L’actualité de la crise : CE DONT ON NE PARLE PAS, par François Leclerc

Billet invité

Parmi les souvenirs qui vous poursuivent, il y a celui des mégapoles des pays émergents, quand vous avez vécu dans l’une d’entre elles. Ces villes hypertrophiées qui grossissent au gré des flux d’une irrésistible immigration intérieure, chassée par la misère et attirée par cette vitrine où s’expose la richesse. D’où vous n’êtes pas mécontent de sortir lorsque vous n’êtes ni d’un monde ni de l’autre.

Sao Paulo était ma mégapole, enveloppée d’excroissances sans fin dénommées « quartiers périphériques » dans les « quartiers nobles » où se concentre le bien être. Car on a ses pudeurs. Des étendues à l’urbanisme improvisé, où vivent à perte de vue et à la va comme je te pousse les strates successives des arrivants. A Rio, les favelas descendent en pleine ville des collines vers la mer, sans avoir le privilège d’atteindre ses rivages, tandis qu’elles sont reléguées loin du centre à Sao Paulo, où la seule étendue d’eau est un égout à ciel ouvert portant le nom charmant de Rio Tietê. Le centre réserve le pire, les vestiges d’une architecture datant du temps de la splendeur du café, depuis désertée et à l’abandon, investie par les squatters, lieu nocturne de tous les trafics et de tous les dangers. L’un des quartiers est même surnommé « crackoland », où il ne fait pas bon s’aventurer. Tout à leur rêve de Manhattan, les occupants ont déserté leur centre historique pour que puissent émerger plus loin d’orgueilleuses tours les éloignant dans les hauteurs d’une misère condamnée à rester à terre.

La reconquête de ce centre-ville, au milieu duquel trône la place de la République, est depuis l’un des thèmes récurrent des campagnes électorales pour la conquête de la municipalité, chaque fois sans lendemain. Avec sa vingtaine de millions d’habitants présumée, Sao Paulo, comme toutes les mégapoles qui fleurissent sur tous les continents, est l’expression la plus aboutie du modèle de développement des pays émergents. Une seule chose y étant partagé par tous : une pollution atmosphérique nauséabonde qui vous assaille et vous ferait regretter de respirer si on ne finissait par s’y habituer. Bizarrement, les riches semblent s’en accommoder, comme du spectacle de la grande précarité qu’ils affectent d’ignorer tout en la côtoyant. Il y a des cécités arrangeantes.

Plus que la violence, dont les pauvres sont d’ailleurs les principales victimes, les riches étant mieux protégés, c’est cette ségrégation-là qui n’est pas supportable. Car l’on pourrait finir, à la longue, par ne plus y prêter attention et lui accorder le bénéfice de la normalité…

Alors, comment ne pas bondir en lisant que la fondation Onassis lançait un concours d’architecture pour réhabiliter le centre d’Athènes, qui s’est lentement et inexorablement dégradé depuis les années 90 ? De Syntagma à Omonia, les commerces et les activités sont progressivement partis, au profit de nombreux petits trafics et de la prostitution. Les Athéniens ont déserté leur centre-ville en raison de la pollution pour rejoindre les banlieues aisées.

Ou bien en apprenant l’augmentation du nombre de magasins ayant baissé définitivement leur rideau dans les centre-villes britanniques ? Plus d’un commerce sur sept aurait fermé, en très forte progression depuis 2008. Du fait d’une conjonction de facteurs, dont en premier lieu la baisse continue des ventes au détails.

Certes, les banlieues déshéritées de la région parisienne et d’autres grandes agglomérations françaises, qui ont connu d’ailleurs leur émeutes, ne sont pas les favelas de Rio tenues hier par les trafiquants de drogue et aujourd’hui par les milices qui leur ont succédé et pratiquent le racket à la protection. Mais ces ressemblances qui s’accumulent font penser, toutes proportions gardées, que la tiers-mondisation de l’Occident n’est pas une formule, et que la crise l’accélère.

