LES DEUX ANGLAISES ET LE CONTINENT

Je n’avais donc pas vu tous les films de Truffaut. Le mal est réparé : je viens de terminer de regarder Les deux Anglaises et le continent (1971).

Musique de Georges Delerue, que l’on peut entendre durant ce travelling latéral magistral.

C’était donc le film préféré de Truffaut, que les autres n’aimaient pas. Recomposé en 1984, peu de temps avant la mort du metteur en scène, il ressortira en 1985, toujours sans convaincre.

Film réalisé d’après le roman de Henri-Pierre Roché, grand collectionneur d’art et amant de Marie Laurencin. Roché en avait écrit un autre, autobiographique lui aussi, Jules et Jim. Le narrateur des Deux Anglaises et le continent explique d’ailleurs que son premier roman (appelé ici Jérôme et Julien), l’histoire tragique de deux hommes amoureux de la même femme, n’est que le récit déguisé de ses propres amours avec deux sœurs du Pays de Galles.

Si j’en parle, c’est d’abord parce que j’aurai toujours plaisir à parler de Truffaut, même sous de fallacieux prétextes, ensuite parce que depuis quelques minutes nous partageons quelque chose lui et moi : c’est mon film préféré de Truffaut.

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17 réflexions sur « LES DEUX ANGLAISES ET LE CONTINENT »

  1. Et vous saviez sans doute que le père de Stéphane Hessel, Franz Hessel, était l’ami de H.P.Roché, et plus précisément, dans la « vraie vie », il était Jules, l’un des deux héros du livre bien connu, H.P.Roché étant Jim…
    (C’est du moins ce qu’indique la fiche Wikipédia correspondante.)

  2. Une excellente publicité paradoxale pour Bouygue : Voyez comment nous respectons la nature, les arbres, les joncs. Sérieusement j’espère que tout ceci a été bétonné depuis car le manque de béton armé dans ce film est criant. Il n’y a ni grue ni pont, ni poteau, eh ? C’est d’avant le déluge ?

    Je pensais justement à l’utilité de l’inutile, et ce film traduit un sentiment totalement aérien de liberté, d’insouciance … Il n’y a pas un jour où nous ne succombons pas sous le poids des injonctions, le « il faut » règne en maitre…c’est pourquoi il faut recommencer ce monde à zéro et s’en débarrasser de fond en comble.

    La mémoire dois rejoindre le grenier. Curieusement Montesquieu a négligé l’importance du pouvoir financier dans son triptyque de séparation des pouvoirs, un manquement aussi grave que l’escamotage de la démocratique formelle chez Marx.

    Se réveiller un jour en se disant, eh bien non, il ne faut pas, tu ne dois pas te lever, ou mener ce combat, penser à ceci et faire ça… ce serait ça être libre. Mrs Klebs : « Je suis devenu mon propre terroriste ». Et nous sommes tous nos propres tyrans. Les oies sauvages sont plus libres que nous, les animaux sont plus libres durant leur courte vie.

    Mon film préféré a été pendant longtemps l’Intendant Sansho, à cause de la libération des esclaves peu importe le prix.

  3. Merci Mr Jorion pour ce bel extrait qui remet un peu de poésie dans notre monde de brutes.

    J’ai eu la chance, il y a quelques années, de participer à un Grand Échiquier consacré à François Truffaut. Contrebassiste dans l’orchestre symphonique invité par Jacques Chancel pour animer la partie musicale, j’eus l’immense plaisir lors de cette soirée d’être dirigé par George Delerue qui se montra d’une gentillesse et d’une courtoisie exquise. J’y repense toujours avec une extrême émotion, d’autant plus que sa simplicité tranchait nettement avec celle d’un autre invité : Julien Clerc.

