A PROPOS DE FREDERIC LORDON, CAPITALISME, DESIR ET SERVITUDE, MARX ET SPINOZA, par Jean-Luce Morlie

Billet invité.

«… les maquereaux de ses voluptés et les bénéficiaires de ses rapines » La Boétie, Discours de la Servitude volontaire

Chaque forme d’organisation économique ouvre ou ferme à différentes gammes de sentiments. Quelle forme de joie nous fera collaborer ?

Peter Sloterdijk relève que le mot « colère » inaugure la première phase de la tradition européenne (1) – « La colère d’Achille, de ce fils de Pélée, chante-la-nous, Déesse… ». Les souffrances engendrées par l’effondrement du capitalisme produiront-elles l’écœurement comme condition d’un redressement salutaire, ou bien le dégoût cédera-t-il le pas aux colères vengeresses fondées sur le ressentiment des injustices passées ? Fût-elle cette colère, comme le souligne Sloterdijk, « enjolivée pour prendre les accents de la rédemption du monde, du messianisme social ou du messianisme démocratique ». Observons sur ce blog, que les passions « reconstituantes » bouillonnent déjà, alimentées d’assez d’amertume pour revenir piller ce qui fut jadis enlevé. Crac, chacun y ira de son couplet, videra son ressentiment en promulguant la Loi. Quel pied !

Martine Mounier résume parfaitement l’enjeu de l’entreprise de balisage constitutionnel de l’économie proposé par Pierre Sarton du Jonchay, « Zebu » et Cédric Mas : l’ontologie de la valeur par le prix comme rapport de force – appelle à « maximiser le dialogue comme vérité des rapports et des enjeux ». C’est sans doute la seule voie démocratique pour éviter la terreur. Sur cette base, Cédric Mas teste une Déclaration des Règles économiques fondamentales, projet, toujours risqué, d’une économie juste. Cette approche raisonnée nous sauve des aléas que générerait un rassemblement de passions portées par des braillards voulant être applaudis par une « Constituante ». Pourtant, la Raison constituante serait incomplète si elle ne rendait pas compte des affects qui la portent. Sommes-nous démocrates dans le ventre comme nous le serions dans la tête ? L’usage du dialogue comme explicitation du rapport de force ne va pas sans pathos. Ne faut-il pas, comme le rappelle Jorion, faire la différence entre l’intellect du citoyen et les sentiments qui l’animent ? Le temps se couvre, peut être aurions-nous intérêt à devancer les trajectoires de nos affects pour poser nous-mêmes quelques paratonnerres, ou deviner ceux qui manœuvrent dans de nouveaux champs de captation de la « bonne gouvernance ». La frugalité consentie – déjà si consensuelle – ne pourrait-elle renouveler la domination de quelques-uns ? Ne pourrait-elle puiser ses forces dans le renoncement de tous à l’exultation, dans le partage fraternel de la contrition coupable ou mieux, dans une forme d’océanité qu’une pointe d’humilité vengeresse tournerait sitôt en « new-âge saint-sulpicien ». Discutons de l’économie, à commencer par les joies que nous en attendons. Par exemple, le point 1 du projet de proposition de Mas n’enrôle-t-il pas nos bons sentiments autour du « bien-être de la petite famille » et ne capte-t-il pas nos affects par la séparation d’entre les faibles, les mandataires et les déviants (point 9).

Frédéric Lordon (2), l’un des rares à avoir prédit l’orage, aborde le paysage passionnel du capitalisme et, reprenant le paradigme de la servitude volontaire, en dessine la géométrie, l’applique et perce « le mystère » de l’enrôlement au service de l’entreprise d’un patron. Lordon emprunte à Spinoza ses lentilles et construit la lunette qui lui permet de relire l’éphitumè (agencements de désirs) capitaliste. À l’heure où la couleur des cases risque de changer, ce n’est pas une mauvaise idée de revisiter la question de la domination en compagnie de La Boétie. L’effet est surprenant, Lordon maîtrise parfaitement la mise au point de l’instrument, mais curieusement n’observe que par un bout. Par de nombreux et passionnants détours, il nous offre à voir, en fin de course, qu’une organisation économique particulière sélectionne la gamme d’affects sur laquelle elle puise les forces qui la maintiennent. Ce que Lordon ne regarde pas est également éclairant ! Alors que La Boétie désigne la corruption comme « ressort secret de la domination », Lordon ne voit pas le pivot de la balistique qui propulsera le Discours au travers des siècles. Pour rappel, voici le paragraphe central par le moyen duquel La Boétie opère son étonnant renversement de perspective :

« J’en arrive maintenant à un point qui est, selon moi, le ressort et le secret de la domination, le soutien et le fondement de toute tyrannie. … Ce ne sont pas les bandes de gens à cheval, les compagnies de fantassins… Il en a toujours été ainsi : cinq ou six ont eu l’oreille du tyran et s’en sont approchés d’eux-mêmes, ou bien ils ont été appelés par lui pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés et les bénéficiaires de ses rapines. Ces six en ont sous eux six cents, qu’ils corrompent autant qu’ils ont corrompu le tyran. Ces six cents en tiennent sous leur dépendance six mille, qu’ils élèvent en dignité. » (A)