Moins visible, tout en se développant rapidement, l’informalité des petits boulots et de la survie est de même nature que celle qui ravage les sociétés émergentes, et dont on ne parle pas, obnubilé par des taux de croissance trompeurs qui masquent les inégalités. Il suffit de traverser les Pyrénées pour s’en persuader. Selon la Fondation espagnole des caisses d’épargne (la Funcas) l’Espagne comptait déjà plus de quatre millions d’emplois au noir et l’économie souterraine représentait environ 21,5% du PIB en 2008, cela se serait depuis fortement développé.

Revenant du Brésil, je me suis plu à provoquer autour de moi en expliquant que j’y avais vu l’avenir du monde occidental. Avais-je finalement si tort ?

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92 réflexions sur « L’actualité de la crise : CE DONT ON NE PARLE PAS, par François Leclerc »

  1. Revenant du Brésil, je me suis plu à provoquer autour de moi en expliquant que j’y avais vu l’avenir du monde occidental. Avais-je finalement si tort ?

    Je ne sais pas si vous avez entendu parler du projet fou d’un milliardaire américain, Sheldon Adelson, d’implanter en Espagne le plus grand centre dédié au jeu: Euro Vegas.
    Barcelone et Madrid se disputent « le privilège » de l’accueillir. La ville qui fera le plus de concessions l’emportera !

    http://contreinfo.info/article.php3?id_article=3232

    Voilà qui devrait accélérer la « brésilarisation » de l’Espagne.
    J’en ai froid dans le dos…

  2. Sur ce sujet du devenir des mégapoles, on peut lire un livre de Mike Davies :
    « le pire des mondes possibles. », 2006, ed. La Découverte,
    où il est dit que le bidonville représente le devenir des villes du monde.

  3. A propos d’économie  » au noir  » , il faut se rappeler les mots de Berlusconi (il y a trois ans environ , je ne peux pas être plus précis ) :  » … après tout , le travail au noir , ça existe !  »
    Nous sommes dans un moment où , comme jamais , ces gens-là , l’oligarchie , se fiche éperdument que vous creviez la gueule ouverte ; le travail au noir a pour fonction d’éviter la sédition , la rébellion voire les émeutes ; le Canard Enchaîné a montré , il y a quelques temps , comment la drogue en banlieue bénéficiait d’une politique du laisser-faire de la part du pouvoir .
    Ah ça ! pour les effets de manches à grand renfort de médias , cette oligarchie nous comble !
    Voici donc , en réalité ,  » leur  » PROJET DE SOCIETE  » : 15% (eux évidemment ) se nourrissant des mets les plus délicieux et massage à domicile matin et soir , voyages en TGV/ avion pour un oui ou un non , hôtels grand luxe et roule ma poule ! Cf les Pinçon- Charlot pour une étude plus détaillée.
    Quant aux autres …
    Il reste à faire front tant que la situation n’est pas encore grecque .
    Nantes aujourd’hui manif contre  » leur  » monde . 15 h place du Cirque (centre-ville) on fera la fête.

    1. le Canard Enchaîné a montré , il y a quelques temps , comment la drogue en banlieue bénéficiait d’une politique du laisser-faire de la part du pouvoir .

      L’industrie mondiale de la drogue représente environ 300 Milliards de $/an. On en achète des choses avec une telle somme !
      Certains parlent de laisser-faire quand d’autres parlent d' »acheter la paix sociale ».

      1. Cela fait plus de vingt ans que j’ai la certitude que l’interdiction des drogues est une erreur.
        L’approche hypocrite et bien pensante de l’interdiction fait plus de mort ou de vies détruites qu’une approche plus pragmatique de distribuer les substances sous contrôle en offrant des alternatives aux toxicomanes. Mais les bénéfices sont tels qu’ils permetent une coruption à tout mes niveaux et l’interdiction arrange beaucoups de monde. Mais ces 300 milliards proviennent d’une armée de millions de toxicomanes rendu esclaves d’une substance qui pour beaucoup volent ou se prostituent pour enrichir quelques uns.
        Ne pensez vous pas que ces 300 milliards par an d’argent blanchi au mains de personnes ayant une morale différente de l’investisseur « normal » et qui rentre dans les circuits ne sont pas en partie responsables de « l’ammoralité » de la finance ?

