PIQÛRE DE RAPPEL : VÉRITÉS ET MENSONGES DE LA THÉORIE MONÉTARISTE, par Pierre Sarton du Jonchay

Publié originellement le 6 décembre 2010.

Billet invité.

Champ de cohérence de la théorie

Aliena fait au fil de ses interventions sur le blog une présentation instructive de la Modern Monetary Theory (MMT). Elle explicite les réalités que cette théorie considère et celles qu’elle ne reconnaît pas. Cette théorie dominante aux États-Unis si l’on en croit la politique monétaire actuellement suivie pose la monnaie comme la production spécifique de l’État dans l’économie. Le signe monétaire est une matière sui generis qui n’a pas d’autre cause que la décision souveraine de l’autorité publique d’émettre telle quantité plutôt que telle autre et de faire appliquer la loi à tous les signes émis. Quelles que soient les quantités émises, les signes monétaires sont d’autorité libératoires de toute dette et résolvent toute obligation d’un débiteur qui a remis le nombre de signes correspondant au prix contractuel légal négocié.

Dans cette théorie, la quantité de monnaie mise en circulation n’a pas de cause rationnelle. Elle n’a pas d’autre explication que la science infuse de l’autorité monétaire politique qui est réputée savoir entretenir la croissance sans inflation et sans chômage. Cette théorie est indiscutable sur son volet juridique et pratique. La monnaie est bien le signe légal et efficient de la libération d’une dette. Mais la MMT ne dit rien des causes objectives de la crise des subprimes survenue sous le despotisme éclairé de la Fed, n’explique rien de la crise mondiale de liquidité qui s’en est suivi, ni de la faillite de Lehman Brothers, ni de l’effondrement de la croissance dans les pays développés alors que la « planche à billets » tourne à plein régime. Soit la monnaie n’a rien à voir avec tous ces phénomènes économiques, soit elle les dirige d’une certaine manière qu’il appartient aux seuls tenants de la MMT et aux autorités monétaires étasuniennes de connaître et de comprendre. Comme l’avait déclaré John Connally au monde « the dollar is our currency and your problem ».

Inefficacité de l’étalon or

Vraie ou fausse, notons que cette théorie de la monnaie est très pratique quand on est étasunien, représentant du pouvoir politique fédéral, doté d’une fortune personnelle et sollicité par les journalistes pour expliquer la politique monétaire en vigueur. Les étrangers qui utilisent le dollar dans leurs transactions internationales le font librement et n’ont par conséquent aucune légitimité à émettre des critiques sur l’empire monétaire mondial des États-Unis. L’État étasunien en manque de ressources fiscales trouve une solution à son problème de financement grâce au rachat massif de titres de dette publique contre émission monétaire. Comme par hasard, l’émission monétaire fait monter le prix des actifs boursiers mais pas les salaires qui pèsent sur la rentabilité du capital nécessaire à la croissance officiellement souhaitée. Enfin, la MMT permet d’expliquer à l’opinion publique comment la planche à billets permet miraculeusement de stimuler la demande qui fait monter les prix, qui ferait repartir la croissance, qui va donc stimuler l’offre et faire embaucher les chômeurs. Si cette politique pratiquée depuis 1945 grâce à la sage domination du dollar sur l’économie mondiale ne porte pas tous les fruits attendus, c’est sûrement lié à l’inculture ou à la mauvaise foi des salariés étasuniens, des Européens et des Chinois qui s’effraient de l’accumulation de dettes forcément remboursables et de la cupidité des salariés des pays en développement qui réclament trop tôt le prix de leurs efforts.

La MMT repose sur une idéalisation matérialiste de l’État que la théorie suppose porté par une minorité dirigeante éclairée par définition de sa nature dirigeante. La démonstration de pertinence de la MMT est réputée évidente puisqu’elle ne contient que de bonnes intentions de croissance économique, de plein emploi et de stabilité des prix. Si jamais il reste des doutes, la MMT est une religion du bon sens qui comme d’autres ne serait efficace que si l’on y croit. Examinons donc les raisons d’y croire qui en révèleront le champs des hypothèses en quoi il faut avoir la foi. Commençons par convenir que l’indexation de l’émission monétaire sur un stock d’or ou sur n’importe quelle matière première a pour conséquence d’induire une rigidité du prix de la matière de référence et de limiter la création monétaire par le volume de matière étalon disponible et inégalement distribuée. Parce que le prix de l’or ne pouvait pas varier en 1929 et parce que les emprunteurs défaillants n’avaient pas d’or, il a fallu laisser l’économie mondiale s’effondrer pour ramener le stock d’or disponible dans une proportion rassurante de la production. Le réajustement du crédit à l’or et de l’économie au crédit ont convergé par le bas. Le monde de 2007 a évité le désastre des années trente grâce à des monnaies non convertibles à un prix fixe d’une quelconque matière physique.

Despotisme éclairé de la planche à billets

Une fois scellé le sort de l’étalon or, que dit la MMT ? Que la Réserve Fédérale des États-Unis sait par définition la quantité de monnaie qu’il faut émettre pour remettre le monde sur le chemin de la croissance. Et si la croissance ne revient pas ? C’est que le monde ne fait pas confiance à la Fed. So what ? Si nous revenons au réel qui a le sens que nous lui donnons, faire tourner la planche à billets signifie émettre de la monnaie au-delà de ce que le marché achète par l’équilibre de l’offre et de la demande de liquidité. Jusqu’en 2007, les banques centrales avaient appris à ne fixer unilatéralement que le taux d’intérêt de leurs concours en monnaie centrale ; depuis, elles ont aussi repris le contrôle unilatéral du volume de la liquidité centrale en circulation. Concrètement, la Fed, comme la BCE et la Bank of England, achète plus de titres de dette que ne lui en proposent effectivement les acheteurs de liquidité : les banques centrales émettent plus de liquidité monétaire que n’en demande effectivement le marché. Cela signifie que des banques se retrouvent avec plus de monnaie sur leur compte de dépôt à la banque centrale qu’elles n’en n’ont effectivement besoin pour refinancer les crédits qu’elles ont déjà accordés à des débiteurs solvables ; des débiteurs raisonnablement capables selon leurs calculs de rembourser avec une probabilité proche de 100%.

