LA PROPRIÉTÉ, L’OS À RONGER DU PAUVRE, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

Pour prolonger le débat autour de la notion juridique de propriété, qui a fait vibrer la corde sensible de bien des visiteurs et habitués de ce blog, je vais l’aborder sous l’angle affectif, précisément, parce qu’il me semble que les résistances que rencontre en nous l’éventualité d’une abolition de la propriété s’expliquent par la nature de notre rapport au monde et aux activités qui le transforment.

Une petite fille – appelons-la Natacha – aimait les flacons de parfum, leurs bouchons taillés à facettes. Un jour que sa tante s’apprêtait à en jeter un vide, Natacha lui demanda la permission de le garder. Rentrée dans sa chambre, elle retira la faveur défraîchie nouée autour du col du flacon, détacha lentement, en en pinçant le bord entre deux ongles, la mue jaunâtre de l’étiquette et gratta soigneusement, avec un coton humide puis avec un canif, les résidus de colle. Quand elle eut fini, elle savonna l’intérieur et le rinça à l’eau claire plusieurs fois, jusqu’à ce que toute odeur de parfum eût disparu. Après avoir séché le flacon, elle s’appliqua à le polir avec un coin de sa couverture. Au bout de quelques minutes de ce labeur délicat, elle fit jouer la lumière au travers et jugea que son œuvre était achevée. Le vulgaire accessoire de coiffeuse, transfiguré par ses soins en épiphanie de cristal, alla rejoindre sa collection. La scène est narrée dans Enfance, de Nathalie Sarraute (1983). La petite fille en question, c’est l’autrice elle-même. Le trésor de Natacha est de ces joyaux dérisoires, ennoblis par l’imagination et le reconditionnement, qui se ramassent parmi les dépouilles opimes de la production de masse. En nettoyant le flacon, en effaçant les traces de sa fonction initiale, en le rendant propre, propre à un nouvel usage, elle se l’approprie. Elle se crée un droit sur un objet déchu.

Autre scène, extraite cette fois d’une pièce de Jean Genet, Les Paravents (1961). Dixième tableau. L’Algérie française est en ébullition. Les opérations du FLN ont commencé. M. Blankensee se promène dans sa propriété, en compagnie d’un ami, Sir Harold. Tous deux sont des colons. Blankensee est propriétaire d’orangeraies. Son domaine, il l’aime d’un amour charnel et sublime ; il en jouit en esthète, en poète, en despote ; il l’étreint littéralement par les mots dont il se sert pour le dépeindre. Le cadastre est d’abord dans la langue, cette langue française qui rebaptise et refaçonne la terre algérienne. « Nous sommes les maîtres du langage », dit-il, alors que ses journaliers mettent le feu à ses orangers. Autant les « Arabes » révoltés sont silencieux, autant le colon est éloquent : « Toucher aux choses c’est toucher à la langue. » Il franchit un nouveau palier rhétorique et décrète ceci, que ne récuseraient pas certains Pieds-Noirs nostalgiques : « Les choses appartiennent à ceux qui ont su les rendre meilleures… Qui a rendu meilleures vos orangeraies, et qui mes forêts et mes roses ? Mes rosiers c’est mon sang. » Ce passage est une des plus violentes charges anticolonialistes de notre littérature. Genet laisse le lyrisme colonial barytoner à plein coffre sur fond d’apocalypse. L’emphase se dénonce elle-même. Nous savons que la colonisation n’a rien embelli, puisqu’elle a ravalé les cultures autochtones aux étages anthropologiques inférieurs, ce qui l’autorisait à poser ses greffons ailleurs que sur l’existant ; nous savons qu’elle s’est bornée à reconstituer, loin de la métropole, une petite France et qu’elle n’a jugé bon d’enrôler les Algériens que pour les faire servir à cette reproduction de l’entre-soi (les communautés d’expatriés de l’outre-mer française comprendront). Les orangeraies de M. Blankensee sont le rêve de M. Blankensee et le cauchemar du fellah. Une longue didascalie indique que M. Blankensee ne voit pas que les choses qu’il dit posséder pour les avoir embellies sont déjà parties en fumée, que lui-même, en quelque sorte, est devenu étranger au paysage qu’il identifie comme sien, qu’il n’appartient plus à la nouvelle réalité d’un territoire que l’indigène se réapproprie par le saccage. Si l’Algérie libre a laissé péricliter des installations coloniales sophistiquées comme les barrages, la cause n’en est pas tant la gabegie gouvernementale que l’impossibilité d’exorciser un progrès mis au service d’un projet de société régressif. Les mêmes barrages ont été mieux entretenus au Maroc. Pourquoi ? Parce que la société marocaine n’est pas sortie du régime colonial. Non que la France et l’Espagne aient encore des « droits » sur leur ancien protectorat. C’est plus subtil. Il existe une forme de colonisation indigène, issue des structures féodales, qui peut tout à fait se couler dans le moule de la colonisation étrangère, se confondre avec elle et lui survivre. La monarchie marocaine est le plus gros propriétaire terrien du pays. Elle est donc intéressée à l’entretien des barrages, les anciens comme les nouveaux, qui alimentent ses oasis et garantissent leur prospérité insolente, au détriment des petits paysans, à qui l’eau est comptée parcimonieusement. La paysannerie marocaine, maintenue par le roi et ses collatéraux dans la dépendance et le sous-développement, doit maudire l’agrumiculture intensive…

Les orangers brûlent, mais « les choses appartiennent à ceux qui ont su les rendre meilleures ». Ce divorce de la réalité d’avec le discours qui prétend l’asseoir et l’ordonner idéalement, force le spectateur à sonder la duplicité du langage. En effet, détachez la phrase « Les choses appartiennent à ceux qui ont su les rendre meilleures » de son contexte colonial et proposez-la à quelques cobayes de vos amis comme définition de la propriété. Il se pourrait bien que la plupart s’y rallient, persuadés de tenir là une formule positive, inoffensive, consensuelle. Dans Les Paravents, Genet s’attaque à la racine du mal, qui pousse son germe en chacun de nous. La propriété est affaire d’intestin. L’instinct de propriété est logé là. Son réseau racinaire se déploie en nous à mesure que nous entassons l’un sur l’autre nos misérables trésors ; il s’accroche aux biens immeubles par nos pieds, aux biens meubles par nos mains. L’expropriation est vécue par beaucoup comme un arrachement, une éviscération, sans doute parce que l’accession à la propriété, dans un espace vital qui va s’étrécissant, sous la double pression de la démographie et de l’inégale répartition des richesses, est moins un droit qu’un permis d’empiéter concédé à ceux qui ont les moyens d’engager la lutte. On met toute sa tripe dans son bien, fût-il minuscule, et vous le disputer revient à déclarer la guerre à vos entrailles. Rabelais l’écrivait déjà au XVIe siècle, ce n’est pas Éros qui mène le monde, mais Messere Gaster, dont le nom peut se lire de deux façons : Ventre (en grec et en latin) et Gâter. Et de fait, l’abusus vous accorde la possibilité de gâter votre bien, d’interdire par là à tout autre que vous d’en jouir. Na ! Bien fait !

La propriété n’est pas seulement légitimée en droit, elle l’est aussi en pratique, et c’est là que se trouve le nœud du problème. John Locke voit dans la propriété un droit naturel. L’action transformatrice d’un homme sur la nature le rend propriétaire de la parcelle transformée, à condition toutefois qu’il ne s’arroge pas la meilleure part du lot commun. Ce système, adapté à une société agraire où prédominent la petite exploitation, le commerce de proximité et l’artisanat familial, est hostile à l’économie de rente. Locke trouverait normal que la cerisaie de Tchekhov change de propriétaire, revienne à Lopakhine, petit-fils d’un serf, homme d’affaires actif et ambitieux, puisque les héritiers n’ont pas su l’entretenir ni la faire fructifier. L’étudiant Trofimov résume ce point de vue : « Toute la Russie est notre cerisaie. La terre est vaste et belle, il y a beaucoup d’endroits splendides. Imaginez, Ania : votre grand-père, votre arrière-grand-père, tous vos ancêtres possédaient des esclaves, ils possédaient des âmes vivantes, et ne sentez-vous pas dans chaque fruit de votre cerisaie, dans chaque feuille, dans chaque tronc, des créatures humaines qui vous regardent, n’entendez-vous donc pas leurs voix ?… Posséder des âmes vivantes – mais cela vous a dégénérés, vous tous, vivants ou morts, si bien que votre mère, vous, votre oncle, vous ne voyez même plus que vous vivez sur des dettes, sur le compte des autres, le compte de ces gens que vous laissez à peine entrer dans votre vestibule… Nous sommes en retard d’au moins deux siècles, nous n’avons rien de rien, pas de rapport défini avec notre passé, nous ne faisons que philosopher, nous plaindre de l’ennui ou boire de la vodka. C’est tellement clair, pour commencer à vivre dans le présent, il faut d’abord racheter notre passé, en finir avec lui, et l’on ne peut le racheter qu’au prix de la souffrance, au prix d’un labeur inouï et sans relâche. Comprenez cela, Ania. » Dès lors que le servage est aboli, seul le travail donne des droits sur le sol. L’aristocrate jouisseur doit se muer en physiocrate avisé, sous peine d’y laisser les derniers lambeaux de sa respectabilité. Selon ce même principe, si l’on fait un bond jusqu’à notre époque, tellement plus avancée, un milliardaire qui confierait à un jardinier la tâche d’entretenir les parterres floraux de sa villa du Cap Ferrat, où il lézarde deux semaines dans l’année, devrait lui abandonner la propriété desdits parterres.

L’ennui, avec cette approche naturaliste, encore très vivace (la défense de la « valeur travail » et le rêve d’une « France de propriétaires » en sont les surgeons récents dans le discours politique), c’est qu’elle fait l’économie des dangers inhérents à l’intensification de l’occupation des sols et à la surexploitation de leurs ressources, et ne tient pas compte des bouleversements ergonomiques induits par les progrès de la mécanisation. La plupart des biens meubles et/ou immeubles dont nous nous disons propriétaires, ne sont pas le fruit d’une transformation à laquelle nous aurions eu une part déterminante. Au mieux, par le bricolage ou le montage, avons-nous une part marginale. Plusieurs savoir-faire ont pu être mobilisés sur un même objet. Les ouvriers et les artisans qui se sont relayés durant sa fabrication sont virtuellement copropriétaires du produit fini. Ils ne possèdent pas leur outil de travail, sauf s’ils l’ont fabriqué, mais le fruit de leur travail, en un sens, ils le possèdent. On pourrait même dire que la nature, qui fournit le matériau brut, matériau en réalité déjà travaillé à l’échelle atomique, parce qu’elle collabore au processus d’un bout à l’autre de la chaîne, de la naissance à la mort de l’objet, en est le propriétaire véritable. L’acheteur d’un bien, en tant que jouisseur pur, n’en est pas le propriétaire naturel. Il le deviendra partiellement s’il modifie ce bien, s’il lui trouve une nouvelle affectation, s’il le détourne de son usage, s’il y met de lui-même, s’il se l’incorpore (tout pour la tripe). Imaginons un objet complexe qui aurait été usiné entièrement par un robot (nous n’en sommes pas encore là). Cet objet est comme neutralisé, même s’il y a un agent occulte, au second degré, l’ouvrier assembleur du robot. Nous aurons du mal à nous approprier, à la façon de la petite Natacha, ce bien neutre. Nous avons déjà du mal à nous approprier un four à micro-ondes ou un réfrigérateur, des produits d’usine dont l’assemblage est encore largement dévolu, pourtant, aux humains. C’est que nous attachons toujours un grand prix au geste démiurgique, bien que cette compétence suprême, maîtrisée au terme d’un long apprentissage et dévoreuse de temps dans son exercice, soit de moins en moins sollicitée par les temps qui courent. L’objet vaut encore par la signature humaine qu’on y décèle.