      2. @cedric7693 & Philippev

        Les drogues sont plus qu’un marché en étant bien utiles au système pour permettre de canaliser la révolte de certains individus en létargie ou en autodestruction. Supprimons la drogue et les antidépresseurs et la propention à la révolte augmenterait dans la population. Légaliser les drogues n’a aucun intérêt dans une société où la drogue est le symptôme d’un malaise global : ce n’est pas les gens qui sont malades c’est la société et c’est pourquoi dans ce contexte légaliser les drogues serait un anti-progrès social.

        A ceux qui en consomment je dis arrêtez tout de suite et essayez d’être plus constructif que cela !

      1. @Justin,
        Vous pouvez dire tout ce que vous voulez à une personne qui est accro ca ne sert à rien.
        C’est Comme dire a un prisonnier d’un quartier haute sécurité évade toi.
        Par contre lui dire voici ta substance au prix de reviens et si tu veux on te donne la possibilité d’une aide pour te désintoxiquer et demain il n’y a plus de traffic et 50 % de criminalité en moins.
        Evidement la distribution devrait se faire uniquement dans des structures médicalisée sans aspec récréatif et seulement pour des personnes en état d’adiction. Les dealers de drogues dures n’auraient plus d’intéret de chercher de nouveaux clients si dés qu’un client est censé être fidélisé (accro) il passe dans le secteur public…

  4. La bidonvillisation du monde.

    Par exemple, la bidonvillisation de l’Europe du Sud.

    Vendredi 23 mars 2012 :

    L’Italie et l’Espagne sous la pression des marchés.

    L’Europe du Sud reste dans le collimateur des marchés. L’accalmie constatée depuis le début de l’année, portée par les opérations de la Banque centrale européenne, et plus récemment par l’accord européen sur la Grèce, a marqué une pause cette semaine. Les taux des obligations souveraines italiennes et espagnoles à dix ans sont repartis à la hausse, repassant au-dessus du seuil symbolique des 5 %.

    http://bourse.lefigaro.fr/devises-matieres-premieres/actu-conseils/l-italie-et-l-espagne-sous-la-pression-des-march-s-167959

  5. que de, des questions, après ces constats sur l’urbanisme des mégapoles !
    à qui appartient le sol alors pour se loger, quand la spéculation donne des seuils financiers ?
    n’est-ce pas un luxe de vivre maintenant dans ces centres urbains rénovés qui ont un passé ?
    n’est ce pas cette propriété qui est la cause de nos maux ?
    se loger c’est aussi la sécurité. Alors pourquoi y aller dans ces mégapoles éphémères qui engendre rapidement l’insécurité ? la nécessité du travail ? l’attirance du grégaire ? des « déchets urbains » où il y a toujours des niches écologiques : un petit boulot de soumission, la manche ? l’espérance du mieux ?
    De Mexico et de Delhi que j’ai connu, attirent comme cela et au-delà de leurs rôle de capitale.
    Le paradoxe, ici en France, c’est que c’est un peu comme les strates géologiques : l’on y allaient ou l’on y vient jusqu’à la mer (Marseille), au bassin (Parisien), aux confluents (Lyon) .. et l’on y stagnent en générations .. en attendant l’ascenseur social. Mais, il n’y en a plus maintenant ? Sauf exception : en ces « quartiers » parfois émergent (comme l’évolution des espèces quand le climat, la fermentation, etc sont là) des « mutants » sociaux qui seront des graines. Mais quel gâchis avant ! et pendant ! De petits d’hommes révoltés et suicidaires ?
    Caillasser son école à moins de 10 ans, est un signe, avant d’être un acte !
    Mettre le feu à une bagnole, … d’un voisin n’a rien de raisonnable ! ni de magique-symbolique !
    Même si je peux analyser, jusqu’à la fin des temps, la bêtise des bagnoles en tant que .. symbole, moyen de ..
    Alors : éducation à reconstruire ? probablement mais depuis le temps, cela se saurait !
    Se loger n’est pas une demande de propriété comme une consommation : la redéfinir légalement ? comme l’air, l’eau ? plus que probable vu l’évolution économique récente !