La planche à billets est un marché de la liquidité doublement administré par le prix et par le volume. La banque centrale ne demande aucune information à l’économie réelle, ni sur le volume de transactions qu’elle opère réellement par ses ventes et ses achats de biens et services, ni sur le moment où les agents économiques comptent régler leurs transactions. Le prix du futur dans le présent s’exprime normalement dans le loyer de l’argent qui établit l’équilibre entre les emprunteurs de monnaie qui doivent régler immédiatement leurs achats et les prêteurs de monnaie qui peuvent ou veulent les différer à plus ou moins long terme. La fixation du loyer de l’argent par la banque centrale vise à inciter les agents économiques à distribuer leurs règlements sur la durée entre l’immédiat et le long terme. Le banquier central dirige la liquidité par le prix du court terme en le baissant pour inciter l’économie à anticiper ses paiements ou en le montant pour inciter à retarder les dépenses. La planche à billets consiste à administrer toute la courbe des taux sur toutes les échéances indépendamment des besoins naturellement exprimés par le marché. Le prix de la disponibilité effective des biens et service ainsi que le prix du temps sont dissimulés par la banque centrale.

Production masquée de risque par la liquidité

Que font les banques avec la liquidité que la banque centrale leur remet sans qu’elles l’aient demandée ? Elles spéculent ; elles jouent avec les règles. Comme elles ont déjà satisfait toutes les demandes de crédit qui leur paraissaient raisonnablement remboursables, elles sont obligées de chercher des emplois à la liquidité non demandée dont elles disposent. Spéculer avec la liquidité revient à imaginer des prix offerts qui ne sont pas demandés ou des prix demandés qui ne sont pas offerts. Les prix doivent être imaginés et non pas négociés car personne n’exprime de besoin réel sous-jacent au prix. C’est l’origine du foisonnement des produits dérivés qui servent à attribuer un prix non pas à l’objet d’une transaction entre un acheteur et un vendeur mais à la cause possible d’une transaction si l’on parvient à convaincre un acheteur ou un vendeur à s’y engager. L’immense intérêt du produit dérivé est d’être en soi-même un objet, un prix, la négociation du prix, la variabilité du prix et le bénéfice assuré de son vendeur quel que soit son acheteur. Le dérivé négocié hors d’un marché organisé où l’offre et la demande de l’objet sous-jacent soit visible et mesurable transfert le prix de la volatilité indéfinie de la valeur de ce qui n’existe pas de l’acheteur du dérivé à son concepteur financier.

La théorie moderne de la monnaie est un paravent pseudo scientifique à la politique de stimulation monétaire de la croissance sans marché, sans régulation et sans économie réelle. Pseudo scientifique car ne demandant aucune vérification par les faits et organisé dans une dissimulation complète d’une possibilité de réalité des prix, indépendante des intermédiaires financiers qui en profitent. L’abandon définitif de l’étalon-or lors des accords de la Jamaïque en 1976 a supprimé tout critère international partagé de régulation de la liquidité monétaire. La Fed a pu adopté une politique de facilité monétaire unilatérale qui a financé à bon compte les déficits du budget et de la balance des paiements étasuniens par l’augmentation de la volatilité financière dans l’ensemble du monde. Le système financier international en a profité pour accroître son prélèvement dans la valeur ajoutée mondiale en vendant des produits dérivés permettant d’absorber l’excès de liquidité manifesté par l’accroissement continu de la volatilité des prix. La crise des subprimes a éclaté à cause de la trop grande complexité des produits dérivés génératrice de doute sur la réalité du crédit de ses acheteurs. La prolifération des dérivés hors de toute confrontation de l’offre et de la demande réelles empêche toute mesure objective du crédit et des actifs financiers. Elle stimule la production de nouveaux dérivés achetés désormais directement par les États pour cacher l’insolvabilité publique résultant de l’insolvabilité bancaire.

Impossibilité d’existence de la responsabilité du risque de la liberté

Tous les États qui avaient essayé de résister à la dérégulation et à l’inflation de dollars sont obligés de vendre des garanties de crédit aux pays en difficulté pour éviter d’afficher l’effondrement de tout le système financier. Bien sûr pour la MMT, tout effort de régulation de la dette publique et bancaire pour éviter une trop grande divergence entre le réel et le financier est un délire de défiance envers la grande sagesse de conception étasunienne de la monnaie. Cette sagesse est nominalement valable parce que supposée vraie par définition dans la loi des États-Unis. Il n’est pas légalement envisageable qu’elle ignore la faculté et la volonté même des agents économiques à produire ce qu’ils veulent dépenser. Le crédit n’exige du coup aucun calcul, aucune règle ni aucun engagement ; il n’est que la réponse d’une injonction centrale à produire et dépenser. Les banques appliquent mécaniquement une transformation de la liquidité centrale en crédits à des emprunteurs qui les transforment mécaniquement en ventes auprès d’acheteurs qui consomment mécaniquement à proportion des prêts qu’on leur consent. Et pour que les consommateurs emprunteurs soient obéissants, on comprime les salaires pour qu’ils ne connaissent pas le prix de ce qu’ils consomment par le prix de ce qu’ils produisent.

