L’actualité de la crise : DES AVEUX DÉGUISÉS, par François Leclerc

Billet invité.

A quoi servent aujourd’hui les banques centrales ? Cette question renvoie à d’immenses débats théoriques, comme à chaque fois que l’on aborde les questions monétaires. Mais ce n’est pas le biais choisi pour y répondre. Présentées comme clé de voûte d’un système en fâcheuse posture, on en vient à se demander si elles ne le sont pas également, et quel rôle elles peuvent prétendre jouer dans les faits. Le mieux étant alors de suivre leurs traces à la faveur des derniers rebondissements de l’actualité de la crise.

L’attention est d’abord sollicitée par la 6 éme conférence des banques centrales, organisée par la BCE à Francfort. A cette occasion, Jean-Claude Trichet a rappelé que le relèvement du principal taux directeur de la BCE et l’arrêt des mesures non conventionnelles (robinet à liquidités et achats obligataires) étaient deux mesures indépendantes l’une de l’autre, voulant mettre en valeur un changement de politique de la BCE. Une manière d’amuser le parterre, car rien n’est sérieusement envisageable dans les deux domaines.

Pour toute audace, Jürgen Stark, l’économiste en chef de la BCE, avait confirmé cette semaine qu’on envisageait pour l’année prochaine la fermeture progressive du robinet à liquidités ouvert pour les banques. Mais la crise irlandaise a mis en évidence qu’un obstacle de taille subsiste, les banques de pays de la zone des tempêtes étant devenues totalement dépendantes de cette facilité, qui ne peut leur être retirée sans solution de remplacement.

Ce qui explique la virulence des pressions exercées par la BCE afin que le gouvernement irlandais prenne son relais. Essayant de se désengager, elle n’est pas au bout de ses peines, après avoir déjà du manger son chapeau en se décidant à intervenir sur le marché obligataire. Car les pays de la zone euro ne sont pas prêts à prendre sa succession.

C’est pourquoi, se voulant solennel, Jean-Claude Trichet a déclaré à l’occasion de la conférence : « Nous avons appelé ces jours derniers et appelons encore à un changement conséquent dans la gouvernance [de l’Union européenne et de la zone euro] ». Semaine après semaine, il martèle un même discours en faveur du renforcement de la discipline budgétaire et de la réalisation d’un « bond en avant ». Qui devrait selon lui se concrétiser par « une très forte conditionnalité, pour éviter qu’un mécanisme d’aide permanent n’incite à des politiques fiscales laxistes », ainsi que par la mise sur pied de sanctions automatiques en cas de non-respect des règles de déficit et d’endettement en zone euro.

Faisant contraste, Dominique Strauss-Kahn, s’exprimant en sa qualité de directeur général du FMI, tenait un tout autre langage en appelant l’Union européenne à adopter « une stratégie de croissance commune » pour « rompre les chaînes de sa faible croissance ». On croirait entendre un programme électoral.

En dépit des controverses qui sont apparues publiquement en son sein, de manière tout à fait inédite, la BCE pèse de tout son poids dans un domaine qui n’est pas formellement de son ressort. Se considérant sans doute fondée à agir ainsi en raison de la faiblesse de la « gouvernance européenne » qu’elle déplore, n’ayant pas à pourchasser une inflation inexistante dans un contexte de déclin de la croissance, elle précipite celui-ci en édictant un stricte cadre budgétaire aux « autorités fiscales » – c’est à dire aux Etats – s’arrogeant en toute indépendance une mission qui n’est pas la sienne.

Pour autant, elle ne parvient pas à sortir du rôle qu’elle a dû assumer par défaut. Après avoir dû faire face au blocage du marché interbancaire, puis soutenir les banques les plus faibles, elle tente également de limiter les embardées sur le marché de la dette souveraine. Afin de protéger – également à titre provisoire, dit-elle – les Etats en déroute ou menacés de le devenir, et au travers eux la zone euro.

A ce jeu-là, elle est devenue non seulement le prêteur, mais aussi l’investisseur de dernier ressort. Ne pouvant éviter le risque que le provisoire s’installe et dure, changeant au passage dans la pratique le contenu de sa mission. Dans la logique non seulement de l’implosion du système, dont elle était la gardienne du temple, mais également de l’effondrement du socle théorique sur lequel elle reposait. La véhémence de son président a-t-elle une autre explication que sa vaine tentative d’y mettre un terme au plus vite ?

En réalité, la BCE est enlisée dans la crise. Elle est devenue le sauveur en dernier ressort d’un système qui ne retrouve toujours pas son souffle et ses marques. En ce sens, elle n’est qu’un des éléments d’une crise qu’elle prétend dominer, un sort qu’elle partage avec la Fed.

Outre-Atlantique, un doute profond existe à propos des résultats à attendre du QE 2, nom donné à la remise en marche par la Fed de la planche à billets. Qu’est-ce qui a pu la décider à s’y engager, non sans une longue réflexion préalable, alors que dans ses propres rangs de nombreux désaccords se sont manifestés, sans compter les réactions internationales très négatives qui ont ensuite été enregistrées et étaient prévisibles ? Rien, sinon d’être seule à encore pouvoir agir.

Les milieux d’affaire avaient anticipé la bonne aubaine, mais les calculs de la Fed ont été bousculés ensuite par la crise européenne et la découverte tardive de l’inflation chinoise, représentant toutes deux des menaces supplémentaires pour l’économie américaine. Wall Street en faisait les frais et si le dollar continuait en général de baisser, il perdait par rapport à l’euro, tandis que les taux obligataires américains ne fléchissaient que très peu.

Venu présenter à Francfort une défense et illustration de sa politique, Ben Bernanke, le président de la Fed, l’a quant à lui décrite sans sourciller comme destinée à « soutenir la reprise économique, promouvoir une croissance plus rapide de l’emploi, et réduire les risques de déflation ». Ajoutant pour son auditoire international que « le meilleur moyen pour continuer à assurer la solidité des bases économiques sur lesquelles repose la valeur du dollar, afin de soutenir la reprise mondiale, passe par des mesures qui mèneront au retour d’une croissance solide dans un environnement de prix stables aux Etats-Unis ». Ce qui, en langage de banquier central, revient à dire « ce qui est bon pour l’Amérique l’est pour les autres ! ». La démonstration reste à en faire.

