LA GUERRE DES MONNAIES, PRELUDE AU PROTECTIONNISME GENERALISE, par Charles Sannat

Billet invité.

Reprenons, la crise financière de 2008 a amené les états à coordonner leurs efforts autour de plans de relance volontaristes et à travers des organes de décision comme le G8 ou le G20. Cette belle coopération internationale a pris fin en 2010. L’unanimité a fait place au retour progressif des intérêts nationaux. Face aux déficits budgétaires et à l’augmentation faramineuse des dettes souveraines les Etats cherchent des solutions sous la pression des marchés, des agences de notation mais également sous la pression des flux d’investissement de plus en plus importants et rapides.

Désormais à chaque Etat son objectif. La Chine doit maintenir sa capacité exportatrice qui représente la majorité de son PIB, le marché intérieur chinois n’étant pas encore en mesure de prendre le relais. Les Etats-Unis souhaitent faire baisser le dollar de façon significative afin de doper leurs exportations et obtenir ainsi un surcroît de croissance indispensable pour relancer leur économie affaiblie. Les pays émergents font face à la hausse de leur devise en raison de la baisse du dollar et d’investissements occidentaux massifs. Il s’agit de centaines de milliards de dollars chaque année que les investisseurs préfèrent parier sur les émergents au potentiel de croissance dynamique plutôt que sur leurs vieilles économies nationales à la croissance au mieux poussive. Quant à la zone euro elle subit de plein fouet son incapacité à définir une politique monétaire forte et indépendante, en dehors du sacro-saint objectif unique de « stabilité des prix » dont le Président de la BCE a rappelé encore ce week-end l’importance à ses yeux.

L’euro a été conçu comme une monnaie d’échange au sein de la zone euro et non comme une arme économique pouvant être utilisée à l’égard des autres zones monétaires. Bref force est de constater que, depuis quelques mois, de nombreux pays sont rentrés de plein pied dans ce qui est qualifié de « guerre des monnaies ». Du Brésil qui vote une taxe de 6% sur les achats d’obligations par des étrangers, à l’Inde qui interdit à un non-ressortissant de détenir des actions, ou encore le Vietnam qui impose une durée minimale d’un an à tout investisseur étranger, sans oublier la Chine qui empêche l’appréciation de sa monnaie le yuan. Bien sûr il y a les Etats-Unis qui impriment autant de dollars que nécessaire pour faire baisser le cours de leur monnaie, puis les Suisses qui rachètent du dollar et de l’euro pour faire à leur tour baisser, puis, puis…

En réalité tous les pays partagent un même objectif, améliorer leur compétitivité en faisant baisser leur monnaie. Cela revient également à dire que tous les pays souhaitent voir leur monnaie baisser en même temps… ce qui est par définition contradictoire dans un système de change flottant « relatif ». Si tout baisse en même temps, tout reste équivalent… C’est donc un cycle majeur de baisse généralisée des monnaies par rapport aux actifs réels qui vient de s’engager. Cela signifie un risque accru d’augmentation de l’inflation dans les mois à venir via notamment les matières premières. Au-delà du retour de l’inflation, cette guerre des monnaies est un protectionnisme qui ne veut pas dire son nom. Pour mémoire le protectionnisme est un gros mot et un concept totalement interdit dans un monde régi par le dogme libre-échangiste. Or les actions entreprises par un nombre grandissant d’Etats et non des moindres sont de plus en plus anti-libérale et anti-libre échange. Ces actions préfigurent sans doute celles, inéluctables qui viendront ensuite essayer d’enrayer les dégâts occasionnés par les excès d’une mondialisation réalisée d’une façon trop rapide. Ces actions sont et seront porteuses de dangers économiques d’abord puis géopolitique à plus long terme si elles ne sont pas réalisées dans un cadre coordonné entre tous les grands pays.