Pour répondre à la question « quelqu’un a envie de faire quelque chose qui nécessite d’être plusieurs », comment ça marche ? Capitalisme, désir et servitude, analyse la captation des passions par l’ordre économique sur deux cents pages, mais curieusement « corruption » n’apparaît sur aucune, le thème n’est tout simplement pas traité! Faire ainsi l’impasse sur « maquereaux-rapines-cruauté-plaisir- volupté » pour la genèse de l’épithumogénie jusqu’à son stade néolibéral, voici un acte manqué qui sonne comme une parfaite réussite. Pour La Boétie, la vérité ne consiste pas simplement à dire « nous aimons notre asservissement, mais bien plus fort, il nous force à changer de regard sur nous à la façon dont Jorion inverse la perspective commune et nous fait penser « …ce sont les choses qui « captivent », qui capturent les hommes, » et nous pourrions dire d’une personne que « c’est l’ensemble des choses qui ont pu capturer son nom. » (3), de même, après Lordon, la voie est ouverte pour penser que se sont nos systèmes d’affect qui se choisissent la forme d’économie qui leur convient (écoutons les bruits de nos boyaux) et observons le mouvement du texte de la Servitude. La Boétie commence par nous mettre « tous dans le coup », il compte par 6 X 600 X 6000 (comme à son époque, l’opération est encore compliquée, il précise l’ordre de grandeur final « des millions », soit ici 21.600.000, – l’ordre de grandeur de la population de la France à son époque- . Ce décompte génère l’image de la chaîne de soumission en ordre strict descendant, et à laquelle depuis nous nous accrochons, Lordon (p. 4.1) confirme « c’est donc une structure hiérarchique de la servitude que donne à voir La Boétie » et prend pour principe de son intangibilité que chacun s’efforce de garder les avantages de sa position.

La Boétie ne s’arrête pas là, il rompt la stricte transitivité de la chaîne de domination descendante, en superposant une relation de domination montante sur l’un des maillons ! C’est le second maillon qui dirige le premier, « les six du dessous » utilisent le Tyran à leurs désirs. Les formes des relations sont données, dès lors, La Boétie laisse le lecteur déduire de lui-même les propriétés de l’ensemble, il le laisse libre de transposer, à la chaîne tout entière, l’exemple qu’il a donné de dépendance montante ; au lecteur d’annuler tout ce qu’il croit. Ce point du texte est métastable et la bifurcation inévitable, car si de lui-même, le lecteur n’applique la transitivité de la soumission montante sur toute la longueur de la chaîne, alors il s’oblige à lire que ce sont six sales types qui sont responsables de tout ! Avec La Boétie, sans même vous en rendre compte, vous choisissez de lire, ou de relire, selon votre état d’âme, vous choisissez d’en rester, ou non, au stade pour lequel le désir maître est de se faire chacun par rapport aux supérieurs comme aux inférieurs « maquereaux de ses voluptés et les bénéficiaires de ses rapines ».

« Renverser la perspective » aide à mettre en doute les méthodes avec lesquelles nous envisageons la construction du monde à venir, lorsque nous risquons de les justifier à partir d’une vision, peut-être fausse, de nous même. Aussi, chacun lit selon « son » La Boétie. Il est en effet, de bon ton, à gauche comme à droite, de souligner l’oxymore, comme de déplorer la faiblesse de l’argument de la servitude volontaire, puis de sourire poliment à la naïveté d’un La Boétie racontant que « le peuple prendrait l’habitude de servir si niaisement à cause de vains plaisirs qui l’éblouissent ». Mais non, Camarade ! Ce n’est pas « seulement cinq ou six », comme le croit La Boétie, mais bien, Camarades, les forces de l’ordre et de la répression qui nous tapent dessus, (« taper dessus », ça c’est sur !). Par contre, La Boétie le dit tout sec, nous restons soumis parce que nous sommes animés des mêmes passions mauvaises dont nous chargeons le tyran, ses sbires, et le concierge, de nous en redistribuer les petits bénéfices. L’avouer, à droite, serait perdre la face, tandis qu’à gauche, allez donc enrôler des maquereaux ! Quant aux « nanars », souvent ils n’y voient goutte, – le peuple s’asservit lui même par sa docilité- et ne retiennent de La Boétie que le mode d’action à la Cantona « si on ne leur donne rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits et ne sont plus rien ». Reste « nos bons sociologues », qui se satisfont, comme d’une vertu dormitive, de dire que le peuple « introjecte les valeurs des dominants », s’octroyant ainsi et au passage la position d’en pouvoir absoudre la « fausse conscience ».

Les renversements de perspective prennent des siècles, il nous revient de poser ouvertement les choix éthiques et affectifs sur lesquels organiser les lignes de commandement des sociétés complexes. Ne refondons pas l’économie sans prendre garde à la construire comme faux nez de la domination, non pas « par les patrons », mais selon les désirs qui utilisent l’usine pour acheter les petits morceaux de soi dans les choses qui possèdent votre nom (je veux « de la marque » papa, moi aussi j’y ait droit n’est-ce pas ?).