La BCE et la Fed ne se contentent pas de partager un statut de sauveur du système financier. Toutes deux ont été amenées à soutenir les Etats, chacune dans son contexte et avec les outils dont elle dispose, car les sorts de tous sont liés. Une dernière similitude importante s’impose entre elles : le gonflement impressionnant de la taille de leur bilan, assorti d’interrogations sur la valeur des actifs qui y ont contribué. Amenant des experts es-banques centrales à s’aventurer en terre inconnue, afin de déterminer si oui ou non une banque centrale peut faire faillite…

A la différence de ce qui se passe en Europe, mais cela viendra immanquablement, un débat est engagé aux Etats-Unis à propos du rôle de la Fed. Des libertariens, qui sont opposés jusqu’à son existence, aux républicains, une offensive est engagée afin de le faire évoluer. Un sénateur républicain éminent, le membre de la commission bancaire Robert Corker, vient de faire savoir que la mention de la lutte contre le chômage devrait être supprimée de la description des missions de la Fed, afin qu’elle se concentre sur le maintien d’une faible inflation. Mike Pence, un républicain membre de la Chambre des représentants, a dans la foulée déposé une proposition de loi pour retirer à la Fed cette mission, qui lui avait été attribuée en 1977.

Comme si cela ne suffisait pas, deux sénateurs et autant de représentants républicains aussi importants ont rendu public une lettre adressée à Ben Bernanke. « Nous écrivons pour exprimer nos profondes inquiétudes après l’annonce récente d’achats supplémentaires par la Réserve fédérale d’obligations émises par le Trésor des Etats-Unis » expliquent-ils, car selon eux « une telle mesure présente des incertitudes considérables quant à la solidité future du dollar et pourrait à la fois aboutir à une inflation difficile à contrôler, et potentiellement engendrer des bulles spéculatives pouvant provoquer de nouvelles perturbations économiques ». Les honorables parlementaires assurant par ailleurs pleinement respecter l’indépendance de la Fed et n’avoir bien entendu aucune intention d’exercer une quelconque pression sur elle.

L’interprétation de ces démarches ne fait pas mystère : opposés à toute nouvelle dépense budgétaire, les républicains s’attendent à voir le chômage s’installer à demeure et veulent que la Fed l’entérine symboliquement. Ils viennent d’ailleurs d’empêcher au Congrès le prolongement des allocations chômage pour ceux qui arrivaient en fin de droit. Et quand ils évoquent le danger d’inflation, ils craignent plus de futurs revers de fortune pour Wall Street que la hausse du panier de la ménagère.

Les banques centrales ne sont plus ce qu’elles étaient. Sur le marché monétaire, elles regardent passer les trains. Sur celui des obligations, elles ne font plus la pluie et le beau temps. Calibrées pour un monde financier qui s’est depuis hypertrophié, elles sont également dépassées, leurs instruments monétaires conventionnels ne répondant plus. Gérant tant bien que mal les conséquences de l’implosion financière avec les mesures non-conventionnelles, elles s’efforcent de stabiliser la situation mais ne sont porteuses d’aucun recours.

La Fed tente néanmoins encore sa chance, tandis que la BCE cherche à se replier sur des positions préparées d’avance. Dans les deux cas, c’est moins l’expression d’une politique qu’un aveu déguisé d’impuissance.

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231 réflexions sur « L’actualité de la crise : DES AVEUX DÉGUISÉS, par François Leclerc »

    1. relisez l’article du commentaire n° 1. Nous sommes peut être en 1930, mais l’époque est différente :
      certaines erreurs n’ont pas été commises, des aides sociales existent, etc.. Résultat : s’il est
      de même impossible de ressusciter un cheval mort, la dégradation de l’économie est moins voyante, la spirale de la déflation moins visible, rendez vous dans quelques années, dans votre rue.

    2. Hhmm.. Frank.

      Les aides sociales sont en voie de disparition. Et le prix des services, de l’énergie et des biens en général va exploser.
      Lordon table sur 12 à 18 mois pour découvrir l’ampleur du carnage. Le délai a déjà commencé.

    3. Sortons de l’euro pour enfin faire jouer le seul levier, la dévaluation, qu’il nous reste pour purger cette dette que les instances officielles se passent comme une patate chaude.

      Le faux démon de l’inflation qui en résulterait et brandit par les néo-libéraux mondialistes avec le retour au franc coïnciderait avec une relocalisation de notre économie et de notre main d’oeuvre. Un mal pour un bien !

    4. Bien sûr, Bible..

      Weimar vous l’offre.
      Avec en prime un joyeux dictateur qui désignera la Chine ou l’Iran en ennemi histoire de détourner l’attention sur les vraies raisons d’un débordement d’ « argent » qui nous a tous noyé.

      L’hyperinflation aurait aussi l’avantage, en plus d’affamer les classes pauvres, de tuer les accumulations faites avec amour par les plus riches.
      Napoléon et Hitler ont préféré la puissance à la richesse.

      Aucune de ces solutions ne sont bonnes.

    5. @bible maron
      « Rendre le pauvre invisible et se rendre invisible, voilà un projet commun au pauvre et à la société pour laquelle le pauvre  est perçue de façon uniquement négative, symbole d’un échec social dans une société qui érige le succès individuel en valeur suprême ».
      Serge Paugan sociologue

  1. Il y a un autre aspect que les politiques redoutent à la sortie de l’euro : imaginez
    voir la baguette à 6 francs au lieu de 0.95 cts d’euro, les pommes à 18 francs ect…
    voir les prix en francs, je ne vous dis pas l’effet sur la consommation.

    1. Ce sera très bien , on fera un peu plus d’économie en achetant moins de produits toxiques, chers et peu nourrissants (voir nocifs pour nous).

      plus personne n’achetant la baguette à 6 francs, les prix vont diminuer d’eux même par compétitivité, pour revenir dans des proportions de profit plus humaines.

      L’usure globale appliquée prenant une claque, voir disparaissant, sous l’effet de la disparition de la spéculation internationale sur la devise et sur les biens transitant par l’international.
      Cela amènera donc les prix à la baisse car les marchandise n’auront pas autant été grattées.