Le monétarisme quantitatif a pour autre conséquence méconnue d’annuler la réglementation du crédit et la prudence financière. L’accumulation de liquidités dans les banques les obligent à fabriquer du risque réel non nommé pour consommer les surplus de liquidité. Elles versent des bonus et stock-options à leurs dirigeants et gérants pour masquer toute perception de la réalité objective. Toute intériorisation de la règle de prudence est neutralisée, qui engage le calcul du risque de crédit à son prix raisonnable. La capacité d’anticipation de l’incertitude réelle du futur est remplacée par le calcul abstrait d’un capital nominal systématiquement sous-estimé afin d’augmenter fictivement la rentabilité. La production artificielle de liquidité par la banque centrale stimule l’innovation financière pour acheter du risque non-comptabilisable ou vendre du risque comptabilisé en crédit. La MMT repose sur le nominalisme juridique qui voit la valeur dans le prix et non dans un objet négocié et consommé dans le respect du droit. Le bénéfice réel et concret de cette conception est d’attribuer la richesse aux minorités qui contrôlent économiquement le droit.

Intérêt et faisabilité du bancor

L’opposition de la MMT à tout étalon objectif de valeur vise à ne pas poser les conditions d’une discussion ouverte et transparente des prix. Si les États démocratiques adoptent le bancor fondé sur un marché d’égalité de droit entre tout acteur public ou privé, étasunien ou non étasunien, individuel ou social, alors les prix ne sont plus manipulables ni des biens réels, ni de la liquidité, ni du crédit ni du capital. Le bancor de Keynes est devenu totalement viable et efficace grâce aux techniques des produits dérivés ; à la condition d’instaurer un marché de négociation transparente des primes de risque par le crédit sous-jacent, du crédit par le prix des objets réels sous-jacent, des objets réels par le capital sous-jacent et du capital par la liquidité sous-jacente à la négociation équitable et objective entre une offre et une demande identifiables et quantifiables. La MMT a raison sur la valeur publique intrinsèque de l’État de droit dans la liquidité. Mais cette théorie est une escroquerie si elle ne pose pas les conditions d’une négociation marchande équitable entre tout acheteur et tout vendeur de tout objet auquel les hommes attribuent de la valeur quelle que soit leur nationalité et leur statut social.

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55 réflexions sur « PIQÛRE DE RAPPEL : VÉRITÉS ET MENSONGES DE LA THÉORIE MONÉTARISTE, par Pierre Sarton du Jonchay »

  1. « ils ne connaissent pas le prix de ce qu’ils consomment par le prix de ce qu’ils produisent. »

    « un marché de négociation…des primes…par le crédit…, du crédit par le prix …, des objets réels par le capital … et du capital par la liquidité sous-jacente à la négociation »

    SVP, pourriez vous éclaircir ces tournures (…par…)?

    1. Cher Sylla,
      Le « par » signifie que des personnes humaines réelles détiennent distinctement la prime, le crédit, le capital, l’objet réel engagés dans le prix. A l’échéance de la transaction, chaque acteur de chaque rôle identifié du prix assume sa responsabilité financière dans l’écart éventuel entre ce qui a été explicitement promis et ce qui a été effectivement réalisé.

      1. Je n’avais jamais rencontré cette tournure et ce n’était pas du tout ce que je devinais! Merci!

        (Il y a un sens d’imbrication ou une simple juxtaposition? Et pour la première phrase, sur la consommation?)

  2.  » Impossibilité d’existence de la responsabilité du risque de la liberté « … de conscience du choix de la probabilité d’expérimentation de la négociation des primes … etc …

  3. Mais la MMT ne dit rien des causes objectives de la crise des subprimes survenue sous le despotisme éclairé de la Fed, n’explique rien de la crise mondiale de liquidité qui s’en est suivi, ni de la faillite de Lehman Brothers, ni de l’effondrement de la croissance dans les pays développés alors que la « planche à billets » tourne à plein régime.

    Justement : la « planche à billet » ne profite pas à l’économie réelle, ce n’est pas de la création monétaire mais de la drogue pour Wall Street. Pour faire fonctionner réellement la planche à billet il faudrait que l’état crée directement la monnaie, pas qu’il propose un programme de rachat d’obligations sur le marché secondaire ou d’échanges de titres maturité courte/longue, ou qu’il se contente de fournir de la monnaie banque centrale aux banques avec charges à elles de la « réinjecter » dans l’économie par le crédit (ce qui du reste ne s’est pas produit). Concrètement cette masse monétaire forme des bulles spéculatives et ne rejoint l’économie réelle qu’à dose infinitésimale… Par contre, le jour où ces bulles éclatent (et elles éclatent toujours)… Bref, pour réellement créer de la monnaie l’état doit sortir de la logique du financement de la dette sur les marchés contre intérêt et « imprimer » l’argent dont il a besoin, tout simplement.
    Habituellement, à ce niveau là, on voit s’agiter le spectre de l’inflation, certains parlent déjà de l’Allemagne des années 1920, du nazisme, voir de John Law…
    Mais une économie en surproduction, cela signifie précisément que la masse monétaire (m1) est insuffisante. Il est donc impératif de créer massivement de la monnaie, par exemple en augmentant franchement les salaires (programme du Front de Gauche).
    Et là les libéraux re-disent : oui mais l’inflatioooooon ! (évidemment, c’est un peu la mort du rentier…) Sauf que, notre économie étant en surproduction chronique… Et puis au demeurant l’histoire des trente glorieuses montre qu’un peu d’inflation (10% quand même en France dans les années 70) n’a jamais fait de mal à personne (à part aux rentiers, re-aïe), c’est même très bon pour la sainte croissance et la réduction du chômage, voir la courbe de Phillips (à condition qu’il s’agisse de « bonne » inflation par les salaires, pas celle par les matières premières).
    Il y a, pour prolonger le néo-chartalisme, il me semble, la très intéressante Théorie Relative de la Monnaie ou celle sur le crédit social et les systèmes monétaires à dividende universel ou revenu de base. Toutes, cependant partent du constat que la masse monétaire en circulation est structurellement insuffisante.
    http://www.creationmonetaire.info/
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Cr%C3%A9dit_social

    1. @ Ivan

      Ce n’est pas le néochartalisme. Toutes les sources sérieuses sur le néochartalisme que je connais disent que l’assouplissement quantitatif est plutôt légèrement contreproductif que conforme au néochartalisme (voir ici et ). Quant à moi, néochartaliste francophone, je l’ai aussi toujours expliqué.