D’où vient qu’en dépit de la prégnance du modèle lockéen, nous avons laissé se développer une forme de propriété parasitaire, improductive et nuisible, sorte d’aspirateur à rentes, qui en est la négation même ? Probablement de ce que le mirage juridique se dissout, en même temps que se brouille la traçabilité du geste créateur, et que le corps honteux de la propriété commence d’apparaître. En réalité, ni le gros ni le petit propriétaire ne possèdent en propre, de nos jours, ce qu’ils affirment posséder. Nous avons vu qu’ils n’en possèdent qu’une partie et que cette partie va diminuant à mesure que la fortune s’accroît, la délégation de tâche remplaçant l’action personnelle sur les choses (on ne peut s’occuper soi-même de tous ses biens). Nous découvrons, avec le retour en force de l’économie de rente, à la fois honnie et enviée, que la propriété, pour être légitime, n’a pas besoin de manifester une ambition individuelle ou collective, ni même de tenir compte de la pénurie d’espace et de l’amenuisement des ressources disponibles. La propriété ne fait pas société. Elle en est même l’antithèse. Quand il écrit que « la propriété, c’est le vol », Proudhon vise les propriétaires rentiers. En revanche, il accepte la propriété acquise par le travail. Il rejoint Locke sur ce point. L’éjection des rentiers au profit des travailleurs ne doit cependant pas nous dispenser d’interroger la légitimité de la petite propriété, surtout à une époque où les travailleurs ne savent plus toujours pour qui ni pourquoi ils produisent. Le « ici, c’est chez moi » du petit propriétaire est-il foncièrement différent du « ici, c’est chez moi » du gros ? Dans les deux cas, la formule n’est pas l’affirmation d’une volonté d’améliorer les choses mais l’avertissement qu’on s’en réserve l’usage exclusif. Alors, gare ! Trespassers will be eaten. La tyrannie commence dans le vase clos domestique. La propriété, pour la plupart des hommes, est une minuscule concession que leur octroie la minorité accaparante afin qu’ils puissent, dans l’espace privé, exercer le pouvoir qu’elle leur dénie dans l’espace public. L’os à ronger du pauvre. L’échec partiel de la collectivisation dans les pays communistes tient au fait que la « propriété commune », en remplaçant la propriété privée, n’a pas donné plus de poids politique aux agriculteurs rassemblés. Ils étaient même plus étroitement surveillés que jamais. Les pessimistes diront que, même si on leur avait fait de la place, il est douteux qu’ils l’eussent occupée, car le peuple est un polymère mou ; les optimistes diront que l’intérêt des citoyens pour la chose publique est tel, au contraire, que si on leur proposait de collectiviser leurs biens en échange d’une collectivisation des instruments de la politique, ils s’exproprieraient eux-mêmes volontiers ; les pessimistes reviendront alors à la charge pour souligner qu’il n’est pas dit que la collectivité ainsi constituée, vis-à-vis des ensembles humains concurrents, ne tombe pas dans les mêmes travers que le propriétaire individuel vis-à-vis de ses voisins. Le risque vaut peut-être la peine d’être couru. C’est l’impuissance qui fait les révolutions, le peuple servant de bélier à une caste montante pour enfoncer la porte de la caste régnante. La puissance d’invention de la collectivité est rarement convoquée. On lui préfère la force de frappe de la masse. Une masse, ça écrase, puis ça s’écrase.

Le « cerveau collectif » du blog de Paul Jorion ne doit pas s’illusionner sur les capacités d’écoute des décideurs et de leurs compétiteurs actuels. Ce n’est pas à ce niveau, selon moi, que se situent les enjeux. L’effort de pédagogie doit être dirigé vers les citoyens et redirigé, avec leur concours, vers leurs représentants. La démocratie s’use si l’on ne s’en sert pas. Ce régime donne la possibilité à chacun de s’envisager comme coopérateur de la chose publique, davantage que comme copropriétaire. Un désaveu collectif par le vote du personnel politique actuel lui ferait comprendre que le pouvoir n’est pas quelque chose qui lui est offert, mais quelque chose qui lui est concédé, qu’il en est l’obligé plus que le détenteur. Cela nettoierait bien des « vocations » de leur vernis d’abnégation et de désintéressement. Les rentiers de la politique lâcheraient sans doute leurs chiens de garde, mais, en comptant les mâtins, nous serions surpris de les voir si peu nombreux, eux dont les abois emplissent le chenil médiatique comme s’ils en étaient les locataires uniques.

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87 réflexions sur « LA PROPRIÉTÉ, L’OS À RONGER DU PAUVRE, par Bertrand Rouziès-Léonardi »

  1. Je prends la liberté de supposer que la propriété collective se limite aux membres de la famille depuis la sédentarisation de l’Homme, une propriété collective dans l’espace et dans le temps mais il faut maintenant y ajouter une autre dimension, fonder le partage sur la fraternité humaine.
    Penser l’espèce comme une famille.
    Donc faire l’inventaire de ce qui appartient à la famille humaine et le répartir selon des modalités équitables.
    Les petites filles peuvent donc conserver leurs flacons, les grandes filles veulent le partage du pouvoir; c’est un rapport de force que la loi doit arbritrer. Le parlement c’est les représentants du peuple, normalement c’est lui qui décide des lois.
    La question est: qu’est-ce qui a rendu le peuple moutonnier ?
    Une petite augmentation du bien-être en échange de la sacralisation de l’obéissance.
    Quand passerons-nous enfin de l’ « indignation » à la « désobéissance » qui est révolte pacifique.

    1. Tout le monde peut à son petit niveau « désobéir », je me demande toujours pourquoi les contribuables ne font pas la « grève de l’impôt » à grande échelle quand ils ne sont pas satisfaits ? Pourquoi les boycotts ne marchent-ils pas ?

      1. @Vivanco Vous écrivez:
        «je me demande toujours pourquoi les contribuables ne font pas la « grève de l’impôt » à grande échelle…»
        L’avez-vous essayé? Si oui, quels en furent les résultats?
        Deux-Montagnes Québec

      2. @lorimiera
        Une grève de la TVA a été organisé en Belgique par un parti aujourd’hui disparu qui défendait les classes moyennes. Ce sont les commerçants (boutiquiers dirait Vigneron) qui ont agit, ayant la faculté de reculer d’un mois le versement d’un acompte sur la TVA perçue. C’était dans les années 70 me semble-t-il et je ne me souviens pas du résultat, en dehors de la colère du gouvernement.

    2. réponse directe à une question de Béotienne , que je cite : « Quand passerons-nous enfin de l’ «
      indignation » à la « désobéissance » qui est révolte pacifique ? »

      Et bien quand on lève son popotin de sa chaise, que l’on commence un comité citoyen de
      quartier, comme fait par des centaines de milliers de barcelonais, mardilènes et tant d’autres
      de part le monde…
      réveillez-vous : il y a des millions de gens de plus en plus en action concrète dans la rue dans
      le monde depuis quelques années: c’est ce qui s’appelle un mouvement social global spontané ( à
      tendance bien plus horizontale que le forum social mondial d’il y a dix ans, à en croire bien
      des acteurs historiques régionaux, internationaux… de ce forum).
      Un peu partout on travaille à la désobéissance civile concrète, pratique, du local au plus global.

      et NON : LES OLIGARQUES NE NOUS REPRESENTENT PAS ! Vessies et Lanternes :
      – un Secrétaire de parti qui se déclare Leader est une oligarque parmi tant d’autres !
      -une usine parlementaire à gaz aux procédures/modalités de décision truquées n’est rien qu’un outil de répression clientéliste, dressant les uns contre les autres.
      – privilégions l’émancipation de tous par l’engagement citoyen régulier actif, concret, humainement solidaire de tout un chacun, comme le font de façon un peu plus globalement coordonnées certains, qu’aussitôt vous leur donnez l’étiquette mass-médiatique d' »indignés » comme avant on étiquetait les alter-mondialistes d' »anti-mondialistes », relisez mieux ! Même dans les articles du Monde ce mot est employé entre guillemets : les « indignés » sont en fait des citoyens spontanément réunis dans la rue par les révoltes concrètes internationales liées tant aux injustices systémiques qu’aux fractures sociales chaque année plus béantes de ce monde. Tous les citoyens sont à même de se réunir (certes comme il peuvent, entre deux charges -parfois sans sommations- des « forces de l’ordre » ploutocrate, et autres -scélérates- tentatives d’infiltrations, déstabilisations…), de façon aussi horizontale que possible. Sans leaders ni représentants.
      La plupart des AGs, ne génèrent pas de mandats (de toute façon à vocations autoritaires et courts) donnés à quelqu’un pour parler au nom des autres : inutile, les milliers d’actions internationalement et localement coordonnées de désobéissance civiles et autres, en prolongations et articulations pertinentes avec la mouvance globale des luttes sociales activement incarnées d’ici ou d’ailleurs, (d’ailleurs nous sommes d’ici^^) PARLENT POUR ELLES-MEMES:
      ce mouvement est dans les rues sur la Plazza del sol, El Tahrir, Syntagma, à Berlin, à Bruxelles, à Bayonne, de Bastille à Jussieu et ponctuellement un peu partout dans l’espace public : pas dur de nous trouver sauf si on est trop rivé le cul à son ordinateur… « Wall Street is our street ! »
      Relisez les faits, les fonctionnements concrets, les déclarations, les poignées de mains et les déclarations. Pour réussir à représenter aussi mal les populations que le fait concrètement
      depuis si longtemps l’oligarchie en place un peu partout, il faut se lever tôt le matin !
      Au point que l’on voit ne cesser de se multiplier l’explosion de certaines expressions de ruptures systémiques fortes, au niveau environnemental, social, etc…(faut-il ici rappeler que nous sommes la génération qui a vidé les mers de ses poissons, les nappes phréatiques de leurs eaux… la liste prendrait des tomes entiers)
      C’est une Réelle Démocratie YA qui est revendiquée, et mise en oeuvre. Dans la douleur :
      on va lentement parce que l’on va loin ; tout reste à faire, comme dit le poète.
      Demander à un mouvement naissant d’être opérationnel, c’est un peu prématuré !

      Vive l’avènement des nouvelles plateformes d’initiatives autonomes libre, et sans représentants !
      Inventer, créer et résister par l’engagement régulier et soutenu de l’ensemble des citoyens du monde est une tâche sans cesse plus primordiale. Voilà une idée qui devrait faire un cheminement aussi pragmatique qu’objectivement humain dans nos cerveaux.
      Aidons nous les uns les autres à nous émanciper des diffusions d’informations oligarchiques sans débats contradictoires décents et dignes ! Des réseaux de lieux autogérés sont investis, des marches-rencontres avec les différentes composantes de la créativité sociale sont organisées, pour un grand fauchage volontaire de régimes ultra-autoritaires, avec lesquels la rupture est durablement consommée.
      Plus de parlements truqués! >Chambres d’enregistrement des décisions citoyennes horizontales, des formes de sociocraties combinant efficacité et démocratie directes ? C’est possible ! Cela s’organise au quotidien au sein des espaces publics, malgré l’implacable répression oligarchiques, des tenants historique des coopératives autonomes on endossé le soutien aux luttes environnementales (gaz de schistes en France: c’est en ce moment que cela s’applique sur le terrain !..) ainsi que le soutien aux classes sociales exclues du partage équitables…

  2. @ Bertrand Rouziès-Léonardi
     » Ce régime donne la possibilité à chacun de s’envisager comme coopérateur de la chose publique  »
    Qui ? Où ? Quand ? Comment ?
    Ne voyez-vous pas , ne sentez-vous pas que la démocratie parlementaire et son système de représentation sont , à juste titre , lourdement discrédités ?
    Et de cette  » démocratie  » , n’entendez-vous pas le bruit de bottes et le silence des pantoufles ?
    Puissiez-vous imaginer un système qui s’approcherait de la démocratie directe …

  3. La question de l’appropriation par le savoir-faire technique : cf. la notion de transindividuation de Simondon.
    Ce que nous voulons au fond n’est pas la propriété mais des « conditions d’élévation » que l’on va associer à la tranquillité du propriétaire, sûr de la continuité de son environnement.
    Les savoir-faire demandent des stabilités d’environnement différents et dynamiques (et ce sont en partie des « pharmakon » remèdes et poisons, en voir la critique récente par Pierre-Yves D sur l’autre fil du jour), qui ont fait partie du fond anthropologique.

    C’est cette « propriété d’un droit d’exercice de son savoir-faire et savoir-vivre » qui pourrait remplacer la propriété du sol et des objets. Mais la prolifération des outils techniques leur plasticité (web) et la façon dont ils font retour, dont ils nous « grammatisent » rend délicate toute définition langagière fixe.

    (et je n’ajouterai pas d’opimes didascalies, mais me contenterai de rappeler les ouvrages d’auteurs comme Sennett – ce que sait la main -, Crawford – Eloge du carburateur – et Stiegler autour de ces thèmes. Pour le « pharmakon », j’avais l’impression que Barbara Cassin utilisait cela sur une radio publique avant-hier, si quelqu’un (Lisztfr ? ) l’a entendue, elle expliquait à M. Baverez qu’on peut dire en bien ou en mal ce qu’on voit de certaines évolutions qui nous entourent -(‘lenseignement supérieur)… – , et j’ajouterais qu’on pourrait du coup reéaliser que ce n’est pas l’indicateur qui est intéressant, mais le processus.

    1. C’est cette « propriété d’un droit d’exercice de son savoir-faire et savoir-vivre » qui pourrait remplacer la propriété du sol et des objets.