    Alors parlons du collectif dans le vivre : pourquoi bientôt, il va devenir plus cher de régler ses factures d’eau, énergie que se loger en coloc (résultat d’une politique de désengagement publique, entre autre) ? Si nous n’y mettons pas de frein, c’est ces financiers recyclés dans les « produits » captifs (énergie, eau) qui auront le pouvoir du vivre collectif. N’est pas au collectif de garder le service vital au public ? l’on appelle des pompiers publics quand il y danger et n’y a-t-il pas danger quand comme à Delhi l’eau est un danger pour tous. Bien sur il y les sodas infects alors qui se vendent par .. les mêmes « prédateurs ». La finance n’a que des moyens pour une fin ?

  6. CE DONT ON NE PARLE PAS

    Je ne sais comment vous dire cela,

    Mais j’éprouve un tout petit pressentiment en ce moment,

    Sans doute que je ne vois pas encore très bien comment fonctionnent les gens de mon temps,

    C’est évident seuls les gens de condition modeste peuvent mieux se rendre compte de la chose,

    Surtout lorsqu’on préfère continuellement prendre les gens pour des cons en société,

  7. Oui je partage totalement cet avis pour avoir moi-même vécu 17 ans à temps complet à Mexico DF, je suis absolument d’accord, les mêmes causes produisant les mêmes effets, c’est cette peur quotidienne quand on sort de chez soi ou qu’on descend de voiture ou qu’on est obligé de s’arrêter à un feu rouge dans la journée, qui m’a peu à peu convaincue de revenir vivre en France et surtout d’y mettre mes enfants un peu plus « à l’abri » des enlèvements et autres…Les Européens ne peuvent s’imaginer ce que peut signifier vivre dans une telle angoisse au quotidien, même si par ailleurs, j’adore la société mexicaine, ces années furent de loin les plus heureuses de ma vie. C’est pourquoi je me demande si les chantres du néolibéralisme qui nous encouragent à installer la misère un peu partout en Europe sous prétexte de compétitivité, dernier endroit pouvant être considéré comme vivable se rendent bien compte qu’étant mortel on ne peut vivre convenablement dans des bunkers où l’on a peur de sortir, sortes de prisons où on peut continuer à se méfier de ses propres gardes du corps qui se vendent au plus offrant. Je conseille la lecture du livre de Jeremy Rifkin : La fin du travail. Il en parle très bien de ce problème. On vient de voir l’effroi et la stupéfaction qu’un tueur déterminé peut provoquer dans la société française, ce genre d’évènement est à Mexico et autres pays d’Amérique Latine d’une très grande banalité et ne fait pas la Une des journaux malheureusement. Dans certaines villes comme Ciudad Juarez, les enfants ne peuvent plus se rendre à l’école. A méditer, en tous cas merci pour l’article.

  8. @François

    excellent sujet de réflexion proposé de bon matin au lecteur fidèle.

    C’est quelque chose que je peux constater dans ma ville, à Nimes.

    Le centre se vide de ses magasins qui ferment les uns après les autres, remplacés par des banques et des superettes. Les professions libérales désertent. Comme toutes les entreprises qui ne sont pas immédiatement à vocation aux particuliers. Des quartiers hier huppés du centre voire prestigieux se sont sous-prolétarisés. Des bandes considérables d’ados agressifs le hantent de plus en plus chose impensable il y a 15 ans. Des groupes d’adulte y glandouillent pendant des heures alors qu’avant il vibrionnait. L’insécurité et les traffics y deviennent plus prégnants d’année en année.
    Les classes supérieures et moyennes sont entrain de vendre leurs appartement du centre ou leurs maisonnettes des quartiers pavillonnaires pour partir habiter en zone de garrigues.
    Sur les trois collèges du centre ville, prestigieux il y a encore moins de 7 ans, deux sont devenus des pétaudières, voire des coupe-gorges et les parents consternés et effarés mettent leurs enfants dans le privé pour qu’ils puissent bosser au calme et en sécurité. Même les laïcs et farouches de l’école publique.
    Ceux qui n’ont pas les moyens d’aller habiter en garrigues voient leurs seuls bien, leur maison et les moyens d’éducation de leurs enfants se dévaloriser chaque année.