      Pour ne manquer de rien il est important d’orienter la politique d’aide vers l’agriculture « raisonnée » et l’écologie qui sont deux éléments à haut potentiel de retour.

      Concernant les terrasses de cafés, il ne faut pas oublier que la crise actuelle ne touche pas tout le monde, ce qui la rend d’autant plus injuste.
      il faut savoir aussi qu’au sein d’un peuple bêlant ce n’est pas la pauvreté qui empêche de boire un coup, bien au contraire.
      Bien souvent les plus pauvres dans la rue se rattache à la dernière chose qui leur procure du plaisir et un peu d’oubli, la bouteille.
      Bien évidemment elle coûte moins cher que le demi à 2.5€, mais n’empêche, le mec n’a pas un rond et pourtant.

      bon dimanche

      (ps: je suis un peu dégoutté de voir que dans mon entourage, la majorité, dans la m… ou pas, pensent qu’il est impossible de changer un système (divin pensent-t-ils?) en tant qu’individu, et qu’il vaut mieux se plier à la conjoncture, bonne ou pas. Jusqu’à accepter de travailler en équipe toute sa vie, en se cassant la santé, en gagnant même pas de quoi s’acheter ce qu’ils pourraient chasser pendant leur temps de travail. Ces personnes qui donnent leurs vies en acceptant les règles de conduite, à qui on donne un toit de fortune et le minimum vital (toxic en plus!) , qui à 60 ans n’ont rien capitalisés ou si peu, une 207, qui en plus leur sert à se déplacer pour mieux faire tourner le biz… ces personnes qui, faibles d’esprits, ne seront pas dans la rue pour la prochaine manifestation, invoquant la perte de temps ainsi qu’un puissant sentiment d’impuissance.
      Je trouves que ces personnes manquent à leur devoir de civisme. Si elles ne veulent pas s’impliquer dans la politique, elle signent une déclaration stipulant qu’elles s’excluent des décisions de gouvernance démocratique. La démocratie ne doit pas se faire parasiter par ceux qui ne s’y intéressent pas. Laissez place libre SVP, ce soir il y a match de foot, allez oust du vent.
      (on devrait passer une finale de coupe du monde le jour des votes pour le bien de tous.

      voilà sur ce je me tailles au lit bon dimanche.

  2. Et oui c’est la fin du mythe des institutions indépendantes.
    toute institution indépendante devient incontrôlable.

    CQFD

  3. Samedi 20 novembre 2010 :

    Aujourd’hui, nous avons appris les dernières nouvelles de la crise en France :

    Secours populaire : hausse de 25 % des demandes d’aide alimentaire en 2009.

    Les demandes d’aide alimentaire au Secours populaire ont augmenté en 2009 de « plus de 25% » par rapport à 2008, selon le rapport moral et d’orientation de l’organisation caritative, présenté samedi lors de son assemblée générale 2010 organisée à Bourges.

    Et pour 2010, « la tendance est encore à la hausse », prévient Julien Lauprêtre, le président du Secours populaire, dans ce rapport.

    Au total, plus de 1,89 million de personnes sont venues chercher de l’aide alimentaire en 2009 dans les permanences d’accueil du Secours populaire et l’équivalent de 81,5 millions de repas ont été distribués.

    Sur les 40.747 tonnes de marchandises distribuées par l’organisation, 49% provenaient des collectes ou achats réalisés par les permanences d’accueil et 51% de l’Union européenne (UE) et de l’aide de l’Etat français.

    Lors de la publication en octobre d’un livre-témoignage sur les pauvres et les précaires, le Secours Populaire précisait qu’en 2010 il avait déjà accueilli 2,4 millions de personnes depuis le 1er janvier, contre 2 millions en 2009.

    De son côté, le Secours catholique vient récemment d’annoncer qu’en 2009, et pour la deuxième année consécutive, le nombre de personnes accueillies par ses bénévoles avait augmenté, atteignant 1,48 million, soit 80.000 personnes de plus qu’en 2008, du fait de la crise économique.

    Dépêche AFP

    Comme dirait Christine Lagarde, « La récession est finie. »

  4. Dans « l’économie en question » de ce matin sur F. Culture, 2 sujets, un très sérieux « menaces sur la zone euro » et un autre plus ligth « l’économie solidaire ».
    L’un ne serait il pas la solution à l’autre ?
    Un consensus plutôt inhabituel entre nos 4 économistes sur le sujet central.
    J’ai retenu :
    . ça va craquer
    . je suis en colère
    . l’Irlande a menti, voir Financial Times (idem la Grèce)
    . Irlande c’est pas fini, les salariés ne font plus confiance à leurs banques, ils retirent
    . la BCE veut stopper ses amabilités déjà excessives ==> perte de souveraineté, crise politique (on y arrive, LEAP avait raison)
    . aveuglément des dirigeants, immobilier = 25% du PIB (idem l’Espagne)
    . 1 banque : 35 Ma d’euros, toutes les banques 20 % du PIB
    . pour une bonne concurrence fiscale on a baissé les impôts sur le revenu, sur les sociétés (retour de boomerang, bien fait).
    . crise de SOLVABILITE pas de liquidités
    . dette privée ==> effets cataclysmiques
    . qui va éponger les dettes (compliqué) , qui va payer ? les irlandais, les allemands ?
    Voir le Mexique et autres, voulons nous perdre une décennie ?

    L’essentiel :
    On essaie de gagner du temps car l’Espagne & l’Italie c’est trop gros, on prépare la réponse pour dans 2 ans (sur l’air de « encore un peu ….. », reculer pour mieux sauter ?)
    la restructuration est inévitable et plutöt vite pour crever l’abcès : rééchelonner + moratoire sur une partie
    sinon l’épée de Damoclès reste suspendue et …..il faudra passer par pertes et profits les dettes.