      À noter, puisque tu appprécies la TRM, que le néochartalisme peut contenir un Revenu de Base et ainsi remplacer avantageusement la TRM.

      1. Toutes les sources sérieuses sur le néochartalisme que je connais disent que l’assouplissement quantitatif est plutôt légèrement contreproductif que conforme au néochartalisme (voir ici et là).

        Mais je n’ai pas dis autre chose.

        À noter, puisque tu appprécies la TRM, que le néochartalisme peut contenir un Revenu de Base

        En effet, il y a de forts points de convergence. Je trouve ces approches très stimulantes, elles ont été reprises, notamment, par le Parti Pirate, concernant le revenu de base. N’ y aurait-il pas une démarche d’unification à entreprendre afin de gagner en visibilité ?

    2. Deux questions:
      La masse monétaire insuffisante n’est-elle pas le pendant d’un endettement dont la richesse attendue n’existe pas, voire n’existera pas?
      N’est-ce pas sa dévaluation qui pose problème au regard des matières premières?

      1. La masse monétaire insuffisante n’est-elle pas le pendant d’un endettement dont la richesse attendue n’existe pas, voire n’existera pas?

        L’endettement a tenté de pallier les déséquilibres dans la répartition de la richesse rente/salaire.
        Cependant, par le mécanisme de l’intérêt, ce système ne fait qu’aggraver les déséquilibres. La masse monétaire (m1) reste insuffisante et les bulles spéculatives explosent. Pour mémoire, depuis bientôt 30 ans, les gains de productivité ont été affectés principalement au capital en lieu des salaires, comprimant la masse monétaire m1 et la demande.

    3. Ivan,

      Et puis au demeurant l’histoire des trente glorieuses montre qu’un peu d’inflation (10% quand même en France dans les années 70) n’a jamais fait de mal à personne

      Ah bon ? Il me semble pourtant que ce « peu d’inflation » post « trente glorioleuses » à 10/14% (13,7% en 73) n’a pas empêché quelques chômeurs, non ?
      Il est vrai qu’on était plus aux 15% d’inflation annuelle moyenne de la période 1945/1959 (prix multipliés par 8 dans les 15 années)… Entre 69 et la « mort de l’inflation » en 86, soit ce qui reste dans les mémoires comme La THE période d’inflation récente, on était plus qu’à moins de 10% annuels en moyenne, prix multipliés par 4,25 en 16 ans. C’était pas assez, « c’est pour ça », n’est-ce pas messieurs les néo-charlatans ? Ou bien c’était pas « d’la bonne inflation » bien d’chez nous, uh ?

      1. Je n’ai pas établi de lien direct entre inflation et taux de chômage, comme le font certaines interprétations de la courbe de Phillips. Il est plus juste de parler de croissance du salaire nominal car l’inflation peut avoir d’autres causes que la hausse des salaires, comme le coût des matières premières, par exemple. Ainsi, si vous avez une hausse significative du coût des matières premières, au hasard après un choc pétrolier, qui constitue un facteur d’inflation, la corrélation entre taux de chômage et inflation est plus difficilement vérifiable car le salaire nominal, et donc la demande, n’en sont plus la cause, ou plus l’unique cause (il faudrait alors se pencher sur le détail des chiffres).
        Cela dit, je ne me revendique pas spécialement néo-chartaliste, je trouve cependant que cette théorie fournit une grille de lecture pertinente et originale.

      2. Voilà, bien sûr, c’était pas d’la bonne inflation bien d’chez nous, hein ? C’était les chocs pétroliers. Et avant ça les dévaluations (les officielles comme les masquées, la suppression de la taxe sur les salaires et l’augmentation des taux de Tva de Jeanneney/de Gaulle en novembre 68, six mois avant la dévaluation marquant la fin du franc fort gaullo-rueffien instauré après la dévaluation initiale de 58…).
        De toutes façons je considère que le néochartalisme n’apporte strictement rien de neuf à la vieille bataille entre keynésiens et monétaristes, bataille qui ne date pas de Keynes et Friedman mais de bien avant dans l’histoire monétaire et financière de l’Europe (plutôt du XVIIe et même avant – voir Kindleberger).
        Un simple contrepied purement idéologique d’un monétarisme old school et bas de plafond qui ne fait plus bander grand monde. Totalement inutile, exotique et (heureusement) marginal, même si l’on veut bien prendre pour argent comptant le vieux précepte de Maynard qui voudrait que « les idées, justes ou fausses, des philosophes de l’économie et de la politique ont plus d’importance qu’on ne le pense en général. A vrai dire le monde est presque mené par elles. Les hommes d’action qui se croient parfaitement affranchis des influences doctrinales sont d’ordinaire les esclaves de quelque économiste passé. Les visionnaires influents, qui entendent des voix dans le ciel, distillent des utopies nées quelques années plus tôt dans le cerveau de quelque écrivaillon de Faculté. »
        Leur reste un bout d’chemin à faire aux vapeurs utopiques néocharlatanesques pour qu’elles réduisent à l’esclavage quelque orgueilleux homme d’action aussi bien que le firent et le font encore « visionnaires » keynésiens et monétaristes plus ou moins abâtardis. En tous cas si l’on en juge par le peu d’empressement du public d’un blog Jorion à se laisser imprégner par ce mauvais alcool de mauvais bootleger, juste bon à faire boire du petit lait aux cassandres ultramonétaristes et du miel aux abrutis d’extrême-droite.
        Pas vrai Mister Warren « neochartalist tea-party democrat » Mosler dans son Connecticut ? Faites rire de vous chez BJ en France comme vous continuez à faire du gringue à Krugman sur son blog aux US si ça vous chante, mais comme j’aimerais que le vieux Maynard vienne dire sa façon de penser à ces encombrants bâtards, parasites de blogéconosphère…
        Pour qui vous roulez les mecs, au bout du bout ? Le savez-vous ? Regardez derrière qui suce vos boyaux, bien à l’abri du zef.

