Opéra-bouffe, par Eole

Billet invité.

Trichet
C’est une débâcle générale !

Merkel
Lorsque la Grèce est un champ de carnage,
Lorsqu’on immole les nantis,
Tu vis heureux au sein de ton village…
Tu t’fich’s pas mal de ton pays !

Trichet
Voyez pourtant ce qui se passe.

Merkel
Le créancier lâche le débiteur…

Trichet
Et le débiteur, à son tour,
Du créancier déserte l’amour.

Papandréou
Mais que voulez-vous que j’y fasse ?

Merkel et Trichet
Lorsque la Grèce est un champ de carnage,
Lorsqu’on immole les nantis,
Tu vis heureux au sein de ton village…
Tu t’fich’s pas mal de ton pays !

Papandréou
Je vis heureux au sein de mon village,
Je m’fich’ pas mal de mon pays.

Trichet
Et ces malheureux accidents
Ne se borneront pas, seigneur, aux temps présents.

Merkel
Dans l’avenir je vois la longue file
Des successeurs de Papandréou :
On les comptera par cent mille…

Trichet
On les comptera par cent mille,
Si vous ne vous décidez pas
A nous tirer tous d’embarras.

(Papandréou passe à gauche.)

Merkel
Allons, ça, dépêchez… ça presse…
Regardez l’état de la Grèce.
C’est une immense bacchanale,
Et Vénus, Vénus Astarté
Anime la ronde infernale…
Tout est mensonge et laisser-aller !
Vertu, devoir, honneur, morale,
Par le flot tout est emporté !…

Trichet
(Il parle bas à l’oreille de Papandréou.)
Tu comprends
Qu’ça n’peut pas durer plus longtemps.
Au lieu de mimer la pyrrhique,
Qu’autrefois on nous enseigna,
Danse noble, danse classique,
En tous lieux maintenant voilà
Qu’on danse une chose excentrique
Et sans nom, qui ressemble à ça…
(Il danse un pas échevelé.)
Tu comprends
Qu’ça n’peut pas durer plus longtemps.

ENSEMBLE
Merkel et Trichet
Tu comprends
Qu’ça n’peut pas durer plus longtemps.

Papandréou
Je comprends
Qu’ça n’peut pas durer plus longtemps.

(Papandréou revient au milieu.)

Trichet
Allons, immolez-vous !

Merkel
Allons, immole-toi !

Trichet
Il faut subir la loi.

Merkel
Il faut subir la loi : Immole-toi !

Merkel et Trichet, examinant Papandréou, chez lequel se livre un combat intérieur
Il chancelle !… à peine il respire !

Papandréou, haletant
J’expire !!!…

Merkel et Trichet
Au genre humain il faut rendre service :
Immole toi, quand tu devrais souffrir !
Tu sauveras, par ce beau sacrifice,
Les Papandréous de l’avenir !

Papandréou
Au genre humain pourquoi rendre service ?…
M’immoler ? non, ça me ferait souffrir !
Laissons, laissons ce noble sacrifice
Aux Papandréous de l’avenir !
Des dieux l’immortelle sagesse
Me réserve un drôle d’emploi…
S’il en faut un à la déesse,
Pourquoi faut-il que ce soit moi ?
Ses débiteurs lui devraient suffire.

Merkel et Trichet
Il blasphème dans son délire !

ENSEMBLE
Merkel et Trichet
Au genre humain il faut rendre service.
Immole-toi, quand tu devrais souffrir !
Tu sauveras, par ce beau sacrifice,
Les Papandréous de l’avenir !

Papandréou
Au genre humain pourquoi rendre service ?…
M’immoler ? non, ça me ferait souffrir !
Laissons, laissons ce noble sacrifice
Aux Papandréous de l’avenir !

Parodie d’Halévy et Meilhac sur un air d’Offenbach, bien connu…

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38 réflexions sur « Opéra-bouffe, par Eole »

  1. Il ne faudrait pas nous prendre pour des poires (belle Hélène), Payons sous les palus, payons sous les laitus, payons sous l’évier!

  2. Autres morceaux à écouter :

    Les rois endettés de la Grèce, ttés de la Grèce
    Sont bien imprudents

    Ce n’est qu’un €, un doux € à rembourser
    La banque lui prête son mystère…

    Je suis endetté, soyons endettés
    Il le faut, je le veux
    (tyrolienne)

  3. MARGARET THATCHER

    Au supplice,
    A mort loin des yeux,
    le pauvre homme de plus,
    non moi ce que je préfère voir,
    d’abord ma belle permanente,
    des belles coupes partout,
    d’abord mon histoire,
    c’est l’économie,

  4. Et que dire de toi qui plies
    et telle la plie t’aplatis
    que dire sinon
    que tu plies bas
    que tu plies trop
    que tu plies trop bas
    que tu plies trop bas roseau

  5. Rien n’aurait mieux résumé ma pensée: un rire gras en voyant ce qui se passe et une sourde inquiétude donnée par certains passages de la musique.

