L’actualité de la crise : ON NE CHANGE PAS UNE ÉQUIPE QUI GAGNE ! par François Leclerc

Billet invité

Welt am Sonntag, l’édition dominicale du quotidien allemand Die Welt, annonce en manchette « un plan secret pour la nouvelle Europe » concocté par Herman Van Rompuy, Jean-Claude Juncker, Mario Draghi et José Manuel Barroso, les dirigeants des quatre grandes institutions européennes. Il serait destiné à être présenté pour adoption au sommet des chefs d’État et de gouvernement de la fin du mois.

Présenté comme un approfondissement décisif de la construction européenne, ce plan reposerait sur la réalisation de trois unions – bancaire, fiscale, politique – ainsi que sur un programme de réformes structurelles appliquées au droit du travail et aux financements sociaux. Bien à la manière de ces gestes larges et de ces visions se voulant structurées que les dirigeants affectionnent quand il faut régler les problèmes du monde. De quoi aussi permettre la rédaction d’un communiqué final ronflant, leur péché mignon.

Les deux premiers volets auraient vocation à régler les deux faces de la crise de l’endettement. L’union bancaire européenne avec une triple vocation : supervision du secteur, garantie des dépôts et réunion d’un fonds d’intervention d’urgence. L’union fiscale reprendrait les dispositions du pacte d’austérité budgétaire, si possible en les durcissant. Une union politique viserait à donner à l’ensemble une légitimité démocratique. Enfin, un programme de réformes structurelles réaffirmerait les orientations destinées à redonner à l’Europe sa compétitivité perdue, décalque implicite des lois Hartz de réforme du marché du travail allemand des années 2003 à 2005. La réforme des comptes sociaux serait mise sur le compte de cette récente découverte imprévisible : le vieillissement de la population.

Répondant à l’exigence d’une « vision » lancée par Mario Draghi, application de la « méthode de travail » préconisée il y a une semaine sans plus d’explications par Herman Van Rompuy, ce plan est une compilation des approches qui ont progressivement émergé, auxquelles a été adjoint un volet politique afin de les rendre plus présentables. Avec comme objectif de conforter le choix stratégique déjà effectué en le complétant pour le système bancaire, à la lumière des derniers événements. Et d’accorder en compensation quelques verroteries côté relance.

On utilise parfois l’expression tirer des plans sur la comète qui s’applique parfaitement à ce projet. En premier lieu parce qu’il bute sur le financement des fonds de garantie et d’intervention d’urgence de l’ « Union bancaire ». Combien d’années faudra-t-il en effet pour que la taxe sur les banques qui est envisagée produise la cagnotte qui rendra crédible le premier fonds et permettra d’actionner le second ? Cette union devra, d’une manière ou d’une autre, être adossée à des financements publics, MES (Mécanisme européen de stabilité), BCE, ou addition des deux.

L’union fiscale a déjà donné lieu à d’intenses discussions, avec comme résultat l’assouplissement de ses dispositions les plus contraignantes. Revenir sur ce sujet, alors que le processus de ratification du traité budgétaire est en cours, est peu vraisemblable. Par ailleurs, même les règles les plus strictes ne résistent pas à l’épreuve du feu, les précédentes dispositions du traité de Maastricht sont là pour le prouver.

À propos des réformes structurelles, un accord politique exprimé en termes généraux est toujours possible, mais qu’en sera-t-il de son application pays par pays ? Pour l’apprécier, il suffit de revenir sur l’histoire de nombreux épisodes européens… Enfin, si l’on croit comprendre qu’un volet politique est nécessaire afin de faire passer des abandons de souveraineté, la période est-elle propice pour les proposer ?

Dans chaque pays, à commencer par l’Allemagne, un tel plan va susciter réticences et rejets. Rééditer à l’échelle européenne les chantages démocratiques réalisés en Irlande et en Grèce n’est pas un mince programme. S’il voit le jour, ce plan va prétendre reprendre la main, mais il n’en restera pas moins inapplicable.

La stratégie de désendettement dans laquelle il persévère a fait la preuve qu’elle ne fonctionne pas, accentuant un plongeon dans la dépression économique sans perspective d’en sortir. Les réformes structurelles n’auront comme principal effet que d’accroître les marges des entreprises transnationales et de restreindre les budgets publics nationaux. Mot doté de pouvoirs magiques, la croissance est d’autant moins une panacée qu’elle restera introuvable.