    Triste constat. C’est votre article qui me fait réaliser ça. Au début, je voulais justement vous répondre en disant que vous exagériez et puis j’ai essayé de faire un point. Les boules….

  9. Toujours passionnant, François Leclerc. Avec, aujourd’hui, le doux son de la Samba.

    En ville et dans les banlieues résidentielles, les gens utiles et nécessaires.
    Dans les bidonvilles ou nos banlieues, les gens superflus, employés par roulement et par intermittence pour des petits boulots, essentiellement de service et de survie. Paies dérisoires -naturellement – puisque 1 petit boulot pour 10 personnes.
    Immigration sauvage bienvenue : plus il y a de pauvres, mieux c’est. Pendant que le Ministre pérore, devant des journalistes comme il faut, sur la chasse aux clandestins dans la salle à manger du grand restaurant, l’immigré clandestin fait la plonge ou la cuisine dans la pièce à côté.
    Avec la montée de la robotique, le nombre des inutiles va d’ailleurs augmenter encore et le basculement vers la précarité s’accentuer. Il est vrai qu’aux pauvres, il reste la dette (mille milliards de dollars de prêts étudiants aux USA (plus que les prêts à la consommation).

    Naturellement, pour faire tenir l’insoutenable, les pouvoirs ont besoin de solides et indéfectibles soutiens.
    Ce n’est pas un hasard si, aussi bien dans le privé que dans le public, les salaires et indemnités des cadres dirigeants s’envolent et tous les autres stagnent ou régressent. C’est le prix de l’allégeance, pas celui de la qualité comme on le proclame. L’ENA, ce n’est pas le « flight to quality » mais le  » flight to servility ».
    Comme le disait Paul Jorion à propos de son job dans la finance Etatsunienne, seule compte vraiment la fidélité au système, la capacité à le servir corps et âme. A défaut, le postulant à un emploi supérieur est vite relégué.

    Dès lors, la banlieue ou autre favella devient vite un camp retranché, afin d’assurer la pérennité de tous les trafics de subsistance. Pour croire les âneries de nos gouvernants, il ne faut pas avoir vu ces reportages TV où l’on voit des guetteurs accompagner les pérégrinations des policiers français de l’entrée à la sortie des cités.
    Leur guerre est d’ores et déjà perdue parce-qu’elle ne peut plus être gagnée : en vérité, même en France, les miséreux deviennent trop nombreux.
    Mais, comme le disait RED, « on préfère leur donner aumône et assistance pourvu qu’ ils ne jouent aucun rôle dans la société. Tout en prétendant haut et fort le contraire évidemment (sinon ce ne serait pas drôle). »

    Et quand un gamin pète un câble, les chroniqueurs sérieux et responsables entonnent les grands airs de la REPUBLIQUESOLIDAIREETINFLEXIBLE ou de la manif anti-violence cathartique. Pour les réflexions économiques et sociales, les redistributions salariales ou la légitimité de la dette, on attendra un peu.

    Bizarrement, face à l’ampleur des dysfonctions qu’il engendre, le système est nu.
    Il s’appuie, comme on l’a vu, sur une poignée de fidèles (censés faire obéir leurs soutiers) et compte sur l’apathie et la résignation des masses. Mais les soutiers (aussi pauvres et surendettés que les autres) sont durs d’oreille.
    Il s’avoue (nombreux témoignages récents) incapable de surveiller in vivo une vingtaine de dissidents potentiellement dangereux (en l’occurence, le nombre de djihadistes français ayant été s’entraîner en Afghanistan).
    Il ne peut davantage faire face au piratage informatique de masse.
    Il ne peut même plus faire exécuter ses propres condamnations pénales, faute de moyens ou de places en prison.
    Des pans de plus en plus grands du territoire lui échappent (banlieues, mais aussi au fin fond des campagnes où, par exemple, le shit se cultive et se revend allègrement dans tous les milieux).
    Et – ce n’est pas le moindre – il est sans cesse à la traîne devant les bouleversements sociétaux nés de la fulgurance des progrès technologiques.

