Opinion: à la recherche du paradigme perdu, par François Leclerc »

Billet invité.

A LA RECHERCHE DU PARADIGME PERDU

A croissance économique proche de zéro durable – ainsi que cela est prévisible – il n’y a pas dix mille manières de diminuer l’endettement, à moins de dégager de nouvelles sources de financement d’une dette dont on accepterait qu’elle soit reconnue comme éternelle (ce qu’elle est déjà de facto pour les pays les plus endettés). Il n’en reste que deux : augmenter les impôts et taxes ou diminuer les dépenses. Car si la tendance est à la quasi-stagnation de la croissance, a fortiori si l’on en exclut la contribution empoisonnée des services financiers, rien n’est à attendre de ce côté-là.

Le principal danger aujourd’hui à notre porte n’est plus l’inflation du prix des produits et des services, mais une déflation dont l’évocation semble redoutée à elle seule, puisqu’elle est soigneusement tue. La question étant bien de savoir si les pays occidentaux, Etats-Unis compris, vont ou non s’engager dans l’ornière déflationniste dans lequel le Japon est coincé depuis plusieurs années sans parvenir à en sortir.

En tout état de cause, l’économie des pays occidentaux est globalement entrée dans une nouvelle période, appelée à durer une ou plusieurs décennies, dont les paramètres ont changé du tout au tout par rapport à la précédente. La Grande Crise a sonné la fin de la partie précédente et il va falloir s’adapter à une nouvelle donne, dont tous les effets ne sont pas encore mesurés.

La première voie – l’augmentation de la pression fiscale – pourrait concerner les hauts revenus, mais elle est pour le moment résolument écartée par les gouvernements occidentaux, à quelques nuances près, qui montrent ainsi savoir parfois faire preuve de détermination. Il serait néanmoins envisageable d’améliorer le recouvrement de l’impôt. Pas uniquement en luttant contre l’évasion fiscale des riches particuliers, ou en supprimant des niches fiscales, mais aussi en modifiant les conditions dans lesquelles l’impôt sur les sociétés est perçu (en combattant à la racine l’utilisation des « prix de transfert » au sein des groupes transnationaux). Cela ne semble pas davantage à l’ordre du jour.

Par voie de conséquence, les coupes budgétaires sont à elles seules à l’affiche. Deux considérations pouvant en limiter l’ampleur et les rendre relativement moins insupportables. Elles ont en premier lieu comme conséquence, en boucle, d’amoindrir le pouvoir d’achat, et donc en cascade la consommation, la croissance économique, et au final les recettes fiscales. Et de faire entrer les économies occidentales dans une spirale descendante. En second lieu, d’approfondir une crise sociale encore largement occultée, mais dont le spectacle va finir par s’imposer au grand jour, dans toute son étendue, ne pouvant plus être comme aujourd’hui souvent ignoré. Le phénomène, qui résulte de l’aggravation d’un chômage devenu structurel (c’est à dire permanent), étant aggravé par la détérioration des comptes sociaux en raison de l’évolution prévisible de la pyramide des âges (qui a bon dos).

Quelles pourraient être les conséquences d’une telle politique, si toutefois elle est réellement engagée, puis poursuivie ? Ce qui a été appelé la fracture sociale en sortira alors approfondie et élargie. Précipitant dans le monde d’en bas – celui ont on ne peut désormais plus remonter – des pans entiers de la société qui bénéficiaient jusqu’à maintenant de la prospérité à crédit, leurs rémunérations ne suivant pas l’accroissement global de la richesse. Accroissant un sentiment général de précarité et d’insécurité déjà installé, qui faisait dernièrement évoquer au médiateur français de la République le caractère anxiogène ambiant régnant dans la société. Amplifiant la recherche individuelle d’issues collectives de plus en plus bouchées, l’évasion vers des dérivatifs qui ne peuvent de ce point de vue être comparés qu’aux jeux du cirque, accentuant la marginalisation et la résignation, générant enfin, sporadiquement, des révoltes lourdement criminalisées.

Il est également possible de voir en filigrane dans la Grande Crise actuelle et ses conséquences une sorte de tiers mondisation des sociétés occidentales, en réalité déjà très avancée pour qui par exemple parcourt les Etats-Unis, ou bien ouvre grand les yeux en Europe et ne s’en tient pas à la vision passablement déformée de la société que lui présente les médias qui font majoritairement référence. Un phénomène qui n’est pas attribuable à l’immigration, chargée de tous les pêchés par commodité pour ne pas voir le reste, mais qui résulte d’une polarisation sociale irréversible de la société. Avec comme corollaire la montée de cette économie de survie que l’on appelle informelle, criminalisée à outrance pour mieux la démoniser.