      Je suis entièrement d’accord, mais comment s’exprime ce droit qui n’est plus d’ordre matériel ma

      1. C’est cette « propriété d’un droit d’exercice de son savoir-faire et savoir-vivre » qui pourrait remplacer la propriété du sol et des objets.

        Mauvaise manipulation veuillez me pardonner

        Je suis entièrement d’accord, mais comment s’exprime ce droit qui n’est pas d’ordre matériel mais immatériel.
        Sans avoir intériorisé et accepté le pouvoir créateur de l’individu qui sait ce que sait la main, la société ne pourra pas organisé cet excercice.
        Cela ne peut se développer qu’à la base organisée en réseau, dans un premier temps, je ne vois que l’exemplarité comme moteur de cette proposition tout à fait pertinente.

  4. Je peux pas approuver ce texte en entier, même si j’adhère à de longues parties de ce qui y est dit.

    Une des conditions de la société marchande est que si l’on « achète » un bien (ou un service), on libère (et je dis bien « libère » !) le producteur dudit bien ou service de sa part de « possession » (pas propriété) sur la chose.
    C’est même à ça que sert fondamentalement la monnaie ! (A l’inverse des autres formes historiques ou pré-historiques de l’échange !)

    Donc, pour prendre un exemple saugrenu, quand j’achète un Ipad, même si au passage j’exploite indûment l’ouvrier chinois qui l’a fabriqué, je le libère de ses droits sur l’objet.

    Je ne suis pas lockéen ! (ou adepte d’un ses nombreux successeurs). Bien sûr que l’ouvrier chinois, à l’instant évoqué, est par le fait « aliéné » (au sens marxiste) de son travail. Mais est-ce un mal en soi ? Je n’en suis pas sûr du tout, au contraire ! Quand j’ai dit on « libère », ça veut dire, entre autres, que ledit ouvrier n’est plus responsable de l’objet fabriqué, par exemple.

    Prenons un autre exemple, tout aussi saugrenu, dois-je intenter un procès au producteur de patates dont une, avariée, m’a rendu malade ?

    Or, c’est ce qui se passe actuellement (voir en particulier le cas médical).

    Je redis ici que le problème de la « propriété » n’est pas si simple qu’il en a l’air ! Et que continuer à le traiter comme il en fut au XIXe est probablement une erreur.

    1. Cher Léoned,

      Comme je le dis en préambule, j’envisage les choses sous l’angle affectif. La propriété juridique a déjà été amplement discutée ailleurs sur ce blog, la distinction entre propriété et possession aussi, et je n’ai pas fini de débobiner tous les fils (bienheureux qui sera capable d’en faire la synthèse !). Bien entendu que les producteurs se voient « libérés » des « droits naturels » (pour parler le lockéen). Le système capitaliste y a même tout intérêt, car un homme qui laisse une trace dans son œuvre peut susciter la sympathie et gagner l’estime de l’acheteur. Cela risque de gâter la jouissance béate à laquelle le martelage publicitaire prédestine ce dernier. Ce constat fait, il n’en demeure pas moins que chez de nombreux façonneurs du réel, de l’ouvrier à l’artiste, il y a plus qu’un pincement à se séparer de quelque chose dont on a accouché ou dont on a aidé à l’accouchement, où l’on a mis de son être propre. Alors, oui, dans ce sens et hors de toute définition juridique, ceux-là sont – et se sentent – propriétaires. C’est une propriété distanciée, qui n’a pas besoin de s’affirmer brutalement ni de se garantir par un titre quelconque. Appelez cela fierté. J’appellerai cela paternité. Les objets ont une âme et même plusieurs, c’est leur(s) signature(s). Il est encore possible, par les identifiants chiffrés des pièces, de remonter de la voiture achevée aux ouvriers qui l’ont assemblée, ne serait-ce que pour déterminer un vice de montage et le corriger à la source. Mon voisin ouvrier chez Renault parle de signature et défend les voitures sorties de son usine, comme si leur reprocher leurs défauts remettait en cause son savoir-faire et la sureté de son geste. Les conditions du travail dans les usines d’Apple interdisent sans doute aux ouvriers de songer à leur pouvoir transformateur et nous pouvons imaginer, nous qui nous exerçons les adducteurs sur les produits qu’ils montent à la chaîne, qu’ils trouveraient bizarre ce sentiment de paternité que d’aucuns éprouvent après avoir monté un bel objet, même reproduit à x exemplaires. Si leur situation s’améliorait, peut-être trouveraient-ils ce sentiment un peu moins bizarre. J’écrivais plus haut « hors de toute définition juridique ». En réalité, il est un secteur où le producteur conserve un droit, au sens juridique, sur l’œuvre produite : la création artistique. Le droit moral de l’auteur est perpétuel. Il protège son œuvre contre les dénaturations. Pour ce qui est des droits patrimoniaux, je rappellerai que les droits de transposition (adaptation, traduction, arrangement, transformation) sont suspendus à l’accord de l’auteur, de ses ayants-droit jusqu’à 70 ans après sa mort (dans tous les pays de l’UE). Le propriétaire d’un tableau n’en est pas le propriétaire absolu. Il ne peut pas légalement le détruire parce que tel est son bon plaisir. L’artiste persiste dans son œuvre et la fierté de tout métier tient pour une part à cela. C’est ce que je voulais exprimer.

      Cordialement.

      1. Rien à redire ! on est d’accord.

        Je vais même te raconter une anecdote : j’habite St Nazaire, ville constructrice de paquebots entre autres. Ma fille, encore ado à l’époque, ne supportait pas que le Queen Mary II quitte St Nazaire : « Il est à nous ! » pensait-elle. L’avait pas tort.
        Autre anecdote : un jour j’ai assisté au départ d’un cargo qui était là en simple radoub. Je te dis pas l’émotion ! Et pas que la mienne, celle de toute la foule assemblée pour voir le départ.

        Je n’ai pas dit que « l’économie monétaire » était mieux que ce qu’il y avait avant ! Je constate juste qu’elle est. Et qu’elle détache le produit du producteur. Pour le pire ou le meilleur.

        NB : J’ai beaucoup aimé ton mot de « paternité » !

      2. Lorsque le bien a été acquis par des moyens propres, par son travail, ou le revenu de son travail, son acquisition représente le sacrifice d’une partie de ses revenus, donc une fraction de sa vie, un bout de soi, non ?… n’est ce pas aussi ce qui crée un attachement ?

        Je suis artisan marbrier et je connais bien le sentiment d’attachement à un bel ouvrage créé pour autrui, et en effet, comme le dit Leoned, le paiement est un acte « libératoire », mais aussi une forme de « récompense » et de reconnaissance d’avoir apporté un savoir contre une rémunération c’est à dire une promesse de me donner les moyens de couvrir une partie de mes besoins.

      3. Tiens je vais en rajouter une couche, en allant dans ton sens.
        J’ai dit St Nazaire. Y’a là 2 grosses entreprises et pleins d’autres plus petites ou sous-traitantes) : les Chantiers donc et Airbus.

        T’as pas idée de la fierté des gens qui y travaillent !

        J’ai visité ou arpenté les deux. Sont fiers les mecs et les nanas ! Quel que soit l’atelier.

        Croisé, entre autres, un chaudronnier : donnait des cours à des stagiaires (à Airbus) et moi, comme prof j’accompagnais les candidats-stagiaires. M’a causé, longuement. Pas dur : j’ai toujours été admiratif devant le mec qui en 3 coups de marteau te transforme une tôle en un objet de pure beauté. Moi, j’étais prof de math. Le mec,,il s’est fait une gloire de me dire que la première (ou presque) question qu’il posait à ses « nouveaux », ben, si tu regardais bien c’était le théorème de Pythagore. Fier je te dis.

        Dans le même genre, mais bien plus vieux, mon grand-père était (de formation serrurière) tourneur-fraiseur-aléseur. C’était les années 20, plein emploi. Un jour, son patron (chez de Dion-Bouton, si mes souvenirs sont bons) a pas été correct avec lui. L’a claqué la porte, et le lendemain il était embauché dans une autre boîte et à meilleur salaire !
        L’était fier lui aussi quand il racontait ça.
        Mais l’était fier aussi des gens « au-dessus » de lui : les ingénieurs. Me disait : « Ils te regardent 5 minutes et ils ont compris comment on fait ! ». Admiratif ! (L’a toujours regretté que je fasse prof, au lieu d’ingénieur. Son idéal.)
        Il a fini sa carrière aux Chantiers navals (ceux de Nantes avant qu’ils disparaissent).
        T’aurais dû le voir, dans sa cave transformée en mini-atelier de tourneur, comment qu’il était fier de transformer un vulgaire bout de métal en un objet parfait. (J’en ai profité lâchement, comme un gosse que j’étais à l’époque, pour lui faire faire des merveilles : tu m’en priveras jamais, finiront peut-être à la poubelle, mais pas de mon vivant !)

        Tu as raison « les objets ont une âme ». Parfois vache : comme le pied de la commode qui te heurte l’orteil juste là où t’as déjà un cor, mais, le plus souvent, emplie de la sueur et du travail des hommes qui l’ont fait.

        Et ça c’est pas chiffrable en euros, en dollars, ou en je ne sais quoi !

      4. Je ne sais pas si un lien affectif a un rapport avec la propriété…
        Le « Je t’aime donc je te possede » est un constat assez déprimant. Comme dirait Freud, ça nous ramène au stade oral.
        En tous les cas, c’est assez peu chrétien, ce qui nous fait régresser au mézozoique de l’humanité rampante.
        Je dis chrétien, parce que tout de meme ,au niveau philosophique c’est le minimum syndical en Europe…Qui connait Locke?
        On peut aimer quelque chose qui ne nous appartient pas, et qui meme, hé oui quelle sorte de perversité, est collectif!
        C’est quand meme un minimum en terme de civilisation. Sinon nous serions tous des ours perdus dans la jungle.
        Les Incas possedaient-ils le soleil, leur dieu?
        Je dis ceci pour faire remarquer la misère philosophique qu’engendre la reflexion sur la propriété, si on ne la pense pas comme une pathologie basée sur l’accumulation de biens hors de toute convenance, et qui devient symptomatiquement maniaque, et une visible altération de la santé mentale de l’individu.
        Qui bien souvent le pousse au crime et à la guerre…
        S’il n’y avait que les cocus pour se venger, l’humanité serait bien pacifique.

      5. @ izarn

        Tu inverses notre propos à BRL et à moi. Lui parle de « paternité », moi je parle de « fierté » de l’œuvre accomplie, fabriquée. On ne parle pas de « propriété ».

        Mais, si tu négliges cet aspect « affect » dans le rapport aux choses, tu ne pourras pas analyser correctement ce qu’est la propriété en question.

        Qui connaît Locke ? demandes-tu. En vrai, peu de gens, mais nombreux sont ceux qui l’utilisent au quotidien dans leur discours (+ ou – politique), à commencer par tous les tenants de la lignée Smith-Ricardo-Marx ! Locke est un des premiers à avoir clairement affirmé : « C’est le travail de l’homme qui justifie l’appropriation et donc la propriété ».

        La rémunération du travail est ainsi justifiée.
        La propriété de la terre labourée est ainsi justifiée.
        Etc.

      6. Une oeuvre d’art, un livre, que sais-je encore ne sont pas achevés lorsqu’ils sont exposés à la vision, à la lecture. Tout créateur le sait et le proclame, celui qui regarde, celui qui lit, ajoute, affectivement à l’oeuvre qui de ce fait n’est jamais achevée.

        Alors qu’en est-il de la propriété dans ce cas, mythe de la propriété protéenne se dérobant sous de multiples formes à chaque attaque de l’histoire et pouvons nous, prenant appui sur une telle proposition de réflexion, envisager une forme de « propriété » fructueusement mouvante à l’intérieur d’une communauté humaine ?

      7. @ hafidi jacqueline

        Une œuvre d’art, un livre, que sais-je encore ne sont pas achevés lorsqu’ils sont exposés à la vision, à la lecture. Tout créateur le sait et le proclame, celui qui regarde, celui qui lit, ajoute, affectivement à l’œuvre qui de ce fait n’est jamais achevée.

        Entièrement d’accord.
        Par exemple, une fois écrit, un texte n’appartient plus à son auteur, mais à son lecteur.

    2. Pourquoi les ouvriers chinois ou d’autres pays où la main d’oeuvre est encore moins chère acceptent de travailler pour si peu alors que collectivement ils pourraient exiger de meilleurs salaires s’ils s’organisaient en le refusant ? Parce qu’ils sont soumis à une dictature ? Par ignorance ? Il y a là quelque chose qui m’étonne à l’heure d’Internet

      1. La bonne réponse est la première : parce qu’ils sont soumis à une dictature !

        Don’t forget Tien An Men !

