« L’arbre, le maire et la médiathèque », d’Éric Rohmer

Ce n’est pas un film récent : il date de 1993. Et pourtant, il évoque toutes les questions dont nous débattons ici, et en particulier à propos de Fukushima.

J’ai vu ce film à sa sortie et, honnêtement, il ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable : je me souvenais surtout d’Arielle Dombasle en citadine béate, disant à propos des herbes folles ou des vaches : « Oh ! elles sont extraordinaires ! » Mais si vous avez l’occasion de revoir ça, n’hésitez pas une seconde : c’est de tout cela très précisément que nous parlons. Du monde où nous préférerions vivre.

Les deux extraits qui suivent n’abordent pas tous les aspects du problème que le film couvre lui de manière beaucoup plus complète, mais c’est déjà pas mal, vous allez voir (et merci à Fabrice Luchini, qui y croit, ou qui, en tout cas, nous aide à y croire !).

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57 réflexions sur « « L’arbre, le maire et la médiathèque », d’Éric Rohmer »

  1. On y voit quelqu’un qui pense bien mais qui ne passe pas à l’action, toute action lui semblant impossible.
    C’est le parallèle premier que je vois avec ce blog.

      1. La révolution, Dussardier.
        Seule échappatoire en l’état actuel des choses.

        C’est ça ou les milices personnelles armées pour l’autodéfense.
        L’autre possibilité est la guerre organisée par les banques, bien sûr.

    1. Surtout que manifester et bloguer ne sont pas incompatibles. C´est même plutôt conseillé de réfléchir à ce pourquoi on manifeste.

    2. Un blog nous permet d’apprendre, de comprendre, de réfléchir avant d’agir, d’argumenter, de diffuser et ensuite de passer à une action, la manifestation n’étant qu’une forme d’action possible.
      L’un n’empêche pas l’autre, bien au contraire.
      Pour qu’une action soit efficace il faut que sa finalité soit partagée par le plus grand nombre et là c’est une autre paire de manches.
      L’autre doit être dans la plupart des cas personnellement concerné pour qu’il commence à s’intéresser à une cause juste

      1. Ce blog permet de frotter ses idées à celles des autres, même si les résultats sont parfois décevants.

        Prolétaires, encore un effort !

  2. On apprend très soigneusement à compter, et plus soigneusement encore (et dans un sens général) à calculer. Mais personne n’apprend à voir (ou à entendre). Si quelqu’un ne sait pas compter juste, on lui prédit mille morts (qui ne tardent pas à l’accaparer). Mais s’il ne voit pas juste (ou n’entend pas juste) on ne lui prédit rien, alors que des malheurs bien plus grands sont immédiatement son lot. Et notamment l’ennui, et sûrement ce qu’on peut appeler de son vrai nom, et qui court les rues : l’imbécilité.
    L’imbécilité, nous dit Littré, est une faiblesse d’esprit et de corps, une incapacité. C’est bien ce que je veux dire. On peut compter, même calculer juste, et être un imbécile, si en même temps on ne sait voir et entendre juste; une âme incapable perd sa valeur; l’âme vaut ce que valent les sens qui l’organisent. On fait ces réflexions en parcourant la France en proie aux bâtisseurs modernes. Il n’y a plus une ville ni un village, ni un hameau d’intact; parfois même la pleine campagne…

    Jean Giono, Apprendre à voir in Les terrasses de l’île d’Elbe, Gallimard (1976)

    1. Très bien, mais … cela pose le problème de l’éducation et Freud disait je crois qu’il y a 3 métiers impossibles, psychanalyste, père, et l’autre je ne m’en souviens pas. Prêtre ? Bref, est-il possible d’apprendre à écouter, à sentir, à voir … ? Sachant que comme le dit St Ex, l’essentiel est invisible pour les yeux.

      D’autres disent qu’il y a certaines vérités qu’il vaut mieux ignorer (Poe, à propos du livre qui ne se laisse pas lire… début de l’homme des foules ? éventuellement) .

      In Vina Véritas, c’est par ces mots que se termine le livre sensé nous éclairer.

      Comprendre vraiment ce monde, peu de gens y parviennent. Qui vous a vraiment appris à voir et à regarder et à comprendre ? Eh bien moi, personne. Sauf Kierkegaard m’a fait comprendre.

      Il y a un temps pour tout, pour aimer, pour vivre, etc. mais actuellement tout ces temps se sont fusionnés en un seul temps de la société du progrès, de l’immanence et de la raison….

      Ce monde est une folie et toute la culture ne fait qu’organiser toujours, depuis toujours quelque chose pour voiler cette folie. Et cela relève du courage, et /ou de l’inconscience.