    Conclusion :
    on cherche à se faire peur car ça va craquer à quelque part
    le scénario de l’éclatement n’est pas possible mais il faut réfléchir aux mécanismes d’ajustement
    on n’est pas en train de préparer la sortie de crise (inquiétant)
    Espoir (il en faut un chouia) : la Grèce ça marche (à suivre)

    http://www.franceculture.com/emission-l-economie-en-questions-novembre-mois-de-l-economie-solidairemenaces-sur-la-zone-euro-2010-

    1. ..il faudra passer par pertes et profits les dettes… sauf que ça c’est d’jà fait, nant on seur’file eule patat’ chaude…z’ont un brin de retard vos (é)conomistes.

  5. Irlande : la banque Allied Irish Banks subit une panique bancaire.

    Les clients d’Allied Irish Banks ont retiré 17 % des dépôts. Cela représente la somme de 13 milliards d’euros depuis le 1er janvier 2010.

    Allied Irish Banks has lost about € 13 billion in deposits since the start of the year due to concerns about the financial difficulties of the Government and the banking system, the bank said in a trading statement yesterday.

    Some € 12 billion of the lost deposits were withdrawn, mostly by institutional and corporate depositors, since the end of June.

    The bank admitted tapping “a range of liquidity facilities from central banks, including certain additional marketwide schemes during the period of dislocation within the funding markets”.

    Irish Times

    Irish officials and experts from the European Union and International Monetary Fund are working through the weekend in Dublin, racing to finish an aid agreement amid pressure to act before markets tumble.

    Allied Irish Banks Plc, Ireland’s second-biggest bank, emphasized the fragility of the financial system yesterday, reporting a 17 percent decline in deposits this year.

    Bloomberg

    Information signalée par le site Aux infos du nain.

  6. Bravo pour ce blog très intéressant.

    Je voulais simplement ajouter que l’article du Monde concernant l’Irlande m’a surprise car j’étais à Dublin fin septembre et je n’ai pas du tout vu la même chose que cette journaliste qui ne semble pas avoir parcouru l’ensemble de la ville. Certes, les restaurants du centre-ville et les établissements touristiques faisaient encore le plein (on y voyait d’ailleurs beaucoup d’Américains et de Britanniques), mais dès qu’on s’éloignait un peu du centre, c’était une autre affaire.

    Quant aux autres commerces, ils semblaient vivre des heures difficiles. Les centres commerciaux et grands magasins des rues les mieux situées (Grafton Street et autour de Saint-Stephen’s Green) qui, il y a trois ans encore, ne désemplissaient pas, étaient devenus presque vides de clients et silencieux. Seuls les magasins de vêtements féminins étaient plein de jeunes filles qui n’achetaient presque rien mais se contentaient de faire du lèche-vitrine (même chose pour les grandes librairies autour des universités). Dans beaucoup d’endroits, les équipes de vente avaient manifestement été réduites au maximum (deux libraires pour faire tourner l’équivalent d’une librairie comme la Fnac..). Dans les grandes surfaces, des prix en chute libre (on vous proposait deux produits pour le prix d’un…) mais bien peu d’acheteurs.

    Dans Harcourt Street, le quartier des bureaux et des sièges sociaux prestigieux, la moitié des bureaux portaient un signe « à louer ». Egalement beaucoup de signes « à louer » ou « à vendre » sur les commerces situés sur les quais de la Liffey, dans le centre-ville. Un peu plus loin, dans le quartier bobo de Rathmines, plus de la moitié des commerces de la grande-rue venaient juste de rouvrir (repris par de nouvelles personnes après la faillite des commerçants précédents. Les nouveaux avaient réussi à renégocier les loyers à la baisse…).

    En s’éloignant encore davantage du centre, dans les banlieues modestes du nord, on pouvait voir jusqu’à un tiers de signes « à vendre » dans certaines rues. Enfin, en grande banlieue, on découvrait les « ghost estates », des quartiers « villes fantômes ». Neufs, entièrement vides et à louer…. bref, on se croirait en Espagne.

    1. @Emilie,

      Merci pour ces informations précises et documentées. L’article (que j’avais déjà lu) paraît en effet bien pâle et superficiel. DIre qu’il s’agit d’une « correspondante » du Monde…

      Les centre-ville français et des quelques villes européennes que j’ai pu parcourir dernièrement donnent toutes la même impression d’opulence. On pourrait donc dupliquer l’article du Monde par simple copier-coller.
      La plupart des villes d’Europe (sauf destruction 39-45) étant bâties sur le même modèle (hyper-centre historique, puis faubourgs, puis banlieue proche, éloignée, etc…), votre post me donne l’idée d’une méthode assez simple pour évaluer les intensités respectives de la crise selon les villes : compter la proportion de panneaux « à vendre » en fonction de la distance à l’hyper-centre…

    2. @ bqlou
      On devrait mettre certains de ces promoteurs immobilier en prison pour les ravages qu’ils causent parfois a l’environnement.
      En espagne par exemple, des collines entieres ont ete rasees au beau milieu de nul part pour faire place a des lotissements … aujourd’hui vides.
      En republique de chypre du nord, ou je suis alle cet ete, les promoteurs ont construits tout plein de ces petites villes/lotissements le long te la cote, parfois meme au sein du seul parc naturel de l’ile (formellement interdit par la loi), en depit de toute regle d’urbanisation et de sante (les egouts se deversent directement dans la mer, tuant toute vie animale/vegetale). Vous me direz, tant pis pour eux … jusqu’a ce que vous apercevez le logo d’une banque a tous les coins de rue, celui de la Türk Ekonomi Bankası, banque turque. Une « filiale » de la BNP.

  7. Dépêche AFP sur l’Irlande:
    « L’austérité passe de plus en plus mal auprès de la population, comme en témoigne l’impopularité record du Premier ministre, avec 11% seulement d’opinions favorables. Le parti au pouvoir, le Fianna Fail, est ainsi donné battu lors d’une législative partielle qui aura lieu jeudi. La perte de ce siège ferait passer de trois à deux députés la fragile majorité du gouvernement. »

    Il y a 27 pays en Europe, lequel va être le premier à élire un gouvernement dont le programme sera de sortir de cette logique stupide ?

  8. À voir ce soir (à minuit!!) sur FR3 l’étonnant « Descartes » (1974) de Roberto Rossellini, film coproduit et ensuite rejeté par la TV française.

