HAYEK ET MARX (III), par Nadj Popi

Billet invité.

Comme nous l’avons annoncé dans la première et la seconde partie de « Hayek et Marx », notre tâche consiste à critiquer « la mystification » de la monnaie marchandise pour nous pencher sur la monnaie comme rapport de classe avec la nécessité de repenser l’indépendance de la Banque centrale européenne en tant que mystification d’une institution au service de la classe des rentiers.

Il est important d’attirer l’attention sur l’analyse proposée par Marx de l’austérité : l’accumulation du capital ne s’opère que par l’austérité imposée à la classe ouvrière (la théorie de l’abstinence : Le Capital – vol. 1)

La théorie hayékienne du capital constitue en réalité « le fac-similé » de la théorie marxienne du capital telle qu’elle fut élaborée dans l’opus magnum de Marx Le Capital.

Ma réflexion se fonde sur ma volonté d’engager une lecture critique de la théorie de l’épargne forcée en nous efforçant de nous poser une question très prosaïque : à quelle classe sociale cette austérité s’adresse-t-elle ?

Il convient tout d’abord de rappeler qu’Hayek lui-même revendique cette filiation marxienne dans Prix et Production (1931).

Le capital, pour Hayek comme pour Marx, est un rapport de force favorable aux capitalistes : l’intérêt apparaît comme « la plus-value » (survaleur) captée par les capitalistes pour assurer une reproduction du capital au prix d’une austérité imposée aux ouvriers (la théorie marxienne de l’abstinence ou de l’épargne forcée).

L’idée que je défends est que seule une lecture marxienne de l’austérité peut nous aider à penser la dynamique d’accumulation du capital.

Dans « la théorie de l’abstinence », Marx énonce le postulat majeur que l’accumulation du capital résulte d’une austérité imposée à la classe ouvrière.

Eugen von Böhm-Bawerk (1851 – 1914) figure tutélaire de l’école autrichienne élabora sa théorie du capital et de l’intérêt à la lumière de sa lecture de Marx sans en attribuer la paternité à l’économiste allemand : l’idée que le capital est un détour de production introduit à la fois l’idée de la nécessité du temps dans le processus de production mais aussi que la production est détournée au profit du capital au détriment du travail puisque le capitaliste impose à l’ouvrier l’austérité en le privant de toute consommation immédiate.

Ce faisant, Böhm-Bawerk définit l’intérêt comme un renoncement à la consommation immédiate mais un renoncement à la consommation imposée à la classe ouvrière : l’intérêt comme survaleur (plus value).

La littérature présente souvent l’intérêt comme la rémunération du renoncement à une consommation immédiate tout en occultant la question fondamentale de l’antagonisme de classe.

En d’autres termes, la théorie de l’abstinence n’est jamais présentée sous l’angle d’une abstinence imposée par les capitalistes aux ouvriers.

La théorie économique dans son expression académique a certes beau jeu de présenter la théorie de l’épargne forcée ou de la frugalité forcée mais sans évoquer un seul instant par qui l’abstinence forcée est exercée et à quelle classe sociale cette austérité s’impose. L’exemple de la théorie de l’illusion monétaire est à l’avenant.

La théorie de l’illusion monétaire est présentée par les monétaristes de la manière la plus naïve qui soit puisque cette doctrine présente les agents économiques comme victimes de l’illusion monétaire à savoir qu’ils attacheraient trop d’importance au salaire nominal issu du rapport de force sans véritablement être conscients de la chute réelle de leur pouvoir d’achat provoquée par une augmentation des prix.

Ce raisonnement par trop naïf s’appuie sur un comportement non moins ingénu des agents économiques.

Or, et c’est en cela que Keynes avait parfaitement saisi l’importance du salaire nominal dans ce phénomène d’illusion monétaire, loin de la naïveté que leur attribue les monétaristes, les agents sont parfaitement informés du rôle des grandeurs réelles mais « ils sont forcés » d’accorder plus d’importance au rapport de force capital /travail et donc au rapport de force revenu du travail versus revenu du capital.

Autrement dit, il faut redéfinir l’illusion monétaire dans une vision marxienne c’est-à-dire d’une façon dialectique : la réalité de l’illusion.

Nous savons pertinemment que les grandeurs réelles sont importantes mais nous sommes forcés de considérer comme fondamentale les grandeurs nominales car elles résultent d’un rapport de force capital versus travail : c’est la véritable définition de l’illusion monétaire.