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36 réflexions sur « LA GUERRE DES MONNAIES, PRELUDE AU PROTECTIONNISME GENERALISE, par Charles Sannat »

  1. Le protectionnisme, le « vrai », celui qui bloque les frontières, va apparaître plus rapidement qu’on le croit, libéralisme et « libre-échangisme » ou pas. Si c’est coordonné au niveau européen il n’y aura pas de remous autres qu’épidermiques de ceux qui ont intérêts à ce que la zone soit la plus ouverte du monde quand les EU et la chine ONT des politiques très claires de protectionnisme (voir OMC). Si ça ne l’est pas, certains états -dont la France- à la faveur des mouvements politiques de 2012 s’engageront résolument dans le processus car, au delà de la démagogie des partis, c’est la population qui l’exigera.
    Ca sera le retour de l’inflation..Et alors ? Quel meilleur moyen de diminuer sa dette ?

    1. J’ai du mal à voir le lien entre protectionnisme et inflation. Tant que l’endettement privé (des ménages et des entreprises) sera beaucoup trop élevé, je maintiens qu’il ne pourra pas y avoir d’inflation durable, mais qu’au contraire, les forces déflationnistes l’emporteront, avec ou sans protectionnisme.

    2. Tout de même Chris06, c’est évident : le prix de nombreux produits (chinois notamment) est ridiculement bas au regard de produits équivalents en France (s’ils existent), pour des raisons évidentes de coûts ; le protectionnisme aurait pour conséquence une inflation presque automatique et forte.

    3. @pascal b-eisenstein,

      si c’est évident, prière d’expliquer pourquoi les mesures protectionnistes mises en place, notamment aux Etats Unis au début des années 30 suite à la crise déflationiste qui y régnait, n’ont pas provoqué d’inflation.

      Je vous rappelle que l’augmentation des prix d’une partie des biens et services ne veut pas forcément dire inflation (cela dépend aussi des conséquences sur les autres biens et services), et que les importations de produits manufacturés en provenance des pays émergents représentent moins de 10% du pib de l’union européenne. S’il y a inflation sur ces 10% mais déflation sur les 90% restant, ca fait pas de l’inflation.

  2. Merci pour votre article. Pensez-vous donc que l’on s’achemine vers un protectionnisme à l’échelon européen? Th M

  3. « Cela signifie un risque accru d’augmentation de l’inflation dans les mois à venir via notamment les matières premières. Au-delà du retour de l’inflation, cette guerre des monnaies est un protectionnisme qui ne veut pas dire son nom »

    Donc le protectionnisme va entraîner une hausse des matières premières et toutes les conséquences que l’on connait ?

    1. pas seulement les matières premières sont stratégiques, car l’immobilier n’est plus une valeur (au delà de notre contré) ni les entreprises cotés (retour récession dixit ONU dernièrement).
      Les matières premières ont une réalité (et pour une fois les financiers en ont besoins) qui est d’être moins disponible (les politiques ayant laissé l’agriculture mondial on ne peux pas avoir 3 très bonne récolte consécutive en Russie les paysans ont laissé1/3 de leurs sols pour le printemps, n’ayant pas de quoi d’argent pour tout semer mais il y aura moins de rendement), le tout c’est de faire que la production ne profite pas trop de la hausse et les consommateurs un maximum, histoire de retrouvé 15% de bénéfice sur l’ensemble des placements, ce qui est impossible économiquement.
      Le protectionnisme sauve les meubles pour rembourser les dettes national , il n’est pas idiot de protéger un peu un grille pain qui finance des retraites, des écoles, du social de l’environnemental et des hôpitaux vis-à-vis d’un grille pain qui maintient la misère, car sinon c’est toujours le grille pain qui maintient la misère qui gagne et on a de moins en moins la capacité à financer nos écoles, etc… d’où un besoin d’endettement.
      Le problème c’est souvent les utopies le libre échangisme est basé sur la concurrence de même produit, or notre grille pain n’est pas tout à fait le même en France ou en Chine, car il ne finance pas la même chose (écoles etc… et maintien de la misère des plus faibles), mais on a fait croire que c’était le même produit, par conséquent l’aboutissement du libre échangisme (sans recours à l’endettement, cela a été la parade des 30 dernières années) c’est l’homogénisation du niveau de vie mondial par le bas, on maintient la misère unilatéralement.
      Le problème ce n’est pas le protectionnisme (sauf vis-à-vis de pays ayant les mêmes ambitions que nous pour la santé l’éducation etc…) c’est qu’il arrive en pleine crise et que la finance veut maintenir grâce aux matières premières ces rendements virtuels.