      1. Les trois « métiers » impossibles pour Freud ? il me semble qu’ils concernaient trois domaines plus précisément, et pas les moindres, ceux qui touchent au Pouvoir : Enseigner, Gouverner, Soigner…

  3. J’ai vu ce film a sa sortie, j’en ai gardé un bon souvenir de jeux d’acteurs, A. Dombasle m’avait parue succulente dans un jeu de cruche des villes a la campagne, Lucchini preésageait l’acteur qu’il est devenu…………….un sacré cabaud !

    Ce n’est peut étre pas le meilleur Rohmer.

  4. Un sacré cabot (Lucchini).
    Le générique parle d’un certain Francois Marie Banier !

    Je ne vois pas grand chose d’intrinsèque à la nature ou à un bien supérieur dans un paysage de campagne ou de village.
    Ce qui est clair est que les générations d’agriculteurs et villageois qui ont contribué à ce résultat exercaient une forme de soin de leur environnement, lié à leur savoir-faire.
    L’exercice de leur savoir-faire passait par des réalisations modestes, du fait de ressources en énergie limitées.
    On peut faire du soin tout en faisant de la mécanique et an ayant à disposition des quantité importantes d’énergie (renouvelable), mais le ça prend du temps (si on le dit de façon optimiste) ou ça suppose qu’on ne succombe pas d’abord à l’imbécillité dont parle Giono cité par Fujisan, ou à la bêtise systémique dont parle Stiegler, dont les formes les plus visibles sont en effet l’architecture et les contenus des médias.

    L’argument d’une architecture à plus faible coût mais moche, quand il fallait loger la résultante de l’exode rural (années 1900-1960) n’est pas si essentiel que ça.
    Même si c’est vrai que pour 20% de coût plus, on peut avoir un immeuble 50% plus chouette dehors et dedans, la question me semble être la relation de soin des habitants.
    C’est ce que Richard Sennett explique au sujet du quartier de Cabrini (j’allais écrire Cabiria, ah mes nuits) dans « Respect » : tant que l’on donna aux habitants une façon de se sentir responsable de leur ennvironnement, ces immeubles de « renouveau sociologique » des années 1940 à Chicago furent fréquentable par des couches diverses et permirent l’ascension sociale. C’est quand on passa à une prise en charge plus « passive » en stigmatisant les gens dans leur case de « difficulté sociale » que la situation se dégrada et que ce quartier devint quasi une référence pour les violences urbaines de gang à Chicago.

  5. Bonjour,

    Je suis un peu gêné par le tour que prend le débat… Je suis tout-à-fait d’accord pour discuter d’où nous souhaiterions vivre, cela semble extrêmement intéressant, et (j’ai bien peur aussi) passionnant.
    Ce qui me gêne: est-il honteux de préférer la ville…? (Ne riez pas, mais j’ai peur d’une certaine unanimité qui apparait de temps en temps, par ailleurs sans aucun doute l’un des plus intéressants qui soient)

    1. Ben non, c’est bien pour la planète (centralisation des besoins = économies d’échelles), et la beauté urbaine a tout raison de satisfaire un oeil éduqué.
      Quand ça grouille comme du compost, c’est là que la ville est au top.
      La campagne ne correspond à un bien que via l’exercice d’un savoir-faire, pour moi (peintre ou agriculteur, à votre guise)
      IL est évident que la division du travail requiert un maximum de savoir-faire urbain.

      Maintenant, quand je vois Sienne ou Gênes, ca n’est pas vraiment comme Lons-le-Saulnier ou Evry-plage. L’architecture ne reflète rien, à Evry, des savoir-faire des habitants ou des maçons. Un gros hic pour moi. Hic de façon de faire, mais rien à dire contre la ville, l’humaine.

      1. La campagne ne correspond à un bien que via l’exercice d’un savoir-faire, pour moi (peintre ou agriculteur, à votre guise)

        Pourquoi « peintre » ?
        C’est extrêmement rare qu’en milieu paysan, un enfant ait été éduqué à apprécier la peinture. Les musées et les galeries sont absents des patelins qui n’ont pas été dévoyés par un tourisme importé des grandes villes par des citadins, souvent propriétaires de résidences secondaires . Les peintres sont généralement des citadins installés pour un temps à la campagne .