    1. Désolé, il n’est pas prévu dans le livret que « le bouillant Achille » intervienne à ce moment-ci de l’acte III.

  6. Ainsi fallait-il un « deus ex-machina »
    Sans que personne ne sache qu’il était Chinois.

    http://contreinfo.info/breve.php3?id_breve=8672
    « CRAQUEMENTS : les autorités chinoises décident de cesser l’acquisition d’actifs en dollars du secteur privé (BNP via FTA) »

    (la rime est moins riche avec les deux dernières phrases. Pas faute d’avoir essayé 🙂 )

    1. Merci pour ce « retour aux choses sérieuses », Yvan. En lisant ça, je me demandais si la dernière agression US contre la Chine n’était pas délibérée. Je veux dire, si les Etats Unis souhaitent que la Chine fasse couler le dollar, il n’y avait pas de meilleure méthode.

    2. Betov, je vais me permette de rebondir sur votre commentaire.
      Car, tel à la fin de l’envoi, je touche.

      Il faut toujours voir les deux revers de la même médaille.

      La Chine ne veut plus dépenser ses dollars et les garder…??? mais que sont 2000 milliards de dollars si l’on sait qu’ils ne vaudront plus rien dans peu de temps.
      L’autre revers est tout autant pire.
      Ils n’en ont plus besoin ayant acheté les ressources naturelles en Afrique et ailleurs qui leur permettent une autonomie relative, mais bien réelle.

      Vu la chute des US, ils n’ont aucun mérite, me diras-tu.

      Je posai la question de la trop grande et rapide variation de pôle financier entre la « première puissance et la Chine » à Monsieur Leclerc et n’ai pas été attentif à une réponse de sa part.
      Mal m’en a pris.
      Sur le net, sans écoute, nous sommes nuls.
      Mais… ne faut-il pas incriminer tous ceux qui vont vouloir le récupérer…????

      Arff… L’Humain que je suis à encore beaucoup à réfléchir avant d’être adulte.

  7. Haro sur les grecs, qui sont « les mauvais élèves de la classe » selon la formule consacrée, entendue sur FR C ce midi.

    Ce n’est pas bien joli en effet, après avoir triché avec leurs finances, les voilà qu’ils refusent une dégradation de leur niveau de vie, juste rétribution de leur vie de débauche antérieure ! Mauvais élève, cancre, mouton noir, les grecs doivent se serrer la ceinture, et selon le reportage, le mot le plus souvent entendu lors de la piètre () manifestation aujourd’hui était : « on n’a pas le choix » Merci à FR C pour cette info digne de confiance.

    TINA donc, toujours vaillante, veille au grain.

    Si les grecs s’accrochent dans la tempête, nous devrions en faire autant non. Tina, there is no alternative.

    Pourtant j’en vois une. Mettre illico tous les banquiers en prison, réfléchir ensuite. Le banquier, aiglefin de métier, bon élève dans l’art de la cleptomanie, mérite une garde à vue à titre préemptif.

    Plus sérieusement, certaines politiques de redistribution visent à paliers aux lois du marché insoutenables pour les plus faibles, bref, on se permet d’intervenir sur tout, de corriger les imperfections du système, sauf à intervenir sur les prix. Ceci est une sorte de tabou stupide qu’il faut laisser; Si l’on se permet d’intervenir, il n’y a justement plus de tabou. Les prix peuvent être un instrument de politique économique à côté de tous les autres.

    Lorsqu’on intervient entre le vendeur et l’acquéreur, on peut très bien aussi limiter le prix de vente, ceci est une mesure juste de l’arsenal de régulation, efficace et trop peu employée.

    1. Lisztfr, ta réflexion sur le rapprochement entre banquiers et cleptomane est loin de manquer de sérieux.

      On connait peu les comportements extrêmes, lorsque l’on réfléchit bien…
      Nous devons être un peu trop « normaux »…

      La boite subjective de la normalité étant ouverte, je vous laisse la parole.

    1. Le Sourd.

      Il n’y a plus d’oiseaux dans la mine.
      Il n’y a plus de vers dans la terre.
      Il n’y a plus de poules à l’usine.
      Il n’y a plus de soleil d’enfer.