  4. Une excellente réflexion sur la guerre des devises.

    http://www.zerohedge.com/

    by Husk-Erzulie
    on Wed, 01/12/2011 – 14:32
    #870870

    China may believe that the fed, well aware of a coming tectonic economic event, is going to try and be the last man standing. If Bernanke can hold on until the Euro crumbles then all of the hot, frightened money will run to the dollar strengthening the hand of the US and allowing it to dictate the terms of the Euro zone ‘recovery’. By propping up the PIIGs, the Chinese may believe they can force Ben to stumble first- interest rates run away and the US begins defaults before Europe does. If the Fed goes first then China may conceivably be in a position to influence European states away from the Fed preferred end game which would be extending the NATO alliance into a central bank based ‘global’ currency and military union, a defacto new superpower. It’s a high speed game of chicken right now, China can’t stave off their own problems forever either, they, like Ben, just want to be the last man standing. Even if blooded and bruised. Propping up the Euro is the pre endgame gambit they have now clearly chosen. Are they correct? How desperate? Fallbacks? The outcome? Who can say..

  5. Le protectionnisme n’est pas en soi détestable. On doit pouvoir négocier une réduction du commerce international qui n’est pas un bienfait en soi.

    Ce qui est regrettable c’est la pensée unique qui interdit de mettre le sujet sur la table et de décider en commun cette évolution.

    L’OMC est une bonne idée, mais son nom est trompeur : loin d’organiser le commerce mondial, elle demande la suppression de tous les outils qui permettrait une telle organisation( droits de douane, quotas, normes sanitaires et autre) pour confier « l’organisation » des échanges internationaux au seul marché.

  6. Au lendemain de la seconde guerre mondiale le protectionnisme fut honni parce qu’on a eu la volonté idéologique et surtout les moyens économiques et énergétiques de réaliser la mondialisation des échanges, des personnes et des capitaux. Le but était rien de moins que de booster les échanges afin de créer assez de croissance et d’interdépendance entre les peuples que pour reléguer la guerre aux oubliettes. Il fallait « définitivement » éradiquer le manque et la convoitise, ce qui fut réalisé avec « succès » mais au détriment des conditions futures d’abondance et de partage. Et nous y sommes, la mondialisation qui s’est construite sur le transport à bas coût et sur l’exploitation tout azimut voit ses conditions d’existence se dérober et cette tendance va d’ailleurs s’accélérer voire au pire précipiter. Donc après 60 ans de mondialisation nous sommes déjà en train de basculer dans la démondialisation. Et si une certaine démondialisation est inéluctable et souhaitable il faut encore se battre pour une certaine mondialisation, une mondialisation qui empêchera aux barbares qui sommeillent en nous de se réveiller, une mondialisation qui nous protègera des Ages Sombres (lisez féodalisme).

    1. Cela fait bien longtemps que le qualificatif d’Âges sombres est tombé dans les oubliettes de l’historiographie médiévale. Vous devez confondre avec « médiéval total war » , « world of warcraft » et autres niaiseries barbaro-fantastico-médiévalisantes.

    1. « et le protectionnisme généralisé prélude au…. nationalisme ! »

      Déjà ça sentait bon l’anathème, mais je lis votre article et je trouve mieux:

      « Le pire dans tout cela, c’est que nous savons très bien, tous, où cela conduit, comme il en a toujours été : le nationalisme d’abord, la guerre ensuite… »

      Pour penser efficace, pensons léger et ne nous encombrons pas des détails: le libre échangisme ou la guerre, c’est votre théorie?

    2. @ Guillaume

      Ce n’est pas exactement ce que j’essaie de montrer dans mon article : en réalité, je ne pense pas que le libre-échange conduise forcément à la guerre. Encore qu’en Irak ou en Afghanistan, je ne sais s’il faut parler de guerre ou d’invasion coloniale, mais ce n’est pas la question ici.

