idéologie.

    Essayez de trouver le temps de lire le dernier livre de Paul Jorion qui vous explique comment on crée une fausse science économique.

    Ce que je crois :

    – la richesse provient du travail
    – la richesse est partagée entre les travailleurs, les investisseurs qui avancent les capitaux et patrons.
    – les patrons se sont transformés en investisseurs par le mécanisme d’ intéressement a court terme que constituent les stock options et autres instruments. Ce phénomène a déséquilibré le rapport de force au dépends des travailleurs.
    – la perte de richesse des travailleurs a été compensée par l émission de monnaie provisoire en excès car gagée sur rien (cette richesse est allée dans les poches des deux autres larons).
    – Cette monnaie provisoire existe aujourd hui en très grand excès, elle a des effets toxiques. Cette monnaie doit être détruite, par le remboursement, c est a dire par la déflation (avantage les larons) ou par l inflation (désavantage les larons) ou en nature (privatisations, cessions de zones d’ influence aux niveau des états)

    Les citoyens peuvent comprendre cela si on leur explique, afin de faire au mieux et dans le calme.
    Il faut faire vite.
    Les hommes politiques nous proposent la déflation, il appartient aux citoyens de réclamer leur du.

    1. tout cela s’éloigne trop de mon propos initial; je n’ai pas les compétences ni la motivation de vous suivre Tigue. Je répète que si mon propos n’est en rien révolutionnaire il n’en est pas pour autant ultralibéral.

  27. @ Olivier Brissaud

    « Tous ces gens ne sont pas d’accord sur les vertus de la concentration du risque. Le sujet est passionnant. »

    Pourriez vous faire un bref état des lieux, ou donner quelques références bibliographiques, ou encore pointer vers un lien « synthétique » sur ce sujet?

  28. certaines grosses entreprises ne se géne pas pour spéculer, dans les années 1990-1995 thomson gagnait plus en spéculant sur les marché qu’en vendant ses produits. Les entreprises qui ont une grande épargne préfereront toujours jouer avec que laissé cette épargne entre les mains des banquiers. C’est d’ailleurs pourquoi les banques sont entrées en guerre contre les marché boursiers. Il ne faut pas oublier que les entreprises pouvaient se passer des banques en s’approvisionnant en fond sur les marchés boursiers.

    Les banquiers ont crées des produits pourri pour foutrent tout se beaux monde, genoux a terre.

  29. J’ai entendu ce matin votre intervention à France Inter ; il semble qu’enfin s’amplifie la réaction à la situation abracadabrantesque (acceptez mes excuses pour cette référence peut être inadaptée !) dans laquelle se trouve le monde. je n’ai pas de grandes qualifications mais une petite expérience acquise avec l’âge et ce que vous avez évoqué ce matin entre dans la droite ligne de ce qui me préoccupe. Nous laissons des incapables nous amener dans le mur ; ils doivent se dire tant que personne ne nous arrête continuons à engranger..

    Peut être l’avez vous déjà fait mais serait il possible d’éclairer ma lanterne.

    Quel peut être le montant de fausse monnaie artificiellement créé et gagné depuis ces dix dernières années par les bénéficiaires des Edge (hors couverture normale des entreprises) ?

    Ces gains ont ils également permis à nos états respectifs de camoufler leurs erreurs diverses ?

    Nos Caisses de Retraites, Pensions, Sécurité et Assurance vivent elles de ces produits (tous toxiques s’ils ne sont pas le reflet d’une tentative normale de couverture d’un risque économique normal et admissible ou interdépendants ?

    Avez vous un exemple qui pourrait illustrer les effets de ces produits sur la capacité (ou l’incapacité plutôt) des pays en voie de développement à sortir de l’ornière (taux – matières premières – etc.) donc à n’avoir comme voie de recours que d’envoyer leurs nationaux vers des cieux plus cléments avec la problématique que l’on sait.

    A une époque que vous avez connue existait en France le contrôle des changes, n’est il pas possible de créer un organisme de type Onusien qui traite tous les contrats au delà d’un certain seuil ou pourcentage de couverture (sous entendu une plus value probable sans commune mesure avec la situation économique du moment.

    merci

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