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Pour La Boétie, vu au travers du renversement qu’il suggère, l’Ancien Régime construisait sa ligne de commandement sur une gamme d’affects douteux – protégés par des piques. Avec la bourgeoise, l’argent voit son rôle renforcé. Lordon rappelle que le capitalisme est une variante de l’art de commander et d’abord, par la peur de crever de faim. Avec la dépossession des outils de travail, la soumission au salariat est la seule issue et, bien au-delà de la justification par la production matérielle, l’argent, que seul le patron peut dispenser, est l’instrument de cette domination. Tel un sésame, l’argent donne accès à toute satisfaction, sans lui point de salut, devons-nous nous étonner qu’il héritât de la charge d’affects crapules par lesquels, s’il faut croire que La Boétie ne fut point sot, régnait l’ancien régime ; l’argent n’a rien changé aux mauvaises habitudes, il est devenu leur instrument. Après deux siècles, s’est reconstituée une aristocratie d’argent possédant et imposant tout sans vergogne, croyons-nous le temps de la corruption dépassé ? Serait-ce alors inutile de se préoccuper de l’épithumogènese de la société qui vient ? Ne vivons-nous pas une succession de phases similaires à l’effondrement de l’empire soviétique, (et pourquoi donc, serions nous plus fins que les Russes). Ne nous retrouverions nous pas, dans quinze ans, autant dominés par le couple mafieux et ex KGB que dans la Fédération de Russie aujourd’hui (6), à la différence près, que l’ex KGB sera remplacé par les transfuges roués et super-entrainés des rouages combinards de la social démocratie (trsercsd). Si je m’amuse de cet acronyme peu lisible, c’est qu’il est, non seulement homomorphe au « sens de l’Etat » dans le cursus tout bêtement carriériste de nos représentants au Conseil Communal comme au Sénat, mais avant tout et qui plus est, tout aussi opaque que notre infinie tolérance aux déviances. Le « nous on sait tout, mais on ne fait rien » de Dutronc signe sans conteste et depuis quarante ans l’entrée en spectacle de notre volonté de consentir à notre servitude.

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Alors point de révolte ? Émerveillement : chaque rotation terrestre s’accompagne d’une formidable onde de mise en marche des corps. Stupéfaction : les mouvements de tous nos corps sont alignés, à chaque lever du soleil, en métro, à pied, en voiture, à cheval et en bensodiazepine, nous convergeons aux désirs du patron. Plus finement vu, la division du travail rend possible l’enrôlement des parcelles dans un projet qui n’est pas leur, la puissance d’agir de chacun est capturée par le désir maître de l’entrepreneur. Le salariat serait donc une forme de capturat des désirs. Le paradoxe de la servitude volontaire serait résolu, aseptisé même, car avec l’approche moderniste, au-delà de la peur, le travail s’enrichit d’affects positifs, les techniques des ressources humaines transposeraient aux travailleurs le modèle de la réalisation de soi « inspiré du patron » en y ajoutant les petits plaisirs de la consommation, quitte pour le capital à en avancer le crédit.

Choisissons donc entre deux visions du monde. La corruption, accompagnée de sa veulerie audiovisuelle à la Berlusconi, n’est ici surévaluée qu’afin de soutenir la presse et alimenter l’amertume des bistros, ou, la corruption est notre affaire à tous. Si vous hésitez devant le risque de vous faire traiter de « populistes tous pourris », voyez les ouvrages de Pierre Lacousme (4) et surtout sondez-vous les reins. Sous un autre angle, Jean de Maillard, dans une analyse aussi prémonitoire et serrée que celle de Jorion , montre a contrario, que sans la corruption, la simple application du droit aurait arrêté non seulement les dérives gigantesques des économies « grises » et « noires », mais aussi l’effroyable succession des dérapages financiers. Plus encore, de Maillard démontre que le détournement de la Loi est devenu fonctionnel, car nécessaire. Nécessaire, car depuis la crise des Savings & Loans, dans les années 70, c’est l’émergence de comportements déviants suivis de leur légalisation qui a permis la correction des embardées successives du système financier, et après chaque rétablissement a relancé les déséquilibres à venir, augmentés d’un degré de crise.

Il y a quelque temps, Paul Jorion rappelait que les crises rendent le fonctionnement normal plus visible. C’est amusant, l’exacerbation des scandales, aujourd’hui, préparerait la « prise des places » par les parangons de la vertu ? Il est vrai que le remboursement de la dette publique exigera le retournement des affects joyeux de la croissance consumériste en sentiment de contrition volontaire. Sur ce point, la lecture de l’épithumé capitaliste serait parfaitement éclairante de son devenir, voici venue l’ère des patrons quakers, tôt levés et si possible issus du rang et se rendant à l’usine en bicyclette.

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Le statut ontologique de la vérité synthétisé par Mounier recueille notre défaillance, loin de devoir être dissimulée, notre habitude des passions crapules redevient une donnée dont la prise en compte est enfin possible :

« Dans ce cadre, nous acceptons le monde comme mouvant et faillible, c’est cela qui est à mon sens tellement intéressant. La défaillance apparaît par conséquent telle une donnée qui loin de devoir être évitée et dissimulée – ce qui est le cas actuellement : la dette en étant le symbole – doit être prise en compte(s) afin de permettre aux accords socioéconomiques de se réaliser dans des conditions optimales de satisfactions pleines et relatives. »

Assurément le mouvement de la vérité se montre en marchant, mais il faut partir d’un bon pied. La solution unanimiste « à la quaker » proposée par Paul, fonctionne parce qu’ils sont tous quakers au départ, il est normal qu’une solution « quaker » émerge. Mais si nous refusons de nous lire dans La Boétie comme passionnément corrompus , nous continuerons de l’être. La relecture de Lordon contribue quelque peu à forclore notre aveuglement, car si Lordon éclaire que le capital vit de nos passions, encore faut-il désigner lesquelles, celles qui justement nous produisent comme masse « informe », tel l’homo sovieticus, celui dont le florilège d’ironie démontre qu’il était parfaitement informé de la corruption générale et conscient de sa lâcheté, avec l’humour comme soupape. Dans la vérité du dialogue, « c’est la faute aux chefs », nous démarre d’un mauvais pied, l’accord se fera entre deux coquins s’arrangeant pour en pendre un troisième : notre morale commune sera d’une autre trempe que celle des quakers, voilà tout !