      Ce que j’essaie de montrer dans l’article, c’est que face au retournement du capitalisme (c’est à dire l’émergence d’autres grandes puissances devenant économiquement plus fortes que les « anciennes »), les « anciennes » puissances préfèreront à tout prix protéger leurs intérêts propres que d’accepter de ne plus faire partie des « grands ». Et si cela doit passer par le protectionnisme (qui fausse justement le libre-échange), tant pis. Même si ce protectionnisme entraîne des tensions, et doit (dans le pire des cas) aboutir à la guerre, je suis persuadé qu’ils préfèreront cette option à la logique du marché qui s’est retourné en leur défaveur.

      C’est comme le système des « fusions-acquisitions » : quand une nouvelle entreprise arrive sur le marché et fait des prix plus attractifs, et menace de casser les bénéfices des entreprises en place, les gros tentent d’acheter les petits pour garder la main (et on retrouve l’Irak et l’Afghanistan avec leurs ressources). et s’ils n’y arrivent pas, ils doivent entrer « en guerre économique » (s’aligner sur les prix, innover, se délocaliser…ou faire adopter des lois protectionnistes ! )

      en définitive, le capitalisme entretient une sorte de justice qui fait que le libre-échange conduit à la montée en puissance d’une économie au détriment d’une autre qui meurt ou qui résiste (par des mesures protectionnistes et un régime étatique fort, comme le nationalisme pour justifier le protectionnisme), jusqu’à ce qu’il soit à son tour menacé par d’autres plus forts (que vaut la France comparée au Brésil ou à la Chine ?). Nous avons aujourd’hui le choix d’accepter les règles du jeu (et de risquer de nous faire manger), ou celui de résister (construire une Europe unie mais pas surpuissante, faire du protectionnisme ou établir un régime fort capable de contraindre à des « sacrifices » sociaux).

      Ou alors de faire cesser ce jeu des vases communicants, et établir un autre système, plus juste et plus honnête, c’est à dire soit en changeant les règles du jeu (http://lavoiedespeuples.unblog.fr/), soit le jeu lui-même (http://calebirri.unblog.fr/2010/03/18/et-si-la-gratuite-cetait-possible/)

  7. Demain on rase gratis ou les lendemains qui chantent.

    Comme prévu, le monde ne va pas s’unifier.
    Il n’y aura pas de mondialisation heureuse et paisible d’une part parce que les intérêts des pays et des groupes qui les commandent sont en concurrence et d’autre part parce qu’une « mondialisation réussie » suppose la fin des conflits et plus particulièrement des conflits d’intérêts.
    Parler des « excés de la mondialisation » revient à parler des « excès » des capitalistes et des financiers.
    La mondialisation, qui suppose la spécialisation de pays ou de contrées entières dans la production économique et la consommation qui devrait en découler, est un leurre gigantesque présenté aux peuples de la Terre afin d’augmenter la profitabilité des possédants.

  8. Le protectionnisme pratiqué par un Etat n’est que la réaction épidermique des Gouvernants de cet Etat pour satisfaire, au nom du populisme, les intérêts de quelques privilègiés au détriment de la plus grande partie des autres acteurs économiques. Dans ce cas la réciprocité de cet acte sera le revers de la médaille. Les matières premières dont la France n’en possède aucune vont être l’objet des spéculations, ce qui entrainera automatiquement l’inflation. Le « libre-échange » est peut le pire des systèmes mais c’est comme la « Démocratie » il n’y a encore pas de meilleur.

    1. « C’est comme « la » démocratie, il n’y en a pas de meilleur ».
      Laquelle? Il en existe une demi douzaine de formes différentes, mutuellement incompatibles…, en fonction de la manière dont on interprête le sens de « l’égalité » démocratique. Du reste, beaucoup vous diront qu’il en existe de meilleures (de Al Farabi à… Nozick), ceci soit dit en passant…

      La France ne possède pas de matières premières?
      Certes, certes… il y a quand même de l’eau douce en abondance, ainsi que des terres fertiles (ce n’est certes pas l’Ukraine, mais c’est plutôt pas mal…). Nous disposons aussi de la « maîtrise » d’une certaine forme d’énergie… Et il y a tout ce que nous avons de façon plus ou moins directe…
      De toute façon les secteurs stratégiques que vous désignez ne sont pas soumis au jeu du libéralisme économique dans les faits, dès que les enjeux à court terme sont trop importants.
      Les chinois et les russes fonctionnent selon une logique d’accords économiques bilatéraux. On ne vous laissera tout simplement pas le choix des armes (libéralisme/protectionnisme).