Cela nous conduit immanquablement à évoquer la question de la théorie marxienne de la monnaie.

Comme je l’ai indiqué dans « Marx et Hayek (II) », la théorie pure du droit de Kelsen consiste à considérer le droit comme un rapport de force .

Ainsi, dans sa réalité objective le droit apparaît comme une idéologie, c’est en cela que Kelsen adopte une théorie hégélienne du droit : le droit comme esprit objectif.

De facto, toute l’analyse critique de Marx consiste précisément à partir de la réalité objective (l’esprit objectif de Hegel) c’est-à-dire de l’idéologie ou « mystification » (l’État, le Droit ,etc.).

Ce que l’on appelle les institutions comme la monnaie, le droit, sont en réalité « des rapports de force ».

Voila pourquoi ce qu’Hayek appelle « la théorie pure du capital » nous permet d’envisager le capital comme un rapport de force entre capitalistes et salariés.

La théorie marxienne de la monnaie pourrait s’intituler « la théorie pure de la monnaie » : la monnaie comme rapport de force qui revêt ainsi dans la réalité un caractère éminemment idéologique.

Paradoxalement, c’est Hayek lui-même qui nous offre la possibilité d’élaborer une théorie marxienne de la monnaie puisque la monnaie contribue à maintenir ou à changer un rapport de force en faveur du travail ou du capital : c’est le fondement du débat entre la neutralité et la non-neutralité de la monnaie.

Est-ce que la monnaie doit assurer le maintien d’un rapport de force en faveur du capital ou au contraire permettra-t-elle de modifier radicalement ce rapport de force ?

La fin de la zone euro contribuerait indubitablement à répondre à cette question désormais lancinante.

 

Partager :

34 réflexions sur « HAYEK ET MARX (III), par Nadj Popi »

  1.  » Est-ce que la monnaie doit assurer le maintien d’un rapport de force en faveur du capital…  »

    Heu, pas besoin d’attendre l’effondrement de la zone euro. Pour ma part je peux vous répondre dès maintenant: c’est non!
    Mais que voulez-vous dire?
    Qu’un retour aux monnaies nationales renverserait le rapport de force en faveur du travail?
    Que la fin de la monnaie unique nous amènerait à repenser la monnaie non plus en tant qu’institution mais en tant que moyen d’échange social et solidaire défait de tous rapports de force?
    N.B:Petite précision, j’ai lu vos trois billets.

    1. @GArorock :
      Comme en canoé , les reflex immédiats sont a inverser : se pencher à l’ exterieur du virage et non vers l’interieur ….
      «  » » »Qu’un retour aux monnaies nationales renverserait le rapport de force en faveur du travail? » » » »
      le gain de productivité qui semble évident avec une monnaie unique , tue les spécificité locales , la vie et le concept du travail et de son rapport a la subsistance ….On ne compense pas un manque de travail (valorisant) , par une aide ou une allocation (humiliante et surtout aliénante ) . L’ auto régulation vertueuse ne fonctionne qu’ a petite échelle , c’est a dire a l’ échelle humaine , locale ….meme si l’ on perd en gain de productivité …on le gagne en réenchantant l’ humanité .

      1. @Kercoz
        Hé bien je vote pour le réenchantement!
        Et pour les monnaies locales et l’abolition du droit de propriété sur les terres agricoles (pour commencer) avec instauration du droit d’usage.
        Développement social et solidaire au plan local/départemental.
        Un jardin et un poulailler pour tout le monde et le surplus de production pour ceux des villes!
        Mais je ne suis pas sûr que cela était contenu implicitement dans les billets de M Popi. Si?

      2. @Garorock :
        //// Mais je ne suis pas sûr que cela était contenu implicitement dans les billets de M Popi. Si? ///

        Pas trop , non , mais comme disait Tarde (qu’il faudrait plus relire): «  »S’il faut se méfier des hommes d’un seul Livre , il faut encore plus craindre les hommes d’ un seul Journal «  ».
        Marx et Hayek ont surtout en commun le concept constructiviste comme étant incontournable …la « main invisible » n’ intervenant qu’au constat du fait que ce système est incontrolable physiquement et mathématiquement instable .