Les effets de la mondialisation – telle qu’elle a été engagée – n’ont été en premier lieu perçus qu’au travers les délocalisations d’entreprises et de la production, puis en second en raison de l’arrivée massive sur les marchés occidentaux de produits provenant des pays émergents, accentuant une désindustrialisation engagée au nom d’impératifs financiers. Il est aussi possible de prédire que, de la même manière que des modes de consommations identiques de produits similaires se sont imposés sur toute la planète (au sein des couches sociales disposant d’un revenu y donnant accès), des structurations sociales de même nature – sinon de même ampleur – vont se développer dans ces deux mondes hier parallèles mais désormais de plus en plus liés que sont les sociétés développées et émergentes. Des mondes dont les rapports sont en train de considérablement évoluer et dont l’interconnexion se développe, les seconds jouent un rôle économique de plus en plus prépondérant, les échanges de toute nature entre eux se multipliant, commerciaux mais aussi culturels et humains.

Nos sociétés évoluent donc à grande vitesse sous les effets de ce changement d’axe économique du monde, qui n’est pas encore achevé et va se poursuivre, ainsi que sous ceux de la Grande Crise, qui ne fait que débuter. Tracer cette perspective ne signifie cependant pas qu’elle est inéluctable.

Lui faire obstacle suppose qu’au sein de nos sociétés, condamnées sous leur forme actuelle, surgisse avec force une alternative qui ne soit pas uniquement faite d’un repli illusoire sur son pays, sa région, ses proches ou encore soi-même, mais qui prenne en compte non seulement nos besoins mais aussi ceux des autres. Que soit ouvertement lancée la grande aventure que pourrait être la naissance non pas d’une nation mais d’une autre société, rompant avec l’actuelle qui donne tant de signes d’épuisement et de détresse. Prenant en compte non seulement l’accomplissement des solidarités humaines, mais également l’établissement d’un rapport respectueux envers la nature, dont nous sommes incontestablement un des éléments les plus précieux mais tellement menacé.

Le pire n’est heureusement pas toujours sur. Car le système a commencé à s’auto-détruire avec beaucoup de conviction et de constance, et tout montre qu’il n’a pas fini le travail. Ouvrant un espace dont il est possible de bénéficier pour faire valoir une autre logique, ou tout simplement un autre espoir.

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161 réflexions sur « Opinion: à la recherche du paradigme perdu, par François Leclerc » »

  1. Le monde diplomatique prone l’augmentation d’impôt pour les plus riches et ecorche au passages les politiques qui ont mis en place ces baisses d’impôts (de droite ou de gauche)

  2. A lire sur cette grave question: « La grande exclusion: L’urgence sociale, symptome et thérapeutique » de Catherine Malabou et Xavier Emmanuelli (2009)
    ‘La grande exclusion est assimilée à tort à la grande pauvreté, à la précarité. Personne ne semble vouloir la considérer pour ce qu’elle est : un syndrome clinique, dont beaucoup de symptômes sont communs à tous les grands traumatisés, détenus, malades d’Alzheimer, victimes de guerre ou d’attentat. Malgré la présence insistante des grands exclus, l’urgence sociale demeure invisible, impensée, incomprise, contestée même en son concept. Né d’une rencontre de pensée et d’action, d’un échange entre Xavier Emmanuelli, médecin, fondateur du Samu social, et Catherine Malabou, philosophe, ce livre explore les raisons de ce déni. Il importe de changer notre regard sur l’extrême souffrance, en cessant enfin de penser que les exclus sont des sortes d’étrangers, en marge de nos vies, de nos villes et de notre culture.’

  3. Le pessimiste dit : ça ne peut pas aller plus mal. L’optimiste répond : mais si, mais si.
    Alexandre Zinoviev.

  4. PENSONS D’ABORD A LA RENTABILITE DU MONDE

    Un jour un politicien zélé se mit en frais et de retour d’un séminaire de motivation en Amérique, appela son secrétaire et lui dit je veux tout de suite des résultats, l’impôt, la justice, l’histoire et la météo c’est moi seul : Désormais, vous serez autorisé à tout planifié selon mes vues, mes ordres, mes exigences et si vous n’êtes pas d’accord prenez la porte c’est moi seul qui commande, appelez moi aussi météo France ce n’est vraiment pas acceptable que le ciel chamboule de nouveau mon emploi du temps. Ce qui augmentera certainement notre productivité, rendement, rentabilité très important de nos jours le merchandising, j’en suis sur il faut aller plus vite. »

     » Est-ce que je gagnerai plus à vous suivre ?  » demanda l’homme un peu gêné.