      (Solo et oraisons)

      Mais refleurira la haute atmosphère.
      Mais rebondira le goupillon magique.
      Mais reviendront tous les joyeux militaires.
      Mais sortiras-tu le doigt de ton verre ?

      quand je te parle …

  8. J’en reviens toujours à ce point de sidération, cet aleph du capitalisme par où l’on voit jusqu’au plus petit grain de sable des confins, à savoir que, la valeur repose sur l’unicité (la possession exclusive de l’unique).

    L’inflation est le chiffre du système. Or, à voir les choses de si loin, on néglige le fait que les prix s’établissent dans le rapport de force entre vendeur et acquéreur, mais l’acquéreur est le nom qui recouvre toute une population diverse de la plus extrême pauvreté à la richesse. Les prix s’établissent sur un optimum volume/prix, qui étrangle les classes moyennes, anéanti les classes pauvres, et sied aux riches. Les classes pauvres dans cette histoires sont passées par pertes et profits….

    En les aidant, on augmente l’inflation, de même qu’à chaque fois que l’Etat aide, il crée de l’inflation. Malthus l’avait déjà noté, refusant qu’on aide les pauvres, puisqu’on nuirait à ceux juste au dessus. Evidemment.
    S’interdire de réguler les prix, c’est aussi catastrophique que de s’interdire à réguler la monnaie. Il n’y a d’ailleurs pas UNE économie au monde qui ne souffre de ce système libéral, où le moindre marchand dicte sa loi à l’Etat.

    L’aleph est de voir que l’argent n’a de valeur qu’à cause de ceux qui ne l’ont pas… si l’on retire la foule des va-nu-pieds, que faire avec une fortune ? Rien. Vous êtes seul avec vos millions. Le million ne vaut que par différence, dans un système sémantique binaire qui se réduit à « en avoir ou pas ». Par conséquent il est nécessaire que certains n’aient surtout pas, sinon on détruit la binarité du système. La pauvreté est le fondement même de la richesse, son seul fondement… la rareté du capital, sinon personne n’en veut ! tant que demeure ces équations de la rareté, nous sommes dans la préhistoire de l’humanité, ayant tout juste lâché le gourdin pour une oppression plus symbolique.

    L’inflation est le chiffre qui indique la rareté de l’argent, donc la pauvreté relative de la majorité. Se féliciter d’une inflation basse, comme on l’entend régulièrement, c’est prendre l’effet pour la cause.

    Payer quoique ce soit, des taxes, des retraites, etc, n’est un problème que parce que nous devons organiser la rareté pour conserver la valeur de l’argent… tant que la rareté confère la valeur, eh bien nous vivons dans la rareté et non dans l’abondance.

    Or de ceci l’on ne sort que par une révolution conceptuelle… abolir la rareté signifie que la valeur découle d’un pouvoir central, d’un soleil arbitraire, mais plus juste également. Or l’on préfère l’anarchie du malheur au pouvoir régulateur juste et bon, mais central.

    Si l’argent ne gouverne plus, qui gouverne ? question angoissante au possible, pour ceux qui disposent du pouvoir… !

    1. « L’inflation est le chiffre qui indique la rareté de l’argent, donc la pauvreté relative de la majorité. » Je ne vous suis pas, là, alors que j’approuve le reste de votre texte.

      L’inflation ne signale-t-elle pas surtout la rareté des DENREES, donc leur prix élevé (et croissant)? D’après ce que je crois comprendre, l’abondance d’argent en soi ne signifie pas grand chose; il faut étudier le contexte historique: à l’époque des assignats révolutionnaires ou pendant la république de Weimar, il y avait hyper-abondance de l’argent (enfin… du moyen de paiement autorisé), mais ça ne faisait pas manger les gens…

    2. La Leffe ou l’aleph,vu qu’on est sur un blog franco-belge, j’ai un doute..
      J’ai un peu de mal ce soir je ne peux pas faire beaucoup mieux .
      Au pire ,je suis modéré.

    3. Jaycib…

      Lorsque quelques uns ont 1000 €… ils achètent 1000 baguettes à 1 € la pièce.

      Lorsque quelques uns ont 100 €… ils achètent 1000 baguettes à 0,1 € la pièce.

      Lorsque tous ensemble on à 1100 €… ceux qui ont 1000 € achètent 1000 baguettes à 1€ la pièce, et ceux que ont 100 € n’en obtiennent aucune,
      … ou ceux qui ont 100 € achètent 100 baguettes à 1 € la pièce, et ceux qui ont 1000 € achètent les 900 baguettes restantes à 1 € ou 1,1 € la pièce, plus ou moins.

      Même avec des DENREES abondantes… ceux qui n’ont que les 100 € ne mangeront pas, ou juste les miettes des autres.