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1.   Peter Sloterdijk, Colère et temps, Libella Maren Sell, 2006, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni.

2.   Fréderic Lordon, Capitalisme, désir et servitude, Marx et Spinoza, La fabrique, 2010

3.   Paul Jorion, La transition (V) – C’est quoi moi ?

4.   Pierre Lascoumes, Favoritisme et Corruption à la française, petits arrangement avec la probité, Sciencespo, 2010

5.   Jean de Maillard, L’arnaque, La finance au-dessus des lois et des règles, Le débat Gallimard 2010

6.   « Medvedev – Adresse à la nation, 30 novembre 2010 – repris par Médiapart – « … selon les estimations les plus prudentes : commissions, pots de vin et vols par des officiels pèsent 33 milliards de dollars …».

Et toujours d’actualité : http://h16free.com/2010/04/27/2578-la-discrete-mise-en-place-des-societes-publiques-de-corruption

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94 réflexions sur « A PROPOS DE FREDERIC LORDON, CAPITALISME, DESIR ET SERVITUDE, MARX ET SPINOZA, par Jean-Luce Morlie »

    1. Je crois qu’on va bien se marrer…
      Quant on pense que ce petit sarladais impudent de la Boétie avait 18 ans quant il a pondu ce texte extraordinaire en plein cœur des guerres de religion…
      Bon courage crapaud.

  1. Je retiens cette phrase qui pour moi contient une vérité tellement peu avouée et avouable :

    “nous restons soumis parce que nous sommes animés des mêmes passions mauvaises dont nous chargeons le tyran, ses sbires, et le concierge, de nous en redistribuer les petits bénéfices ”

    On ne peut rendre plus juste le système qu’en se changeant soi-même, chacun autant que nous sommes. Mais “les petits bénéfices” sont souvent tellement nécessaires que la prise de conscience de sa servitude volontaire ne débouche que sur des mots ….que l’on vend parfois pour un certain prix et la boucle est bouclée sur ces “petits bénéfices” supplémentaires.

  2. En n’oubliant pas que ce qui corrompt est ce que l’on adjoint à la chose et qui en modifie (en l’altérant) la qualité initiale. Mais quelle est donc cette qualité initiale ? Ce ne peut être qu’un postulat (l’éthique par exemple) car il n’existe rien qui soit immanent.

  3. Comme c’est “zoli” les mots à la parade de M. Morlie.
    C’est zoli comme un parapluie sur une table d’opérations (financières bien entendu).

    Comme l’a écrit l’un des premiers commentateurs, la bûche !
    Sans la crême.

  4. Je suis effaré par les réflexions primaires et marquées par l’esprit de système cher à Ionesco, engendrées par ce superbe billet de Morlie reprenant le Discours de La Servitude Volontaire qui tape pourtant très juste avec La Boétie contre les limites du discours de Lordon que chacun, me semble-t-il, peut ressentir en son for intérieur, au delà et sans doute à cause de la radicalité supposée de ce discours lordonien – en tout cas brillamment et véhémentement apprêtée.
    Preuve supplémentaire de la validité, de l’efficience, du caractère visionnaire, quasi prophétique, et en tout cas formidablement (en substance, “à faire peur”) moderne de ce texte d’un jeune homme de 18 ans écrit sous régime absolutiste et en pleines guerres de religion (8 tout de même en France dans la deuxième moitié du XVIè siècle…)…
    Je précise que je tiens le Discours de la Servitude Volontaire pour le plus grand texte politique français jamais écrit, le plus visionnaire, au même titre que le Bateau Ivre de Rimbaud dans le champ poétique (17 ans pour Arthur, 18 pour Étienne…).
    Certains seraient bien inspirés de lire ou relire Clastres – lui aussi disparu trop jeune !– sans parler de Montaigne qui, on l’a oublié, voulait faire de ses essais un écrin pour le Discours de la Servitude de son ami Etienne, mais qui recula finalement, de peur d’être classé parmi les calvinistes qui avaient déjà (opportunément… et avec une pertinence politique certaine, dans le sens machiavélien, eux...) repris le texte à leur compte pour étayer leur combat politique contre les papistes.
    Pour Clastres, la Boétie pose deux questions : D’où sort l’État ? et Comment le renoncement à la liberté peut-il être durable ?…et Clastres, en anthropologue, en pose une troisième : Comment les sociétés primitives parviennent-elles à empêcher la division de la société qui permet l’émergence du chef dans son acception moderne puis de la forme évoluée de l’autorité coercitive constituée par l’État, garant des divisions et des inégalités bien plus que le contraire ?