     » Oui, oui. L’argent a toujours été le meilleur incitatif pour mieux faire avancer le monde, rassurez-vous vous en obtiendrez plus, à prendre des mesures d’austérité supplémentaires.  »

     » Et si la rentabilité et la production augmente de fait, est-ce que je gagnerai plus ? »

     » Écoutez, dit le politicien: vous ne comprenez certainement pas très bien la théorie des richesses par la motivation et la combine de plus venant de l’Amérique. Emportez ce livre et lisez le chaque soir. Il vous expliquera ce qui me motive réellement dans la vie, le fric, le pouvoir et la politique. »

    En le quittant, l’homme se dit en lui:  » Mais si je lis et j’apprends ce livre par cœur, est-ce que je gagnerais plus d’argent comme le politicien soir après soir à l’antenne ? « .

    Si encore ce n’était qu’une pure fiction mais non c’est bien réel vous ne rêvez pas. Oui voilà bien l’état actuel du monde aujourd’hui mais à quoi bon l’écrire.

  5. Bizarre, et la 3° solution ? La monétisation de la dette au profit de la collectivité ? (Sans passer par l’endettement)

    Quelqu’un peut expliquer ?

    1. A cette échelle de dette le choix de la monétisation c’est celui d’une hyper-inflation, non? Alors « au profit de la collectivité », je m’interroge.

  6. Le ralentissement de la machine n’est-il pas un espoir paradoxal (si on veut) pour nos enfants? L’accaparement des parts de marché à l’exportation pour les produits manufacturiés et les services a pour limite les différentiels de coûts de main d’oeuvre et de niveau de droits sociaux et leurs corollaires fiscaux.
    La tiermondisation ne sera-t-elle pas le « début de la fin » d’abord du capitalisme financier, puis des économies basées essentiellement sur l’exportation (Allemagne), puis des délocalisations?
    La Chine, certes, peut se passer de nos marchés, mais nous n’aurons peut-être plus besoin d’elle si nos revenus convergent.
    Une pompe à chaleur ne fonctionne plus quand les températures s’égalisent.
    Mais avant nous aurons attrapé un bon rhume(version optimiste)

    1. Pompe à chaleur, c’est le pire du système capitaliste, explications:

      en France Mr EDF pour facturer 1 KW à l’usager, doit en produire au minimun 3,3 KW (pertes en ligne)

      La pompe à chaleur, dans le meilleur des cas consomme 1 KW pour restituer en équivalent chaleur 3,3 KW.

      production 3,3KW pour 1 de consommer pour 3,3 KW de restitué, que d’énergie dépensée pour un si piètre résultat, exemple même d’hyper-consommmation destructrice, un logement bien isolé fera l’affaire (investissement unique et durable amortissable rapidement)

    2. bien vu
      c’est ce que les résidents du tiers-monde pensent, une égalisation des deux pôles qui jusque-là connaissaient un différentiel de leur niveau énergétique
      et cette chute du ∆ W ne s’obtiendra pas par le mouvement cinétique des migrants les sans-papes
      mais par le transfert des connaissances et des techniques, facilité par la maladie auto-immune terminale du capitalisme occidento-centré
      en effet, comment retenir indéfiniment une supériorité fondée sur la rétention de l’invention de la roue?
      de la numération et de l’alphabet?
      c’est quoi cette machine à vapeur qui a inversé les routes commerciales, est-ce une révolution technique du même ordre que l’invention du chiffre indien et du boulier?