        Comme savoir-faire campagnard, je dirais plutôt « agriculteur ou artisan, à votre guise ».
        L’artisanat traditionnel , la maçonnerie traditionnelle , restent le fleuron de nos campagnes et certains villages dits « classés » ont refusé les constructions de type citadin , construction que je nomme « industrielle », à base de parpaings de béton ou de briques industrielles.
        Les meubles faits sur mesure ,en bois véritablement massif, par le menuisier du village n’ont rien en commun avec les meubles sur mesure que l’on achète en ville à une chaîne de magasins de menuiserie industrielle, chaîne qui a l’audace d’étiqueter « bois massif », et c’est légal, de l’aggloméré recouvert d’un placage de plus de 3 millimètres d’épaisseur du bois en question.
        La formation des maçons et des menuisiers des villes ou des campagnes dépend donc de leurs maîtres d’apprentissage, à l’usine ou auprès d’un artisan, et n’est donc pas du tout la même.
        Comme vous je m’intéresse en ville d’abord aux humains , aux très anciens quartiers , aux vestiges archéologiques. La ville moderne artificielle m’indiffère ou me révulse car je ne trouve jamais beau aucun projet architectural fabriqué ni toutes ces boutiques redondantes pour créer de faux besoins .
        Par contre dans une campagne non défigurée par des citadins, tout m’intéresse et encore plus si elle n’est pas polluée par le tourisme. Des personnes qui vaquent à leurs occupations et qui discutent un moment avec vous, de beaux paysages , des habitations ancestrales qui reflètent uniquement la vie quotidienne des agriculteurs ou des artisans, sans parkings ni complexes hôteliers ni faux folklore fabriqué à l’intention des touristes .

    2. Etes vous bien certain qu’il existe encore des villes et des campagnes au sens d’il y a un siècle ?

      Moi, sauf à de très rares exceptions, je vois surtout une sorte de lèpre qui a envahi l’espace.

    3. Il n’est pas honteux de préférer la ville, bien sûr. Pour ma part, j’aime les deux, la ville et la campagne, complémentaires pour l’intérêt qu’on leur porte. Timiota a raison dans ce qu’il dit, mais il ne faut pas oublier que la ville est un ensemble fragile qui a rompu avec son autonomie de survie. Une rupture de l’approvisionnement, et c’est la catastrophe. Je pense aux tensions à venir sur le pétrole.
      Quand on compare la carte de France des densités de populations de 1936 et de 2000, on comprend que Jean Marc Jancovici peut dire : « Mettre les villes à la campagne, c’est fait. »
      Nouvelle tendance, dans le cadre des projets Agenda 21, on tente, en caricaturant un peu, de remettre la campagne dans la ville. Je suis moi-même surpris de découvrir le nombre d’idées originales et fort pertinentes.
      A propos de Luchini,
      Allez voir son spectacle au théâtre de l’Atelier (Paris)
      Pour alterner de très beaux textes de la langue française et un humour irrésistible, qu’il réserve à la scène, il n’y a que lui.

  6. A propos d’arbres…
    Avenue du Port (Bruxelles): les habitants ne se laissent pas abattre !
    Le 27 mars dernier, des habitants des quartiers proches de l’avenue du Port organisaient une action pour protester contre l’abattage prévu des 300 platanes qui bordent cette avenue. 200 personnes se sont symboliquement enchaînées aux arbres et 400 affichettes ornées de cœurs ou de slogans ont été accrochées aux troncs. Quelques jours plus tard, elles avaient toutes disparu. Selon le comité Marie-Christine / Reine / Stéphanie, la ministre Grouwels tente de museler la protestation croissante contre son projet de réaménagement de l’avenue du Port. Soutenez l’action du comité contre le projet de réaménagement en signant la pétition : http://9706.lapetition.be. Et ne manquez pas de participer à la mobilisation citoyenne prévue le dimanche 15 mai à 16 h, sur le parking de Tour & Taxis.i s
    L’article complet est ici

    1. Mélusine,

      Bonne chance pour votre combat. Ce qu’il manque aux gens pour s’intéresser à leur « propre » environnement c’est du temps (de cerveau disponible, non consacré au salariat, à l’échange monétisé déifié) : ici et , par exemple.

      Mais ça, on n’en parle pas ! La démocratie attendra, tant pis, chacun ayant appris à croire qu’il avait plus important et mieux à faire que de s’occuper de sa propre cosmogonie…

      Ne lâchez rien !

    2. La communauté bishnoï a connu de graves problèmes lorsque le monde extérieur a pu mettre à mal leurs principes.

      Elle garde ainsi en mémoire un évènement qui se déroula au XVIIIe siècle, en 1730, lorsque le mahârâja Ajit Singh de Jodhpur envoya des coupeurs de bois (des soldats) dans les villages aux alentours, pour couper les gros arbres, notamment les khejri, parmi les plus fameux arbres du désert : il avait besoin de bois pour alimenter ses fours à chaud dans le cadre d’un vaste chantier de rénovation de son palais.