    J’en conviens, on sort sacrément d’une vision marxiste ou hégélienne…

    La liberté n’est pas limitée par une condition mais pose une condition préalable : non pas “ma liberté s’arrête là ou commence celle des autres” mais commence là ou commence celle des autres. Les deux principes de liberté et d’égalité sont liées dès l’origine. L’une est impossible sans l’autre. L’une ne peut pré-exister à l’autre. Ce ne peut être ou l’une ou l’autre, mais mais ni l’une ni l’autre ou les deux. Et Clastres a montré que les sociétés primitives (en l’occurence les Guayaki ) sans État étaient d’abord des sociétés contre l’État. Mauss a montré que la pensée sauvage ne concevait pas la neutralité et donc si des sociétés sont sans État, c’est qu’elles sont contre l’État ou ce qui le prédétermine. Elles s’opposent à tout pouvoir qui soit séparé d’elle. Le chef n’est qu’un serviteur habillé d’un peu de prestige.

    Proudhon (Qu’est ce que la propriété) : “La liberté est égalité… hors de l’égalité, il n’y a pas de société. La liberté est anarchie, parce qu’elle n’admet pas le gouvernement de la volonté, mais seulement l’autorité de la loi, c’est-à-dire la nécessité. La liberté est variété infinie, parce qu’elle respecte toutes les volontés dans les limites de la loi… La liberté est essentiellement organisatrice.

    Clastres dépasse l’opposition conventionnelle du débat politique qui consiste à revendiquer l’égalité d’abord ou la liberté d’abord. Débat illusoire qui range, de fait, les anarchistes radicaux aux cotés des idéologues libertariens du capitalisme, les libertaires avec les libéraux, voire qui les confond totalement dans le prisme individualiste.

    Lire, relire, rerelire, rererelire… le Discours de la Servitude Volontaire.

    Toute société divisée est une société de servitude.

    (Clastres)

    1. @vigneron: entièrement d’accord. Je suis justement en train de découvrir Clastres, c’est excellent.
      Juste un bémol, dans la dernière phrase: les anarchistes radicaux ne séparent pas liberté et égalité, au contraire. D’ailleurs, vous citez Proudhon qui est un penseur classique de l’anarchisme radical, et on peut tout aussi bien dire que Clastres en est un aussi. Votre commentaire est ici tout à fait dans la ligne de pensée de l’anarchisme. Un exemple ici.

    2. @Moi

      les anarchistes radicaux ne séparent pas liberté et égalité, au contraire.

      Bien d’accord, je me suis mal exprimé et m’en étais d’ailleurs rendu compte en me disant qu’il y en aurait bien un qui relèverait l’ambiguïté (Moi par ex…), mais on aura compris que je voulais relever le paradoxe produit par le discours politique classique opposant partisans de la liberté à ceux de l’égalité, qui range les libertariens avec les libertaires de gauche et nomme ou permet de nommer anarcho-capitalistes des Rothbard, David Friedman ou Lemieux, des ennemis patentés de Proudhon, Malatesta, Bakounine, Kropotkine ouReclus…

    3. vigneron, je ne comprends pas comment l’on peut citer Clastres et Mauss qui témoignent de l’existence de sociétés contre l’Etat, et tenir “le Discours de la Servitude Volontaire pour le plus grand texte politique français jamais écrit, le plus visionnaire, au même titre que le Bateau Ivre de Rimbaud dans le champ poétique“. Que son titre soit un oxymore ne vous intrigue donc pas plus que ça ? Pourquoi oubliez-vous dans cette circonstance votre habitude de citer des cas vécus ? Invoquer un seul cas de servitude réelle suffit pourtant à vérifier qu’elle ne saurait être “volontaire”. Le Discours n’est pas “visionnaire”, vigneron, ce n’est qu’une vision, une “illumination” poétique. Comme je l’ai déjà dit sur ce blog, cette “servitude” ne semble “volontaire” que parce que les résistances ont été oubliées, littéralement refoulées. Cette idée de “servitude volontaire” n’est jamais qu’une contribution inconsciente à son idéalisation, dans le droit fil de l’idéologie chrétienne.

    4. @crapaud

      Je vais pas relancer le débat sur la servitude volontaire, dont Paul a bien dit vendredi qu’il était certes intéressant, mais aussi vain et même dangereux, ici et maintenant, quand les pressions pour imposer toujours plus de servitude et d’inégalité comme toujours moins de liberté sont plus forte que jamais. On est d’accord.
      Il n’empêche que la thèse de La Boétie reste valable et qu’elle appelle, vous l’aurez noté, à un tout autre type de réactions ou d’actions que le simple débat politique en démocratie plus ou moins sociale-libérale ou que le combat syndical conventionnel de pure préservation de fragiles acquis ou de rente corporatiste, exemple parfait de servitude volontaire.
      Mais quand on me dit “Que son titre soit un oxymore ne vous intrigue donc pas plus que ça ?“, ben si bien sûr que ça m’intrigue et comme j’ai la fâcheuse tendance à ne voir un intérêt que dans les questions paradoxales et les réponses paradoxales, ça m’intéresse et ça me parle, oui.

      ps : Clastres était tellement inspiré par La Boétie qu’il parlait même d’Amour de la servitude” ! Pensez donc ! Et qu’il reprit son terme de l’Innomable pour nommer l’État, garant des divisions et des inégalités par le pouvoir de maintenir l’ordre que le monopole de la violence légitime lui confère. État, Innomable donc, qui marque pour lui la rupture radicale entre les sociétés contre l’Etat (les Guayaki par ex, volontairement anarchiques en fait) et les sociétés à État (les nôtres, volontairement serviles…) , entre les sociétés qui refusent et les sociétés qui acceptent, et même désirent l’Innomable.
      Clastres à refusé de considérer avec les anthropologues classiques que les sociétés primitives ne comporteraient pas de sphère politique ou avec les marxistes “crypto-évolutionnistes” qu’elles n’étaient finalement que des sociétés abritant le germe des rapports de domination capitalistes.
      Mais bon, les approches anarchistes, anthropologiques ou autres, ont toujours des soucis avec ce beau monde…