On ne change pas une équipe qui gagne !

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150 réflexions sur « L’actualité de la crise : ON NE CHANGE PAS UNE ÉQUIPE QUI GAGNE ! par François Leclerc »

  1. Le spot de campagne de ce qui s’appelle l’UMP, ex union pour la majorité présidentielle du temps de Chirac, maintenant union pour un mouvement populaire, prouve s’il en était besoin, que ce parti concentre tout ce qu’il peut y avoir de tarés en politique. Je ne sais pas comment il se fait que dans un pays moderne comme la France, on a réussit en 5 ans de sarkozysme à importer Dieu sait d’où une mentalité digne du père de Chateaubriand, d’une noblesse décatie, voire d’outre tombe. Un programme de peur, qui fait semblant de croire à l’existence d’un peuple de garçons bouchers, de pauvres hères incultes, qui réagissent au mots « autorité », « prières de rues », « assistanat ».
    L’éducation ? c’est l’autorité. Il faut de l’autorité pour discipliner les d’jeunes Avec l’autorité, tout ira bien, la société manque cruellement d’autorité.
    Les prières de rues, grand sujet.
    Nous préférons le travail à l’assistanat. Ah bon ?

    L’UMP ferait bien de se faire harakiri, ils sont un anachronisme vivant.

  2. On est là à commenter les péripéties de ces criminels, mais qui parle de les mettre hors d’état de nuire ???

  3. Croissance, croissance: inutile de se perdre en incantations, elle ne reviendra pas: l’énergie et les matières premières sont déjà -malgré la crise- à un niveau de prix qui la brideront aussitôt qu’elle osera repointer le bout de son nez.
    La seule façon de s’en sortir serait de démanteler les paradis fiscaux, et de s’engager à fond dans une industrie de l’économie, de façon à déduire drastiquement ces besoins. Mais cela nécessite au préalable un gros budget recherche…financé par qui ? Quand bien même, ses effets sur les budgets d’états ne s’en feraient sentir qu’à moyen ou long terme.
    Donc, désolé, mais aucun esprit raisonnable ne peut imaginer une issue heureuse à tout ça.

    Ah, le traité de Lisbonne, ses dispositions me font rire (jaune): prévoir une sanction pécuniaire se chiffrant en milliards pour les états non vertueux, quelle farce ! Comment pourront-ils s’en acquitter ? En s’endettant un peu plus ? Ca n’a aucun sens…
    …sauf celui de justifier des coupes drastiques dans les budgets sociaux….

    Et au profit de qui, s’il vous plaît ?

      1. 4ème version du rapport Meadows, une rente ce truc…
        Té ! Question. Kikesé le zouave (le chasseur alpin-lapin autrichien plutôt…) qu’a dit 1 décembre 1974 lors d’une remise de prix : « l’immense publicité donnée récemment par les médias à un rapport qui se prononçait au nom de la science sur les imites de la croissance, et le silence de ces mêmes médias sur la critique dévastatrice que ce rapport a reçu de la part des experts compétents, doivent forcément inspirer une certaine appréhension quant à l’exploitation dont le prestige de la science peut être l’objet. »

      2. @Vigneron

        Une rente ce truc !!! surement dans la mesure ou le sujet est inépuisable !!! (en quelque sorte comme le raisin qui a chaque printemps….)

        Sinon, pour la question sur le Zouave, je donne ma langue au chat 🙁

      3. Extrait de ce mémo de Denis Meadows:
        Question: Mais qu’est-ce qui résoudra le problème alors ? (croissance, ressources, pollutions…)
        Réponse: Rien.
        Il est génial ce mec. J’adhère totalement
        Merci pour ce lien

      4. Moi, von H. bien sûr, l’avant-garde de la «critique dévastatrice» selon von H. : « Defence of Economic Growth » de Wilfred Beckerman (1974) et « Economic Growth and Stability » (1974) de Gottfried Haberler.
        Où le donne raison, pour une fois, à von H. c’est qu’on c’est fadé ad nauseam dans les seventies, au collège puis au lycée, le rapport Meadows et les conclusions du « Club de Rome » inspirées par le Massachusetts Institute of Technology beaucoup plus que toute autre théorie critique économique ou sociale du capitalisme bon teint finissant de l’époque. Très insuffisant, et vaguement démobilisateur, comme une aimable diversion de critiques plus radicales de la complexité qui germait alors. On baigne encore là-dedans avec en mousse bleutée la vague nostalgie de… ces mêmes décennies « glorieuses » que ce rapport Meadows mettait précisément en cause en en extrapolant les conséquences en cul-de-sac… Etonnant non ?