  5. Nom d’une pipe, je suis temporairement propriétaire sans le savoir à récupérer les bouteilles d’huile carrée vides et autres bouteilles d’une forme intéressante, à les enduire de tissu, de plâtre, de couleur et de vernis pour en faire des vases mono-fleur 🙂

    Je dis temporairement, parce que contrairement à Nathalie Sarraute, elle passent très vite dans d’autres mains, alertes à me les piquer.

    Pour en revenir à des considérations plus sérieuses, le seul projet de société qui me paraîtrait viable, serait le troc. Une heure de travail contre une heure de travail, à quelque niveau que ce soit.

    Une banque mondiale gratuite pour tout ce qui est de l’ordre de la nécessité, nourriture, logement, casseroles etc…

    Un banque mondiale pour tout ce qui est superflu, basé sur le troc d’heure à heure de travail + participation à l’investissement travail-horaire du matériel nécessaire pour le faire.

    5 % du travail mondial irait à la Banque gratuite, ce qui serait largement suffisant pour l’alimenter et pour prendre en charge ceux qui sont trop âgés, invalides, etc…

    Bien évidemment, cela demanderait une honnêteté sans faille de la part de tous les participants. Ce qui en l’état, serait loin d’être gagné.

    Mais, je pense que l’on reviendra un jour au troc, dans quelques siècles probablement. Quand la monnaie sonnante et trébuchante n’existera plus.

    Il y a quarante ans encore, le troc était possible : Je te donne un cours de français ou de piano contre une heure de ménage ou n’importe quoi d’autre.

    Aujourd’hui, lorsque l’on parle de troc dans nos pays dits civilisés, la plupart des gens écarquillent les yeux en nous prenant pour des frapadingues, à quelques exceptions près.

    Ah, c’est sûr, nos gouvernements ne serviraient plus à rien qu’à être des comptables du troc, mais sans pouvoir bénéficier des excédents, le métier de politique aurait donc disparu de la planète Terre.

    Rassurez-vous, le « cerveau collectif » du Jorion Blog ne s’illusionne sur rien et surtout pas sur le fait d’être entendu en haut lieu, sinon vous seriez déjà au gouvernement.

    Mais cela pourrait changer demain.

    1. Une heure de maçonnerie contre une heure de création poétique ?
      Une heure de chirurgie contre une heure d’élevage de poules ?
      Une heure de droit, une heure d’administration, une heure d’enseignement …

      1. Oui. Un bon chirurgien ne saurait pas planter un chou, se nourrir et donc survivre. Un bon éleveur de poule saurait faire de bons oeufs et ne saurait pas faire une opération.

        Le temps, selon lequel on veut bien le calculer sur cette planète, est le même pour tous.

        Cela permettrait en outre à chacun de faire le métier pour lequel il est fait et qu’il aime faire ! et réduirait considérablement le niveau dramatique d’incompétence dans tous les domaines de notre société.

        Je crois que la nature est bien faite, elle sait répartir ses dons dans les individus. C’est nous qui en faisons une mauvaise distribution.

      2. Merci Efarista, je ne connaissais pas ce réseau.
        Qui existe également en Suisse ce que je viens de voir sur le net, mais pas dans mon Canton pour l’instant.

        Toujours le dernier à agir positivement d’ailleurs 🙂

    2. Et c’est déjà en train de changer, il y a pas mal de services que les gens s’échangent et qui ne passent plus par un circuit commercial. Avant de se suiccider les citoyens vont développer une économie de plus en plus parallèle, malheureusement de plus en plus criminelle aussi sans aucun doute…

  6. Isabelle Stengers (La sorcellerie capitaliste – Le temps des catastrophes) utilise la notion de pharmakon.

    1. La sorcellerie capitaliste par Isabelle Stengers et Philippe Pignarre

      C’est entendu : il existe une horreur économique. Mais la dénoncer ne suffit pas : si la dénonciation était efficace, il y a longtemps que le capitalisme aurait disparu… Les auteurs appellent « capitalisme » ce système qui nous saisit à travers des alternatives infernales, du type : « Si vous demandez des droits supplémentaires, une augmentation de salaire, vous favorisez les délocalisations et le chômage. » Comment ne pas être paralysé ? D’autres peuples ont appelé cela un système sorcier. Et si ce n’était pas une métaphore ? Et si c’était même le meilleur nom que l’on pouvait donner à la prise que le capitalisme exerce sur nous, nous aidant, du coup, à réfléchir aux manières dont nous pouvons avoir prise sur lui ? Pourquoi avons-nous été si vulnérables à un tel système ? Comment se protéger ? Certaines idées de gauche, et d’abord la croyance dans le « progrès », n’auraient-elles pas donné au capitalisme le moyen de nous rendre impuissants ? Ce livre s’adresse à celles et ceux qui refusent la résignation. Il affirme l’importance politique de l’action de collectifs capables de créer de nouvelles manières de résister à ce que nous subissons, et la nécessité d’une culture d’apprentissage et de relais, car nous avons besoin des savoirs que produit et demande la construction de tels collectifs. C’est par la question pragmatique « comment faire prise » que les auteurs prolongent le cri lancé à Seattle : « Un autre monde est possible ! »
      Extraits de « La Découverte »
      Deux-Montagnes Québec

    1. Chiche ! On commence par l’héritage matériel et puis on continue par l’ héritage génétique ?

      La notion d’égalité est intéressante surtout en matière de droit à la justice, au respect .
      Mais , si c ‘est pour passer de l’inégalité a l ‘uniformisation …
      La solution à l’inégalité est plutôt dans la solidarité .

      La notion d’héritage porte en elle la notion de cadeau . Pour offrir, certains se serrent la ceinture toute une vie .

    2. Cas pratique : je crée une entreprise en partant de zéro, qui après une trentaine d années est devenue une importante entreprise. Si je ne peux la transmettre à mon fils ( par hypothèse plus d héritage possible) qui en devient propriétaire? A priori l état dans votre raisonnement. A ce moment etes vous sure que l état sera gérer, reprendre l entreprise? Par ailleurs connaissant la nature humaine, le fonctionnaire représentant l état à la tête de l entreprise ne profitera t il pas de son nouveau pouvoir ( chef de l entreprise) pour en faire profiter ses proches? Ce qui reviendra alors au même……les représentants de l état auront alors pleins de pouvoirs, d ou le risque de dérapages.
      Enfin on peut etre tenté de se dire, et bien taxons l héritage de manière à ce que le fils du créateur de l entreprise la rachète en quelque sorte à l état. Mais à ce moment là notre fils sera obligé de prélever un maximum de dividende pour rembourser l emprunt lui ayant servi à payer les droits de succession (puisque par hypothèse il part li aussi de zéro)
      Bref pas si simple……

      1. Et si la propriété se convertissait pour l’héritier en usufruit du bien matériel (l’entreprise) ? Usufruit partagé avec les autres acteurs de l’entreprise ?… Que deviendrait dans cette hypothèse la nu-propriété ? Je ne suis pas spécialiste…

      2. @maxfriend
        S agissant de la nu propriété (NP), a priori elle reviendrait à l état. Mais pour ce dernier aucun intérêt de détenir la NP de l entreprise, puisque cela ne lui donnerait aucun droit ni dividende.
        S agissant de l usufruit, si notre fils le récupère, en fait il récupère la quasi totalité de son « pouvoir » donc aucun intérêt.
        Si notre fils partage cet usufruit avec les autres acteurs de l entreprise : plusieurs problèmes :
        – on va avoir des salaries actionnaires qui auront un avantage certain par rapport au futur nouveaux salaries (puisque ces derniers salaries ne seront pas actionnaire), donc on a toujours le même problème, puisque l on a toujours des actionnaires….et pourquoi des salaries deviendraient ils actionnaires juste parce qu ils étaient là au moment du décès du créateur de l entreprise?
        – est il bon que le pouvoir soit dilue entre tous les salaries? cela ne risque t il pas de conduire les entreprises en moyenne à etre moins bien dirigées?
        Enfin une étude avait été réalisée sur les entreprises familiales. Conclusion : ce type d entreprise est souvent mieux gérée car l actionnaire familiale a une gestion à long terme, il ne recherche pas le profit immédiat. D’ou des salaries bien mieux considères et svt mieux rémunérés. Car lorsque que les droits de successions sont trop importants, les enfants n ayant pas les moyens de payer, ils vendent. Qui rachète ? Bien souvent des financiers, qui ont bien souvent la gestion que l on connait…..

  7. « Les communautés d’expatriés de l’outre-mer française comprendront »

    Mes beaux parents, tous deux Français nés au Maroc et rentrés en France dans les années soixante, lui mécanicien à l’Office Chérifien des Phosphates et elle, institutice, comprennent parfaitement que tout le monde s’excuse pour eux tous les jours de ce qu’ils ont pu être, et de ce qu’ils ont fait.

  8. Français, encore un effort si vous voulez être républicains, 1795

    Dans un pamphlet de 1795, le marquis de Sade s’adresse aux représentants du peuple qui viennent d’inscrire le droit de propriété (articles 2 et 17) dans la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (1789)… 

    A Dieu ne plaise que je veuille attaquer ou détruire ici le serment du respect des propriétés, que vient de prononcer la nation : mais me permettra-t-on quelques idées sur l’injustice de ce serment ? Quel est l’esprit d’un serment prononcé par tous les individus d’une nation ? N’est-il pas de maintenir une parfaite égalité parmi les citoyens, de les soumettre tous également à la loi protectrice des propriétés de tous ? Or, je vous demande maintenant si elle est bien juste, la loi qui ordonne à celui qui n’a rien de respecte celui qui a tout. Quels sont les éléments du pacte social ? Ne consiste-t-il pas à céder un peu de sa liberté et de ses propriétés pour assurer et maintenir ce que l’on conserve de l’un et de l’autre ?
          Toutes les lois sont assises sur ces bases ; elles sont les motifs des punitions infligées à celui qui abuse de sa liberté. Elles autorisent de même les impositions ; ce qui fait qu’un citoyen ne se récrie pas lorsqu’on les exige de lui, c’est qu’il sait qu’au moyen de ce qu’il donne, on lui conserve ce qui lui reste ; mais, encore une fois, de quel droit celui qui n’a rien s’enchaînera-t-il sous un pacte qui ne protège que celui qui a tout ? Si vous faites un acte d’équité en conservant, par votre serment, les propriétés du riche, ne faites-vous pas une injustice en exigeant ce serment du « conservateur » qui n’a rien ? Quel intérêt celui-ci a-t-il à votre serment ? Et pourquoi voulez-vous qu’il promette une chose uniquement favorable à celui qui diffère autant de lui par ses richesses : un serment doit avoir un effet égal sur tous les individus qui le prononcent ; il est impossible qu’il puisse enchaîner celui qui n’a aucun intérêt à son maintien, parce qu’il ne serait plus alors le pacte d’un peuple libre : il serait l’arme du fort sur le faible, contre lequel celui-ci devrait se révolter sans cesse ; or c’est ce qui arrive dans le serment du respect des propriétés que vient d’exiger la nation ; le riche seul y enchaîne le pauvre, le riche seul a l’intérêt au serment que prononce le pauvre avec tant d’inconsidération qu’il ne voit pas qu’au moyen de ce serment, extorqué à sa bonne foi, il s’engage à faire une choses qu’on ne peut pas faire vis-à-vis de lui.
     

    http://www.vaucanson.org/lettres/bazabac/sade.htm

  9. Une vraie pierre de la connaissance ce texte. Comme arrachée à une part obscure de nous-mêmes, et mise à la disposition « d’un cerveau collectif  » qu’on voudrait le plus large possible, me semble t-il. Et j’ose faire un parallèle avec cet extrait :

    « On pourrait même dire que la nature, qui fournit le matériau brut, matériau en réalité déjà travaillé à l’échelle atomique, parce qu’elle collabore au processus d’un bout à l’autre de la chaîne, de la naissance à la mort de l’objet, en est le propriétaire véritable. »

  10. Le « cerveau collectif » du blog de Paul Jorion ne doit pas s’illusionner sur les capacités d’écoute des décideurs et de leurs compétiteurs actuels.