  7. Une chose est sûre : ce n’est pas avec les systèmes de pensée qui posent les problèmes qu’on les résoud (Einstein, je crois). Donc ce n’est pas avec les présuposés économiques libéraux qu’on va résoudre la crise économique libérale, mâtinée de crise écologique, sociale, etc. Je vis dans une ferme collective (mais oui), on est 12 adultes, et on vit avec 1800 euros par mois…sans se priver de rien, que de TV ! La crise sera résolue par ceux qui y ont le plus intérêt, c’est à dire les pauvres, qui n’ont rien à perdre, et qui vont s’organiser autrement. Pouvoir local, communal, on définit les priorités ensemble, on instaure une échelle maximale des revenus, on prend les décisions en assemblée, au vu de tous, on relocalise au plus près toute la production vitale, etc. La première étape est de ne plus participer au système, par notre consommation effrénée, et on peut le faire ! Quand il y aura dix millions de chômeurs, on verra des bandes d’individus reconquérir les campagnes et se remettre à vivre.

    1. On peut toujours espérer ! de plus en plus de gens y songent, certains le font; Mais il faut déjà être éduqué, et ne pas être désespéré pour arriver à cette solution.

    2. C’est chouette ça ! Mais plus un mot à ce sujet dorénavant, si vous voulez mon avis, sinon vous risquez de voir débarquer les dix millions de chômeurs dans votre ferme ! Ça fait désordre, c’est tout une histoire pour l’entretien, l’approvisionnement, la gestion de leurs déjections, et puis il faut les occuper sinon ils deviennent fous -je crois que l’expérience a été tentée, on appelle ça des agglomérations il me semble, ou conglomérations : il faut avant tout du travail, et des loisirs. Oups, pardon…Je me permets quelques rapides conseils si toutefois, malgré votre discrétion, vous étiez envahis…Du travail physique pour ceux qui ont de l’énergie en trop, du travail…normal pour ceux qui pourraient se laisser pervertir par un fonctionnement trop important de la partie non-socialement productive de leur cerveau, les pires soit dit en passant car ils peuvent vous foutre votre organisation en l’air en moins de temps qu’il n’en faut pour reconnecter comme il faut le cerveau d’un enfant sur sa partie socialement productive. Méfiance donc… L’idéal pour vous, par pur souci d’efficacité, serait de régler de manière définitive cette tare présente chez beaucoup d’enfants dans notre société : vous gagnerez ainsi un temps précieux là où d’autres conglomérations perdent de longues années de reformatage. Ah, en parlant de ça : si vous supprimer cette tare de manière définitive, il vous faudra bien évidemment trouver une autre forme d’occupation pour cette progéniture. Là les pistes sont nombreuses et vous trouverez toute une littérature sur ce sujet : monde numérique, robotisation des mécanismes cérébraux, lobotomisation par la faim ou par le désespoir dans certaines tribus…Bref, un maître-mot : anticipation.
      Pour les loisirs : même chose. Sauf que ça passe mieux : normal, ce sont des loisirs.
      Allez, silence radio.

  8. Tout à fait d’accord, mais il est bon de dire, pour les dénoncer, les contradictions et même les mensonges d’un discours « toujours plus »;le changement en profondeur ne peut pas venir des protagonistes du système mais la conviction de sa faillite morale n’atteint pas encore tous ceux qui , sans en être les « profiteurs », n’ont pas encore touché le fond.

  9. Un détail naif: globalement le pays France et les Français
    ne seraient pas endettés. Notre avoir sur l’ étranger est considérable.
    La somme ( débit+crédit) serait proche de 0.
    Il est vrai que débiteurs et créditeurs ne sont pas les mêmes.
    Mais il y a de quoi creuser.

    En 1939, la France, « déficitaire » comme toujours,
    a pu mobiliser 4 milliards de dollars pour lancer les industries
    de guerre aux USA ( et au Canada) sur des critères français.
    Le gouvernement ( ministre des finances: Paul Reynaud)
    a racheté aux français leurs avoirs aux USA.
    Je crois qu’ils ont été payé en Bon de la Défense Nationale.
    Parmi les talentueux lecteurs de ce blog, un spécialiste en
    histoire économique devrait pouvoir nous donner
    des renseignements plus précis.

    En tout cas, ignorer les 2 côtés de la balance pourrait
    restreindre l’ éventail des solutions possibles.
    Et Gordon Brown a montré le chemin, face à un difficile problème
    avec l’ Islande: qualifier l’ Islande et les Islandais de terroristes.
    J ‘aime à penser que les possesseurs d’avoirs français hors zone Euro
    pourraient agir dans l’intérêt commun sans l’ épouvantail
    de la guerre. Un ‘simple’ échange’ dollar contre obligation en Euro…
    Rêveries…

    @ NAIF: « sans se priver de rien, que de TV  » : ne pas avoir de TV
    n’est pas une privation. C’est ne pas avoir de menottes.
    Pour ma part, 35 ans de liberté.