    2. Le « libre-échange » est peut le pire des systèmes mais c’est comme la « Démocratie » il n’y a encore pas de meilleur.

      TINA

    3. Même question que plus haut, quel est le rapport entre protectionnisme et inflation? Quand à la spéculation sur les matières premières, j’ai bien l’impression qu’elle a lieu depuis pas mal d’années (cf la flambée du cours du pétrole à 147$/bl en 2008) sans que le libre échangisme ait été remis en question.

      J’aurais plutôt tendance à croire que c’est le libre échangisme et son corollaire, la liberté de mouvement des capitaux, qui facilitent la spéculation sur les matières premières.

  9. Rich Raise Consumer Spending With Little Help From Middle Class

    By Shobhana Chandra and Anthony Feld

    Jan. 18 (Bloomberg) — Rich shoppers are driving an increase in consumer spending, bolstering a recovery that masks reluctance among less affluent Americans to join in.

    Sales are up at Tiffany & Co. and Coach Inc., buoyed by demand for $6,000 diamond pendants and $1,200 leather handbags as a stock-market surge pads the wallets of the wealthy. At the other end of the economic spectrum, Wal-Mart Stores Inc., the world’s largest discount retailer, reports “everyday Americans” are living paycheck to paycheck as they await an improvement in job prospects.

    “The heavy lifting is being done by the upper-income households,” said Michael Feroli, a former Federal Reserve economist who is now chief U.S. economist at JPMorgan Chase & Co. in New York. “They’re the ones benefiting the most from the stock market rally, and they’re spending.”

    […]

    Rising foreclosures and declining real-estate values indicate middle- and lower-income households will remain cash- strapped. The asset value of property held by Americans fell by $649 billion in the third quarter to $16.6 trillion, the Fed said Dec. 9. Home prices may drop as much as 11 percent through the first quarter of 2012, which would be 36 percent below their 2006 peak, according to a Dec. 8 Morgan Stanley report.

    […]

    To contact the reporters on this story: Shobhana Chandra in Washington at schandra1@bloomberg.netAnthony Feld in New York at afeld2@bloomberg.net

    To contact the editor responsible for this story: Christopher Wellisz at cwellisz@bloomberg.net

    Last Updated: January 18, 2011 00:01 EST

  10. http://www.protectionnisme.eu/Conseil-scientifique_r4.html
    Le site de réflexion sur les politiques protectionnistes.

    Je m’étonne qu’on relaie ici, à mots couverts une vieille lune du type « le protectionnisme mène à la guerre », image en creux de cette autre vieille lune « le commerce adoucit les mœurs » (c’est bien plutôt l’inverse: ce sont des mœurs adoucies qui rendent possible le commerce).

    De mon point de vue, l’économie se tient entre la gestion (qui porte sur les questions concrètes d’organisation des « ressources » dont on dispose, aux niveaux infra-organisationnels/ inter-organisationnels… conformément à la poursuite de « fins »/ »valeurs » politiquement déterminées) et la stratégie (parce que les ressources naturelles sont limitées et inégalement réparties, parce-que certaines communautés ont le support foncier nécessaire à une économie de subsistance et d’autres non…).
    Autrement dit, elle se situe à des années-lumières des grands modèles économétriques abstraits qu’on fait tourner en « sciences économiques », qu’on soit monétariste, keynésien, ou autre…, et elle s’enracine dans des réalités concrêtes, épaisses, historiquement et géographiquement situées.

    Ce qui a une implication immédiate: libéralisation des échanges comme protectionnisme ne sont que des moyens en vue de cette guerre éternelle que se livrent – malheureusement- les peuples, dont le « bon usage » dépend de la configuration « stratégique » du moment. Le protectionnisme n’est pas plus une menace pour la paix que ne l’est le libéralisme économique. Et en réalité la paix (ou plutôt des séries de concessions mutuelles négociées et de modus vivendi) n’est poursuivie que quand le coût généré par une victoire militaire éventuelle est trop important.