      C’est ce qui va se passer quand l’argent financier se multiplie sans limite tandis que les salaires, ou les revenus du travail ou même la manque de travail restent minimales.

      Ceux qui encaissent les bonus des banques se paieront la baguette à 1000 € la pièce, et il leur restera de l’argent pour acheter les autres 999 au même prix que personne d’autre pourra payer.

    4. Amusant si l’on veut. Ainsi que le rappelle Jaycib durant la période des années 1929 en Allemagne durant l’inflation, les gens tapissaient leurs appartements avec des billets de banque, ça leur revenait moins cher que d’acheter des rouleaux de papier. C’est dire.

    1. Vraiment étonnant: un politique lucide qui a compris comment tout va finir si on continue à oublier « le peuple » !!

    2. En réalité il prône une sortie de la perfide Albion ,de l’Union Européenne…
      Je suis probablement naïf mais cela me navre…

  9. En sortant de la « dernière séance » des derniers jours de Lehman Borothers , le blog ne prévient pas , comme dans le réel , c’est sans doute cela qui le fait si réaliste , il ne prévient donc pas que si vous avez quitté une certaine férocité paranoïaque darwinienne , vous allez subitement vous attacher à des convulsions hystériques suscitées par la tentative du retour dans les combats du mythologique Panthéon .
    Il ne manque plus qu’à accrocher un tableau résolument surréaliste qui aurait peint cette « économie surréaliste  » dans le sens simple d’être complètement éloignée du réel , un tableau qui ne serait absolument pas figuratif , mais qui voudrait montrer les mêmes cortèges de destructions qu’un Guernica sans pouvoir les tracer , et qui bien sûr vaudrait une fortune …Salvador Dali , Avida Dollars l’a peut être rêvé sans l’avoir vécu .

    Pour revenir aux derniers jours de Lehman et aux dimensions inouies des pulsions

    “A friend of mine works in finance,” Osborne muses. “He said to me, ‘The thing you need to know about banking is that it’s all about keeping greed and fear in balance. With greed and fear in balance, you’ve got a stable system. But with all the deregulation that went on, greed got the upper hand and bankers forgot the fear.’ And this was the weekend that fear came back.”

    By Olly Grant ( Telegraph) about The Last Days of Lehman Brothers of BBC Two

    Un de mes amis , biologiste aimant la vie et sans doute paléontologue en ce qui concerne les dimensions , me disait : « L’argent , quand a-t-il été inventé par l’homme ? c’est récent , au néolithique , alors c’est un peu normal que cet outil ne soit pas encore bien au point . »

  10. Il est de coutume de dire que le ridicule ne tue pas, or l’inverse est vrai : Le ridicule de la politique de l’autruche et de la logique d’aide-comptable tue l’Etat ! Et comment cela pourrait se faire autrement, si l’État perd son autonomie pour devenir un simple appendice gestionnaire du totalitarisme socialiste des sociétés par actions !A distinguer du système totalitaire socialiste dirigé par les partis communistes.
    Dans les deux cas ça ne peut que se terminer par la faillite de l’appareil kidnappé par la Nomenclatura. Les étiquettes changent, certes, mais si vous remplacez Institut des hautes études du Marxisme-léninisme par l’ENA ou Science-po ( au choix ) vous comprendrez assez facilement les parallélismes structurels du pouvoir socialiste totalitaire failli. Le socialisme n’est pas génant, au contraire, ce qui ne va pas c’est le kidnapping totalitaire !
    Dettes, Grand emprunt ? Regardez la présentation ici, pour vous faire une idée :
    http://www.oneminutegold.com/int/index.php?option=com_content&view=article&id=54&Itemid=61

  11. Ils sont bien agréables ces intermèdes en chanson.

    « Ma France », « Ma môme ».
    Ma môme travaillait en usine à Créteil. Il y avait des fermes avenue de Paris, et des champs au pied du Mont Mesly.
    Aujourd’hui ma môme travaille au centre commercial Créteil Soleil. Elle habite toujours à Saint Ouen, qu’elle rejoint en métro par la ligne 8. Elle a quitté son meublé pour une collocation.
    Pas beaucoup de changements finalement pour ma môme, et pourtant le « Grand Paris 1970 » est passé par là.

    Lorsque « le Grand Retour du Grand Paris » en aura remis une couche, est-ce que ma môme pourra espérer mieux?

    Ma môme elle a bon coeur, elle continue à aimer ma France. C’est pour ça que j’aime ma môme, le Progrès ne la changera pas.

    Et même si elle ne comprend pas toujours les paroles, elle sourit comme la Sainte Vierge aux opéras-bouffe d’Eole, et ça lui rend la vie plus légère.

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