    Bref, des temps à venir bien intéressants …

    1. Bien sûr, la police et même la gendarmerie quand ce n’est pas l’armée elle-même passent de « l’autre côté » où la rémunération est plus intéressante ainsi on dit au Mexique : Si tu as un problème, n’appelle surtout pas la police car tu en aurais un autre encore plus grand !

  10. H. G. Wells s’est inspiré de cela pour une partie de son roman « La machine à explorer dans le temps ». J’aime beaucoup le passage sur les Morlocks et les Elois. H. G. Wells était britanique et… visionnaire ? Non, simplement un observateur indépendant.

  11. Dans Utopies réalisables, Yona Friedman évoque et essaie de résoudre le problème des bidons villes. Passionnant et facile à lire.

  12. Quand on laisse la place au chaos social, c’est le sauve qui peut, une lutte sans merci pour la survie !

  13. Il faut quand même mettre en rapport le dévelopement des villes et la croissance exponentielle de la population. Passer de 10 millions à 20 millions d’habitants ou de 20 à 40 dans le même laps de temps ne pose pas les mêmes problèmes.
    Pour organiser et structurer il faut du temps et la pression démographique ne laisse pas de temps, il faut parer au plus pressé et celà donne des bidonvilles. L’exode des campagne n’est pas dû qu’a l’attrait des lumiéres de la ville, à partir d’un certain point une terre agricole ne donne pas deux fois plus avec le double de main d’oeuvre. Avec en plus des outils plus performants, beaucoups d’habitants des campagne n’ont pas d’autre choix que de quitter la terre qui les a vu naitre.

    1. L’être humain, en voulant plus de richesse que n’en produit sa terre a des ambitions démesurées qui, in fine, n’aboutira à rien d’autre que la destruction de son environnement et à une misère plus grande encore.

      Sur ce thème, je ne peux ici que conseiller la lecture d’un excellent livre de Jared Diamond : « Effondrement »

  14. Très juste, la paupérisation des centres, leurs abandons et les bidonvilles en périphéries semblent revenir en occidents. Un exemple emblématique que je ne voie pas malheureusement pas dans ce bon article : les États-Unis d’Amérique. Il suffit de voir les images de ces quartiers à l’abandon comme à Détroit, une série américaine comme The Wire [en] (sur écoute [fr]) avec ces quartiers de Philadelphie, ou enfin cette vidéo de la BBC de Saint Louis.
    Quand on regarde les statistiques économiques et sociales de ce pays, il faut se rendre à l’évidence que les USA sont un pays du tiers-monde : mobilité sociale très faible, reproduction des inégalités, Angleterre du XVIIe, plus égalitaire que les Etats-Unis actuels,… Sans parler des soins médicaux, car comme le présenter le film Sicko de Moore (peut-être un de ces films avec le moins de travers), le Taux de mortalité infantile est plus élevé aux USA qu’à Cuba.

    Pour en revenir au sujet des bidonvilles, voici un article intéressant, il dépoussière quelques mythes : Ces bidonvilles qui croissent malgré la main invisible du marché.

  15. « La thèse: la pauvreté a longtemps été une richesse, parce que la vie pauvre, en même temps, permettait la satisfaction des besoins essentiels, faisait de l’entraide une nécessité et de la solidarité une réalité qui enrichissaient les rapports humains de tous. »
    Je serais intéressé pas votre liste des besoins essentiels.
    Pour moi, vivant dans un monde supposé riche,
    – avoir accès à une eau propre et potable ainsi qu’à une nourriture acceptable
    – avoir un toit pour se protéger des intempéries
    – avoir une aide dans le cas de maladie, de vieillesse c.à.d. dans tous les cas où on devient faible.
    – avoir accès à l’éducation, à la culture
    – avoir un enterrement conforme à ses souhaits

    Je ne crois pas qu’une économie de survie puisse correspondre aux critères que je cite.
    Mais je peux me tromper.