    1. @ maron

      Deux fois « dans ma rue tout va bien »: c’est un message codé à l’adresse d’un espion infiltré dans ce blog, le début du refrain d’une chanson écrite en direct, la conséquence d’un alzheimer non diagnostiqué ou tout simplement que vous habitez les Champs-Elysées?

    2. Pablo, 🙂

      Vu le nombre d’impayés prévus pour les factures de gaz et d’électricité, le chauffage au bois va redevenir à la mode…
      D’ailleurs, depuis l’article des prévisions de GDF pour 2010, c’est le silence radio complet, dans la main-press.

  9. Si on avait une carte où l’on verrait en couleurs indexées qui consomme quoi, dans chaque pays et la part de consommation due aux dépenses de l’Etat, et ensuite la même carte suite aux politiques d’austérité … ainsi qu’une carte des investissements pour voir où se crée l’activité.

    En comparant ces cartes l’on verrait immédiatement l’effet des politiques concertées d’austérité et l’on pourrait d’un seul coup d’oeil voir s’il existe ou pas une zone susceptible, non de croissance, mais de consommation croissante, – car le PIB est comme le vent,

    « Le vent souffle où il veut ; tu l’entends, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. » (Jean 3.8 )

    Le PIB ne va pas forcément alimenter la consommation comme il ressort du modèle Allemand.

    ==================

    En parlant des pub irlandais, n’oublions pas le lipstick factor : les ventes de rouge à lèvres croissent en période de crise, contrairement à l’intuition selon laquelle on réduirait ces dépenses « futiles », en premier.

    1. Monsieur Jean 3.8 doit être d’une très vieille version de logiciel pour avoir vécu avant l’invention des girouettes.
      A moins que ce fut un homme qui ne changeait jamais d’avis.

      Lisztfr, on les connait, les zones.
      Ce sont celles où les banques centrales ont les plus hauts taux d’intérêt avec l’inflation la plus basse.
      Soit… 3.
      Pas lourd par rapport au nombre de pays, non?

      Mais bon, c’est tout de même une bonne crise mondiale. Faut pas faire les choses à moitié.

    2. Ouais, notes, les BC qui ont simplement un taux supérieur à zéro…

      L’argent est gratuit, ces temps-ci. J’achète 🙂

  10. En tout cas les Irlandais ne semble pas accepter aussi facilement la pilule que les Grecs (Et je suis toute a fait d’accord avec la réaction des Irlandais), il va surement y avoir une crise politique comme quelqu’un la marquer dans un commentaire. Je me demande sur quoi ça va débouchée ?

    En tout cas, c’est mon avis personnelle, mais j’ai vraiment l’impression que la crise (Ou plutôt les crises) a franchi un nouveau cran..

    1. Mais ces pauvres riches qui ont si peur de perdre leur fric, il faut bien qu’ils puissent essayer de le sauver grâce à l’art !!

    2. Désolé si vous n’avez pas de sensibilité pour la photographie, d’autres l’ont. Quant au prix, tout à un prix, et la photo d’Avedon a trouvé le sien, voilà tout.

      En parlant photographie, pour les passionnés , mes deux préférés, Heinrich Kuhn et Edward Steichen, deux magiciens de la lumière.

    3. Pour un peu, j’écrirais qu’on a tellement fait dans le déraisonnable, que l’habitude est bien prise.

      On ne change pas une équipe qui gagne. Yvan 2.5

    4. @Bible
       »Quant au prix, tout à un prix … »
      Ne pensez vous pas que tout ceci devient abjecte et de plus en plus insupportable ?
      Tout a un prix, certes, mais d’où sortent ces millions / milliards investis dans des oeuvres d’art ?
      Alors que parallèlement les restos du coeur/secours popuaire ne désemplissent pas …

    5. Surtout qu’il faut me dire où est passé l’art ? c’est tout juste le marketing d’une époque que cela, c’est comme citer Houellebecq dans les écrivains au même registre que Maupassant.
      Quand va t on en arriver à vendre les affiches des campagnes publicitaires des millions de dollars, au point où nous en sommes dans un avenir très proche.

    6. @ liervol

      « Surtout qu’il faut me dire où est passé l’art ? c’est tout juste le marketing d’une époque que cela »

      Tout à fait d’accord. Le Faux, le Nul, le Vide, deviennent une marchandise de luxe à cause de la cupidité cynique des galeristes, la stupidité crasse des riches, la corruption des fonctionnaires de la Grande Culture payés par l’Etat pour se tromper systématiquement et surtout la bêtise sans limites des snobs qui avalent tout pourvu qu’ils puissent exercer à loisir leur pédanterie de complexés.

      @ Mike

      Tu es dans quelle catégorie, toi?

    7. Pour tout le monde !
      ~Sebastião Salgado : Mines d’Or du Brésil …,où l’humaine condition: un « esclave » se rebelle.
      « Pour avoir osé défier les dieux, Sisyphe fut condamné à faire rouler éternellement, dans le Tartare, un rocher jusqu’en haut d’une colline dont il redescendait chaque fois avant de parvenir à son sommet, tel que raconté dans l’Odyssée… »
      « Dans son premier essai philosophique, le Mythe de Sisyphe, Camus qualifie Sisyphe d’ultime héros absurde. Il y établit pourquoi la vie, malgré l’absurdité du destin, vaut la peine d’être vécue… »
      /Wikipédia.

      http://expositions.bnf.fr/salgado/bande/index.htm

  11. Bonjour,

    dans 10 ans quand la Fed et la BCE seront gorgées d’obligations, un trait de plume des états suffira pour annuler une decennie de dettes et ajuster les curseurs sans grand dommages pour le réel, pour l’instant c’est le sauve qui peut.

    cordialement

    1. Babypouf, le souci est que c’est, grosso-modo : 4 (quatre) décennies.
      Et mon relevé de compte ne serait pas assez large pour écrire la somme en toutes lettres.
      Il serait intéressant, en s’y mettant à plusieurs, de juste voir pourquoi les milliardaires ont perdu en moyenne et « officiellement », 25 % de leur fortune en début 2009.
      Comme la tête dirige le corps (dans le capitalisme, les milliardaires sont l’organe « supérieur »), nous pourrions en déduire bien des choses sur l’état réel de l’économie à ce moment.