    J’ai bien peur que le « cerveau collectif » (Seigneur, qu’est-ce que c’est que ça, par ailleurs ?) en question s’illusionne bien plus encore sur la capacité d’écoute des thèses développées ici, de la part du « peuple », du « français ordinaire », que je connais et fréquente, pour ma part, lequel n’a de toute évidence pas la moindre envie de mettre en cause la notion de « propriété ». Allez traîner dans les bistrots de village (et de villes) de France… vous verrez !
    J’ai l’impression d’écouter des extra-terrestres en lisant tout cela…
    La propriété a été vécue chez nous, comme ce qui permet d’échapper à – ou à tout le moins de limiter – le pouvoir de la puissance féodale, puis de la puissance patronale (mais si, mais si)… Comme un vecteur d’autonomie et de liberté, donc. Et ce n’est pas ce qui est arrivé dans les régimes qui ont prétendu l’abolir qui a pu venir à bout de cette façon de voir…

  11. Même si le concept de propriété est fondamental, il passe après la question des pouvoirs. En effet, quelque-soit le mode de propriété proposé et quelqu’en soit la relativité, il existera toujours des Hommes qui tenteront de dominer les autres, en s’imposant, en s’octroyant les biens (ou leurs fruits) des plus faibles et au delà même de la notion de propriété en recherchant pouvoir et reconnaissance.
    L’Homme et son ego sont ainsi fait que seule une solution envisageant un équilibre des pouvoirs pourrait permettre d’envisager un contrôle de ces réels pouvoirs qui ne devraient être en réalité qu’une part de responsabilité à l’égard de la collectivité et de l’environnement.
    (Petit clin d’oeil en cette période électorale, je reste effaré que nous puissions continuer à attribuer le pouvoir d’une Nation à une personne qui chérisse autant le pouvoir au point de se battre pendant des mois pour le conquérir.)
    De la même manière la propriété doit d’abord être au service de la collectivité et de l’environnement, mais cela ne peut pour autant signifier que la propriété n’existe pas ou qu’elle ne doive être transmise que par le labeur. Justice ne signifie pas égalité et il n’y aucune raison qui nous permette d’ôter le droit d’un enfant à user du labeur de son père ou de sa mère. Il le fait de son vivant pourquoi ne pourrait-il pas le faire après sa mort ? Que ce soit l’enfant ou le père, ce qui nous importe c’est l’usage qu’ils en font. Est-ce dans l’intérêt de la collectivité et de l’environnement ou cela va t il à l’encontre ? C’est en cela que la propriété devrait être relativisée car dans le second cas, elle devrait être transférée à la collectivité qui un droit de priorité sur les intérêts individuels.
    Mais qui prendra la décision du transfert et quelles seront ses réelles motivations, sont des questions essentielles. Nous en revenons donc au début du commentaire, car sans régler ce problème, il est délicat de régler le second.

    1. Cher Fethooo,

      Je vous suis sur le problème que posent ces hommes politiques qui se sentent appelés (cherchons l’agent occulte) avant même que les électeurs ne les appellent. Je rêve un homme qui éprouverait quelque gêne, quelque ennui voire une peur panique à l’idée de gouverner. Le tirage au sort pourrait produire un tel homme. Autrement dit, se méfier des tribuns qui vous parlent d’amour de la chose publique. Le pouvoir véritable est chose effrayante. Qui l’exerce y risque sa tête. En régime d’impuissance, la charge semble légère à ceux qui la portent. Si la chose publique est aimable, c’est qu’elle est devenue fille publique.

      Je ne crois pas que la question des pouvoirs soit première et celle de la propriété seconde, car la propriété est le champ clos de l’exercice du pouvoir, à petite comme à grande échelle. Les deux questions sont intimement liées. Pensez à Romulus et à la fondation de Rome. Romulus est le premier roi de Rome, rex en latin. C’est lui qui délimite par un sillon (pomerium) le territoire de l’Urbs. Le verbe latin associé à rex est regere, qui signifie « tracer » et « commander ». Autrement dit, la marque fait le monarque et le monarque fait la marque (par là, il se démarque des autres hommes). Propriété et puissance se légitiment l’une par l’autre. S’attaquer au pouvoir institutionnel, c’est s’attaquer à la propriété, mais la réciproque est aussi vraie (voyez le texte de Sade ci-dessus). Il faudrait, selon moi, se demander si la transformation du monde est possible en dehors d’un règne et de son marquage au sol.

      Cordialement.

  12. @ gruau.

    Ce n est parceque la majorite des gens n en ont rien a faire aujourd’hui qu ils n en auront rien a faire demain. Les luttes et les avancees sociales ont toujours ete portees par une minorite a la souche(secu, reduction du temps de travail, conges payes, convention collective…)

    Citer l echec de l’URSS ou autre pour affirmer que la disparition de la propriete privee serait une impasse, me parait un peu reducteur. Observez autour de vous, l impasse nous y sommes deja. Il y a eu et il y a encore de belles experiences d autogestion de par le monde. Faites vous confiance pour commencer puis le reste suivra.

    Meme si ceux qui osent reflechir collectivement et proposer des pistes passent pour des aliens, c est un choix qui s assume au quotidien pas toujours evident, mais je prefere cela a ceux qui ont baisse les bras, se resignent ou choisissent la violence…

  13. @ L’auteur
    Puisque vous parlez d’affectif, je remets un ancien post :

    Efarista
    2 avril 2012 à 19:18

    On peut avoir envie d’être créateur de son logement. Exemple : faire ses plans soit même et bâtir une maison ossature bois. Prenons l’exemple d’une âme qui est une envie absolue de s’extraire de « la vie ordinaire »…. création de son propre logis, recherche d’une source (puits), et tendance a la main verte et potager. Du temps libre, de la décroissance, et une incurable envie de ne pas travailler pour 1000€ par mois sans toutefois revendiquer un quelconque droit aux aides sociales mais en faisant de menus travaux par un réseau social, légalement rémunérés….pas plus que de besoin.
    C’est précisément là que le bas blesse dans la remise en cause de la propriété privée pour moi. Ce type de vie ne prétend pas mener au profit et/ou a la spéculation par plus value en cas de vente un jour de ce bien. De plus, tout endroit où un clan familial a habité de façon plaisante reste un endroit unique pour les enfants de ce clan…. et ils ont envie de le conserver a cause de leur bons souvenirs d’enfance puisque le lieu constitue leur mémoire, ….. sentiment humain s’il en est….. bref ils souhaitent le conserver comme symbole de regroupement familial….. de quel droit les en débouter ? au seul prétexte que leurs parents se sont retrousser les manches pour oeuvrer mais que c’est tout bonnement vilain d’être un propriétaire ??
    Il y a là un truc qui me gène. Après, bien évidemment, quand la transmission d’un héritage se fait sur des sommes colossales de patrimoine, j’entends bien que le déséquilibre se fait.
    Epineux sujet s’il en est. D’autant que par les temps qui courent; les parents ont de plus en plus obligation d’aider et leurs descendants et leurs ascendants dans la limite de leur possibilité.

    Donc après lecture de votre texte, les copains qui ont participé a l’élaboration de cette habitation ont un droit de regard…….ils l’ont puisqu’ils sont toujours des copains (dont le plus efficace a été l’apport conformité electrique) et que nous faisons régulièrement des grillades sur le site.

    Dans ce cas précis, j’estime que l’aspect  » redevable » revient aux mélézes qui furent abattus pour la création de l’habitation. Admettons qu’il y ait eu une somme x a payer en sus pour la replantation de ces arbres… je pense que j’y aurai souscrit.

    Mon plus grand tracas dans cette histoire de propriète privée c’est qu’a tout vouloir uniformiser dans la vie des gens…cela en vienne a tuer toute véhémence de création, voire de marginalisation volontaire.

    1. Chère Efarista,

      Nous sommes tous les obligés des uns des autres à des titres divers et plus ou moins consciemment. Le tragique de l’affaire, c’est qu’il faille des titres, des reconnaissances de dettes, des mots aigres pour rappeler à chacun ce qu’il a et ce qu’il doit. Le droit s’infiltre dans les failles de l’éducation. L’obligation, servie par la menace de l’amende et de l’opprobre public, sert de liant forcé entre les êtres. Mais il paraît qu’on n’a jamais été aussi libres que sous la contrainte…

      Cordialement.

  14. Sur la nécessité de stratifier la propriété

    Moi, qui vais régulièrement au café de ma petite ville et qui apprécie aborder ce genre de sujet avec mes copains, j’observe que l’écrasante majorité des individus écarquillent de grands yeux lorsque j’émets l’idée que la propriété puisse être abolie et qu’il faut réfléchir sur les solutions à envisager

    En me relisant, je note que je fais déjà acte de propriété par deux fois en une seule phrase : «  ma petite ville » et «  mes copains », comme quoi la propriété est profondément ancrée en nous.

    Donc, j’émets l’idée qu’il est nécessaire de stratifier la propriété pour opérer une distinction, entre d’une part, les modestes gens afin de leur permettre de transmettre un patrimoine souvent bâti à la sueur de leur front, symbole d’une unité familiale et de souvenirs plaisants ; et d’autre part les « nantis » qui, de par leur réussite professionnelle ou leur héritage ont concentré énormément de richesse, ou en ont de toutes façons beaucoup plus qu’il paraît nécessaire pour vivre confortablement jusqu’à la fin de leur vie.

    A mon sens, la difficulté réside donc dans l’équilibre qu’il faut atteindre pour à la fois encourager tous les citoyens à construire quelque chose (logement, entreprise, exploitation agricole, idée, brevet,…) permettant à la société de vivre en créant une nouvelle croissance positive pour les individus, la société et l’environnement, et aux citoyens d’avoir l’assurance qu’ils vont finalement pouvoir transmettre au moins une partie de ce qu’ils ont bâti aux gens pour lesquels ils éprouvent de l’attachement ; tout en captant la richesse qui se concentre trop au même endroit pour la redistribuer aux endroits où elle manque.

    D’une certaine manière cela se fait déjà en France, mais seuls sont touchés les patrimoines de ceux qui n’ont pas su, ou pas souhaité, protéger leurs avoirs de la taxation sur les successions. La voie est déjà ouverte, reste à continuer à avancer dans cette voie sans perdre l’équilibre.

    Les questions peuvent être : « Où mettons-nous les seuils ? », «  Comment les déterminons-nous ? » « pourquoi ? », « Que va faire la société (l’état) d’une entreprise de 1.500 salariés ? », « Doit-on encore donner une valeur monétaire aux biens ? », « Comment donner une valeur à la vertu ? », « Comment récompenser ceux qui sont vertueux et pénaliser ceux qui ne le sont pas ? » …

    A mon avis, bien que l’idée soit séduisante, nous ne pouvons pas actuellement fédérer les citoyens sur une idée aussi révolutionnaire que l’abandon de la propriété. Car c’est un besoin qui obsède la grande majorité et c’est ce qui donne un équilibre à notre civilisation. Comment opérer un virage humaniste pour la société sans faire souffrir la population ?

    L’idée serait d’y parvenir progressivement en effectuant de petits progrès permettant les ajustements nécessaires à l’équilibre du système.

    1. Les questions peuvent être : « Où mettons-nous les seuils ? », « Comment les déterminons-nous ? » « pourquoi ? »… « Comment donner une valeur à la vertu ? », « Comment récompenser ceux qui sont vertueux et pénaliser ceux qui ne le sont pas ? » …

      N’avons nous pas en définitive des similitudes entre les rémunérations stratosphériques de certains et la problématique de la propriété ?

    2. Cher Georges,

      Comme je l’explique plus haut dans ma réponse à Fethooo, la propriété, peu importe sa taille, c’est l’affirmation d’un règne. Si l’on peut établir une graduation qui tienne compte de l’investissement de chacun dans la création d’un bien dont il peut dire que c’est le sien (partiellement), celle-ci ne peut masquer très longtemps la malédiction attachée à la propriété. Il n’y a pas de terre absolument vierge. Quant à s’installer à chances égales, cela ne s’est jamais vu dans l’histoire de l’expansion humaine. Soit il y a d’autres hommes, concurrents batailleurs ou indigènes trop faibles pour vous disputer votre droit à l’épanouissement, et vous risquez de les léser sans même le vouloir, soit, quand il n’y a personne, c’est la nature qui doit craindre d’être affectée par vos projets, si éco-compatibles soient-ils. C’est toute l’aventure de la conquête de l’Ouest. L’Ouest américain n’était pas vierge et tout le monde ne partait pas avec les mêmes chances. C’est donc le cauchemar inégalitaire de l’Est que les pionniers sont allés rebâtir à l’Ouest, en pire, car l’autorité fédérale mit un certain temps à implanter une administration solide. La Guerre Civile commença dans le Kansas, à la lisière des Grandes Plaines, où l’on s’affronta férocement sur la question de savoir si les états nouvellement colonisés à l’ouest du Mississippi devaient adopter ou non l’esclavage. L’imagerie d’Épinal du pionnier à qui les grands horizons ouvrent des perspectives infinies continue de fasciner. Ce qui me révolte, c’est que des millions de gogos acceptent de trimer dur (est-ce idiot d’imaginer qu’on puisse travailler paisiblement ?) pour s’acheter, à crédit de surcroît, un pavillon sans charme, mal conçu et vite dégradé, encerclé de ses grises répliques (où sont les perspectives infinies ?), et qu’ils soient prêts à défendre cela, qui est la marque de leur sujétion aux grands féodaux modernes. Ces derniers peuvent se féliciter d’avoir convaincu une bonne partie des travailleurs que la vie de clapier est une grâce qu’ils leur font. Les gueux possèdent leur cage, de quoi se plaignent-ils ? L’os à ronger… Alors, oui, je crois comme vous qu’il sera difficile de faire renoncer les lapins au malconfort de leur clapier. Il se peut que les bouleversements environnementaux et sociétaux les en chassent plus vite qu’ils ne croient. D’ici-là, on aura réfléchi, je l’espère, à une transition vers… A nous de jouer.

