L’actualité de la crise : CENT MILLIARDS POUR LES BANQUES ESPAGNOLES, par François Leclerc

Billet invité.

Il n’était plus possible de durer. Deux heures et demie de téléconférence entre les ministres des finances de la zone euro, auxquels s’était jointe Christine Lagarde au nom du FMI, ont été nécessaires pour mettre au point le dispositif permettant aux gouvernements allemand et espagnol de sauver la face. Les premiers ont obtenu que l’aide aux banques espagnoles transite par l’État, accroissant ainsi son déficit, tandis que les seconds tentent de faire valoir qu’il ne s’agit pas d’un plan de sauvetage et d’une perte de souveraineté, l’aide n’étant par ailleurs assortie d’aucune mesure d’austérité budgétaire.

Jusqu’à cent milliards d’euros vont être prêtés au Frob, le fonds de soutien aux banques gouvernemental, à charge pour le gouvernement de réaliser un assainissement de son système bancaire, selon des modalités qui restent à définir. Le FMI, qui ne contribue pas financièrement au sauvetage, aura la tâche de superviser sa bonne exécution.

Trois questions sont désormais posées :

1/ Ce sauvetage des banques va-t-il détendre le marché obligataire et permettre à l’État et aux régions de financer à des conditions acceptables leur dette sur le marché, pour éviter qu’un second volet financier soit prochainement nécessaire ? C’est en tout cas ce qu’espère Wolfgang Schäuble.

2/ L’Irlande a immédiatement demandé à bénéficier du même dispositif à titre rétroactif, c’est-à-dire d’un sauvetage de ses banques sans les mesures d’austérité budgétaire qu’elle a dû consentir. Le précédent espagnol ne va-t-il pas faire date, dans le sens d’un assouplissement des contreparties exigées ?

3/ La dette publique espagnole allant s’accroitre du montant de l’aide aux banques, quel nouveau calendrier de désendettement sera-t-il fixé ?

Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, a déclaré à Welt am Sonntag, avant la tenue de la téléconférence que l’Allemagne n’acceptera pas toutes le exigences européennes, bien qu’elle soit profondément attachée à l’euro. Une manière de dire qu’il ne faut pas compter sur d’autres évolutions de la position allemande, tout en reconnaissant que celle-ci est possible dans certaines limites.

Il va falloir le concrétiser, car des occasions vont en être données selon Der Spiegel. La bande des quatre formée par José Manuel Barroso, Jean-Claude Juncker, Herman van Rompuy et Mario Draghi mettrait la dernière main à un projet d’euro-obligations d’un type nouveau. Selon les termes de celui-ci, chaque gouvernement national ne conserverait la possibilité de décider de ses dépenses que si elles sont couvertes par des recettes. Tout besoin budgétaire allant au-delà devrait être soumis à l’eurogroupe, qui pourrait ou non émettre des euro-obligations pour financer le projet correspondant. L’eurogroupe serait contrôlé par un organisme dans lequel siégeraient des représentants du Parlement européen pour donner un minimum de légitimité démocratique à ses décisions.

Mario Monti, de son côté, a insisté pour qu’un volet consacré à la croissance soit impérativement adopté lors du prochain sommet, avant de recevoir François Hollande jeudi prochain et de réunir le 22 juin celui-ci avec Angela Merkel et Mariano Rajoy. Revenant sur la situation des banques, Christine Lagarde a préconisé jusqu’à l’entrée de l’État au capital des banques, si nécessaire, et l’adoption d’un plan comprenant une supervision unifiée des banques, la création d’une autorité bancaire ainsi que d’un fonds d’assurance européen unique. Des décisions à prendre, selon elle, en concomitance avec la réalisation d’une union budgétaire, sans autre préalable.

Toutes ces propositions contredisent la ligne défendue par Angela Merkel, et trouvent leur éclairage dans le dernier communiqué publié par l’agence Moody’s : « Si la Grèce devait quitter l’euro, menaçant ainsi l’existence de la zone euro, nous serions amenés à revoir toutes les notes souveraines des pays de la zone euro, y compris ceux qui ont un AAA ». Le gouvernement allemand est ainsi directement et symboliquement visé.