  10. Quelqu’un pourrait-il répondre à cette question : si demain, la banque centrale européenne décidait que un euro = un dollar, que se passerait-il ?

    1. Vu les volumes échangés sur les marchés, même les banques centrales ont perdu le pouvoir d’influer durablement sur les cours des monnaies.

  11. Encore un papier remarquable de Pierre-Antoine Delhommais dans le Monde du 28/02 « Quand les banques sauvent les états »
    http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/02/27/quand-les-banques-sauvent-les-etats-par-pierre-antoine-delhommais_1312244_3232.html

    Je passe à la conclusion en note d’espoir et qui nous révèle un bouquin paru chez Plon, « Le banquier et le philosophe » où, je cite :
    . un philosophe, Roger-Pol Droit, s’intéresse à la finance, chose rare
    . un banquier, François Henrot, qui sait faire preuve d’humilité sans tomber dans la démagogie….
    Et pour finir : le banquier ne croit pas du tout à un monde financier vertueux qui s’autorégulerait, il veut la règlementation pure et dure.

    Alors qu’est ce qu’on attend ? Que le capitalisme se moralise ?

  12. Alors que Paul Volcker semble avoir jeté l’éponge, William White écrit aujourd’hui / FT : « Nous avons besoin d’un plan B face aux vents de la dette  »

    « Les agents de la politique économique ont répondu aux récessions économiques succesives essentiellement de manière keynésienne depuis les années 50.Les déficits ficaux ont été autorisés à augmenter et les taux d’interet ramenés vers 0 pour stimuler la demande. Bien que Keynes ait à peine anticipé un emploi répété de ces instruments macro-économiques, ces politiques ont fonctionné.Résultat: la réponse en terme de politique économique à la crise actuelle a été « plus de la meme chose ». Nombre d’entre eux demeurent confiants que cela engendrera éventuellement une reprise soutenue. Pourtant cela vaut la peine de réflechir pourquoi cette fois cela ne marchera sans doute pas, et quelles politiques publiques pourraient aider à engendre la reprise. En bref, quel est le plan B ? Un niveau insoutenable de dette privée est le facteur principal explicant la sévère dépression actuelle, tout autant que lors de récessions antérieures historiquement. Aujourd’hui le problème se trouve principalement dans le secteur des ménages dans de nombreuses économies
    développées. Dans le Japon des années 80, les sociétés s’ étaient embarquées dans un flux de dépenses, pour la casi-totalité financées par la dette. Cependant, le problème de la dette est qu’elle
    constitue une anticipation de bénéfices futurs, qui ne peuvent etre atteints si les prévisions de revenus ne se réalisent pas. Bien que les problèmes de l’endettement trouvent leur origine traditionnellement dans le secteur privé, le secteur public n’est pas sans reproches.Les
    niveaux insoutenables de la dette actuelle doivent beaucoup avec l’usage répéte’ de politiques monétaires ‘souples’ afin de stimuler la demande des consommateurs en cycles successifs.L’usage répéte de mesures fiscales pour soutenir la demande a rendu la dette privée plus supportable, mais
    inévitablement a accru les niveaux de la dette publique. A l’examen des politiques monétaires et fiscales, le ‘serrage de vis’ dans les croissances cycliques n’a jamais atteint la vigueur de l’assouplissement lors des récessions. Et les politiques monétaires et fiscales pourraient bien avoir trouvé leurs limites de leur efficacité. En matière de politique monétaire,les taux sont tirés à la baisse et se trouvent maintenant proche de zéro.En matière de politique fiscale, les inquiétudes face à la ‘soutenabilité’ de la dette publique a provoqué la hausse des taux de financement de la dette publique dans quelques pays plus petits; et le mouvement pourrait se poursuivre pour des
    pays plus grands. Confrontés à la prime croissante face au risque souverian, l’assouplissement fiscal s’éprouvera moins comme support de croissance que le durcissement fiscal.Le FMI le sait depuis des années. Si l’usage assymétrique des politiques macro-économiques les a rendu ineffectives, quelles autres politiques pourraient aider à gérer le problème de la dette ?
    Une possibilité serait d’essayer de rendre plus soutenable les niveaux de la dette. Encourager
    un ‘deleveraging’ ordonné des comptes, tant privés que financiers, est une route. Mais si les niveaux d’épargne augmentent, les effets multiplicateurs et accélérateurs peuvent interagir pour produire un résultat beaucoup moins ordonnné que prévu.Une autre manière d’augmenter les possibilités de payer la dette serait d’accroitre la croissance potentielle, au moyen de réformes structurelles. Comme une crise agit souvent comme le catalyseur de telles réformes, ellles devraient maintenant etre encouragées avec vigueur.Cependant, au final, les deux routes paraissent résulter en de nombreuses années d’une croissance très lente.Une seconde manière,plus rapide mais plus douloureuse de rendre les niveaux de la dette plus soutenables, est de les réduire.Ceci pourrait avoir lieu soit à travers des faillites ou des démantèlements négociés,
    avec les ressources productives ‘libérées’pour d’autres usages.Ceci pourrait impliquer la restructuration ou la recapitalisation des institutions de crédit. De nouveau, il y a de nouveaux obstacles, particulièrement dans des pays comme les USA où le problème de l’endettement touche des millions de foyers.De plus, des soucis justifiés pourraient etre soulevés au sujet des couts à court terme d’un chomage plus important, le ‘hasard moral’ et le droit à la propriété.De nombreux pays ne disposent pas de dispositifs légaux pour faciliter ce genre de mesures, pariculièrement dans le cas des institutions financières.Les acteurs de la politique économique devraient essayer
    beaucoup plus intensément qu’actuellement de se débarasser les obstacles à une réduction coordonnée de la dette. L’économie est souvent face à des choix difficiles. Si les vents de la dette
    ont dépassé les capacités des instruments de politiques macro-économiques à stimuler une croissance réele, alors d’autres mesures, de caractère structurel, doivent etre adoptées.L’échec
    à stimuler la volonté politique de réformer accroitrait la possiblité d’une solution inflationniste`face
    au problème de la dette.Il y a de nombreux exemples historiques démontrant que ceci est faisable,
    mais peu qui ne se soient pas vu confrontés au problème de l’hyper-inflation.Pourquoi emprunter ce chemin dangereux quand il y a d’autres chemins moins dangereux à suivre ?  »