      5. @vigneron: « On baigne encore là-dedans avec en mousse bleutée la vague nostalgie de… ces mêmes décennies « glorieuses » que ce rapport Meadows mettait précisément en cause en en extrapolant les conséquences en cul-de-sac… Etonnant non ? »

        Le crépuscule des dieux…

  4. La royauté ou la monarchie est de retour mais sous forme financière.
    Nous avons l’oligarchie libérale au commande.
    Ce sont les hommes de l’harmonisation de la structure de financement.
    C’est l’intégration de l’Europe sur le modèle libéral US.
    Avec sa répartition des richesses qui favorise la concentration.
    Le rang des pauvres et des exclus va grossir mais jusqu’où ?
    Ils n’ont « même pas peur » car pour eux les peuples ne sont plus.
    Ils veulent la populace et l’élite « européenement » financière….
    Les codes de demain seront des marques : « le nike man » par exemple.

  5. Il est sans doute temps d’appeler un chat un chat : capituler aujourd’hui devant ce que l’on appelle abusivement les marchés, – parce que ce sont tout sauf des marchés -, relève probablement de la haute trahison et devrait entrainer la destitution des responsables élus qui acceptent les conditions honteuses qui leur sont imposées en sachant très bien que les « marchés » ne sont que le paravent d’une poignée de spéculateurs, jouant sans risque avec l’épargne à long terme des citoyens lambda et dont une des figures emblématiques va jusqu’à se vanter d’avoir défait à son profit la Banque d’Angleterre et la livre sterling. Dans le domaine militaire, on a puni des généraux pour moins que ca. Que des responsables politiques qui tiennent leur légitimité du peuple puissent avoir la faiblesse ou l’inconscience de brader au nom d’une prétendue « modernité » la protection sociale des citoyens de leurs pays, et donc l’un des fondements essentiels du pacte social qui les constitue, pour satisfaire les intérêts personnels de ces spéculateurs sans que personne ne puisse les en empêcher dans le cadre normal du fonctionnement des institutions est tout à fait regrettable, et, faute de mieux, oblige à utiliser des moyens extraordinaires pour tenter d’éviter à tout prix que les citoyens n’en viennent à constater que les violences qui leur sont faites et les dénis de démocratie et les duperies dont ils sont les victimes ne peuvent être combattues que par la révolte et la violence physique.

    JP Vignal

  6. Oui, mais quelle équipe !
    Avons-nous jamais assisté à de si héroïques assauts de paralysie
    et de si sublimes élans de ligotage psychique ?

  7. Ce sont les droits à travers le temps que la finance et les Etats sont en train de faire disparaître.

    La Grèce n’est que l’exemple de ceux que les Etats-Unis, la France, l’Allemagne ou l’Angleterre vont subir. C’est passé d’un stade, à un pays comme la Grèce qui répresente 2% du PIB européen à l’Espagne maintenant. Petit à petit, la finance et les Etats vont évoluer jusque vers les populations des pays du G7.

    Comme de nos jours, nous avons acquis ses droits à travers les années depuis la fin du XIXème siècle et les débuts du syndicalisme. Les Etats et la finance sont en train de petit à petit les enlever, c’est un destin à la grecque qui attends tous les pays. Pour en arriver à là, on endette les Etats, les régions et les collectivités locales, dérégularisation du marché du travail, hausse très importante des prix (immobilier, alimentaire,ect…), baisse des droits de santé, éducation, sociaux et des services publics. Tous les droits concernant ses questions (et d’autres aussi) sont menacés, par la même le niveau de vie de la société.

    Ce ne sont que des marchés, comme l’était l’Irlande ou l’Espagne avant que la croissance insupportable à réaliser, parce que le PIB ne peut s’élever indéfiniment que ce soit en importation, exportation ou consommation intérieur (même mélangés).

    A ce moment-là, tous les droits même les plus anciens sont remis en cause, et par là même la cohésion de la société. Comme la seule idéologie est l’appât du gain et le profit, qu’une tiers-mondisation de la société se répande dans les classes moyennes et populaires, n’est pas un débat quand il s’agit de ses questions monétaires et financières.

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