Dans une semaine, la Grèce retourne aux urnes après avoir bénéficié de 347 milliards d’aides sous forme de prêts et d’annulation de dette sans que rien ne soit réglé. Nul ne sait qui, de Nouvelle Démocratie ou de Syriza, en sortira le premier parti et dans quelles renégociations il faudra entrer, à moins que le pays aille très vite vers la cessation de payement. Nul ne sait en Europe quelles conséquences il en découlera alors, les uns affichant la confiance, les autres la crainte. Est-il possible de tenir un tel pari ?

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111 réflexions sur « L’actualité de la crise : CENT MILLIARDS POUR LES BANQUES ESPAGNOLES, par François Leclerc »

  1. Des décideurs allemands disent que l’Espagne aurait pu sauver ses banques, qu’elle aurait des sommes suffisantes à sa disposition, mais qu’elle préfère l’assistance européenne – par pur égoisme. On craint maintenant que l’Italie pourrait à son tour organiser un psychodrame pour réclamer de l’argent. J’ai l’impression que Merkel n’a plus de bonnes cartes à jouer, les choses lui échappent.
    De plus, la situation économique de l’Espage ne s’améliora pas, bien au contraire. Elle est invariablement dans une impasse.

    1. @Germanicus:
      Quelle Espagne a les moyens? Le gouvernement ? Il aurait préférer s’endetter que puiser dans quelles ressources? Je veux dire, des ressources autres que celles du pressoir social-salarial? Vous n’en dites pas assez, ou vos décideurs n’en disent pas assez. Moi, j’avais compris que Rajoy refusait des engagements budgétaires à la grecque ou autres, et donc demandait un sauvetage des banques directement, lesquelles auraient été en charge des garanties, mais qu’il a accepté un compromis entre ce souhait et un interventionnisme pur et dur façon Troïka.

      (Tenez, entre nous, si vous êtes allemand, j’aimerais avoir votre avis sur mon Allemagne ?)

  2. A l’automne l’Espagne demande 200 milliards pour la dette public ; la Grèce est dans le coma ; l’Italie ne peu plus se financer sur les marchés privé ; la France passe a son tour en récession ; l’Angleterre continue à s’enfoncer ; le nouveau gouvernement américain quel qu’il soit s’attaque à sa dette qui prend des allures astronomique : décembre 2012 la fin du monde NON la fin d’un monde.

  3. Apparemment le prêt de 100 milliards à 3% aurait pour contrepartie d’être supérieur à tous les autres prêts à l’état espagnol par des institutions privées. Le temps que « les marchés » comprennent cela et les taux d’intérêts risqueront bien de continuer à monter plutôt que baisser comme espéré par nos dirigeants bruxellois.

  4. Et comment les USA comptent-ils s’en sortir financièrement avec leur endettement ou du moins temporiser avant leurs élections ?
    Par une guerre à l’extérieur de chez eux, comme d’habitude ?
    Article
    « Les Etats-Unis cherchent un nouveau prétexte pour fomenter des troubles »
    http://french.peopledaily.com.cn/International/7837328.html

    Pas de chance, ils ont perdu quatre alliés en Amérique Latine ( Le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua et l’Equateur) en jouant les traitres pendant la guerre des Malouines ( Falklands) par leur soutien à la Grande-Bretagne contre l’Argentine pourtant membre comme eux de l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques ( ALBA) .
    Ces 4 pays ont décidé mardi de se retirer du du Traité interaméricain d’assistance réciproque (TIAR), un accord hémisphérique de défense mutuelle signé en 1947.
    http://french.peopledaily.com.cn/International/7838305.html

    Evidemment ces informations proviennent du China Daily , organe chinois de propagande, me direz-vous . Et pourtant c’est souvent le China Daily qui divulgue en premier des informations sur les USA ou sur l’Europe qui ne paraitront que bien plus tard dans la presse occidentale .

    On ne tardera pas à savoir contre qui se déchaîneront les hostilités et sous quel prétexte .

    1. Mille excuses, ces infos proviennent du Quotidien du Peuple, qui , comme le China Daily, divulgue souvent des informations qui nous concernent bien avant nos propres journaux

  5. Je viens d’entedre Mateu Altafaj de la Commission européenne dire qu’il y aura des conditions pour les banques, pas des « nouvelles » conditions pour les citoyens.