  13. Coup de colère (lu sur boursorama)

    Car ce genre de nouvelle montre bien que les technocrates de Bruxelles sont en train de nous voler notre démocratie et que l’opinion des populations qui composent l’Europe n’a aucune importance .

    Et quand à ces 6 Milliards , ou le 1,2 Milliard versé cette année si l’UE les possède , elle ferait mieux de s’en servir pour la Grèce
    Cette information doit absolument être médiatisée .

    6 milliards d’Euros de subventions de préadhésion versées à la Turquie et silence des médias !

    La Cour des comptes européenne au Luxembourg a validé le 22 octobre 2009 un rapport indiquant comment la Commission devra verser plus de 6 milliards d’Euros à la Turquie dans le cadre de sa « pré-adhésion » ! Ce rapport de la Cour des comptes européenne intitulé « La gestion, par la communauté européenne, de l’aide de préadhésion en faveur de la Turquie » a été rendu public le 15 janvier 2010 … Il est pour le moins étrange qu’aucun média « officiel » n’en ait parlé, sans doute parce que la communication de ce rapport au grand public risquait d’être embarrassante à plusieurs niveaux et pas que pour les instances européennes

  14. Plus haut, François Leclerc dit :

    « Il peut toutefois leur être attribué qu’ils agissent partout dans le même sens, afin que soit menée à son terme le règlement en cours de l’addition de la Grande Crise. Il faut, de leur point de vue, dégager le champ sur les marchés obligataires pour leur laisser de la place et ne pas y tendre les taux à leur détriment.  »

    Est-il possible d’expliquer le comportement des marchés de manière plus accessible pour le profane en finance que je suis ?

    Merci …

  15. Il ne faut pas rechercher le paradigme perdu, il faut trouver un nouveau paradigme de valeurs. Ne se trouverait-il pas dans cette éthique de l’attention et du soin (gratuit), pris dans un sens très large, à autrui – the ETHIC OF CARE en anglais – ? Bon nombre de Sages, de penseurs et de philosophes l’ont depuis longtemps déjà annoncée.

  16. Pour Francois Leclerc, qui connait déjà mon admiration pour la lucidité ‘iconoclaste’ de William White, le discours donné à l’occasion du 50 e anniversaire de la Bank of India
    William White

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