    De deux choses l’une:
    Ou bien les ressources mondiales sont mises en commun (ce qui pose de nouvelles difficultés quant à la distribution des droits de propriété sur leur usage… retour au point de départ, d’une certaine manière…), ou bien, et c’est le plus vraisemblable, il est inutile d’espérer de la Russie par exemple qu’elle mette gracieusement à disposition ses stocks de gaz naturels.
    Si cette dernière prémisse est la plus plausible, alors à moins de disposer immédiatement d’un modèle alternatif (de financement de l’économie/d’allocation du capital/ de satisfaction des besoins des membres de la communauté), il faut acheter le temps nécessaire à sa découverte/mise en place si jamais la chose est possible (il y a des limites toutefois: par exemple si votre voisin est trop avide ou simplement déraisonnable, ou s’il n’existe tout simplement pas de modèle alternatif qui puisse « faire le job »).
    Acheter ce temps pour ne pas avoir à sombrer dans la « guerre », et pour pouvoir espérer disposer à terme d’une nouvelle forme de coopération sociale qui serait à la fois stable tout en restant efficiente, c’est là le rôle, peut-être, de la recherche de ces nouvelles formes de « protectionnisme ».

    1. @ AntoineY
      Je réponds à votre argument concernant les matières premières de la France où vous nous dites que l’eau douce y est en abondance. Vous avez raison, le proverbe disant qu’on peut vivre « d’Amour » et « d’eau fraiche » est peut-être selon vous la véritable solution au manque de matières premières en France!!!. Et c’est aussi la solution au problème de l’obésité. Rien que du bonheur, ce manque de matières premières. C’est un peu le remplacement du PIB par le « Bonheur de vivre ».

  11. Le « tectonic economic event » est assez inquiétant, et le jeu supposé de la Chine bien pire dans le pessimisme qu’il suppose dans l’appréciation de la situation.

    Le protecionnisme, si on ôte le « isme » toujours suspect, revient à poser la question : que devrait-on protéger contre la mondialisation ? Et évidemment il y a quelque chose – je pense à l’auto-suffisance alimentaire de tous les pays, par exemple. Donc non, pas un gros mot.

    Restant convaincu d’une ré-organisation à partir d’une maille régionale (je veux parle de territoire, pas du découpage régional administratif) lorsqu’il s’agira de gérer la rareté (énergie, peut-être nourriture et soins ?), il me semble qu’un protectionnisme non financier pourrait se mettre en place au niveau local.

    Après les voraces, les coriaces ?

  12. « Mal nommer les choses….etc… »

    Comme le souligne Mr (ou Mme?) Les Pieds dans le plat (billet n°13), on désigne toujours par « protectionnisme » la mise en place de protections économiques. Ainsi, il n’y aurait de choix qu’entre2 modalités : le « libre échange » (qu’on ne désigne curieusement pas par « libre échangisme », sans doute pour éviter de regrettables confusions), et le « protectionnisme ». Le suffixe désignant implicitement une intention extrême, systématique. Dès lors, les jeux sont faits : tant qu’à choisir, évitons l’autarcie protectionniste de la Corée du Nord, optons pour le système un peu injuste du libre échange, tout de même plus supportable.

    Il me semble s’agir là d’une défaite sémantique, du même ordre que l’expression « Etat-Providence » qui désigne de façon indirecte la mise en place de protections sociales.

    Si un jour, l’esprit public arrive à penser en termes de protections économiques et sociales, et non plus de protectionnisme et d’Etat-Providence, alors ce sera le signe que les changements sont proches…

  13. Les capitalistes n’ont qu’un seul objectif: accumuler des profits.
    En fonction des territoires et des contextes historiques, ils prônent libéralisme ou protectionnisme
    Sous la dictature d’un capitalisme agonisant, l’alternative est fausse.
    Le camp du travail n’a pas à choisir entre la peste et le choléra.
    Le bon sens, c’est de mettre un terme à cette dictature
    et de fonder les relations économiques entre nations sur la base d’accords de coopération.

    A lire sur le protectionnisme:
    http://hussonet.free.fr/2sapir93.pdf
    http://orta.dynalias.org/inprecor/~1cb01b8a4fa73637d0d67837~/article-inprecor?id=629

    1. Excuse moi, mais en lisant ta première ligne je remplace les capitaliste par une part de l’humanité, mais je devrais laisser droit d’avoir cet espoir qu’il ne soit question que de capital.