    Un peu de Portugal pour réjouir notre coeur

    Du Brésil aussi

  16. Dans l’histoire de l’humanité, la pauvreté a toujours été la norme et la richesse complètement anormale.

    Finalement il est légitime de se demander qu’est ce qui est le plus problèmatique, la pauvreté ou la richesse ?

    Si les riches n’existaient pas, est ce que les pauvres se plaindraient de leur pauvreté ? Et ces pauvres seraient ils plus pauvres ou moins pauvres ?

    L’être humain est ainsi fait qu’il se plaint toujours. Un jour je me suis plaint à mon patron  » Je trouve mon salaire insuffisant « … il m’a répondu  » moi non plus je ne suis pas satisfait de mon salaire ! »…Personne n’est donc satisfait de son sort sur cette foutue planète ? Pourquoi passe t on son temps à toujours envier celui qui possède plus ?

    Est ce que posséder plus rend plus heureux ? Posséder plus rends plus sexy, plus séduisant…Après la chute du mur de Berlin on s’est aperçu que séduire une femme avec une BMW c’est beaucoup plus facile qu’avec une Trabant, ce qui contribue à expliquer l’échec du communisme !

    Le problème n’est pas l’économie… le problème c’est l’être humain et le capitalisme est finalement bien adapté à la nature humaine.

  17. Oui , la description de São Paulo est juste mais je la vois depuis les années 1970, 80, etc c qui à change est la mentalité , les pauvres , en devenant plus pauvres et nombreux ; sont devenus plus violents ; accompagnant la violence sociale. N’ oublions pas ,l’ Amérique Latine fut un terrain d’ essai pour les économistes libérales style Milton Friedman ,ecole de Chicagoetc . Le Brésil qui fut une dictature militaire des plus dures du continent.

    L’auteur américain Frank D. McCann écrit ainsi, dans un texte de la Librairie du Congrès, que les « autoritaires devaient assumer la position contradictoire de défendre la démocratie en la détruisant » .
    Le sociologue Alain Rouquié écrit, lui :
    « S’il fallait en quelques mots repérer l’aspect le plus frappant de la vie politique latino-américaine, à coup sûr ce ne seraient ni les coups d’États, ni les putschs, ou le continuismo de présidents viagers, ni la fraude électorale bien tempérée qu’il conviendrait de signaler, mais plutôt l’attachement indéfectible, platonique, aux institutions représentatives de la démocratie à l’occidentale.
    Alors même qu’on viole ou contourne les principes libéraux et les cadres constitutionnels, on se réclame des valeurs permanentes de l’ordre démocratique. Les marchands d’ordre nouveau ne font pas florès au sud du Rio Bravo. Civils et militaires ne se réfèrent guère qu’à la démocratie, et à aucune autre légitimité qu’à celle dominante du libéralisme. »

    Le théologien belge Joseph Comblin parle lui d’« État de sécurité nationale » – qui ressemble, selon Marie-Monique Robin, à celui présenté par des militaires français tels que Jacques Hogard – pour caractériser ce nouveau type dictatorial de régime, où le pouvoir est concentré dans les mains de l’exécutif, lui-même contrôlé par l’armée. Selon le colonel espagnol Prudencio Garcia, les forces armées s’arrogent le droit exclusif d’incarner les concepts de « patrie et de représentation de la nation », rejetant tous leurs opposants comme « apatrides »:
    « En aucun cas, il ne s’agit de vaincre démocratiquement des adversaires politiques qui proposent un projet social différent, mais d’anéantir physiquement un certain nombre de créatures désincarnées, déshumanisées et considérées comme des dangers mortels »
    Que de contradictions les mêmes mots dans la bouche de nos politiques 40 ans après et pourtant mondialistes partisans du capital apatride et des nations hôtels tel le reve de J.Attali
    Texte très actuel pour notre cher Europe.

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