      Ses hommes se rendirent sur les terres bishnoïes pour abattre des arbres : les Bishnoïs sortirent de leur village, et leur demandèrent de ne pas couper les arbres, expliquant que c’était contraire à leurs préceptes religieux1.

      Le maharadja confirma son ordre et les soldats se mirent à couper ; et une femme de la communauté, Amrita Dévi, ainsi que ses filles et d’autres femmes, s’interposèrent pour leur interdire cet abattage, entourant chacune un arbre de leurs bras1.

      Puis hommes, vieillards, jeunes suivirent l’exemple des femmes. Tous prirent un arbre à bras le corps ; et les soldats coupèrent, mutilèrent, sans distinction, les arbres et les Bishnoïs1.

      En tout, 363 personnes furent ainsi sacrifiées pour avoir tenté de protéger les arbres1.

      Il n’existe pas d’autre exemple dans l’histoire humaine, et dans le reste du monde, où des êtres humains offrirent leur vie pour sauver la vie d’arbres.

      1. Ils sont morts comme des arbres, pas comme des humains. Ils n’ont même pas lutté contre les soldats. Et de plus, les arbres ont été coupés, vu la faible résistance opposée aux soldats, aussi idiote qu’inutile.
        C’est triste, cette histoire.

      2. Tain ! Des histoires comme ça, des histoires vraies en plus, pas en bois, moi c’est pas compliqué, ça me la coupe, ça me scie, ça me hache menu. Des tronçhommeuses…

    3. La « mobilisation citoyenne » de rombières sous la forme des Assos PDMJ (Pas Dans Mon Jardin, le Not In My Garden francisé) pour sauver leurs platanes et leurs pavés centenaires ? C’est même plus l’illusion de la démocratie directe en Majesté (Ah les « comités de quartier  » ! ), c’est pour moi carrément l’horreur bourgeoise version hystérique, les Dames de Charité pour merles et marroniers, la ghettoïsation chic en mode soft, la ligue des épouvantés de l’offense au Patrimoine, les enragés du devant de porte, les fétichistes du « vu de ma fenêtre ». les brigades vertes du « Touche pas à ma rue », Action Directe relookée activisme muséal, les confits en bocal de « ma beauté locale ». Le triomphe associé de la bêtise, du conservatisme bien pensant et des pue-la-mort.
      Il me suffit de lire leur façon d’introduire leurs tracts ou leurs appels aux actes d’héroïsme citoyen pour sentir mon cœur d’aspirant « citoyen » se soulever. Ça fait comme ça le plus souvent :

      Chers voisines, chers voisins,…

      http://www.longchamp-messidor.be/index.php?subaction=showfull&id=1300727674&archive=&start_from=&ucat=1&

      Y’en faut d’l’appétit pour s’les fader les « voisins-voisines », j’vous l’dis ma pauv’ Lucette…

      1. Dites donc Vigneron, votre production tourne souvent au vinaigre. C’est mauvais pour votre tension et votre foie tout ça. Prenez un petit congé, autant de bile contamine tous vos produits. 😀

      2. Le plus vilain garçon du monde ne peut donner que c’qu’il a… Sauf qu’en plus, les romances, les élégies et autres sucrosités, ben il s’les garde pour lui ! 🙂

      3. Bien d’accord avec vous Vigneron sur un certain état d’esprit de la maladie bourgeoise.
        ça n’empêche pas d’aimer les arbres. Quant aux pavés on risque d’en avoir besoin…

      4. Dites-moi Vigneron, vous la connaissez l’avenue du Port? C’est pas exactement un quartier de rombières à sac Vuitton (contrairement à l’avenue Churchill et au quartier Longchamp-Messidor ;))
        c’est même plutôt l’inverse… (les ports, c’est rarement des quartiers rupins, ‘savez pas ça?) ici, il s’agit de transformer cette avenue en autoroute urbaine alors qu’il y en a déjà une en parallèle, exactement de l’autre côté du canal… Bref, c’est du grand n’importequoi, et en plus détruire le SEUL truc « vert » du quartier (pq je doute qu’il y ait des jardins par là – où je n’habite pas soit dit en passant… Je tiens à ma peau.)
        Alors, évitez de causer sans savoir, peut-être… ^_-
        http://www.ieb.be/article3071

    4. hé oui, Nice s’est vue dotée d’un superbe tramway qui a requis la suppression des platanes qui ombrageaient la principale avenue de la ville.
      maintenant on admire les rails sur trois kilomètres de perspective vide. il est question de replanter des machins qui ne s’étaleront pas trop pour remettre du vert.
      lorsque j’étais gamins pourtant il y avait déjà des bus qui prenaient je jus par des perches
      les câbles et les platanes faisait alors bon ménage…

    5. En passant à Brx j’ai vu qu’on était en train de refaire les pavés des petites rues autour de la Groote Markt … Crise ou pas.