  4. Aliena fait au fil de ses interventions sur le blog une présentation instructive de la Modern Monetary Theory (MMT). Elle explicite les réalités que cette théorie considère et celles qu’elle ne reconnaît pas. Cette théorie dominante aux États-Unis si l’on en croit la politique monétaire actuellement suivie pose la monnaie comme la production spécifique de l’État dans l’économie

    Il y a contresens. Le néochartalisme fut construit en opposition au monétarisme, tant au niveau de la description du fonctionnement de la monnaie qu’au niveau des conséquences en terme de chômage ou de croissance (seconde moitié de la partie).

      1. Je dirais vaguement oui, sauf que le néochartalisme tient la place du marxisme et le néolibéralisme celui du libéralisme néoclassique. Où voulez-vous en venir ?

        Ce que je voulais dire, c’est que les institutions monétaires se prêtent très facilement au néochartalisme (c’est même en les étudiants précisément que le financier Mosler l’a lancé), mai pas les équipes et les doctrines qui les dirigent. Par exemple l’austérité ou l’assouplissement quantitatif sont anti-néochartalistes.

        Il y a un vague rapport avec le marxisme : lui aussi a tenté de mieux étudier l’économie et d’en fournir une description et des prescriptions alternatives. Mais ça s’arrête là. Il est vrai que les auteurs néochartalistes sont souvent libertaires quant au mœurs, ou en tout cas « fortement progressiste » et en général classé à gauche (voir par exemple le compas politique de Bill Mitchell), mais ils restent très raisonnables dans leur anti-libéralisme.

        Où vouliez-vous en venir ?

  5. Un pays hégémonique met au point progressivement ses politiques financières et économiques.
    Ensuite, il trouve un universitaire pour en faire une théorie et rationaliser l’empirisme de départ. Un « pix nobel » saluera cette révolution en économie.

  6. Bien sûr pour la MMT, tout effort de régulation de la dette publique et bancaire pour éviter une trop grande divergence entre le réel et le financier est un délire de défiance envers la grande sagesse de conception étasunienne de la monnaie

    Là aussi, il y a contresens. Connaissais-vous William K. Black ? C’est l’un des rares régulateurs digne de ce nom lors de la débâcle des Savings and Loans. Il a écrit un livre, The Best Way to Rob a Bank Is to Own One, qui fait autorité sur le sujet. Il est également néochartaliste, ce qui lui permet d’être encore plus fermement régulateur, car il sait que le financement de l’économie dépend d’abord du Trésor, et ensuite seulement des banques et de la banque centrale. Voir par exemple cet article de Black http://neweconomicperspectives.org/2012/06/house-republicans-try-to-create-the-worlds-worst-criminogenic-environment.html

    Je ne connais aucun néochartaliste qui soit opposé à une plus forte régulation bancaire, notamment Glass-Steagall.

    1. Quelle rapport entre la dette publique dans l’objection de Pierre et votre évocation du Glass-Steagall acte ou de la régulation bancaire ?!?

      Est-ce que vous comprenez bien ce que Pierre écrit ?

      1. Le rapport, c’est que « bien sûr, pour la MMT, tout effort de régulation bancaire est très loin d’être un délire, et c’est même une impérieuse nécessité ».

      2. C’est sûr que si on en regarde pas les contresens, il n’y en a aucun ;). Bon tu veux dire que j’aurais dû couper la citation originelle pour rendre plus claire ce à quoi je répondais ?

        L’idéal néochartaliste, quant à la dette publique, est de la supprimer en laissant l’État simplement créer la monnaie par dépense ou la détruire par recette, et de relever les taux de rémunérations des réserves des banques au niveau du taux directeur, pour éliminer toutes ses opérations de vente et de rachat de titres.

      3. Réponse à ta question : oui. Si la phrase commence par « dette publique » et que tu réponds à tout sauf à ça, il n’est pas inutile de le préciser.

        L’idéal néochartaliste, quant à la dette publique, est de la supprimer en laissant l’État simplement créer la monnaie par dépense ou la détruire par recette

        Que se passe-t-il néochartalistement si l’État dépense de façon démesurée ? Il est obligé de prélever des impôts démesurés derrière, non ?

      4. Que se passe-t-il néochartalistement si l’État dépense de façon démesurée ? Il est obligé de prélever des impôts démesurés derrière, non ?

        Non. Il laisse le secteur privé épargner autant qu’il en a besoin et ne réduit son déficit qu’ensuite, lorsque le secteur privé voit ses prix monter.

      5. Non. Il laisse le secteur privé épargner autant qu’il en a besoin et ne réduit son déficit qu’ensuite, lorsque le secteur privé voit ses prix monter.