      Il est hors de doute que seule l’interrogation attentive du fonctionnement des sociétés permettra d’éclairer le problème des origines. Et peut-être la lumière ainsi jetée sur le moment de la naissance de l’État éclairera-t-elle également les conditions de possibilité (réalisables ou non) de sa mort.” (Pierre Clastres, Recherches d’anthropologie politique 1980)

    5. vigneron, juste merci pour votre réponse. J’ai beaucoup apprécié que les paradoxes vous intriguent tout comme moi. (Là où ça cloche il y a quelque chose à comprendre.) J’ai beaucoup apprécié aussi de découvrir que l’origine de l’État est un peu mystérieuse. (Je ne m’étais jamais posé la question.) Mais pas non plus envie de poursuivre ce débat, faudrait que je lise Clastres pour commencer, et La Boétie lui-même…

      Rosebud1871, c’est bien aimable à vous de me présenter ce texte fort intéressant mais, désolé, je n’ai pas le courage de me plonger dans tous les détails des articles 6 7 et 8 de ne je sais déjà plus quoi. Nous sommes d’accord sur le fond : la servitude ne peut être volontaire que par masochisme.

    6. @ Crapaud rouge, art 6, 7 et 8 de La Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ou Convention européenne des droits de l’homme, dont nous dépendons depuis les années 50. C’est très sérieux ! Quant à « la servitude ne peut être volontaire que par masochisme » c’est de l’a peu près, puisque les trois termes ouvrent chacun un gouffre de questions qu’on a vite fait de boucher mais qui n’empêchent pas les fuites. Et je comprends que face à un gouffre on puisse ne pas avoir envie de s’y fourrer ! Mon grain de sel portait sur la notion d’oxymore, qui malgré son apparence logique se révèle parfois aussi cache misère que la tautologie.

  5. La meilleure preuve de la validité du texte la Boétie, et donc de celui de Morlie, ne serait-elle pas le quasi unanimisme manifesté par les augustes commentateurs de ce blog contre lui ?

    J’oubliais, relisez le rhinocéros de Ionesco aussi. Dans les temps qui viennent – qui sont déjà là plutôt, je vois de plus en plus de cornes qui poussent – ça pourra pas faire de mal…

    1. Qui ne dit mots consent, Vigneron.
      Je ne peux me frotter avec les augustes unanimistes……..
      On est pas sérieux quand on a dix-sept ans.

  6. “« La colère d’Achille, de ce fils de Pélée, chante-la-nous, Déesse… »”
    “une forme d’océanité”

    vous travaillez vos symboles mr morlie^^ :
    “Pélée (en grec ancien Πηλεύς / Pêleús) est le fils d’Éaque, roi d’Égine, et de la nymphe Endéis (fille du centaure Chiron).
    La déesse Thétis est si belle, que tous les dieux (et notamment Zeus et Poséidon) la convoitent. Cependant ils y renoncent, car Prométhée leur annonce qu’elle donnera naissance à un fils supérieur à son père. ”
    “Dans la mythologie grecque, les Néréides (en grec ancien Νηρείδες / Nêreídes ou Νηρηίδες / Nêrêídes au singulier Νηρείς / Nêreís ou Νηρηίς / Nêrêís, de νέειν / néein, « nager ») sont des nymphes marines, filles de Nérée et de Doris.”
    Au nombre de cinquante, elles forment le cortège de Poséidon. Elles sont représentées comme de belles jeunes filles à la chevelure entrelacée de perles. Elles sont portées sur des dauphins ou des chevaux marins, et tiennent à la main tantôt un trident, tantôt une couronne ou une Victoire, tantôt une branche de corail. Quelquefois on les représente moitié femmes et moitié poissons.
    Certaines Néréides sont célèbres, telles Amphitrite, épouse de Poséidon, ou Thétis, mère d’Achille.” “Mère de sept fils, elle les plonge dans le feu pour les défaire de leur nature mortelle. Six n’y résistent pas, Achille, le septième, est sauvé par son père. Par la suite, elle se consacre à son fils, tentant de le préserver (en le plongeant dans le Styx, selon certaines traditions) et de l’empêcher de partir à Troie, où elle sait qu’il mourra. Bien qu’elle lui ait expliqué le choix qui l’attend (vivre vieux et inconnu, ou mourir jeune mais glorieux), elle échoue.”
    “Chiron est le fils de l’océanide Philyra, fille d’Océan, et du Titan Cronos
    Le nom de Chiron est issu du grec ancien Χείρων / Kheírôn), dérivé du mot grec Kheir qui signifie main, il peut être mit en relation avec les Dactyles, (doigts), anciens maîtres de l’art de la métallurgie et des guérisons magiques dans la mythologie grecque. Cette racine étymologique évoque aussi l’habileté avec les mains, et pourrait être liée aux compétences de Chiron en chirurgie.
    Il épousa Chariclo qui lui donna Endéis, mère de Pélée. C’est lui qui éleva Pélée, il le protégea contre la brutalité des centaures du mont Pélion et, plus tard, lui donna des conseils sur la façon de séduire Thétis. Aussi est-il naturel que Pélée lui ait confié l’éducation d’Achille, le fils qu’il avait eu avec elle.
    Grâce à son savoir, Chiron fut le maître d’Asclépios, de Jason et d’Achille à qui il enseigna les arts de la musique et de la guerre, la cynégétique, et même la médecine et la chirurgie[6], de nombreux autres héros furent aussi ses disciples. ” des titans à la guerre…çà me rappelle le titanic^^ . et ce 6*600*6000… La Boétie pensait il à qq un en particulier… curieux qu’il ait “sauté” le 60…