      Autre chose :
      Le réel serait balayé à tel point (l’argent est partout) que la prise en otage en est facilitée.
      Le sauve-qui-peut est justement d’essayer de faire en sorte de l’éviter. Ce qui est une mauvaise stratégie car il vaut mieux parfois une remise à zéro brutale des compteurs.

  12. (mon argent/tijd) – Les riches considèrent l’art, les pièces d’or, les bijoux, les antiquités ou les oldtimers comme des alternatives valables au bas de laine. C’est ce qu’il ressort des données rassemblées par le bureau d’études Datamonitor. Les assurances ont annoncé une forte augmentation du nombre de contrats conclus l’année dernière pour couvrir des objets de collection.  

    Lorsque la valeur d’une oeuvre d’art diminue, l’investisseur peut toujours profiter de sa beauté’, affirme Marianne Hoet de la maison de vente aux enchères Christie’s en Belgique. ‘Ils préfèrent investir dans l’art, par crainte d’un malaise boursier de longue durée. Ils ne prennent pas trop de risques et achètent surtout des oeuvres d’artistes renommés,

    Le marché de l’art ressemble au marché immobilier’, explique Marianne Hoet. ‘Les gens hésitent à vendre des maisons, parce que les prix sont moins élevés que l’année dernière. En même temps, les acheteurs attendent de meilleures offres. Cette logique vaut également pour le marché de l’art.’

    1. Tout comme le Medef plaide pour que le personnel vienne travailler gratuitement. Ou payé par l’état, comme en Angleterre.
      Logique.

      Là aussi, une chose qui pourrait être intéressante serait de nous confirmer que les salariés belges ont leur salaire indexé sur l’inflation.
      Histoire de comparer ce qui est incomparable.

    2. Les salaires sont indexés (et les allocations/pensions) de 2 pct automatiquement chaque fois que le taux officiel d’inflation dépasse cet indice.Mais l’indice des prix a été de nombreuses fois manipulé pour en extraire de nombreux produits..néanmoins la Belgique reste le seul pays au monde ou les salaires sont indexés automatiquement…il ne manquerait plus que ça !

    1. Béber …
      Juste chasse aux sorcières, rien d’autre.

      C’est comme si on disait à un Ricain de ne plus être obsédé par le fric.

  13. Le total du bilan de la seule BCE (donc excepté celui des BC de la zone) est passé de 126 milliards d’euros en 2007 à 384 milliards en 2008, soit une progression de 300%. Ce sont essentiellement les « autres créances intra-eurosystème » qui sont à l’origine de cette hausse (de 17 Mi à 234 Mi) : les créances sur les banques commerciales au titre des prêts de liquidités. Le total des actifs de l’Eurosystème (BCE + 16 Banques Centrales de la zone Euro), lui, est passé d’environ 1.400 milliards en 2007 à 1.820 milliards en 2008 (dont 218 milliards d’or).

    En 2009, le total du bilan de la BCE seule s’est fortement dégonflé (138 Mi), les « autres créances intra-Eurosystème » retrouvant à peu près leur niveau d’avant crise (6 Mi). Donc retour à la normale ? Pas tout à fait. Les banques ont certes recommencé se prêter entre elles, mais seulement pour des durées courte (3 mois voire jusqu’à 6 mois dans certains cas : au-delà elles se méfient toujours les unes des autres). La BCE (seule) a donc été remboursée en 2009 (elle prêtait ses liquidités à 3 mois). Mais les bilans des banques commerciales ont subi une modification, puisqu’elles ne se prêtent toujours pas au-delà de 3 (voire 6 mois) leur endettement interbancaire (donc une de leurs ressources) a diminué : elles prêtent donc moins (ou sont beaucoup sélective dans le choix des emprunteurs). D’où la course aux ressources constatée en France en 2009 (et en 2010) : dopage des taux de placement pour attirer les gros déposants, ré-intermédiation avec l’accent mis sur la vente de CAT et CDN (dont la collecte rentre dans le bilan de la banque, contrairement aux Sicav).

    En fait, c’est au niveau du groupe Eurosystème (les 16 BC + la BCE) qu’il faut apprécier le soutien des BC aux banques commerciales. Il continue de diminuer. La BCE édite un bilan hebdomadaire de la « situation financière consolidée de l’Eurosystème » (http://www.ecb.int/press/pr/wfs/2010/html/index.en.html). On y trouve :

    Extrait bilan Eurosystème nov. 2010.

    5 Concours en euros à des établissements de crédit de la zone euro liés aux opérations de politique monétaire. 515 Mi
    5.1 Opérations principales de refinancement 175 Mi
    5.2 Opérations de refinancement à plus long terme 326 Mi

    Extrait bilan Eurosystème 12/01/2010

    5 Concours en euros à des établissements de crédit de la zone euro liés aux opérations de politique monétaire. 719 Mi.
    5.1 Opérations principales de refinancement 60 Mi.
    5.2 Opérations de refinancement à plus long terme 659 Mi.

    Cette évolution serait donc, en volume, à priori, plutôt rassurante. Sauf que la nature des prises en pension a subi des changements importants. Depuis le début de l’asphyxie des marchés du crédit en 2008, la part des actifs non négociables a fortement augmenté, (principalement des prêts bancaires aux entreprises et des « retail mortgage-backed debt instruments », produits de titrisation hypothécaires). Un changement de structure tout aussi sensible s’est produit de 2008 à 2009 du côté des actifs négociables : la part des titres souverains a beaucoup baissé alors que la part des titres adossés à des actifs (ABS) a fortement augmenté. Evolution récente (2010) non connue. Il faudrait prendre le temps de fouiller sur le site de la BCE ….

    La BCE n’a officiellement pas le droit d’acquérir directement des bons du trésor (elle n’a pas vocation à endosser les risques à la place des Etats). Il est stipulé dans le traité de Maastricht qu’elle n’a pas le droit d’acheter de la dette publique, ni sur le marché primaire ni sur le secondaire. Depuis mai 2010 la BCE accepte cependant de prendre en pension des titres d’emprunts d’Etat détenus par les banques. Cette mesure revient à échanger de « mauvais » actifs (des obligations d’Etats en risque d’insolvabilité) contre des bons actifs, et à détériorer la qualité du bilan de la BCE à taille inchangée (la Fed, elle, a plus que doublé la taille de son bilan, qui avoisine aujourd’hui 2.300 milliards de dollars, en rachetant massivement des titres adossés à des crédits immobiliers et des emprunts du Trésor à long terme). L’une des missions de la BCE est de veiller à la stabilité des prix, ce qui lui interdit en principe, la monétisation des pertes enregistrées dans l’Eurosystème.