        Donc via l’inflation. Si le « autant qu’il en a besoin » renvoie à mon « de façon démesurée », que peut-on dire de l’inflation nécessaire pour réduire le déficit ? Quel qualificatif d’amplitude faut-il lui accorder ?

      6. @ Julien Alexandre

        Donc via l’inflation.

        Non. Lorsque les prix montent, les stabilisateurs automatiques font leur travail et réduise le déficit, voire génère un surplus (rare, éphémère et de faible montant). Comme aujourd’hui, sauf qu’au lieu de s’inquiéter du déficit automatique, on comprend qu’il s’agit d’un phénomène naturel à l’économie, souhaitable et sain, et on ne balance pas de l’austérité mal venue au beau milieu d’une reprise économique fragile. Les quantités d’inflation sont déjà très bien gérées. En fait, il y a en permanence présence des deux forces (inflationnistes et dés-inflationnistes) dans le budget contracyclique, il n’y a pas à déclencher l’une ou l’autre, simplement le rapport entre ces forces varie selon l’état de l’économie privée.

        Pas d’inflation donc, mais pas de rechute en récession non plus suivant immanquablement les politiques d’austérité.

        Pour avoir une vision d’ensemble du néochartalisme tel qu’il est vraiment, cf Les Bases, ça corrigera un grand nombre d’erreurs présent dans l’article de PSDJ et dans le fil de vos réponses. Il est vrai que le néochartalisme est assez difficile d’accès : quantité de notions qu’on croyait familières sont comme inversées. Mais c’est indispensable oour comprendre le fonctionnement d’une monnaie.

      7. Non. Lorsque les prix montent, les stabilisateurs automatiques font leur travail et réduise le déficit,

        Donc si je comprends bien, les prix montent, mais il n’y a pas d’inflation… C’est quoi les « stabilisateurs automatiques » ? La réévaluation de la valeur de la monnaie pour absorber l’inflation ?

        N’est-il pas plus simple alors dans le petit monde néochartaliste, plutôt que de s’emmerder avec la hausse des prix, les « stabilisateurs automatiques », l’épargne privée, etc. de tout simplement décider de rembourser la dette publique (mettons 1000 €) en décrétant que ce qui valait 10 € jusqu’ici en vaut 1000 €, ce qui permet de la rembourser. Une fois que c’est fait, 10 € valent de nouveau 10 € et l’affaire est entendue, l’État peut recommencer à dépenser sans contrainte pour générer des déficits.

        Théoriquement, c’est plus simple, non ?

      8. @ Julien

        Donc si je comprends bien, les prix montent, mais il n’y a pas d’inflation… C’est quoi les « stabilisateurs automatiques » ?

        Voici une bonne analogie. Pour étudier un mouvement courbe (régulier sur un plan, faisons simple, genre lancer de balle à un toutou 😉 ), les physiciens décompose le mouvement en deux vecteurs, l’un vous donne le mouvement horizontal, l’autre le mouvement vertical. C’est beaucoup plus simple à expliquer et à calculer ainsi décomposé. Mais bien sûr, les deux mouvements en pratique sont « fondus », il n’y a pas de déclencheur de mouvement vertical ou horizontal, avec une alternance entre les deux : la courbe ne zigzague pas, elle est courbe, lisse et belle.

        C’est la même chose pour les stabilisateurs automatiques. En permanence, sans que quiconque décide de déclencher les stabilisateurs (c’est pour ça qu’ils sont dit automatiques), ils fournissent allocation aux chômeurs, réduction de TVA aux production bradées, etc. d’un part, et augmentation de l’impôt pour les revenus qui flambent, augmentation de la TVA pour les biens de luxes ou spéculatif, etc. Tout cela en permanence. Les deux effets sont fusionnés, de sorte qu’on peut parler de budget contracyclique inflationniste ou dés-inflationniste sans que qui que ce soit ne se dise que c’est le moment, et déclenche la chose en appuyant sur un bouton. Il faut prendre automatique dans stabilisateurs automatiques au sens le plus littéral.

        Malheureusement, malgré que les structures néochartalistes qu’on a très laborieusement intégrées à nos économies soient toutes sa charpente, la mouche du coche du libéralisme essaie de nous faire croire (et y parvient dois-je admettre à mon grand regret) en un fonctionnement très fantaisiste de la monnaie, et nous impose des politiques contre-productives ensuite :

        – Austérité, de manière complètement inutile. Pire, austérité alors que la reprise est encore fragile, ou au beau milieu d’une récession !
        – Impôt sur le revenu dégressif à partir des plus hautes tranches : l’impôt devient alors procyclique et non contracyclique pour ces tranches. Et en plus ça ne relance pas l’économie mais la spéculation et principalement le luxe !
        – Réduction des salaires pour contrer une récession, les fameux « efforts de compétitivité », alors que ça devrait être l’inverse, ou au moins chercher à les maintenir !
        – Etc.

        C’est contre tout cela que se battent les néochartalistes. Quand je dis à Pierre Sarton du Jonchay qu’il commet des contresens, ce n’est pas pour pinailler ou par mauvais esprit, c’est parce que sa présentation est profondément erronée quant au néochartalisme. Voilà tout.

        Je crois que notre dialogue avance fructueusement et que les malentendus se dissipent. Vous m’en voyez ravi. 🙂

      9. En permanence, sans que quiconque décide de déclencher les stabilisateurs (c’est pour ça qu’ils sont dit automatiques), ils fournissent allocation aux chômeurs, réduction de TVA aux production bradées, etc. d’un part, et augmentation de l’impôt pour les revenus qui flambent, augmentation de la TVA pour les biens de luxes ou spéculatif, etc. Tout cela en permanence. Les deux effets sont fusionnés, de sorte qu’on peut parler de budget contracyclique inflationniste ou dés-inflationniste sans que qui que ce soit ne se dise que c’est le moment, et déclenche la chose en appuyant sur un bouton. Il faut prendre automatique dans stabilisateurs automatiques au sens le plus littéral.