  2. La critique de la monnaie unique comprise comme un rapport de forces est indispensable et renvoie tous les partisans de cette monnaie unique dans le même camp.
    De même que le besoin d’argent est la principale production de l’économie politique, la nécessité du retour au crédit est une composante essentielle de ce rapport de force.

    Comme disait Guy Debord à propos des cadres : « Mais où pourtant leur situation économique s’apparente plus précisément au système particulier du « péonage », c’est en ceci que, cet argent autour duquel tourne toute leur activité, on ne leur en laisse même plus le maniement momentané. Ils ne peuvent évidemment que le dépenser, le recevant en trop petite quantité pour l’accumuler. Mais ils se voient en fin de compte obligés de consommer à crédit; et l’on retient sur leur salaire le crédit qui leur est consenti, dont ils auront à se libérer en travaillant encore. »
    In Girum imus nocte et consumimur igni. 1978.

    1. Donc si je comprends bien votre thèse, Marlowe, le remplacement du pouvoir d’achat des salaires par celui du crédit serait un fait dérivé de l’existence d’une monnaie unique ? J’avoue ne pas comprendre le raisonnement qui permettrait une telle conclusion.

  3. Pas d’accord du tout .
    La plus-value n’est pas une épargne forcée selon Marx . Elle résulte de la loi de la valeur .
    Si les marchandises sont vendues à leur valeur , la force de travail étant aussi une marchandise est vendue à sa valeur , qui est inférieure à celle contenue dans les marchandises .
    Cela n’oblige personne à la frugalité ou à la prodigalité , ni le capitaliste , ni l’ouvrier , çà n’a rien à voir . Marx insiste pour montrer que l’accumulation primitive est faite par la violence .
    Et ses shémas de sa reproduction élargie est due à une ‘épargne’ des capitaliste , plus exactement à un renoncement à consommer entiérement la plus-value ( en fait historiquement à reduire la rente et les dépenses d’état ) .
    Ce que vous dites est plus en rapport avec l’opposition Keynes/Hayek qui eux raisonnent en monnaie et où par là la question de savoir si une épargne doit étre préalable à l’investissement ou non .est essentielle .
    Le rapport avec Marx si vous voulez en faire un est dans son chapitre sur la monnaie ou il
    montre suite son dévellopement sur la monnaie comme moyen de paiement et son équation
    sur les titres et échéances de pret qu’elle conduit à une crise ( en dehors de l’existence du capital , pour une raison trés simple les crises monétaires et financiéres ont existés bien avant l’existence du capital) .
    Ce qui permet selon lui justement d’éviter cela c’est l’apparition du capital productif .
    Par là il démontre ce qui devrait étre un infantillage à comprendre et ce qu’on perçoit confusément par la déconnection entre l’économie réelle et la virtuelle qu’une crise financiére est due à une insuffisance de production . (relative ) . (Ou a un excés de monnaie fictive .)
    Pour Marx donc ce probléme Keynésio-Hayekien ne se pose tout simplement pas .
    Ou pour lui si vous voulez y trouver une opposition ‘de classe’ elle est entre classes improductives et classes productives , qui ne se réduit pas à une opposition ouvriers/capitalistes , mais plutot etat/clergé etc et systéme productif …
    Comme ni Keynes ni Hayek ne veulent poser la question en ces termes ou plutot veulent éviter
    de mettre sur la sellette les dépenses de l’état ( parce que tout le monde sait que ce sont surtout elles qui sont depuis la nuit des temps cause des pb monétaires et financiers et je ne
    parle pas des dépenses de santé et d’éducation ), ils ratiocinent sur l’épargne .
    .

  4. Brillantes et fouillées analyses.

    Il me semble qu’au-delà de la monnaie, le capital est aussi une question de propriété, donc de quelque chose qui peut en partie s’affranchir de la question de la monnaie. Même dans le cas d’une cession de capital, on peut s’affranchir de monnaie.. ou du moins de LA MONNAIE usuelle… pour en créer d’autres ! Ainsi, si la monnaie universelle n’a pas cours, je peux échanger des actions de mon entreprise contre des patates ou ce que je veux. Certes, cela complique passablement les choses mais bon, c’est l’inconvénient du troc

    1. Suggestion : le travail peut aussi s’affranchir de la monnaie et plus vite que le capital .
      Exemples le Do-it-your-self , les mutuelles (quoique ) , l’open-source , les achrams , les sels ,
      le recueil d’eau de pluie , ETC…

  5. Pour Hayek, la Banque centrale injecte de la monnaie sous forme de crédit dans l’économie, ce qui profite d’abord aux capitalistes qui accumulent du capital au détriment des consommateurs qui sont forcés de ne pas consommer (épargne forcée).