      Cordialement.

    3.  » je note que je fais déjà acte de propriété par deux fois en une seule phrase : « ma petite ville » et « mes copains »
      Curieusement, le possessif marque bien plus souvent l’allégeance que la propriété :  » J’ai raté mon train, mon colonel  » (ou l’esclavage : ma bagnole ; ou le servage : ma femme ) .
       » Dis, à « mes mes, consens, va ! « 

      1. Erreur pour mon colonel.
        La « savoir vivre » militaire se perd…

        Le « mon » n’implique aucune propriété, ni même une subordination directe.
        « Mon colonel » est l’abréviation de  » Monsieur le Colonel ».

        J’ai eu l’occasion d’assister à une discussion assez vive entre 2 généraux.
        Chacun commençait sa tirade par  » Mon général, il vous faudra etc… »
        RIen de plus normal, en fait.

        La marine a son savoir-vivre particulier à cause de la confusion induite par plusieurs similitude de grade ( capitaine de corvette,capitaine de vaisseau, capitaine de périssoire etc…) et la fonction: presque tous « commandant ».

        En anglo-US , c’est « sir », sans grade.
        En allemagne c’est « Herr suivit du grade, par exemple « herr leutnant ».

      2. En France, l’abréviation de Monsieur, c’est M. et rien d’autre mais les militaires ont toujours été des Martiens…

      3. @daniel

        En désaccord. Le « Mon » colonel, possessif, doit être dit par tout homme, censé avoir fait son armée: cela marque le lien hiérarchique.

        Les femmes n’y sont pas soumises, censées ne pas avoir fait leur service.

        Au fait, la contrepèterie de colonel? Olecon…

      4. Il s’agit d’un truc entre militaire masculin. Et je suis gêné de le dire…

        Les femmes ( aussi bien militaire que civile, 4 cas de figure ) n’y sont pas tenues.
        Sans doute parce que nouveau, le « mon » étant pris pour ce qu’il est actuellement et non pour ce qu’il représente.

        Une remarque, « monsieur » vient de « mon sire », « mon seigneur »,
        un truc historique masculin ( suis moins gêné…) , sauf quand la veuve du seigneur héritait de la totalité de l’époux, France du nord par exemple.
        Le Comté est tombé en quenouille…
        le Moyen-Age et la féodalité est un truc de mecs, désolant.

  15. La propriété privée ? Une proie qui nous survit.N’est ce pas un début d’humanisation.

  16. @ Léoned et Maxfriend. Merci pour vos témoignages.

    @ Maxfriend. Vous savez comme moi que les rémunérations sont rarement à la hauteur de l’effort que le travail a coûté, pour autant que ledit travail soit rémunéré. Dans ces conditions, si j’étais salarié, l’aumône qu’on me donne pour me permettre de goûter du bout de l’âme un rêve de confort hors de ma portée, je l’accueillerais comme un affront. J’ai l’honneur de faire partie du rebut universitaire hautement qualifié laissé inemployé sur le bord du chemin. Je vivote de petits boulots sans lendemain et prépare des cours virtuels, dont seuls les murs de mon gueuloir, jusqu’à présent, ont essuyé les plâtres. La propriété ? Inenvisageable, vu mon âge, même pas sous forme de mini-clapier. La retraite ? J’ai un peu plus de trente ans et je suis au chômage depuis l’obtention de mon doctorat. Faites le calcul. Quant à la rémunération de mes efforts… L’université paie chichement voire pas du tout les soutiers du savoir. A ce compte-là, je préfère partager le mien sur ce blog, où il a plus de chances d’être utile et de toucher son monde. Je fais partie de ces artisans de l’ombre qui construisent avec deux bouts de ficelles une œuvre qui ne leur survivra peut-être pas et qui, présentement, ne leur permet pas de vivre. Mes rêves, je les garde dans ma tête, la seule chose dont je sois pleinement propriétaire. J’ai trop peur de les enlaidir en les incarnant dans une vie mesquine. Le temps des rêves n’est pas encore venu. Il nous faut d’abord mettre fin à ce cauchemar éveillé. C’est ce à quoi je m’emploie avec mes maigres moyens.

    1. Je lis que vous êtes inquiet pour vous. Je ne suis pas inquiet pour vous. Je goûte une remarque d’Halperin qui dit à peu près ceci : toute vie est une vie gâchée, simplement parce qu’elle s’use à ne pouvoir être échangée contre une autre, l’essentiel est de ne pas la gâcher pour rien. Et ce que vous produisez dit déjà que ce n’est pas pour rien.
      Nous voilà bien loin de nos petites affaires… − Ah! tant mieux!… J’aime cela, j’aime nager en pleine métaphysique et oublier ainsi les misérables et mesquines négociations qui m’aident à maintenir ma mesquine et misérable existence… Miomandre, Écrit sur eau,1908, p.200. (cité in TLFI)

      1. Belle réflexion d’Halperin. Je suis inquiet, bien sûr, mais pas tant pour moi – j’ai la chance insigne d’être bien entouré affectivement, ce qui m’aide à tenir le fil de mes choix – que pour l’institution qui m’a formé et qui, sous de grandes et contournées accolades administratives, perpétue des habitudes de cloisonnement et de jargonnage pseudo-scientifique auxquelles la génération 68 n’a remédié que pour leur substituer les siennes. Beaucoup d’enthousiasmes sont tués dans l’œuf. Le mien n’est pas tout à fait mort et je ne désespère pas de jouer mon rôle dans l’université, mais j’entends et m’emploie à le faire à ma mode. Cela prend du temps. Je mets à profit ce temps pour ramasser mes forces dans l’essentiel du métier, la transmission et l’échange argumenté. Cette période de latence professionnelle m’apprend le détachement et ce sera mon viatique pour la suite. Quand je dis que l’accession à la propriété, pour moi, est inenvisageable et la retraite, une projection impossible, je n’exprime pas là une aigreur particulière, ou sinon, elle est très lointaine et j’en combats le maléfice. Je ne veux pas me vieillir avant l’âge. Le présent m’intéresse bien davantage, puisque c’est dans sa cornue que s’élabore l’avenir. Ma précarité relative m’est un aiguillon plutôt qu’un empêchement.

  17. Merci pour ce nouveau divertissement.
    Vous parlez de « résistances que rencontre en nous l’éventualité d’une abolition de la propriété » (j’ignorais qu’il est question d’abolir La propriété !)

    Vous proposez ici d’envisager « les choses sous l’angle affectif. La propriété juridique a déjà été amplement discutée ailleurs sur ce blog, la distinction entre propriété et possession »

    Je crains que la méthode clivant l’affectif du juridique ne soit pas pertinente. Le juridique est premier et l’affectif en dépend pour une part, la difficulté est d’en imaginer la proportion.
    Le juriste constate l’affectif et produit la notion juridique de possession qu’il développe à sa façon…juridique.
    La façon dont sont fabriqués les sentiments, l’affect, tient à une longue période d’incubation qui commence au moins à la naissance, puis est traversé et aliéné par l’invasion du langage, ce bruit qui fera plus ou moins sens. Avec la question centrale : sens ? mais lequel ? Déjà que la rumeur en décompte traditionnellement cinq…
    Ce mot de propriété, commence très tôt avec ce qu’on appelle par convention un apprentissage (est-ce bien sûr ?), d’un mot voisin phonétiquement en français : la propreté. En voilà du propre !
    Il revient à l’occasion chez le cambrioleur laissant son étron sur le palier du propriétaire. Allez savoir pourquoi en plus de le dépouiller, il l’emmerde au sens…propre.
    La propreté, avec le « touche pas c’est sale, c’est caca » est contemporaine de l’interdit de la propriété de l’autre : « touche pas, c’est pas à toi ».
    C’est comme ça de nos jours, dans nos contrées, pas forcément comme ça ailleurs ou dans le temps.
    Mais ça construit une certain rapport au propre, et au pas propre.
    Et ces énoncés éducatifs bienveillants où l’on forge le citoyen majeur en devenir, l’électeur, proviennent d’un certain état des choses, codifié déjà là, transmis et à transmettre. Oh bien sûr les faits divers en toutes saisons témoignent qu’il y a des ratés, des malappris, auxquels la bonne parole rééducative sera prescrite par les tribunaux en fonction des lois en vigueur votées par le parlement issus des élections où aura voté l’honnête citoyen bien élevé, lui.
    Le sentiment, l’affect de possession est bien sûr à distinguer de la possession au sens bien établi par le juridique. Car cet affect DE possession devient flou quand on s’en rapproche. Ce DE est à la fois génitif objectif et subjectif : clairement le sujet possède l’objet et est possédé par l’objet. Je te tiens, tu me tiens par la barbichette. Mais à quoi tient donc la barbichette ? Prenez-deux jumeaux dans un fenêtre temporelle à la façon des oies de Lorentz, donnez leur le même jouet, et ils ne tarderont pas à se chamailler pour prendre le jouet de l’autre. C’est l’indication que chacun n’est jamais très sûr de qui il est et où il est, face à l’image de l’autre. Drames de l’envie, pire de la jalousie, prendre l’objet de l’autre, être à la place de l’autre pour posséder son objet, sont de la partie quand la propriété juridique aussi se montre.

    Les ouvriers et les artisans qui se sont relayés durant sa fabrication sont virtuellement copropriétaires du produit fini.

    À quoi bon introduire de la copropriété pour cet ouvrage collectif, sinon du fait de l’air du temps ?

    L’acheteur d’un bien, en tant que jouisseur pur, n’en est pas le propriétaire naturel.

    Vous allez vite en besogne, l’acheteur n’est pas encore le jouisseur, encore faut-il ajouter l’usage, et vous avez certainement rencontré des biens qui sont devenus des persécuteurs. Plutôt qu’une piscine au Cap Ferrat, une piscine à Fukushima, par exemple…

    (on ne peut s’occuper soi-même de tous ses biens).

    Mais si quand on en possède peu.

    La propriété ne fait pas société. Elle en est même l’antithèse.

    Une réunion de copropriétaires est indéniablement un certain mode liens sociaux, voire de sociabilité.

    Le « ici, c’est chez moi » du petit propriétaire est-il foncièrement différent du « ici, c’est chez moi » du gros ?

    Oui, le premier assure sa déclaration en personne, le second emploi une foultitudes de prothèses humaines rémunérées qui agissent en son nom et pour son compte.

    Une masse, ça écrase, puis ça s’écrase.

    L’inverse est aussi vrai : Une masse ça s’écrase, puis ça écrase.
    Vous avez maintenant la liberté du choix.

    L’effort de pédagogie doit être dirigé vers les citoyens et redirigé, avec leur concours, vers leurs représentants

    .
    Vous gagnez au billard ?
    Si ça vous a échappé, la propriété me tourmente aussi.

    1. Cher Rosebud1871,

      C’est toujours un plaisir d’être décortiqué par vous. L’exemple de Natacha suggérait en effet le lien entre propreté et propriété, lien très complexe au demeurant, puisque les animaux (hommes inclus) marquent leur territoire en le souillant, le diable en déféquant partout (Belzébuth, c’est le « seigneur des mouches »). Natacha, elle, efface le passé de l’objet pour s’y installer à l’aise, en quelque sorte. Elle n’entend pas y laisser persister le geste du parfumeur ou celui de l’ouvrier qui a collé l’étiquette et noué la faveur. Tabula rasa ou presque. Le latin proprius n’avait que le sens de « qui appartient en propre ». Il semble que l’élargissement sémantique à « ce qui est net » date de la Renaissance.

      En insistant sur l’aspect viscéral de l’appropriation, je voulais précisément appuyer sur cette part d’incontrôlé du rapport au bien (cf. l’ambiguïté directionnelle de la préposition « de »), qui possède celui qui le possède.

      Si j’ai usé du terme « copropriétaires » (au sens large, trop large diront certains) pour décrire le droit naturel qu’auraient les ouvriers/artisans successifs sur l’objet qu’ils ont façonné, c’est parce qu’ils ne constituent pas, à mes yeux, une collectivité. Chacun d’eux est chez lui dans sa compétence et ne se rattache au prédécesseur et au successeur que par l’ordre de la production. Parfois, tel intervenant ignore tout de l’activité de tel autre. Mais, en cherchant bien, on trouvera sans doute des collectifs de métiers divers…

      Le saut d' »acheteur d’un bien » à « en tant que jouisseur pur » est de fait un peu hâtif. L’inconvénient de parler comme on pense, à fond de train, dans une demi-veille hallucinatoire de fin de journée harassante. Je fais attention, pourtant, à trouver la formulation juste. Bien sûr, il fallait entendre « l’acheteur d’un bien, quand il en jouit », mais je crois que le lecteur aura compris.