    Au-delà du talent propre de Delerue, la musique de film est un merveilleux laboratoire dans lequel toutes les tendances se retrouvent des plus classiques aux plus modernes. Des musiques tribales aux polyphonies contemporaines en passant par le baroque, le romantisme, le modernisme stravinskien, l’atonalité schoenbergienne, les répétitifs américains, le post-modernisme, tous les styles s’y côtoient dans un foisonnement d’une diversité et d’une richesse inouïe. Même récemment, alors que le thème du téléfilm, plutôt léger, ne méritait pas une telle musique, mon oreille s’est subitement dressée à l’écoute d’harmonies dignes d’un Schoenberg ou d’un Berg. Cela avait de quoi surprendre vu le contexte, mais prouvait, par ailleurs, que via l’image, certains compositeurs osaient soumettre à notre système auditif des harmonies « difficiles » sans pour autant nous faire fuir. L’image était devenue en l’occurrence un support de pédagogie musicale. Bel exemple de complémentarité !

    Je persiste à penser que les Williams, Morricone, Delerue, Carion, Rota, Hermann, Schiffrin, Jarre, Shorre, Knieper, Horner – et la liste pourrait s’allonger – sont les grands continuateurs de la grande tradition compositionnelle n’hésitant pas à mélanger tous les genres dans des œuvres au syncrétisme, parfois proche du sublime, comme Armand Amar, réussissant à marier style oriental et style occidental, dans le film « Indigènes ».

    http://www.youtube.com/watch?v=hkOvzoVfxRY

    Pour en revenir à George Delerue, je vous invite à écouter son Concerto de l’Adieu écrit pour le film Diên Biên Phu de Schoenderffer :

    http://www.youtube.com/watch?v=Vu46hLLqFyI

    Ou bien encore celle du Mépris de Godard, devenue aujourd’hui emblématique du cinéma français.

    http://www.youtube.com/watch?v=PqXh_QhypX4

    1. dans votre liste de compositeurs de musiques de films, je rajoute quincy jones , dave grusin, françois de Roubaix et jeff Beal…..je vous renvoie à mon blog pour quelques considérations amoureuses sur mes 2 favoris : Morricone et Bernard Herrmann ou sur quincy Jones.
      Et voici une très belle idée : une musique méconnue mais sublime de Herrmann sur un western avec Kirk Douglas.

      Et évidemment Prokofiev auquel john Williams doit énormément…

      bonne journée ! !

    2. Merci
      des fois les intellectuels m’énervent,pardonnez moi svp..
      Mais cette musique des 3 extrais que j’ai copié collé,surtout les Chevaliers Teutoniques et cette musique en noir et blanc,c’est dingue.
      merci et excuser mes réponses à coté de la plaque parfois.

    3. pour MANGACHARLUS
      merci pour les lèvres rouge
      Votre interprétation sanguinaire est chouette comme la musique.
      merci

      PS chapeau pour le pseudo..

    4. Puisqu’on parle compositeurs de musiques de film, citons Miklos Rozsa et sa musique pour le Providence d’Alain Resnais (là aussi son meilleur film en ce qui me concerne).

  4. Paul, « Les Deux anglaises et le continent « est précisément mon film favori de Truffaut. Je ne me lasse pas de le revoir. Tout comme un autre film, pas de Truffaut celui-là mais de Stanley Kubrick, qui offre à mes yeux la même émotion, la même plongée intime, passionnelle, dans sa description des fracas humains : Barry Lyndon.

  5. Personnellement qui suis de l’age de Paul Jorion, et alors qu’étudiant j’allais assidument dans les cinémas d’art et d’éssai du quartier latin, au « Champo » et d’autres comme « La pagode; je n’ai vraiment commencer à apprécier Truffaut qu’avec « Le dernier Métro » et peut étre un peu avant  » La nuit américaine »..
    Rétrospectivement je crois avoir buté sur le double de Truffaut à l’écran qu’était J.P.Léaud et son jeu d’acteur qui me semblait désincarné, didactique, à l’écran. Je dois avouer étre passé à coté de la nouvelle vague, sauf le film de Godart dont le titre m’échappe avec A.Karina et « Bébel » et un peu plus tard le cinéma de Rohmer.
    J’ai du à l’époque rester « décalé » par rapport à la nouvelle vague, tant j’étais pétri par Bergmann, O;Welles et toute l’esthétique du noir et blanc qui commença avec K.Dreyer.
    C’est donc le cinéma de Truffaut sans J.P.Léaud que je préfere, y compris « La siréne du Missisipi » que bien des cinéphiles trouvent mineur. Mais parler de Truffaut , comme Paul, est un plaisir délicieux. .