    Ce n’est absolument pas ce que dit Hayek. Si c’est ce que vous avez retenu de la théorie monétaire des cycles économiques, le mieux serait d’appuyer 10 secondes sur le bouton reset…

    La théorie de Hayek théorie descend de la currency school (Ricardo et les crises monétaires post-guerres napoléoniennes), de Charles Coquelin (son article « Les crises commerciales » dans le Dictionnaire d’économie politique), de Knut Wicksell (rôle des taux d’intérêt) et Ludwig von Mises.

    Nulle part Hayek ne mentionné Marx dans Prix et production (disponible en français abrégé ici) si ce n’est pour faire allusion à sa terminologie sur un ton ironique (dans la version anglaise uniquement) :

    variations between “consumption and accumulation” (if we may use for once the terminology of Marxian literature)

    De plus, le raisonnement de Hayek ne fait nullement appel aux effets de la création monétaire sur la distribution des richesses. Ce qu’il étudie, ce sont ses effets sur les erreurs d’investissement des entrepreneurs. Pourquoi on a construit autant de maisons inutiles en Espagne ces dernières années, par exemple…

    Hayek, dans la continuation du débat entre currency et banking school, se demande quel est l’effet de la création monétaire des banques sur l’investissement. Il imagine deux scénarios où certains investissements augmentent, mais pour deux raisons différentes.

    Dans le premier cas, les investissements supplémentaires sont le résultat de décisions de consommer moins et d’épargner plus – en langage moderne on dirait que les préférences temporelles des consommateurs changent dans le sens d’une plus grande préférence pour le futur. Quels effets ? …il développe.

    Dans le second cas, les investissements sont financés par du crédit bancaire, sans que les consommateurs aient changé leurs préférences temporelles. Les effets sont différents, et Hayek compare les deux scénarios. Il conclut que la création de monnaie via le crédit bancaire conduit les entrepreneurs à lancer des projets non rentables et qui seront fatalement abandonnés en cours de route et se termineront par des faillites.

    Si vous voulez vraiment avoir une comparaison de la théorie autrichienne du cycle avec la théorie de la surproduction de Marx et d’autres encore, vous trouverez ici – en français – l’étude Prospérité et dépression réalisée par Gottfried Haberler pour la Société des Nations en 1943. Il expose et commente les différentes théories existantes sans raconter n’importe quoi à leur sujet…

    P.S. Cf. aussi l’article de Stéphane Longuet sur les économistes austro-marxistes comme Hilferding, qui vous intéressera peut-être :
    https://docs.google.com/open?id=0B_sxv9ZVcOtYZ2ljeWNwV0R2RFE

    1. merci à GSF pour me faire découvrir un nouveau site institutcoppet

      ça pue la haine des loosers mais façon bien élevé et tout en finesse avec même des citations d’un Proudhon , histoire de montrer que les fous du dieu marché ne sont pas sectaires, à la différence des partageux le couteau entre les dents …….

      par exemple : (http://www.institutcoppet.org/ebooks/contre-le-solidarisme-et-les-droits-sociaux/)

      Sur le solidarisme et les droits sociaux

      Sommaire des textes :

      1° La naissance de l’Etat-providence
      2° Solidarisme et exploitation de l’homme par l’homme
      3° La solidarité sociale contre la responsabilité individuelle
      De la fraternité à la spoliation via la coercition
      5° Solidarisme et totalitarisme
      L’IMPOSTURE des droits sociaux
      Le droit de propriété, source de tous les autres droits
      8° La solidarité libérale : inciter à la responsabilité

      quand on pense que par la manipulation des mots et , il faut le dire, l’inexistance d’un mouvement de l’émancipation sociale dans les pays occidentaux, ces fous de marché vont nous mener à l’abîme dans leurs prétentions à croire qu’ils ont découverts la loi de fonctionnement des sociétés avec le dieu marché et tels les inquisiteurs du moyen âge, veulent imposer à toutes et tous la guerre de tous contre tous qui est le vrai principe de leur religion.