      Travaux inutiles, comme partout ! le BTP est la gangrène qui détruit nos villes.

    1. Non, cela fonctionne bien.
      Le process est le suivant : vous tapez le mot sur lequel vous voulez faire apparaître un lien hypertexte, vous sélectionnez le mot, vous cliquez sur l’ancre « lien » dans la barre d’outils, et vous introduisez le lien en prenant soin de mettre http:// devant l’URL.

  7. Le charme des bourgades et villes anciennes et surtout des quartiers populaires tien au fait qu’eles n’ont pas été « pensées » …et surtout pas par un architecte ou mieux par un promoteur ..mais par les necessités , les familles qui s’agrandissent ou s’enrichissent …
    L’esthetique des toits a double pente qui vous émeut , ne tient qu’au fait qu’ on a remplacé le chaume par la tuile ou l’ardoise et de fait , été obligé de couvrir le haut des murs … Si ma chambre fait 4x5m , plus de 3 m de plafond et qu »en mon couloir 2 brouettes peuvent se croiser , c’est que la raison a des raisons … et que les anciens du SO , n’ayant pas la TV,craignaient plus le chaud que le froid (façades le plus souvent vers l’ EST ….

    Avec la pénurie d’énergie et conséquemment d’abondance, les villes actuelles sont mathématiquement et physiquement condamnées , il faudra s’y résoudre ou nourrir de loin 90% d’inactifs . C’est meme pas un choix , ce n’est que de la logique : Aucun gain de productivité ne pourra compenser la dépletion energetique .

    1. kercoz, les villes ont une bonne efficacité énergétique, les raccords longs de viabilisation et les chauffages individuels de maisons isolées sont une plaie énergétique, sans parler des besoins de transport.

      Vous allez dire qu’on peut se passer de tout ça et c’est vrai … si vous endormez le sociologue qui est en vous et qui vous dit que la transition démographique urbaine est partie pour 200 ans. On n’a guère le choix de « préférer la ville » ou « préférer la campagne », il va falloir faire avec, il y a quand même économie d’échelle dans l’approvisionnement en énergie, nourriture, eau… si c’est pas fait trop connement je vous l’accorde (ne me faites pas lire que j’aime Bourj Dubai !)

      Sinon, lisez « Sennett », » la conscience de l’oeil », très beau bouquin qui ré-éclaire cette question de pourquoi les villes ont l’air de ce qu’elles sont, beau mélange de pensé et de non-pensé.

      1. timiota dit : « il y a quand même économie d’échelle dans l’approvisionnement en énergie, nourriture, eau… »

        Elle vient d’où votre énergie, votre nourriture, votre eau ? Et où vont les déchêts… ?

        Entropia N° 8 – Territoires de la décroissance

        Quand, désormais, la moitié de l’humanité est « logée dans des villes », n’est-il pas opportun de questionner les contradictions et les infernales difficultés liées à cet agglutinement ? Quand la globalisation mercantile déchire le tissu des souverainetés locales et territoriales, n’est-il pas légitime de replacer la question de l’échelle humaine au cœur d’un nouvel usage du monde et de son « habiter ». Quand le livre est inquiété par l’écran, quand la beauté du monde est mutilée par l’injustice et la laideur, quand, de Tchernobyl dévastée aux fragiles territoires des Aborigènes, se répandent comme une peste les séquelles de la domination, de l’irresponsabilité, de l’argent roi, de la démence technologique et du mépris de « l’autre », le devoir d’insurrection est un impératif catégorique.

      2. Nous quittons un attracteur ou 2 personnes en nourrissaient 100 pour un autre ou il sera nécessaire d’avoir 20 à 3o nourrisseurs pour ces cents …memes quotas pour s’habiller et se chauffer ,et habiter …… Les 2/3 des boulots des villes n’ont aucune utilité essentielle….le bilan est facile ! les villes sont condamnées aussitot que l’energie prendra 50 à 70% de surcout … en partant avant Timotia , vous avez encore du choix …et meme le choix de continuer votre activité et votre mode de vie …en attendant le désastre .

      3. Je maintiens que c’est plus efficace de regrouper, p ex station d’épuration.
        Quand vous voyez une installation de village et que ça vous a l’air sympa et jouable, vous ne voyez pas
        – que si le village avait mille fois plus d’habitant, les mille stations d’épuration prendraient plus de place qu’une grande et fonctionneraient moins bien (fuites x 1000 par exemple).