    Nous pouvons parier que les conditions seront la fermeture de succursales, le licenciement d’employés et les tailles dans les services, mais surement pas obliger les dirigents à rendre les bonus et en empecher des nouveaux, ni l’admission de la vraie valeur des actifs immobiliers sans marché, par exemple, la troika ne va pas obliger à une valoration du sol comme sol agricole ou silvicole, puisque on ne peut plus batir. On peut parier qu’il n’y aura pas de « dacion en pago » (la totalité de la dette est annulée par la devolution du bien immobilier, ce qui étaient les conditions normales jusqu’aux années 90 et le sont toujours en beaucoup de pays et la troika n’obligera pas à la modification de la loi hypothécaire pour interdire les prets à plus de 25 ans et intérêt variable. Celles-ci sont les vraies réformes nécessaires pour la sortie de la « bulle », mais on verra que la troika n’en fait rien; on va augmenter la TVA, après on reduira encore les salaires et les allocations, après on trouvera unautre moyen de faire payer le citoyen courant encore et encore ……

  6. Merci pour ce billet.

    La bande des quatre formée par José Manuel Barroso, Jean-Claude Juncker, Herman van Rompuy et Mario Draghi mettrait la dernière main à un projet d’euro-obligations d’un type nouveau. Selon les termes de celui-ci, chaque gouvernement national ne conserverait la possibilité de décider de ses dépenses que si elles sont couvertes par des recettes. Tout besoin budgétaire allant au-delà devrait être soumis à l’eurogroupe, qui pourrait ou non émettre des euro-obligations pour financer le projet correspondant.

    C’est une remise en cause de la cuisine comptable mettant en face des dépenses de l’état le PIB, non ?
    On nous parle ici de mettre en face des dépenses, les recettes, c’est totalement novateur comme concept, c’est fous…. (ironie pesante)

  7. La spéculation est un investissement basé sur la hausse des prix. En achetant ou en vendant de la marchandise, un volume financier ou immobilier, ou un contrat dérivé (CDS).

    Le but est d’être producteur de liquidité, et tant pis s’il y a actuellement surexploitation des ressources naturelles, accompagner de gaspillages colossaux en %, et une augmentation productiviste de Co2 provoquant un emballement du réchauffement climatique. Quitte à encourager la baisse des droits du travail, sociaux, santé,éducation,…des citoyens de la planète, en passant par l’incitation à la délocalisation.

    Le spéculateur achète sur les prix bas, ce qui fait monter les cours, donc pari sur l’avenir en créant une hausse des prix. Et même lorsque les prix sont hauts (surtout pour les populations), on spécule pour encore augmenter les prix. Si les prix venaient à baisser, alors impact médiatique, des lobbys et des professionnels de secteur d’activité, pour uniquement en parler sous l’aspect de crise. On reste dans une idéologie de société de constante augmentation des prix, et de recherche du gain pour une minorité d’individu ayant la capacité de faire des bénéfices sur la hausse des prix.

    Ce type de finance est à tendance haussière, la hausse alimente la hausse, ce qui peut avoir de graves conséquences pour les société humaines. Du fait de l’inter-dépendance des économies mondiale, les pays sont interconnectés économiquement. L’immédiateté des échanges à haute voire à très haute fréquence, qui est une forme de spéculation, dont les autorités des marchés financiers ont précisés, qu’ils n’avaient aucun contrôle sur ce type d’échanges, à haute voire à très haute fréquence de volumes et de transactions financières.

    La spéculation financière mondiale n’a pas de but de cohésion sociale. Les spéculateurs qui parient ou investissent sur les contrats dérivés (CDS) ont intérêt à la faillite des Etats.

    C’est donc un facteur de déstabilisation des sociétés humaines. Par le passé, la spéculation a été nuisible à l’économie comme lors de la crise de 1929. Ce qui amena une régression très importante des libertés et des droits dans la région qui avait pourtant des activités industrielles et agricoles en suffisance pour ses populations. Ceci a installé une pauvreté durable et des conséquences politiques parfois très grave.

    La vie chère est un véritable maux des citoyens moderne, l’investissement financier pour s’intégrer en société devient de plus en plus difficilement réalisable. Le rôle de la spéculation a cette hausse du niveau des prix, vient du fait qu’elle n’est ni auto-régulatrice ni stabilisante, comme il est vendu. Au contraire, la spéculation provoque un climat social tendu, et une surexploitation des ressources naturelles.

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