      1. Vous n’aimez pas… dont acte : de gustibus non est disputandum ! Pour rester sur le sujet : Marx et Hayek ???

  6. À ce niveau d’abstraction les variations d’interprétation des écrits des grands ancêtres sont maximales si bien qu’un lecteur naïf (moi par exemple) n’a plus aucun moyen de savoir ce que Marx et Hayek voulaient vraiment dire.
    Je vis dans une culture anglo-saxonne plus pragmatique où on a moins tendance à s’emberlificoter dans ces débats théoriques sans fin, mais j’ai une question qui me turlupine depuis un bout et je n’ai pas encore réussi à trouver de réponse convaincante nulle part:

    Pendant les trente glorieuses l’idéologie économique dominante était keynésienne. L’état intervenait dans les marchés, la politique monétaire était censée éviter les crises. Fin des années 60, début 70 cependant est intervenue une période de stagflation. Je me rappelle encore le chômage, c’était sérieux! Avec cette crise donc, changement de parallaxe: on réinterprète tout, l’idéologie dominante devient néo-libérale, les marchés ont toujours raison et l’état est maintenant censé rentrer chez lui et se cantonner à sa fonction régalienne, armée, police…

    C’est la théorie uniquement, bien sûr. L’idéologie économique dominante ne peut influencer que les tendances, la réalité sur le terrain est bien plus complexe. Cependant si on accepte pour la discussion cette vision historique, nous voici donc dans une nouvelle crise, qui doit provoquer un nouveau changement de parallaxe.

    Nouvelle interprétation donc des crises passées: si on admet que l’interprétation néolibérale de la crise qui a amené la fin des trente glorieuses était incorrecte, quelle nouvelle interprétation pourrait s’y substituer?

    1. Et Roosevelt, vous allez nous l’interpréter comment, cher pragmatique..??
      Malheureusement pour l’interprétation maximale, il existe des faits et des contextes qui ne peuvent être modifiés même par la meilleure propagande.

      1. Vous avez raison yvan, la propagande ne m’intéresse pas, ni cette étrange interprétation maximale que vous introduisez.

        Quelqu’un peut-il peut-il nous expliquer les causes de la crise qui a amené la fin des trente glorieuses et le rejet des politiques économiques keynésiennes?

      2. « la propagande ne m’intéresse pas »
        Comment écrire cela alors que nous baignons EN PERMANENCE dans la propagande…???

        Il m’a parfois été reproché de ne pas être assez « pragmatique ». Et, bien longtemps, je n’ai pas fait le tour de ce que ce mot englobait REELEMENT.
        Hé bien, « Sir », ce que l’on me reprochait EN REALITE, était de ne pas être ASSEZ HYPOCRITE

      3. Bien sûr yvan, la propagande est partout. Sur ce blog beaucoup d’intervenants cependant offrent honnêtement ce qu’ils pensent sans souci de propagande. C’est de ceux là que je voudrais une réponse à ma question.

        Vous détestez l’adjectif « pragmatique », je vois. Il a été utilisé contre vous dans d’autres interactions. Entendu donc, si vous avez une réponse ou juste un bout de réponse à ma question, offrez le. Que ce soit pragmatique, ou théorique, ou utopiste, ou poétique ou délirant, je m’en accommoderai et j’essaierai de suivre. Ce qui m’intéresse, c’est de commencer à comprendre les causes de cette crise de la fin des trente glorieuses.

      4. Il n’y a que DEUX causes, et de plus, très simples.
        Mais, pour vous répondre, il faudrait que je ne sois pas censurer.

  7. « l’idée que le capital est un détour de production introduit à la fois l’idée de la nécessité du temps dans le processus de production mais aussi que la production est détournée au profit du capital au détriment du travail puisque le capitaliste impose à l’ouvrier l’austérité en le privant de toute consommation immédiate. »

    Et comment est analysé dans cette très intéressante théorie l’épargne de l’ouvrier aux dépens de sa consommation immédiate. Est-ce un détournement de la production d’un ouvrier « A » à son profit et au détriment du travail d’un autre ouvrier « B » qui lui n’épargne pas ?