  14. Sans commentaires de ma part donc….
    Mais c’est quoi la fin du monde « Westphalien » pour vous et monsieur Trichet ?

    « Nous avons encore aujourd’hui une gouvernance bâtie sur les Etats souverains eux-mêmes, un monde « westphalien » et qui ne correspond pas aux besoins nouveaux de gouvernance d’une économie mondiale intégrée. Le grand défi de la période présente est d’accélérer le passage à une gouvernance mondiale qui soit à la mesure du monde nouveau que nous avons progressivement créé, particulièrement au cours des vingt dernières années après l’effondrement de l’empire soviétique et la conversion des grands pays émergents à l’économie de marché. »

    http://www.ecb.int/press/key/date/2010/html/sp101113.fr.html

  15. erratum:

    Depuis mai 2010 la BCE accepte cependant d’acheter directement sur le marché secondaire des titres d’emprunts d’Etat (et non en prises en pension).

    1. La qualité des actifs est comme vous le montrez à prioritairement prendre en considération, mais la lecture du bilan de la BCE occasionne quelques migraines, car il n’est pas particulièrement explicite et transparent.

      Toutefois, l’interdiction d’intervenir sur le marché obligataire dont vous faites état ne concerne en effet que les achats directs auprès des Etats, et non pas sur le marché secondaire (Titre VII, article 101). Dans le cas contraire, la BCE aurait formellement violé le Traité  !

      Il y a par contre, ainsi que vous le soulignez, une autre manière de contourner cet interdit : il lui suffit de prendre en pension des obligations d’Etat, en provenance des banques commerciales, qui les achètent grâce aux liquidités qu’elles empruntent à la BCE.

    2. Il serait donc intéressant de connaître le volume des opérations de repos s’appuyant sur des obligations d’ Etat (et leur évolution depuis 2009) détenues par les banques de la zone euro. Hélas, et sauf négligence, je ne trouve pas l’info sur le site de la BCE. Si quelqu’un veut tenter sa chance…

      « Euro money market » rubrique « Bilateral repos » (90% des opérations de repos dans l’Eurosystème).

      Sur les opération dites de REPOS (Sale and Repurchase Agreement): http://www.fimarkets.com/pages/repo.php#definition

  16. Les syndicats Irlandais (tiens ils existent…) organisent une ‘méga manif’ samedi prochain(pas en semaine faut pas déconner) et appellent carrément à marcher sur le siège du gouvernement de M Cowen qui ne veut pas démissionner.Il est crédité de 11 pct de ‘soutien’ dans un dernier sondage..

    Les nouvelles mesures d’austérité, qui suivent plusieurs plans similaires depuis la récession de 2008, comprendraient une réduction de 11% du budget de l’assurance sociale sur quatre ans, et notamment des allocations chômage, selon le Sunday Business Post. 20.000 emplois seraient supprimés dans la fonction publique et les frais d’inscription à l’université seraient lourdement augmentés, indique le journal dominical.
    Le plan de rigueur de manquera pas de figurer au coeur des slogans d’une manifestation prévue samedi prochain et que les syndicats annoncent massive. L’ampleur des coupes va provoquer des « désordres sociaux », a prédit Eamon Devoy, responsable du TEEU, un des principaux syndicats du pays, appelant à une campagne de désobéissance civile.

    http://www.lalibre.be/toutelinfo/afp/298149/irlande-le-conseil-des-ministres-convoque-d-urgence-sur-un-plan-de-rigueur.html

    1. Comme en Angleterre les frais d’inscription à l’université augmentent très sensiblement.
      Une manière d’évincer les classes populaires et moyennes – qui le pouvaient encore – de l’accès à l’enseignement supérieur.
      On est tellement bien entre gens de mêmes conditions …

  17. Le gouvernement Irlandais veut faire payer la crise aux pauvres uniquement

    Call to protect low-wage workers

    The Siptu chief, who is also president of the Irish Congress of Trade Unions, said the elite were also behind ill-conceived policies that aggravated the downturn over the past two years.

    « Now they want to restructure the social architecture of Ireland, which is already one of the most unequal countries in the world, to impose a new, more brutal form of tooth and claw capitalism, » he said.

    « Brazenly, they are exploiting the weakened position of the Government to oblige the most vulnerable in society, and middle and lower-income families, to shoulder the burden of adjustment while they escape scot free.

    « According to their gospel, the profligacy of the rich can only be redeemed through the crucifixion of the poor. »

    http://www.independent.ie/breaking-news/national-news/call-to-protect-lowwage-workers-2429558.html

  18. Visiblement le Portugal a aussi magouillé ses chiffres ….

    Portugal’s budget deficit ‘underestimated’
    Portugal’s budget deficit and public debt are higher than those reported by the government, which is trying to regain investor confidence amid a debt crisis, the leader the main opposition party said.

    Pedro Passos Coelho told a meeting of his Social Democratic Party items like state-run companies’ debts were not included in the overall public debt, which the government puts at 82 per cent of gross domestic product this year.

    He said that the « true » total public debt stood as high as 112 per cent of GDP, while the budget deficit should be at 9.5 per cent of GDP, far above the minority Socialist government’s target of 7.3 percent for the end of the year.

    http://www.irishtimes.com/newspaper/breaking/2010/1121/breaking10.html

  19. Une situation contrastée: un marché interbancaire qui fonctionne, mieux mais des « problèmes périphériques » bien plus menaçants. La note d’analyse est trop optimiste. Elle sous-estime la brutalité des évolutions possibles.