    hors mythologie… vous faites un emploi abondant de l’affect spinoziste (comme lordon, ce qui expliquerait votre ellipse?) sans son complément : conatus et surtout puissance… ces deux dernières pièces vidant de sens la notion de bien. ce qui expliquerait aussi votre ellipse et surtout celle de Lordon (je ne vous vise pas^^) . de plus, l’effacement de la notion de personne (individu), que cela implique, si je la comprends chez Lordon vu ces opinions politiques, chez vous, je ne sais que penser.
    je respecte profondèment la pensée de Spinoza tant qu’elle ne parvient pas à un niveau où elle organise les groupes humains. ce triste point 1 par exemple. en l’appliquant à la lettre, le travail peut facilement commencer à 12 ans, voire avant, puisque c’est le droit de subsistance n°1. avoir la grippe ne vous prive guère de travailler déjà aujourd’hui. ou selon le bon vouloir des marchés, comme aujourd’hui, un salaire non suffisamment rentable sera déplacé. à part répéter croissance=intérêt commun…

    “Pourtant, la Raison constituante serait incomplète si elle ne rendait pas compte des affects qui la portent. Sommes-nous démocrates dans le ventre comme nous le serions dans la tête ? L’usage du dialogue comme explicitation du rapport de force ne va pas sans pathos. Ne faut-il pas, comme le rappelle Jorion, faire la différence entre l’intellect du citoyen et les sentiments qui l’animent ? Le temps se couvre, peut être aurions-nous intérêt à devancer les trajectoires de nos affects pour poser nous-mêmes quelques paratonnerres, ou deviner ceux qui manœuvrent dans de nouveaux champs de captation de la « bonne gouvernance »” …
    “affects qui manoeuvrent dans de nouveaux champs de captation de la bonne gouvernance”. je ne comprends pas. dans l’ensemble vous proclamez prendre en compte les affects (sentiments ne serait il pas plus appropriés concernant ce dont vous parlez, à distinguer des émotions et des pulsions…?) pour que la “Raison” soit complète (en passant, c’est très impropre : c’est l’esprit qui est complet qd la raison se joint aux sentiment…), pour ensuite inciter le lecteur à se débarasser des ses affects, les meilleurs étant balayés avec les pires dans le sac de “pathos” :”Pathos est un mot grec qui signifie « souffrance, passion ».” . vous ne trouvez pas cela réducteur?
    “Chez Aristote
    Le pathos désigne un des trois moyens de persuasion du discours dans la rhétorique classique depuis Aristote
    Tandis que le pathos est une méthode de persuasion par l’appel à l’émotion du public, l’èthos renvoie sa force de persuasion à l’intégrité de l’orateur.”

    1. vous faites un emploi abondant de l’affect spinoziste (comme lordon, ce qui expliquerait votre ellipse?) sans son complément : conatus et surtout puissance… ces deux dernières pièces vidant de sens la notion de bien.

      je ne comprends pas. dans l’ensemble vous proclamez prendre en compte les affects pour ensuite inciter le lecteur à se débarasser des ses affects, les meilleurs étant balayés avec les pires dans le sac de « pathos » : »Pathos est un mot grec qui signifie « souffrance, passion ». » . vous ne trouvez pas cela réducteur?

      mes questions vous dérangent t elles? si vous me répondez oui, je laisserez votre rhéthorique tranquille…