  8. Le lien Hayek-Marx réside dans l’analyse faite en terme d’usage. Pour les autrichiens, l’utilité détermine la valeur par le biais des coûts de production. Pour Marx, la théorie valeur-travail dérive de la théorie classique de la valeur formulée par Ricardo. La valeur des biens est déterminée par la quantité de travail nécessaire pour les produire (le nombre d’heures consacré à la fabrication). Mais nous savons que l’angle d’analyse de la valeur peut prendre différentes formes. Le concept de valeur n’est pas uniquement un rapport de force travail/capital. C’est une interprétation de la valeur matérialiste ! Le travail est au centre des conceptions. Sa rémunération permet la survie des classes qui se confrontent sur le terrain par un rapport capital/travail. Il convient de se demander si c’est l’échange qui fait la valeur ou la valeur qui fait l’échange ? Pourtant la valeur n’est-elle pas autre chose qu’un échange ? Ce serait une simple représentation ou une identification? Ne pourrait-on pas concevoir la valeur différemment, une nouvelle interprétation……..

    1. Pour les autrichiens, l’utilité détermine la valeur par le biais des coûts de production.

      Je ne sais pas exactement ce que vous voulez dire par là, mais depuis Menger les autrichiens s’opposent à l’idée que les coûts de production déterminent le prix de vente. Le cadre théorique autrichien repose sur les évaluations subjectives des acteurs. C’est d’elles que découlent les prix, et (par l’intermédiaire des évaluations des entrepreneurs) les coûts, puisque c’est en fonction des prix qu’il espère obtenir que l’entrepreneur évalue ce qu’il peut payer pour les facteurs de production. Dans ce cadre, la causalité va (paradoxalement) des prix vers les coûts, et non l’inverse.

      A cela, il faut opposer les théories bâties sur une valeur objective, intrinsèque aux objets, ou « matérielle ». C’est par exemple la valeur-travail de Marx, pour qui la valeur d’échange d’un bien découle de la quantité de travail (socialement utile) requise pour sa production. C’est une théorie qui explique les prix par les coûts de production. La causalité va des coûts vers les prix comme vous l’écrivez.

      On a donc bien là deux approches opposées, mais votre description de la théorie autrichienne (et, plus largement, de la théorie marginaliste) est inexacte. Elle n’explique pas le prix par les coûts de production. Mais j’ai peut-être mal compris votre première phrase.

      1. Il existe une coincidence historique avec la naissance du marginalisme qui à mon avis jette une
        lumiére crue sur cette théorie . A cette époque non seulement la banque d’Angleterre démonétise
        l’argent mais abandonne le banking scool , la £ en pratique est as good as gold .
        A tel point qu’à plusieurs reprises c’est la banque de France qui va la tirer d’affaire dans l’embarras où elle s’est mise d’étre sous-capitalisée en or .Hayek reste courtois avec son effet accordéon , çà suppose qu’on sache en jouer sans faire de couac . Il aurait été plus juste et plus général de dire (mais plus vulgaire ) que les prix se barrent en couilles . Mais qu’importe puisque c’est subjectif !

      2. Gu Si Fang,
        Les écoles marginalistes ont un principe commun hédoniste. Ainsi ils édifient une théorie qui explique la valeur par l’utilité de la dernière unité disponible. C’est la théorie de l’utilité finale ou marginale pour expliquer non seulement le prix des marchandises mais surtout celui des facteurs de production. Enfin, les phénomènes sont unis non par un rapport de causalité mais d’interdépendance. Ce sont des relations fonctionnelles. C’est sur ce point qu’il se démarque des classiques…

  9. Si je ne m’abuse, Hayek considérait que le monde socioéconomique est trop complexe pour être représenté par une théorie monolithique. Utiliser une théorie unique comme guide de l’action reviendrait, en fait, pour marcher, à vouloir chausser un pied de taille 46 par une chaussure de taille 37.
    Cette position est très logique si l’on considère que, dès que l’on veut réguler, cela dérange les puissants qui bénéficient de l’ordre en place. Connaissant la théorie, ils ont beau jeu de profiter de leur pouvoir pour modifier la donne et faire aboutir la partie à des résultats encore plus à leur avantage.
    Hayek comptait sur le marché pour jouer un rôle de régulateur. Le trucage du marché fait partie des pratiques spéculatives. Il y a une telle distance mondiale et tellement d’étapes intermédiaires de transactions entre les producteurs des ressources de base et les consommateurs finals que ses effets sont facilement orientables dans le sens des intérêts des mêmes puissants.
    Ma petite théorie à moi est qu’il faut se garder des théories et donc se méfier des approches théoriques. Il ne reste qu’à se baser sur l’étude détaillée du déroulement des processus pour réguler. Mais encore faut-il avoir une idée suffisamment précise des finalités auxquelles doivent aboutir ces processus.