    « La surprise est venue fin septembre (2010) : avec l’arrivée à échéance de plusieurs opérations
    de refinancement de la BCE, la plupart des observateurs s’attendaient à ce que les banques soient plus nombreuses à se présenter à son guichet. Or c’est tout le contraire qui s’est produit. Alors que venaient à échéance 225 Mds d’euros de prêts de la BCE à 3, 6 et 12 mois, les banques n’en ont alors emprunté que 29 Mds ! Il en a résulté une chute des excédents de liquidité dont les banques disposaient auprès de la Banque centrale et une remontée brutale de près de 50pb du taux Eonia en une seule journée (passant de 0,41 % à 0,87 % le 30 septembre). Le fait que la plupart des banques se financent davantage sur les marchés qu’auprès de la BCE traduit une normalisation du fonctionnement des marchés [interbancaires] ».

    « Parallèlement, on observe que les taux interbancaires grimpent également sur les maturités plus longues (3, 6 et 12 mois). Et dans la mesure où l’Euribor 3 mois est repassé récemment au-dessus du taux Repo (1,0 %) – taux auquel la BCE continue de prêter à 3 mois – il n’est pas surprenant de voir que certaines banques ont récemment retrouvé le chemin des guichets de la BCE. Mais ce n’est pas là la seule raison : les banques grecques, irlandaises, espagnoles ne parviennent pas à se passer de la liquidité de la Banque centrale. Fin septembre, les banques de ces trois pays absorbaient 61% des prêts qu’elle accordait (contre 51 % fin août). Durant la dernière semaine d’octobre, la demande de liquidité des banques a presque doublé par rapport aux opérations de refinancement venant à échéance et un plus grand nombre de banques ont fait
    appel à la BCE ».

    http://www.amundi.com/doc_download%26file=5112892266184222761_5112892266184394864

  20. Encore 2 articles du Monde (accessibles aux abonnés) concernant l’Irlande et l’Europe.
    « Les mécomptes de Grafton Street » Le Monde du 22/11
    « High rents are killing our jobs » (les loyers élevés tuent nos emplois) est une immense affiche étalée sur les murs d’un immeuble qui abrite un immeuble où se situe un petit magasin de chaussures bon marché dans la Grafton Street à Dublin, 2° rue la plus chère d’Europe après les Champs.
    Le locataire du commerce fédère la colère des autres et pour cause :
    loyer 1995 : 100 Keuros, 2005 : 211, 2010 : 445 (quelles culbutes, x 2 tous les 5 ans) propriétaire : un fond de pension canadien.
    La plupart des propriétaires de cette rue sont des multi-nationales invisibles.
    Là on peut dire : surtout ne travaillez pas, encaissez vos subsides
    ===>  » la bulle des loyers contrairement à celle de l’immobilier n’est pas près d’exploser ».
    « Le pays est devenu fou » dit un vieil homme.
    « Folie des investisseurs grisés par une croissance en surchauffe et les perspectives offertes par la spéculation. Folie des ménages à se lancer dans des acquisitions au-delà de leurs moyens réels. Folie des banques à leur consentir des crédits sans garde-fou, à 100 % ou plus de la valeur du bien, sur une durée de trente ou quarante ans. Folie du gouvernement à encourager cet emballement tous azimuts, à coups de déductions fiscales, d’incitations à l’endettement, de non-régulations des banques. Folie d’imaginer que l’euphorie n’aurait jamais de fin »
    Comment faire quand le loyer est imposé pour 25 ans et que la conso baisse ?
    Autre exemple d’un commerçant de marque : « Pour 992 m2, nous payons un loyer de 1 672 millions d’euros par an à une banque privée allemande. A Anvers, nous payons 300 000 euros pour la même surface. »
    La crise sociale sévit en Irlande : salaires -, TVA +, chômage +

    Le second article nous rassure quelque peu, il s’agit d’un entretien avec Klaus Regling, directeur du FESF.
    Titre : « On peut toujours écrire des scénarios horribles mais il faut être réaliste » (K Regling)
    « L’Irlande est l’un des pays européens où le secteur bancaire est le plus développé. Les actifs bancaires représentent 300% du PIB [produit intérieur brut]. Les prix de l’immobilier continuent de baisser, dans le logement mais aussi dans l’immobilier commercial. Certaines des surcapacités ne seront jamais utilisées, et ces actifs doivent être dépréciés dans le bilan des banques
    Conclusion : « Les marchés cherchent toujours où faire de l’argent, mais il arrive parfois qu’ils honorent aussi les bonnes politiques.

    Ces sujets ont été abordés ce matin sur F Culture dans l’émission hebdo de bonne facture (pas à payer) « L’esprit public »
    1ère partie : le remembrement, bof
    2ème partie : la crise économique en Irlande ***
    http://www.franceculture.com/emission-l-esprit-public-l%E2%80%99intervention-de-nicolas-sarkozy-et-le-nouveau-gouvernement-la-crise-econo
    Excellent cours de mise à niveau pour les sceptiques et éternels optimistes qui ne sont pas des habitués de ce blog. A diffuser.
    Les participants à ce débat ne peuvent pas être traités d’un esprit partisan.

    On arrive toujours à la même conclusion (à étaler sur les murs et à diffuser en réclame à la télé et sur les ondes radio) :
    « On privatise les profits et on socialise les pertes »

    1. Hum hum hum… On va bientôt nous faire croire que les Irlandais regrettent le bon vieux temps d’avant leur intégration à la CEE. Un petit retour historique sur ce qu’était l’Irlande avant 1972 ne ferait pas de mal à ceux qui explique que ce qui se passe là bas est un scandale…

    2. Enfin le conseil d’écouter l’esprit public n’est sans doute pas la panacée comme le souligne « lars » sur ce blog :
      http://www.pauljorion.com/blog/?p=18611
      Mais comme on ne peut plonger dans l’eau glacée d’un coup, il faut y mettre d’abord un pied, puis l’autre…. sinon le choc est trop rude.
      Donc pour une entré en matière c’est un bon début, disons une petite initiation.

    3. L’Irlande est surtout, comme vous le soulignez, l’un des pays où la financiarisation de l’économie a été la plus poussée. Le modèle restent les EU (et la GB): avec 5 % de la population active, l’« industrie financière » faisait 10 % de la valeur ajoutée et 40 % des profits de l’économie des Etats-Unis en 2007.

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