      cordialement

  7. Le Discours de la servitude volontaire ou le Contr’un, écrit à 18 ans comme le rappelle Vigneron, montre que la valeur…n’attend pas le nombre…
    Le contr’un, ou contraint, le tous contraints, le tous contre un, le tous pour un, le un pour tous, le tous par un, le tous parrains, le parrain pour tous… pourquoi tu tousses tonton disait Fernand sans penser à la tontine…
    « Tous » et « un » sont des productions historiques, logiques, philosophiques, mais pas si simple cette fabrique de l’unité irréductible ou de la collection complète. Il existe des langues où aucune première personne du singulier n’est proférable, possible. Quelle peut donc être la pensée d’un tel péquin établis dans son clan à propos de la notion d’ego que des siècles de penseurs ont labouré avec je, moi, soi, lui, auxquels il a fallu en plus rajouter du « même », moi-même, soi-même, lui-même. Le « un » fait nombre à lui tout seul dans ses déclinaisons. Et le « nous » ce chair nous, à l’occasion qui parle en chaire, en majesté, en communauté scientifique, en porte parole comme il y a des porte flingues, ce nous hôtelier de la foule des uns…
    La Boetie, c’est très antérieur à ce qui nous gouverne hic et nunc, ce machin de la démocratie, ou de temps en temps, chaque un vote pour celui ou ceux qui vont le gouverner ensuite, c’est-à-dire auxquels il sera soumis. Les sous mis à gauche ou à droite n’ont pas la réputation d’offrir les mêmes intérêts.
    Lordon, pas lu, pas pris le temps, il offre l’avantage du radical, prendre les choses à la racine, saisir les banques par exemple, je n’en sais guère plus.
    Dès que la mission des élus est promulguée, chaque un se retrouve sous-missionnaire, fut-ce à son corps défendant. Principe de la machine démocratique, se soumettre à la volonté générale dans sa définition de majoritaire, donc même les opposants.
    Tout le monde peut se tromper, dit la sagesse populaire, tous peuvent se tromper, chaque un peut être trompé aussi, d’où le problème de la boussole et du sextant quand il s’agit de définir sa position, de faire le point. Faire le poing levé est un parti pris dans l’offre politique contemporaine qui n’existait pas pour La Béotie, plutôt pris dans les affrontements cléricaux dogmatiques de son époque et le référentiel féodal + monarchie de droit divin.
    Le souci parental trivial de nos jours est de faire pareil pour chaque chérubin. Incidence de 89 sur la façon de répartir équitablement les richesses familiales. A Noël pas de cadeaux disproportionnés pour la même classe d’âge, de l’égalité pour éviter toute discrimination pour parer à l’envie, la rivalité, la jalousie, alors que la fraternité est de mise. C’est officiel, les parents n’ont pas de préférence, ils sont pour l’égalité. Ça ne marche pas au dire de ceux qu’ils gouvernent. Ce qui ne justifie pas que déporter les impasses du traitement familial même pris dans les rets du fonctionnement macro ou maquereau économique soit la bonne approche, mais au moins elle témoigne de l’incidence des doxa sociales sur le nucléaire familial.
    Quand je lis : « l’ontologie de la valeur par le prix comme rapport de force – appelle à « maximiser le dialogue comme vérité des rapports et des enjeux » je ne suis pas sûr que le terme « ontologie » convienne si la valeur n’a d’autre valeur que le prix comme effet des rapports de forces.
    Parce que l’ontologie, c’est du lourd, du béton, du socle, de la base, de l’être de la valeur quoi, donc si celle-ci n’a d’autre consistance que les effets – nombreux – des rapports de forces, alors elle possède une légèreté évanescente car réductible au prix lors de la rencontre économique ponctuelle de l’acheteur et du vendeur.
    En quoi consistent les ressorts d’assujettissements aux règles sociales fort complexes dans nos sociétés complexes ? à part lister tous les malentendus des jeux entre offre et demande depuis le nourrisson jusqu’à au moins l’âge de raison, tenus par toutes les formes d’éducateurs au sens large, soit d’interlocuteurs ayant ou pas fonction d’autorité définie comme t-elle, je ne vois pas bien ce dont il pourrait s’agir.
    La discipline sphinctérienne, comme soumission à la demande et au désir de l’autre témoignent bien des limites de la liberté du moutard, qui plus tard en rébellion ne manquera pas d’emmerder à l’occasion tous les chefs qui voudront le contraindre à se soumettre à leurs règles, ou à leurs caprices.
    Il est clair que le fonctionnement de l’entreprise laisse à sa porte une bonne partie du jeu démocratique avec procédures d’appel, de tiers etc.
    Il m’est arrivé au cours d’un salariat d’être convoqué à un entretien préalable au licenciement. Celui qui se prend pour l’employeur (une personne morale) et qui n’en était que le représentant a pu me dire : « Vous avez à vous soumettre à l’autorité à laquelle vous êtes soumis. Vous n’avez pas à refuser de vous soumettre. C’est une insubordination et un motif de sanction disciplinaire ».
    L’autorité, à laquelle chacun a longtemps été soumis était celle du chef de famille : le pater familias, aujourd’hui disparue pour cause d’égalité. Ce n’est pas sans incidences dans l’organisation de l’autorité, de sa stabilité, de sa transmission. Toute figure politique est-elle décollée des ombres des autorités familiales, paternelles ou maternelles avec lesquelles chacun reste maqué ? Le succès d’un certain nombre d’imagos dirigeantes anciennes incline à ne pas le laisser croire. L’actuelle pipolisation pipeaulisation aussi de la scène politicienne en serait un des formes familialistes. En quoi est-il toujours indispensable que les fonctions politiques soient assurées par des êtres singuliers ? Ça ne décolle pas du chef de horde et de la Brüderschar, la bande mythique des frères, chers à Freud. Bon j’abrège, pas certain d’être resté dans les clous du « billet » malgré sa richesse dans ses pseudopodes, et des parties critiquables…pour une autre fois ?

  8. La Boétie et sa “servitude volontaire” en prennent un coup dans les dents avec ce qui se passe aujourd’hui en Tunisie, non ? Mais le peuple ne peut pas être tous les jours au créneau, c’est une dépense considérable d’énergie qui sera, une fois le calme revenu, redirigée vers les fourneaux. Ainsi le peuple “tournera le dos” au pouvoir, en viendra à ne pas pouvoir résister à un autre dictateur, (ce qu’est Sarkozy dans son principe, heureusement que nos institutions lui font barrage), et l’on parlera de “servitude volontaire”.

    1. @ Crapaud Rouge.

      Si le peuple vont parti du “contrat social” ils sont tous les jours au créneau, pas que en Tunisie, même en France/Europe ça sera indispensable, non? 😉

      Les institutions nous protègent contre la dictature, oui, mais si les institutions sont intégrer dans la dictature de pouvoir politique, économique et juridique, qui va nous le dire? (Que à lire avec un clin d’oeil)

      Comme en Tunisie, le peuple qui s’étaient trop longtemps exclu du contrat social?

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