      Concernant la différence entre les deux « ici, c’est chez moi » que vous évoquez, je dirai – mais vous y verrez peut-être une astuce – que, toutes les prothèses écartées et d’homme à homme, si vous arrivez entier jusqu’à lui, le gros propriétaire, comme le petit, vous balancera : « ici, c’est chez moi ».

      Quant à l’affaire de la masse qui écrase et s’écrase… L’inconvénient de l’énoncé formulaire binaire, c’est qu’il est par essence réversible. Cela dit, s’agissant de l’idée que je voulais exprimer, celle de l’impuissance foncière de l’action massive, la réversibilité de l’énoncé est plus une confirmation qu’une objection.

      Je mesure, par vos remarques et par celles des autres, combien l’écrit vous expose. L’imprécision, la précipitation, le bafouillis conceptuel sont tolérés à l’oral, sans doute trop complaisamment, puisque la langue de bois a prospéré et amoindri d’autant l’exigence de rigueur dans les échanges. A l’écrit, on s’offre à la découpe. Tant mieux. C’est par là que je m’engage, que j’engage ma viande.

      Cordialement.

      1. BRL, z’en faites pas trop avec l’obsédé textuel Rosebud (Spencer), ses propres affecteries et autres private-jokes ésotériques le rendent le plus souvent prudemment imbitable au point d’en devenir moelleusement impénétrable à quelque exégète tant soit peu sérieuse.
        On le comprend, car dans le cas contraire – limpidité donc – deux lignes et ça part en live… Comme ici où en ligne deux « le juridique est premier » et en ligne quatre « le juriste constate l’affectif ». Con-prenne qui pourra, comme il pourrait dire.
        Je pense souvent à cette maxime du grand philosophe Marx (une marxime donc) dont aurait pu faire si bel usage le petit idéologue du même patronyme qui le précéda hélas dans la carrière : «Il est préférable de rester muet et d’être pris pour un fou que de l’ouvrir et de ne laisser aucun doute à ce sujet.»
        Manifestement, Rosebud(Weiser) vous a dans le nez.

        le cambrioleur laissant son étron sur le palier propriétaire

        On comprend mieux Louis XIV se laissant emmerder, préférant se laisser empuantir le Versaillais pour avoir sa cambriole courtisane à domicile, à vue de nez bourbonien, colombins zé sentinelles comprises.

      2. @vigneron 7 avril 2012 à 12:26

        Vigneron pour toi, exceptionnellement, un peu de pédagogie.
        Ligne 4 : le juridique constate l’affectif : oui il constate la possession de fait et intervient pour la formaliser en produisant un titre.
        Ligne 2 : C’est l’après-coup, quand t’es né, le cadastre était déjà là.
        Si t’as du mal avec les correspondances, la RATP fait des plans pour les touristes, sinon t’es pas prêt de sortir du tunnel.
        Pour BRL je suis toujours admiratif des jongleries érudites des universitaires dont je ne suis pas.
        Pour ton Proutons il est passé à la télé récemment un truc de Yan Arthus Bertrand sur l’eau. Une jeune femme y disait que le problème de l’eau buvable tuait 600000 personnes chaque année, liée au manque de précaution avec les déjections humaines. Elle ajoutait que la merde, il fallait en parler, parce qu’elle tuait.
        PS t’as oublié le « du » dans ta citation : tu me le dois.

    2. «Propreté / Propriété».
      Supériorité en sophistication (« richesse » qu’on appelle ça) des propriétés appropriées propres à « notre » propre langue de propriétaires français :
      Forme simple : approprier
      Forme pro-nominale (réfléchie ? ou fléchie ? infléchie…) : s’approprier

  18. Natacha me fait plutot penser aux batisseurs de Cathédrale….
    Ou voit-on la propriété la-dedans?
    Des objets destinés à la poubelle, en fin de vie, morts…
    Gaspillage…Parfois je regarde aussi les bocaux de verre que je mets à la poubelle…
    Question de propriété viscérale qui fait que gastriquement je répugne à me déposseder de ma propriété?
    Non pas du tout, fausse piste. Psychologisme bon marché.
    C’est la sensation du gaspillage, gaspillage de la matière première, du travail, et j’imagine parfois l’ouvrière qui a collé l’étiquette pour la 100 000 ième fois…
    Un travail que je vais jeter…Qui a duré si peu…Démoralisante société industrielle.
    Gaspillage humain…
    J’ai trouvé sur le net une combine pour transformer une cannette de bière, en réchaud à alcool. Ca marche trés bien, et ce matin j’ai fait chauffé mon café avec ça. Avec une cuillère à soupe d’alcool. Récup; cout égale zéro!
    Et bien ça fait plaisir de se débrouiller ainsi!
    Le plaisir de la propriété?
    J’en doute fort!!!
    C’est l’arbitraire de trouver moche un pot en fer et sublime un vase en or…
    Parfois c’est l’inverse.

    1. Peut-on verser la cuillerée d’alcool dans le café froid quand on n’a qu’ une canette de bière sans alcool ?
      Joyeuse fête de pack…

      1. Ruine, réminiscences, rêveries.

        Il y a Annecy une sculpture très discrète, au ras du sol, qui « imite »
        une ruine terrassée par une végétation triomphante.
        Angkor ou Palenque…
        Elle possède un très fort pouvoir d’évocation sur la fragilité
        de nos « constructions » envers la puissance de la Nature et du Temps.
        Chaque fois que je la vois, je me perd dans sa contemplation.
        ( mais pas plus de 28 mn , sinon le parking souterrain, juste en-dessous,
        devient payant…)

        L’ architecte d’Hitler, et la bête soi-même, voulaient construire
        du béton pour mille ans, mais en pensant aussi à l’état des ruines
        qu’elles deviendraient après la durée règlementaire.
        Grandiose et kolossal… N’ont pas prévu les bombardements kilotoniques.
        L’ Albert explique cela, sérieux, dans son « Au cœur du Troisième Reich . »

      2. Il y a Annecy une sculpture très discrète, au ras du sol, qui « imite » une ruine terrassée par une végétation triomphante.
        Angkor ou Palenque…

        Ou les îles du Diable. Les bagnes en ruine. Sans jardiniers – les bagnards eux-mêmes – les lianes et les racines ouvrent des brèches. Propriété de l’État français.
        Ta « sculpture » sera, peut-être, belle le jour où elle sera en ruine.
        La plus belle statue de la liberté ? Celle de la planète des singes évidemment.

  19. Me parait un peu daté ce texte sur la notion de propriété.

    Par exemple : « Imaginons un objet complexe qui aurait été usiné entièrement par un robot (nous n’en sommes pas encore là). »

    Ben si, c’est fait depuis longtemps et se fait de plus en plus, imprimantes 3D. De plus, ne voir dans l’objet que la main qui l’a fait, c’est un peu farce. Désormais, c’est pas la main, mais les neurones et les méga bits qui font l’objet.

    1. Cher Fnur,

      J’ignorais en effet qu’on eût franchi ce cap. Je savais que certaines unités étaient presque entièrement automatisées, mais que l’homme ait entièrement disparu du processus pour les produits que vous dites, cela, non, je ne me le figurais pas.

      Quant à la main agissant à la façon de la Chose de la famille Adams, très peu pour moi. C’est bien sûr une intelligence et une sensibilité qui s’expriment par la main. Permettez-moi de douter que les méga-bits en soient doués. Mais peut-être suis-je aussi périmé là-dessus…

      Cordialement.

      1. Foxconn annonce qu’il souhaite équiper ses usines d’un million de robots d’ici trois ans, pour suppléer une partie de ses ouvriers sur les chaînes de montage des produits électroniques.
        http://www.numerama.com/magazine/19482-foxconn-et-son-million-de-robots-ouvriers-une-bonne-chose-en-theorie.html

        Disons que le travail manuel revient de plus en plus à tapoter sur un clavier et à cliquer.
        En attendant d’autres interfaces. D’ailleurs le marteau du forgeron, la faux du faucheur, la clé anglaise du mécano…sont aussi des interfaces. Je pense que pas beaucoup souhaiteraient revenir faucher un champ toute une journée.

        Ceci dit la main sera toujours sollicitée pour les activités de loisir, bricolage, sports, arts et artisanat, ou soins corporels et beaucoup moins pour le travail forcé, et c’est tant mieux.

        La question c’est comment redistribuer ce que font les machines de mieux en mieux. Que faire du temps libéré de ces tâches ?

    2. Mieux que les imprimantes 3D :
      http://www.youtube.com/watch?v=RnIvhlKT7SY

      D’une façon générale, je viens de lire ici pas mal de trucs qui ont l’air bien sympas, mais qui manquent cruellement de pratique ordinaire pour tenir solidement debout.

      Commencez par faire un potager, pour voir. Cent mètres carrés alimentaires, cent mètres carrés d’agrément, quelques litres de sueur par terre et six mois d’attente pour récolter. Et donnez-nous votre adresse ! Comme vous n’en serez pas proprios, je sens qu’on va se régaler !…….

      1. c’est d’un peu plus haut qu’il faut regarder le concept de propriété
        je n’ai pas envie qu’on vienne manger « mes » radis et « mes  » tomates et j’avoue que je serais même enclin a une forte poussée de violence surtout si « mon » potager devait être la seule source d’alimentation de « ma » famille…je crains en effet le pire pour les années à venir!
        mais cette terre, ces lombrics, l’eau de ciel et les oiseaux qui viennent participer a l’équilibre de ce potager, croyez vous qu’ils sont « miens »
        et à quelle profondeur « ma » propriété s’arrête?
        et à quelle hauteur ?
        nous sommes six milliards a subsiter sur une toute petite boule perdue au milieu de l’univers
        croyez vous être propriétaire de quoique que se soit
        et si un multi- milliardaire achetait la moitié de la foret Provençale, aurait il le droit de la bruler?
        en est il vraiment propriétaire ?

        je me sens juste « de passage  » et j’aimerais laisser des fleurs et une nature intacte après ma mort

      2. Impressionnant, mais l’impression 3D quand il y aura les résines métalliques ou autres disponibles fait beaucoup mieux, pouvant imprimer un assemblage de pièces mobiles sans parler de l’impression nanométrique.

        Personnellement, le meilleur outil dont je dispose c’est ma cervelle surtout quand je parviens à déconnecter partiellement les lobes frontaux. C’est l’un des rares talents que la nature et la culture m’ont attribué.

        Après quand la simulation mentale 3D est faite, je dessine, un crayon et un bout de papier ou un logiciel de dessin enfantin comme paintbrush et je passe le relai à un dessinateur en CAO 3D qui charge ensuite une imprimante 3D. Il suffit juste de produire un peu d’imagination.

    3. « Désormais, c’est pas la main, mais les neurones et les méga bits qui font l’objet. »

      Sornettes ! Les « mégabits » ne sont rien d’autre que l’équivalent d’un moule, tel que ceux que peut utiliser un potier. Si vous coupez la liaison entre la main du potier et ses neurones pendant qu’il modèle un objet ou tourne un pot, sa main ne fait plus rien d’utile.

      L’homme reste responsable de ce qu’il fait même quand il n’utilise pas ses propres main pour le faire!

      Par exemple que ce soit un ordinateur, une machine à écrire ou un stylo qui serve à transformer l’intention de licencier en lettre de licenciement, c’est les mêmes neurones qui décident, même s’il est effectivement arrivé à des décideurs d’oser prétendre le contraire et à des licenciés de croire à la mystification!

      Si vous croyez que c’est un ordinateur du ministère des Finances qui décide de vos impôts et que les « mégabits » qu’il contient sont autre chose qu’une transcription de la loi de finances de l’année concernée on est effectivement mal barrés.

      1. Je vois pas bien le rapport avec la choucroute dans laquelle vous introduisez la saucisse de la responsabilité. Un peu de moutarde ?