        – que les déplacements des gens en ville, s’ils acceptent de ne pas batifoler les week-ends, évitent les déplacements continuels des campagnards aux commerces des bleds du coin.

        J’indique la tendance, bien sûr, … et dans une cabane avec des racines au repas, il y a moins à discuter.
        C’est donc à niveau de vie donné qu’il faut discuter, et les villes ont atteint des seuils de 1 millions d’habitant encore assez vivables du temps que le déplacement de week-end ou le passage à Ikea n’était pas une nécessité socio-biologique (abêtissante …).
        On ne sait pas quel biais on a quand on préfère l’un à l’autre, il faut s’auto-analyser un peu sur toutes les conséquences !

      4. Dans ces systèmes centralisés , on est hyper fragile : pleins de fusibles peuvent pèter en période sensible …le problème , c’est que pas mal de ces fusibles sont « en série » (si vous avez des notions d’élec) …. 3 semaines maxi de reserve alimentaire (dont 2 dans vos placards) …zero stock , tout ds le camion ou le bateau ! l’elec qui décroche au premier pet … … vous vous rappelerez un jour peut etre qu’il me faut 3mn de travail , en moyenne (et de preference par beau temps pas trop chaud ), pour 1kg de patates .. …pour ce qui est des racines , en cemoment le menu c’est asperges, qqs fèves fraiches , oeufs de marans , patates nouvelles a la bretonne (beurre noir et gros sel , bien cramé), fraises et orange des graves (coquetterie , en pleine terre , il m’en reste 2 sur une trentaine ..j’en suis tres fier , bien que sur un mur sud et serre d’hiver). C’est Dupuy qui dit que les villes sont deja en campagne ..pas trop d’accord , la rurbanité (Boris Vian ?) est plutot une plaie de mittage sur les meilleures terres , anciennes ceinture vertes des villes ….pour l’approche d ‘ un paysage sans energie , faut lire FER nand BrauDEL … »identité de la france qui donne une idée des bilans et des besoins .

      5. Je plussoie avec fujisan et kercoz! Think globally, act locally et moins de biens, plus de liens!

  8. J’aurais préféré convoquer Bresson pour dévoiler des mécanismes que Rohmer est incapable d’appréhender.
    Rohmer, cinéaste confit de bon sentiment, ne voit pas plus loin que le bout de son ciboire: c’est l’architecte lampiste qui au centre de tous les dérèglements.
    Ce qui me fait immanquablement penser à celui qui prescrit aux prolos la cure psychanalytique qui permettra enfin de changer le monde.

    1. Vous devez être architecte, et particulièrement susceptible. Il y a bien d’autres candidats possibles dans le film : le PS (opportuniste et largué), la presse (malhonnête et manipulatrice), les écolos (« réacs » mais sans réel projet politique), les bobos (qui trouvent la nature « Extraordinaire ! »), les instits (qui râlent mais refusent de se mouiller), etc.

      1. Il n’est point besoin d’être femme pour être féministe, d’être sans-logis pour exiger un domicile fixe pour ceux qui en sont privés, d’avoir été victime du Médiator® pour dénoncer le poids de l’argent, de vivre au Sahel pour vouloir abattre notre société de consommation, d’être fou pour stigmatiser les politiques psychiatriques…
        A contrario il existe des architectes, des écologistes, des bourgeois bohème, des instituteurs, des militant du PS, des journalistes, qui peuvent se démarquer de la catégorie socio-professionnelle dans laquelle on les assigne.
        Ce pourrait être une bonne illustration de ce qu’est l’Universalité.

        Athée opiniâtre, à un Rohmer qui stigmatise sans recul aucun , je préfère un Bresson qui n’oublie ni le pardon ni la rédemption.

  9. Le système des beaux Arts étant détruit depuis belle lurette ,les architectes ne sont plus que des figurants en haillons ,impuissants face au tsunami permanent de l’inculture et de la cupidité (sans oublier la corruption,déguisée ou pas) ,qui balayent ce pays, à coup de zones industrielles obscènes et autres maillages routiers destructeurs autant que inutiles ,
    La synergie et l’âme d’innombrables petites villes est ruinées par les grandes surfaces qui campent en périphérie et détruisent méthodiquement tout ce qui n’est pas eux .
    Le chantage aux emplois et le mots  » environnemental » utiliser au détour de chaque phrase par les prédateurs, suffit à emballer la » fille sans joie » qu’est devenue l’État sur son territoire.
    j’arrête là l’Air du Catalogue pour rappeler que les opposants à cette horreur ont un outil efficace à leur disposition grâce au système associatif 1901.Pourvu qu’ils soient tenaces et sachent se rallié les compétences indispensables (il y en a toujours de disponibles) et évitent ,comme c’est souvent le cas,de confondre actions politiques et juridiques.les deux étant à conduire fermement ,mais, en parallèle.
    l’État de Droit, lui remue encore!
    Ceci,pour conclure, nous ramène au ras des pâquerettes et demande a chacun de résoudre l’équation Révolte-Paresse si il veut s’extirper du sommeil , du cynisme et des mots.