  6. Merci Paul,
    Merci de sortir parfois de cette ambiance morose due à l’économie.
    Merci aussi de présenter ce film que je ne connaissais pas.
    Qu’est ce qui fait la réussite ou le bide d’une œuvre?
    Personne ne le sait au départ et encore moins son initiateur.
    En chanson, c’est la même chose.
    Le temps de création n’y fait rien à l’affaire.
    Comme vous écrivez vous devez connaitre ce stress au lancement d’un bouquin.
    « Je me voyais déjà » chantait Charles Aznavour….

  7. Sans doute trop tard pour avoir une chance d’être lu: tout passe trop vite sur ce blog, comme dans la vie. Paul Jorion nous livre une nouvelle fois une bouffée d’air bienvenue. Pas assez cinéphile mais suffisamment pour savourer (comment y résister) le cinéma de Truffaut, je ne saurais pourtant dire lequel de ses films je préfère. Le souvenir que j’ai de « Les Deux Anglaises.. » me fait penser spontanément (j’entends les hurlements des Truffautphiles) à Rohmer (que j’adore). Mais si je dis Truffaut, je l’associe immédiatement à son double Léaud. Aux 400 coups bien sûr, qu’il a révêlé. Formidable Léaud, redécouvert voici peu dans mon petit cinéma de « province » qui peut s’enorgueillir d’accueillir chaque automne ses « Rencontres des cinémas d’Europe ». Parmi les invités cette année, Bernadette Lafont. Ce qui m’a valu de découvrir -mieux vaut tard…- ce chef-d’oeuvre absolu, éternel et désenchanté de Jean Eustache, La Maman et la Putain. Ici -je prends le risque d’énerver les non-Léaudphiles)- la deuxième rencontre entre Alexandre et Veronika (Françoise Lebrun, bouleversante et trop méconnue):
    http://www.youtube.com/watch?v=zgLaaPmuJAI
    Truffaut, c’est aussi irrésistiblement pour moi Jules et Jim. Je suis gré à Paul Jorion de m’apprendre (ou réapprendre) que la trame de Les Deux Anglaises… est aussi un roman d’Henri-Pierre Roché.A sa lecture, Truffaut s’était juré, s’il faisait un jour du cinéma, de porter Jules et Jim à l’écran. Lors de sa sortie, il était précédé d’un court-métrage signé… Jean-Claude Roché. Le fils (tardif) d’Henri-Pierre, encouragé par Truffaut, signait l’un des premiers documentaires naturalistes, « Vies d’insectes ». Il avait aiguisé sa passion au contact d’un presque voisin, Jean Rostand. Ce pied à l’étrier lui permit d’acquérir le (lourd) matériel nécessaire à ce qui allait le faire connaître dans le monde entier, en tout cas dans le petit cercle des ornithologues: l’enregistrement des chants d’oiseaux (sous le label Sitelle notamment). Ses disques (puis cassettes et CD) ont longtemps fait figure de référence. Revenu à la photo en amateur éclairé, il vit toujours, en Ardèche.
    Jules et Jim, c’est l’histoire de Henri-Pierre Roché (Jim) et Franz Hessel (Jules), amoureux de la même femme, Helen Gründ. Dans la « vraie vie », Franz a épousé Helen. De cette union naquit Stéphane Hessel. Voilà donc le raccourci (tordu) que j’ai trouvé pour nous ramener à l’actualité, celle aussi de ce blog. « Indignez vous! » nous clame, à 93 ans, Stéphane Hessel dans son petit livre déjà vendu à plus de 500000 exemplaires. Un appel partagé, me semble-t-il, par les participants à ce blog…
    J’allais oublier… Merci aussi à Paul Jorion pour le lien avec Prokofiev-Einsentein: il faudrait un seul nom, tant ces deux génies sont indissociables. Que la chape de plomb soviétique a quand même permis d’exprimer.

  8. Je me souviens de discussions enflammées dans l’émission « Le masque et la plume » où le regretté Jean-Louis Bory, disparu cinq ans avant François Truffaut, lui demandait quel adjectif appliquer au cinéphile inconditionnel : « truffaudesque, ou truffaldien ? ».

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