        Si j’étais d’humeur sarcastique, je te demanderais si les stabilisateurs ne ramènent pas également l’être aimé, guérissent de toutes les maladies, donnent de la chance aux jeux, etc.

        Plus haut, tu me dis qu’il ne serait pas nécessaire de relever les impôts, et maintenant tu m’expliques que si pour « les revenus qui flambent » et les « biens de luxes ou spéculatifs ».

        Comment fonctionne donc « l’automaticité » pour distinguer les biens spéculatifs des biens non-spéculatifs ? C’est quoi un « revenu qui flambe » et pourquoi flambe-t-il dans un système néochartaliste ?

      10. @ Julien

        Les stabilisateurs automatiques sont suffisamment automatiques et suffisamment stabilisants pour s’occuper tout seuls du volume idoine de déficit budgétaire (voire de surplus). Comparé aux foireux calculs de déficits structurels opposés aux déficits conjoncturel et du prétendu nécessaire effort d’austérité qu’il faudrait en déduire, calculs aussi foireux que ceux du tout aussi libéral NAIRU, c’est effectivement magique.

        Malheureusement, pas au point de ramener les morts à la vie, etc. En fait, ce n’est même pas suffisamment magique pour s’épargner de nombreuses, diverses et subtiles régulations dans beaucoup de domaine à commencer par la finance. Mais si on en les laisse pas faire, ces précieux stabilisateurs automatiques, la situation est pire encore.

        Si le prix est spéculatif, cela signifie que le bien/service est acheté à ce prix parce qu’on espère le revendre à un prix substantiellement meilleur. Donc, plus ce prix est rogné par l’impôt, moins la spéculation devient intéressante, jusqu’à atteindre le point critique où elle ne l’est plus assez pour continuer à se nourrir elle-même, et éclate. Le gouvernement Sarkozy a donné un bon contre-exemple avec l’immobilier français : lorsque les prix ont commencé à baisser, il a fait voter des exonérations d’emprunt, emprunt à taux zéro, abaissement des frais de notaires, etc. de manière pro-cyclique. Du coup les prix ont recommencé à augmenter jusqu’à tout récemment.

        Maintenant, la bulle commence à nouveau à éclater, alors qu’elle a encore grossit, ce qui fera encore plus de dégât. Ça c’est nettement moins magique que les stabilisateurs automatiques, et ça ne ressuscite pas non plus les morts.

        À l’inverse, si l’emploi faiblit, ce sont les allocations chômage principalement qui empêche la déstabilisation économique, et le contre-exemple libéral est la politique de réduction des allocations et des salaires qui approfondit la crise de l’économie au lieu de la stabiliser. Par stabilité j’entends retour rapide à la trajectoire idéal, faiblesse des déviations par rapport à ces trajectoires. Ils ne sont pas non plus magiques au point d’empêcher la moindre petite déviation possible. Mais ça reste infiniment plus magique que les remèdes à base de dévaluation interne (quel euphémisme) ou d’austérité, fût-ce limitée aux périodes d’expansion, les ralentissant et les abrégeant.

        Ce n’est pas parce que le néochartalisme et en particulier les stabilisateurs automatiques ne font pas tout qu’ils ne font ni même qu’ils ne sont pas indispensables. Or, ils sont indispensable (au sens ou un déficit de long terme croissant est indispensable à l’économie).

      11. Si le prix est spéculatif, cela signifie que le bien/service est acheté à ce prix parce qu’on espère le revendre à un prix substantiellement meilleur.

        Voici une bien curieuse définition du « bien spéculatif » que tu exposes plus haut. Comment donc sais-tu à l’avance que le bien est acheté pour être revendu à un meilleur prix ?

        Donc, plus ce prix est rogné par l’impôt, moins la spéculation devient intéressante, jusqu’à atteindre le point critique où elle ne l’est plus assez pour continuer à se nourrir elle-même, et éclate.

        Et voici un bien curieux remède… Donc, sans même pouvoir définir correctement (et réalistement) ce qu’est un bien spéculatif et ce qui ne l’est pas, tu parles de « rogner par l’impôt ». Cela n’a strictement aucun sens. Si tu peux dégager 1 million de plus-value sur une opération immobilière par exemple, même taxée à 90 %, ça fait une belle opération. Impôt confiscatoire au-delà d’une certaine somme ? Laquelle ? Si j’achète mon vélo 20 et que je le revends à un pigeon 50, qui me confisque les 30 € de plus-value « spéculative » ?

        Le reste est à l’encan : comme tu l’as dit toi-même, le néochartalisme se construit uniquement en opposition au néolibéralisme, c’est pour cela que c’est une voie de garage. Partir des mêmes constats que le néolibéralisme, et prendre le contrepied parfaitement symétrique sur chaque point, voilà ce qu’est le néochartalisme. Et c’est précisément ce qu’explique parfaitement Pierre dans son billet. C’est la raison pour laquelle si on devait appliquer dans un système dynamique d’un côté le néochartalisme et de l’autre le monétarisme, il y aurait phase cancellation parfaite.

      12. le néochartalisme se construit uniquement en opposition au néolibéralisme

        Vous ne ferez plus l’erreur de l’amalgamer avec le monétarisme, c’est déjà ça 🙂

      13. Ivan

        Vous ne ferez plus l’erreur de l’amalgamer avec le monétarisme, c’est déjà ça 🙂

        Merci de me pointer la source où j’assimile monétarisme et néochartalisme.