    1. Tous les architectes ne sont pas en haillons.
      Souvent, les mêmes si bien d’autres, ils sont en projets dans des cartons.

      Comme le disait récemment notre hôte face à « j’ai oublié » (A.G.SLAMA) qui lui demandait une solution clef en main pour « changer de paradigmes » (« on » dit comme ça…) en économie:
      « Plein les cartons », étant un peu énervé, PJ lança pour répliquer vite au temps des media.

      Je le comprends!
      Car je trouve un peu obscène la position de qui surfe sur la vague (AGS), visant intimer l’autre pour qu’il fabrique des vagues.
      Mais bon, chacun voit le midi où il est….


      Plus loit, voire encore une formule approximativement interprétée par moi disant serait:
      « Encore eut-il fallut que vous les lisiez… », les choses dans les cartons.

      Des mots voyez-vous, qui ne font pas cynisme obligatoirement, pas plus alors que précédents…, mais quand même.

  10. Pour comprendre l’architecture, j’avais bien aimé deux livres de Yona Friedman: Utopies réalisables et architecture mobile. cela me semble toujours très pertinent.

  11. et merci à Fabrice Luchini, qui y croit, ou qui, en tout cas, nous aide à y croire !

    Son délirium intellectuel (qui m’amuse néanmoins beaucoup), ainsi que le sens de la répartie hautement improbable de la petite fille, me font l’effet exactement inverse (premier extrait). Je plaide coupable: Dans la réalité esthétisée à outrance, je vois surtout l’outrance.

  12. Moi les arbres des racines jusqu’à la tête et par dessus la tête jusqu’au ciel je ne peux les critiquer. Qu’on m’apporte un homme pour lui faire ça fête. Macadam !

  13. La Mort d’un Chêne

    Quand l’homme te frappa de sa lâche cognée,
    O roi d’hier le mont portait avec orgueil,
    Mon âme, au premier coup, retentit indignée,
    Et dans la forêt sainte, Il se fit un grand deuil.

    Un murmure éclata sous ses ombres paisibles :
    J’entendis des sanglots et des bruits menaçants;
    Je vis errer des bois les hôtes invisibles,
    Pour te défendre, hélas! contre l’homme impuissants.

    Tout un peuple effrayé partit de ton feuillage,
    Et mille oiseaux chanteurs, troublés dans leurs amours,
    Planèrent sur ton front, comme un pâle nuage,
    Perçant de cris aigus tes gémissements sourds.

    Le flot triste hésita dans l’urne des fontaines;
    Le haut du mont trembla sous les pins chancelants,
    Et l’aquilon roula dans dans les gorges lointaines
    L’écho des grands soupirs arrachés à tes flancs.

    Ta chute laboura, comme un coup de tonnerre,
    Un arpent tout entier sur le sol paternel;
    Et quand son sein meurtri reçu ton corps, la terre
    Eut un rugissement terrible et solennel.

    Car Cybèle t’aimait, toi l’aîné de ses chênes,
    Comme un premier enfant que sa mère a nourri;
    Du plus pur de sa sève elle abreuvait tes veines,
    Et son front se levait pour te faire un abri.

    Elle entoura tes pieds d’un long tapis de mousse,
    Où toujours en avril elle faisait germer
    Pervenche et violette à l’odeur fraîche et douce,
    Pour qu’on choisit ton ombre et qu’on vint aimer.

    Toi, sur elle épanchant cette ombre et tes murmures,
    Oh! tu lui payais bien ton tribut filial!
    Et chaque automne à flots versait tes feuilles mûres,
    Comme un manteau d’hiver, sur le coteau natal.

    La terre s’enivrait de ta large harmonie;
    Pour parler dans la brise, elle a crée les bois;
    Quand elle veut gémir d’une plainte infinie,
    Des chênes et des pins elle emprunte la voix.

    Cybèle t’amenait une immense famille;
    Chaque branche portait son nid ou son essaim :
    Abeille, oiseaux, reptile, insecte qui fourmille,
    Tous avaient la pâture et l’abri dans ton sein.