  10. Faire un rapprochement Marx / Hayek , à part l’accordéon musical, reléve du tour de force intellectuel , c’est certain , il faut étre Docteur d’Université pour réussir un tour pareil .
    Entre ces deux là il y a eu démonétisation de l’argent , puis de l’or . Méme quand Hayek invoque
    la mise en concurrence des monnaies , au sens de libre émissions monétaires , le rapport aux métaux est accessoire . Il prend acte de qui s’est produit depuis le début du 19e siécle .
    A cet aune méme les rapprochements avec la currency et la banking scool sont délicats .
    Non seulement il ne rompt pas avec l’utilitarisme , mais à mon avis s’y enfonce , il faut mettre à
    son crédit que personne n’a trouvé de solutions à ce jour , méme pas à mon avis Milton Friedmann . Quelque chose m’indique pourtant qu’une issue va s’imposer à tous et malgré tous le monde .
    Ce quelque chose est la production d’or et d’argent , sur les 7 siecles qui nous précédent et aujourd’hui . Il se revéle plusieurs tendances indubitables .
    Cette production suit trés précisement la croissance de la population mondiale , à ceci prés
    elle fut au XVI e siécle trés supérieure pour ensuite la rejoindre , elle est depuis 1860 trés
    supérieure pour s’en écarter de plus en plus . Loin d’étre une relique donc elle scucite l’adoration . En 1930 15000t à la FED c’était la moitié du stock , aujourd’hui c’est 150000t et dans les mains de particuliers .
    Ces deux périodes ont en commun d’étre inflationnistes et étatiques .
    Deux différences sautent à l’esprit les pics de productions furent marqués jusqu’en 1930
    par des pics de prix aujourd’hui c’est le contraire . Ces pics étaient précédés de trés longues
    ascensions , ils sont aujourd’hui précédés de trés forts sauts dans le vide , à terme de plus en plus rapprochés . M’est àvis qu’avant qu’on aie éclairci la question théoriquement , elle va
    s’imposer pratiquement , sans que pour autant ce soit un retour au 19e .

    1. L’or permet de dorer les pilules à faire avaler aux repus. Mais ce n’est pas très nourrissant pour les deux milliards d’affamés.

      1. « En fait la surveillance du FMI ne s’exercera jamais sur les États-Unis dont la monnaie connaîtra des fluctuations très fortes (du simple au double) et dont les déficits de balance de paiement provoqueront une immense émission de crédits à l’origine de nombreuses crises. » cf Accords de Jamaique
        Aujourd’hui, il faut trouver un système qui garantie la valeur de la monnaie de référence dans les échanges internationaux.
        Il y a des métaux précieux mais d’autres produits sont envisageables (énergie, propriété,…). Le plus adapté (consensuel) serait un panier de valeurs afin de prendre en considération les spécificités de chacun. Peut-être même un panier de devises (indexées elles-mêmes sur des valeurs réelles spécifiques à chaque zone géopolitique).

      2. Chinois + Indous + Proche-Orientaux et quelques autres sont les plus gros acheteurs d’or et
        d’argent . Ce ne sont pas que les riches qui achétent , au contraire ce sont surtout des pauvres , souvent des paysans pour se protéger de l’inflation .
        Les riches ont d’autres moyens plus lucratifs pour s’enrichir .
        Il est beaucoup plus facile pour un riche de spéculer sur n’importe quoi avec un profit supérieur .
        Désolé de vous le dire aussi crument , mais vous faites un énorme contre-sens .