  20. Proudhon, Proudhon, Proudhon… il y a cent ans exactement, seulement, 1912, Cercle Proudhon, Cahiers du Cercle Proudhon, Maurras, Sorel, Berth, Valois,… syndicalisme révolutionnaire, Action Française, fascisme français…
    La patrie, la Famille, le Travail, l’Héritage, le Père…
    Un bel exemple de ce proudhonisme là :
    « La famille chez Proudhon et dans la démocratie »
    Albert Vincent (Cahiers du Cercle Proudhonien, n°3)
    Extrait de la glose proudhonienne de cet instituteur syndicaliste, grand pourfendeur des «femmelins, des efféminés et des émancipées»… : En matière de mariage, la loi démocratique méconnaît en partie l’autorité paternelle ; elle finira par l’ignorer tout à fait. Elle contredit ainsi l’austère enseignement proudhonien : « Le devoir du père de famille, écrit en effet notre auteur, est d’établir ses enfants dans l’honorabilité et la justice ; c’est la récompense de ses travaux et la joie de ses vieux ans de donner sa fille, de choisir à son fils une femme de sa propre main.. Quand un fils, une fille, pour satisfaire son inclinaison foule aux pieds le vœux de son père, l’exhérédation est pour celui-ci le premier des droits et le plus saint des devoirs. »
    Lisez ce texte (pas mis de lien, trouvé sur un site d’ultra-droite bien sûr…) : c’est de l’huile essentielle de Jducacisme.
    Jduc = maurrasso-proudhonisme.
    Les textes des Cahiers à la BNF :
    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb32735652k/date
    L’histoire se répète pas ok, mais elle bégaie gaiement et certains aiment repasser les plats. Sûr par contre que rien (en Europe) ne ressemble aujourd’hui à 1789, pas plus à 1830, 1848, 1870. Pas 33, ni 36, ni 39 non plus. 1912 par contre…

    1. Désolé, je sais pas comment ça a pu «m’échapper»… une occlusion passagère sans doute, du ballonnement malencontreux; déballonnons donc, sans nous déballonner :
      «Proutons ! Proutons ! Proutons !…», évidemment.
      Il n’ose et abonde. La nausée a du bon, du bon, du bon nez.

    2. Merci pour le lien. J’éviterai de faire trempette trop longtemps dans le jus. On mesure le génie d’un penseur à ceci qu’il déconcerte et désespère ses propres admirateurs (je ne parle pas des fans, qui se cherchent un dieu plutôt qu’un compagnon de vie) en n’étant pas égal à lui-même. Dans le Proudhon, tout n’est pas bon et il est bon de le savoir. Un génie unanimement célébré est soit un néant confirmé, soit un despote en exercice, mais je me rends compte que l’alternative est de trop…

      Salutations.

    3. @ vigneron 7 avril 2012 à 10:22

      Lisez ce texte (pas mis de lien, trouvé sur un site d’ultra-droite bien sûr…) : c’est de l’huile essentielle de Jducacisme.

      Vous me faites trop d’honneur en me faisant apparaître comme un élément de repère, une référence, un spécimen représentatif. Malheureusement, bien que vous vous soyez librement déclaré depuis longtemps être mon frère, vous ne connaissez ni ma famille, que vous avez cherché à salir, ni moi-même.

      Sachez que, autant chez mes ancêtres connus, que chez mes descendants, le choix des conjoints (aujourd’hui des compagnons de vie) ne s’est jamais fait selon les vœux des pères. Vous savez, ce sont ces êtres masculins qui, par leur apport en capital (génétique) participent à la création d’entreprises prometteuses : des enfants. L’enfance, c’est merveilleux, sauf chez certains qui ne savent pas dépasser ce stade de développement.

      Vous, dans l’espace où vous vous trouvez, et où vous intervenez, je constate que vous cherchez à provoquer le rejet, la mise à l’index, la stigmatisation, l’exclusion d’un petit bloggeur âgé qui n’a d’autre objectif que d’apporter son concours à la prise en compte et au rapprochement, si possible, de points de vue diversifiés.

      Il me semble que vous avez l’objectif inverse au mien. Alors, tel un être primitif, tel un animal mâle belliqueux, mal armé pour défendre des idées, dont il est dépourvu, vous ne savez qu’adresser des coups de bélier, instinctivement, obstinément, sans même vous rendre compte de votre inefficacité et du ridicule dans lequel vous vous enfoncez. Je vous plains.

      Mais il n’est jamais trop tard pour réagir positivement. A cet effet, permettez-moi de vous inviter à lire un texte correspondant probablement à votre âge mental, puisque que vous semblez être sensible à la littérature de « Paul et Paulette » dont vous nous parlez souvent.

      http://environnement.ecole.free.fr/contes%20pour%20enfants/Le%20coq%20chauve.htm

      1. Tiens Jduc, j’ai contresigné un des passages du texte déjà cité…

        (…) Tout irait donc pour le mieux : la lutte pour le droit pourrait se dérouler sans démagogie comme sans faiblesse si, à ce moment, le syndiqué ne rencontrait ses deux pires ennemis qui se donnent l’un et l’autre pour ses dévoués sauveurs : j’ai nommé le socialiste politicien et l’anarchiste. Pourquoi le syndiqué suspecterait-il le politicien socialiste et’anarchiste ?
        Il n’a rien contre eux. Ils ont gagné sa confiance en prononçant d’abord un certain nombre de paroles anticapitalistes qu’i sait justes. Bien disposé, il écoute avec intérêt la suite des discours qu’on lui tient. Il apprend ainsi que la morale est tout simplement un ensemble de préjugés hypocrites contre lesquels il est bien de se révolter; que la famille a évolué et évoluera encore ; qu’avoir des enfants c’est faire le « jeu des capitalistes » : que les liens du mariage sont de pesantes chaînes que l’être vraiment libre, vraiment fort ne doit pas craindre de rompre, etc.
        Cet enseignement qui réussit n’a, remarquez-le, rien de prolétarien Dirai-je qu’il est bourgeois ? Non. Ces lignes de Proudhon ont plus de vérité aujourd’hui qu’il y a un demi-siècle : « Il n’y a plus de bourgeoisie, il n’y a même pas de quoi en former une. La bourgeoisie au fond, était une création féodale, ni plus ni moins que le clergé et la noblesse. Elle n’avait de signification et ne pourrait en retrouver une que par la présence des deux premiers ordres, les nobles et les clercs »
        Très précisément, cet enseignement est donné par des oisifs, par des ratés dont les déboires ont exaspéré les passions démagogiques. On parlerait mal en les traitant de révoltés : il y a dans la révolte un saint amour de la Justice. Ces déclassés sont des mécontents qui trouvent la société mal faite parce qu’ils ne s’y trouvent pas bien et parce que la place qu’ils y occupent n’est pas assez belle. Ils sont les frères envieux – es frères tout de même – des parvenus de la démocratie (agioteurs de a Bourse, écrivains « arrivés » et politiciens considérables) qu’ils attaquent avec tant de rage haineuse et jalouse.
        Non, ces gens n’ont rien de commun avec le peuple ! Il reste cependant que leur propagande donne des résultats. Elle touche surtout les « jeunes » et, c’est par là qu’elle est très dangereuse.
        Il faut donc la combattre. Mais comment ? Croyez-moi : la lutte est extrêmement difficile à conduire, car le monde ouvrier, inconsciemment mais complètement asservi aux dogmes démocratiques, a vite fait de vous traiter en suspect et d’invoquer l’autorité des intellectuels socialistes et libertaires.
        C’est alors que l’on est heureux de rencontrer Proudhon, de faire appel à son bras puissant et d’opposer sa noble pensée, aux basses élucubrations des démocrates « avancés ». Impossible, en effet, de traiter Proudhon de bourgeois « faisant le jeu des capitalistes ». D’autre part, on ne peut songer à l’affronter : ce serait la rencontre du Pygmée et du Titan.
        Proudhon gêne nos démocrates. Aussi le taisent-ils de leur mieux : c’est leur façon à eux de montrer qu’ils pensent librement. (…)

        Albert Vincent, Rouen, 1912.
        D’ailleurs, sur ton profil du site boursicailleur Pro AT, c’était quoi ton « Secteur d’activité », tes « Marchés Intéressés » ?

  21. Un trader français déstabilise les marchés de crédit

    Le Figaro

    EXPERTISE BOURSE – Un opérateur surnommé la « baleine de Londres » a accumulé des positions évaluées à plusieurs dizaines de milliards de dollars.
    JP Morgan va-t-il boire la tasse? Un trader français de la banque américaine a pris d’énormes positions risquées sur les marchés de crédit. Il a parié plusieurs dizaines de milliards de dollars sur le fait que des entreprises américaines resteraient en bonne santé financière. Son poids est tel dans le marché qu’il est surnommé «the London Whale» ou la «baleine de Londres». Des fonds spéculatifs et d’autres participants du marché, ayant l’avis contraire, ont expliqué à Bloomberg et au Wall Street Journal cette situation.

    Si ces sources ont vu juste, le trader en question, Bruno Iksil, et son équipe, risquent de devoir enregistrer de lourdes pertes. En effet, cette nouvelle tombe alors que l’économie américaine montre des signes d’essoufflement. Les marchés risquent donc d’être plus sévères avec les entreprises. Leurs conditions de crédit devraient se durcir.

    Conséquences néfastes pour la banque

    En tout cas, les fameux CDS, car c’est bien de cela qu’il s’agit, font de nouveau parler d’eux. Ces produits permettent de s’assurer contre le défaut de paiement de sociétés ou au contraire de parier sur la bonne santé de celles-ci. Le spécialiste de l’assurance AIG avait dû être sauvé en catastrophe après avoir vendu des CDS sur des emprunts hypothécaires. La firme estimait que le marché immobilier américain s’améliorerait.

    Ces nouvelles interviennent alors que JP Morgan est sorti renforcé de la crise financière. Ce scandale risque d’avoir des conséquences néfastes pour son image et pour son bilan, qualifié de «forteresse» par son pdg.

    Ces dernières années, les traders fous ont été nombreux. En France, le plus connu s’appelle Jérôme Kerviel. Il travaillait pour la Société Générale sur les indices boursiers. Sa fonction était différente de celle de Bruno Iksil. De plus, d’après les médias américains, la hiérarchie de JP Morgan est au courant des positions prises alors que les dirigeants de la Société Générale ont toujours nié être au courant.

  22. @BRL
    Merci pour la beauté du style de cette contribution et pour son contenu.
    Cela fait vraiment plaisir de lire ce texte d’anthologie !

  23. OUI À LA PROPRIÉTÉ qui associe, soutient, façonne, allie,
    accompagne, protège, renforce, fortifie, assiste, appuie, seconde,
    secourt AUTRUI.

    NON À LA PROPRIÉTÉ qui esclavagise, conquiert, emprisonne
    enchaîne, attache, subjugue, aliène, capture, interne, résigne, soumet,
    détient AUTRUI.

    Conjuguons avec intelligence nos terres comme nos mers.

    1. Bonjour PHILGILL,

      Merci de recentrer le débat sur le sujet qui nous intéresse.

      Votre courte proposition propose une base qui me semble très intéressante et surtout acceptable par les citoyens.

      Reste la question de l’évaluation : A partir de quel(s) seuil(s) décide-t-on que la propriété esclavagise, conquiert, emprisonne, enchaîne, attache, subjugue, aliène, capture, interne, résigne, soumet, détient AUTRUI ?

      Comment mesure-t-on les vertus de la propriété ? Qui mesure ? De quel droit ?

      Comment fait-on pour arrêter le processus actuel de concentration de la richesse ? (ou au moins empêcher sa croissance)

      Comment fait-on pour y remédier ?

      Comment fait-on pour contrôler que la propriété n’asservisse pas?

      Comment récompense-t-on les gens vertueux ?

      Et si nous trouvons des solutions intelligentes, comment pouvons nous les promouvoir auprès de la société ?

      Quel contrat social peut-on proposer aux citoyens (désabusés) pour recueillir leur adhésion ?

  24. Votre argument semble être celui-ci :

    Natacha incorpore son travail dans le flacon – pour reprendre le vocable de Locke – et en devient ainsi le propriétaire naturel.

    Mais si je suis dentiste et que j’échange mon salaire contre un meuble Ikéa, selon vous je n’ai pas vraiment incorporé mon travail dans le meuble – ou si peu – et je n’en suis donc pas vraiment le propriétaire naturel.

    Ma production est collaborative, alors que celle de Natacha est autarcique. Ca n’en est pas moins du travail.

    Je suis dentiste, j’ai étudié, pratiqué, ma clientèle reconnaît mon aptitude : voilà mon travail. Je soigne une dent et reçois un paiement, que j’échange ensuite contre un meuble Ikéa. Voilà mon travail échangé contre celui d’autrui.

    Du point de vue lockéen, mon travail est à l’origine de ma propriété du meuble, tout autant que si je l’avais fabriqué moi-même. J’avais deux méthodes pour produire un meuble : le faire moi-même, ou bien faire ce que je sais faire, puis échanger. J’ai choisi la seconde méthode parce qu’elle est plus efficace. Dans les deux cas je suis propriétaire du résultat.

    Idem pour Lopakhine. Il travaille, achète, revend, organise, et parvient à acheter la cerisaie… avec son travail (bon, dans la Russie révolutionnaire, il n’y avait pas que le travail pour s’enrichir mais c’est une autre histoire).

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