    Ta chute a dispersé tout ce peuple sonore;
    Mille êtres avec toi tombent anéantis;
    A ta place, dans l’air, seuls voltigent encore;
    Quelques pauvres oiseaux qui cherchent leurs petits.

    Tes rameaux ont broyé des troncs déjà robuste;
    Autour de toi la mort a fauché largement.
    Tu gis sur morceau de chênes et d’arbustes,
    J’ai vu tes verts cheveux pâlir en un moment.

    Et ton éternité pourtant me semblait sûre!
    La terre te gardait des jours multipliés…
    La sève afflue encor par d’horrible blessure
    Qui dessécha le tronc séparé de ses pieds.

    Oh! ne prodigue plus la sève à ces racines
    Ne verse pas ton sang sur ce fils expiré,
    Mère! garde-le tout pour les plantes voisines :
    Le chêne ne boit plus ce breuvage sacré.

    Dis adieu, pauvre chêne, au printemps qui t’enivre.
    Hier, il t’a paré de feuillages nouveaux;
    Tu ne sentiras plus ce bonheur de revivre.
    Adieu les nids d’amour qui peuplaient tes rameaux.

    Adieu les noirs essaims bourdonnant sur tes branches,
    Le frisson de la feuille aux caresses du vent;
    Adieu les frais tapis de mousse et de pervenches
    Où le bruit des baisers t’a réjoui souvent.

    O ch^ne, je comprends ta puissante agonie!
    Dans sa paix, dans sa force, il est dur de mourir;
    A voir crouler la tête, au printemps rajeunie,
    Je devine, ô géant! ce que tu dois souffrir.

    Ainsi jusqu’à ses pieds l’homme t’a fait descendre;
    Son fer a dépecé les rameaux et le tronc;
    Cet être harmonieux sera fumée et cendre,
    Et la terre et le vent se le partageront!

    Mais n’est-il rien de toi qui subsiste et qui dure?
    Où s’en vont ces esprits d’écorce recouverts?
    Et n’est-il de vivant que l’immense nature,
    Une au fond, mais s’ornant de mille aspects divers?

    Quel qu’il soit, cependant, ma voix bénit ton être
    Pour le divin repos qu’à tes pieds j’ai goûté.
    Dans un jeune univers, si tu dois y renaître,
    Puisses-tu retrouver la force et la beauté!

    Car j’ai pour les forêts des amours fraternelles;
    Poète vêtu d’ombre, et dans la paix rêvant,
    je vis avec lenteur, triste et calme; et, comme elles,
    Je porte haut ma tête, et chante au moindre vent.

    Je crois le bien au fond de tout ce que j’ignore;
    J’espère malgré tout, mais nul bonheur humain ;
    Comme un chêne immobile, en mon repos sonore,
    J’attends le jour de Dieu qui nous luira demain.

    En moi la forêt le calme s’insinue;
    De ses arbres sacrés, dans l’ombre enseveli,
    Et mon coeur apaisé vit d’espoir et d’oubli.

    Mais l’homme fait la guerre au forêts pacifiques;
    L’ombrage sur les monts recule chaque jour;
    Rien ne nous restera des asiles mystiques
    Où l’âme va cueillir la pensée et l’amour.

    Prends ton vol, ô mon coeur! La terre n’a plus d’ombres,
    Et les oiseaux du ciel, les rêves infinis,
    Les blanches visions qui cherchent les lieux sombres,
    Bientôt n’auront plus d’ombre d’arbre où déposer leurs nids.

    La terre se dépouille et perd ses sanctuaires;
    On chasse des vallons ses hôtes merveilleux.
    Les dieux aimaient des bois les temples séculaires,
    La hache a fait tomber les chênes et les dieux.

    Plus d’autels, plus d’ombrage et de paix abritée,
    Plus de rites sacrés sous les grands dôme verts!
    Nous léguons à nos fils la terre dévastée,
    Car nos pères nous ont légué des cieux déserts.(…)
    Victor de Laprade (1812-1883)

    C’est un peu long…Et encore, il manque les dernières strophes…Mais il le valait bien, non?

  14. C’est assez ancien ce film….,ça doit être pour ça que cela à l’air tellement contemporain.
    Au fond, temps mieux si quelques-uns comme Rohmer explicitent une ou deux générations d’avance le programme éducatif du primaire…

    Alors tant pis aussi si ceux qui ne l’avaient pas assimilé avant, refusent obstinément, ensuite, de repasser le brevet.
    Faut dire que le brevet, ils l’ont eu!
    Entre primaire et primordial peut-être hésitent-ils…
    Sauf s’ils confondent!

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