    2. Les capitalistes n’ont qu’un seul objectif: accumuler des profits.

      Le développement de l’humanité c’est produit par des gens avides, paresseux et anxieux qui recherchent leur équilibre personnel entre vivre confortablement, travailler le moins possible et être en sécurité.

    3. En ce qui concerne les « accords de coopération entre nations », c’est effectivement le bon sens. Mais il faudrait expliquer comment ils peuvent être mis en place dans un monde où les ressources essentielles sont de plus en plus limitées et où il y a de tels écarts entre nations riches, qui ne veulent pas devenir moins riches, et nations pauvres, qui veulent devenir plus riches.

      Il n’y a qu’à voir le résultat de Copenhague pour comprendre que pour qu’il y ait « accord de coopération entre nations » encore faut il que les nations veulent bien coopérer. J’ai plutôt tendance à croire que les décénies à venir vont être marquées, malheureusement, par le contraire de la coopération.

    4. @chris06

      Le développement de l’humanité c’est produit par des gens avides, paresseux et anxieux qui recherchent leur équilibre personnel entre vivre confortablement, travailler le moins possible et être en sécurité.

      « C’est ben vrai mon gars« , mais juste en enlevant au préalable tous les grands ou petits penseurs – philosophes, prophètes, poètes, mystiques, scientifiques, inventeurs – de l’histoire de l’humanité, ses grands et petits chefs politiques, ses grands et petits artistes, ses grands et petits entrepreneurs, ses grands et petits militaires, ses grands et petits révolutionnaires ou réformateurs, ses grandes et petites gens de bonne volonté,… etc.
      Plus tous ceux qui les ont pris ou les prennent encore, plus ou moins maladroitement, comme modèles ou références.
      Trois fois rien, effectivement, vous avez raison. « Avidité, paresse et anxiété » mènent ce monde vers un équilibre harmonieux entre confort, oisiveté et sécurité.
      Désolé, mais votre ironie étant si bien dissimulée, je me sens contraint d’en remettre une couche.

    5. @ chris06 ça me fait penser à ce film (j’ai oublié le titre, une ville d’Afrique je crois) ou des citoyens portent plainte contre le fmi et ou il est dit l’Afrique est victime de ces richesses…. du même acabit que cette phrase (peut-être pas la citation parfaite):, si tu as un puit de pétrole au fond de ton jardin ne le dis à personne.

    6. @vigneron,

      « Avidité, paresse et anxiété » mènent ce monde vers un équilibre harmonieux entre confort, oisiveté et sécurité.

      un équilibre harmonieux? Je dirai plutôt un déséquilibre des plus chaotique…

    7. @chris06
      Chris06 sur blog Jorion ou Morris / Wolf / Berton sur FT / Le Monde ?
      Serendipité ou simple oubli de guillemets ?
      Martin Wolf :

      Selon le professeur Morris, le développement social est produit par « des gens avides, paresseux et anxieux » qui, « chacun, cherchent leur équilibre personnel entre vivre confortablement, travailler le moins possible et être en sécurité ».
      Le monde – « Financial Times » – Traduit de l’anglais par Gilles Berton

  14. Nos dirigeants nous endettent et gaspillent comme des malades, ensuite nous taxent plus pour payer leurs gâchis et les subventions aux jambons, au nom du « travail national ». Et lorsque ça chie, ils mettent la faute sur la mondialisation (qui a toujours existée) et les voisins. Pour remettre artificiellement l’économie sur les rails, ils dépensent plus et adoptent des mesures protectionnistes.

    Tant mieux si le Yuan est faible, comme ça on a plus de produits, je ne vois pas de problèmes; et lorsque la Chine monte son taux d’intérêt, qui augmente la valeur du Yuan, là la Bourse chez nous baisse! À cause d’une minorité de braillards qui ont à peine fini leur secondaire et voudraient être payé 30$/heure à vie, il faudrait moins acheter à leurs concurrents; et demandent aux gouvernements d’intervenir. Curieusement, ils sont syndiqués et ont souvent besoin de subventions. Tant qu’à moi, ils peuvent allez se faire cuire un oeuf.

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