      3. moneytisme,
        vous ne me contredisez pas, le système d’étalon « monnaie fiat » arrive à son terme. Et l’achat par les BRICS, c’est un déplacement de la dynamique de l’activité économique mondiale (historiquement l’Europe, puis les EU et enfin l’Asie). Normal que les émergents achètent de l’or et de l’argent parce que si vous divisez par la population. Je ne sais pas où vous avez vu que ce sont les pauvres, mais les banques centrales ne sont pas des pauvres. Et comment voulez-vous qu’un pauvre achète de l’or ? Vous parlez de ceux qui profitent de meilleurs conditions pour s’acheter un peu de garanties conseillés par leurs propres dirigeants. Ce n’est pas pour leurs prendre ce qu’ils ont, puisqu’ils n’avaient rien. Ces mêmes dirigeants Indiens et Chinois qui ont le pouvoir de nous imposer le contrôle de l’économie mondiale (industriels et énergie.). Ensuite, des signes avant coureurs comme la pub à la télé vous montrent à quel point les tentatives de maintenir le patrimoine (rendements des actifs) évoluent. Le jour où vous verrez de l’or à vendre, ce sera le moment de le vendre. Les riches cherchent normalement à vous vendre et non à vous acheter. Posez-vous la question pourquoi veulent-ils acheter. L’or de la France se trouve à la BDF mais surtout dans les foyers des Français. Aujourd’hui ceux qui ont un placement à effectuer le font dans certains bons du trésor (notamment allemands par ex même négatif), dans obligations corporate et dans les métaux précieux. Si vous connaissez un actif performant, vous êtes le seul….. 🙂
        ps : La veille du crash de 29, certains sortaient encore à découvert !
        en cadeau pour info ?
        http://www.news26.tv/econmie/254-usa-lutah-installe-lor-comme-moyen-de-paiement.html

  11. L’idée que je défends est que seule une lecture marxienne de l’austérité peut nous aider à penser la dynamique d’accumulation du capital.

    Bof,

    « Rien d’ancien avec Karl Marx »

  12. « …c’est le fondement du débat entre la neutralité et la non-neutralité de la monnaie. »

    Que la monnaie soit neutre est un concept trés rigolo. Ca ne m’etonne pas de Hayek!
    Mais la neutralité du marché des changes m’étonnera toujours…
    De fait croire à une BCE « indépendante » fleure bon le joueur de pipeau économique.
    Je crois que tous ont compris, au vu des évenements, de l’escroquerie du concept.
    Enfin une minorité…Ils votent encore dans la dèche pour se fantasme éculé.
    Si les économistes étaient des scientifiques et non des théologiens dans le culte du veau d’or, ils auraient remarqué qu’en réalité ce n’est que propagande d’une classe, celle des possédant.

    Deux idioties:
    – Que toute l’Europe puisse copier l’Allemagne=Absurdité. Sans commentaires.
    -L’Euro est adapté à la Grece et à l’Allemagne=Absurdité. Comme la monnaie n’est pas neutre cela n’a pas de sens. La monnaie est allemande et il s’agit de l’euro-mark. Tout le monde à compris je pense..Faut-il faire un dessin?
    L’euro-mark n’est pas du tout enviable, ni désirable pour le restant de l’Europe, sauf pour la spéculation financière facilitée. Une spéculation qui jongle avec dix monnaies, c’est une spéculation qui prends dix fois plus de risques. Et donc les financiers restent tranquilles, et font peu de profits. Ce qu’ils détestent, bien sur.
    De plus une monnaie forte, garantie par l’Allemagne et…la France, quand meme, fut la joie de tous les Madoff irlandais, islandais, espagnol et grecs…Avec la pesetas, les espagnols n’auraient pas pu emprunter autant. Ni les grecs, etc…
    Je crois que tous le monde c’est fait arnaquer, meme les allemands, qui constatent qu’ils vont devoir soutenir toute l’Europe quitte à couler avec…
    Les escrocs? Les Péres de l’Europe, c’est à dire, in fine, les USA.

    1. Tout à fait d’accord avec çà . L’euro n’est pas un compromis avec le $ mais une compromission .
      Pouvions nous faire autrement , méme les Suisses se vautrent , il semble que personne ne puisse maintenir une monnaie saine avec cette monstruosité qu’est le $ .

  13. Le capital est une simple expression nominale ?
    Dans ce cas, il ne faut pas s’étonner que les débats tournent autour des facteurs de production.
    Les uns défendent les salaires, les autres les combattent….
    C’est la notion de production qu’il faut reprendre pour une analyse du capital. Puis, revoir les notions d’échanges afin que la redistribution soit le plus sensée possible…..
    La destruction pour production doit-elle être sans limites ?
    La production par rapport à ………..
    Qu’est ce que produire…….

Les commentaires sont fermés.