        Ps : ne perdez pas trop votre temps là-dessus

      14. @ Julien

        Il y a des degrés dans la spéculation comme dans tout. Acheter dans le seul but de vendre plus cher, lorsqu’il ne s’agit que d’un vélo, de 30 euros et de vous Julien, ça reste largement assez mineur pour qu’on s’en fiche au niveau institutionnel. Quand il s’agit en revanche d’un marché entier de l’immobilier ça devient important, et je crois que le plus simple est de comparer avec l’absence de stabilisateurs pour comprendre en quoi ils améliorent la situation. Prenez le cas des Savings and Loans puis des subprimes analysé par W. K. Black, un des exemples que je vous ai recommandés. À mesure que les stabilisateurs automatiques étaient perturbés voire carrément démantelés (heureusement qu’il en reste encore beaucoup), on a vu des personnes plutôt honnêtes se faire les complices grassement (de moins en moins) rétribués pour fuir une misère de plus en plus certaine, ou carrément monter leurs propres arnaques pyramidales. Enfin, au cas où le différentiel entre l’honnêteté et la prédation spéculative ne serait pas suffisamment alléchante (d’ailleurs, il semble y avoir un effet addictif : il faut toujours plus augmenter les doses semble-t-il), les fraudeurs de plus en plus immoralement spéculatif (immoralité et spéculation entretiennent des affinités : tous deux visent à gagner sans contrepartie) ont méthodiquement fait campagne contre les stabilisateurs. Dans le cas de l’imposition sur le revenu ou sur les sociétés, par exemple, c’est devenu caricatural.

        Plus on s’avance vers des spéculation spécifique (l’immobilier, les matières premières, etc.) plus il faut une régulation spécifique. Mais chacune de ces régulations particulières ou même toutes ensembles ne peuvent pas significativement compenser l’absence de stabilisateurs automatiques.
        Il y a un type de spéculation particulièrement visée par les stabilisateurs : l’optimisme généralisée, ou plus précisément l’inflation générale des prix. C’était celui-là qu’il s’agissait de contrôler en priorité.

        Pour raccourcir un débat qui a tendance à partir de tous côté, je reviens au point de départ et vous dis simplement :

        Lorsque vous aurez compris que le déficit que vous autorisez pour renflouer le privé en cas de récession est le même qui finance la croissance lorsqu’il est en expansion, vous aurez compris le cœur du néochartalisme.

        Je remercie Ivan d’avoir pointé avant moi un des élément positif de ce débat : bien que vous n’admettiez ouvertement pas la moindre erreur dans l’analyse de PSDJ du néochartalisme, vous avez fini incidemment par reconnaître celle contenue dans les deux premières phrases du billet, à savoir que le néochartalisme n’est pas la doctrine officielle des dirigeants monétaires, financiers et budgétaires américains.

        C’est un progrès, je crois qu’il vaut mieux laisser chacun méditer et les choses se reposer plutôt que d’aligner encore de nombreux arguments. Je reviendrai vous voir, mais pour ce fil de discussion, je crois qu’il est arrivé au terme de ce qu’il peut avoir de productif.

        Au revoir cordialement,

        JBB

      15. @ Jean-Baptiste B

        Il y a des degrés dans la spéculation comme dans tout. Acheter dans le seul but de vendre plus cher, lorsqu’il ne s’agit que d’un vélo, de 30 euros et de vous Julien, ça reste largement assez mineur pour qu’on s’en fiche au niveau institutionnel.

        Génial ! Le HFT qui grapille quelques cents par opération ? Mineur ! Je revends 1 million de fois mes actions en short naked sells en empochant 30 € ? Mineur ! Les institutions « s’en fichent ».

        Quand il s’agit en revanche d’un marché entier de l’immobilier

        Comment fait-on pour être à soi-seul un marché entier spéculatif ?

        Plus on s’avance vers des spéculation spécifique (l’immobilier, les matières premières, etc.) plus il faut une régulation spécifique.

        Parfaitement faux. C’est la spéculation dans son ensemble qui doit être supprimée, et c’est très simple : interdiction des paris sur les fluctuations de prix.

        Pour raccourcir un débat qui a tendance à partir de tous côté, je reviens au point de départ et vous dis simplement :

        Merci, mais j’ai lu votre site en long, en large et en travers, et ce n’est pas parce que vous répétez ad nauseam le seul argument constitutif du catéchisme néochartaliste qu’il en devient pour autant pertinent.

        Je remercie Ivan d’avoir pointé avant moi un des élément positif de ce débat : bien que vous n’admettiez ouvertement pas la moindre erreur dans l’analyse de PSDJ du néochartalisme, vous avez fini incidemment par reconnaître celle contenue dans les deux premières phrases du billet, à savoir que le néochartalisme n’est pas la doctrine officielle des dirigeants monétaires, financiers et budgétaires américains.

        Néochartalisme et monétarisme ne sont que les deux facettes de la même pièce. Question de grille de lecture.

        C’est un progrès, je crois qu’il vaut mieux laisser chacun méditer et les choses se reposer plutôt que d’aligner encore de nombreux arguments. Je reviendrai vous voir, mais pour ce fil de discussion, je crois qu’il est arrivé au terme de ce qu’il peut avoir de productif.

        C’est une bien sage décision. Avec le recul, lorsque vous reviendrez lire l’échange ci-dessus (puisque visiblement cela ne vous a pas encore frappé), vous remarquerez certainement à quel point l’édifice théorique néochartaliste est faible. De l’inflation qui n’en est pas en passant par les impôts qui n’augmentent pas mais qui augmentent quand même, et les explications complètement farfelues sur la spéculation, je doute que vous ayez convaincu qui que ce soit de quoi que ce soit d’autre que le fait que le néochartalisme n’est qu’une grille de lecture imaginaire construite en opposition au monétarisme et que le contrepied est bien le seul mérite théorique et pratique qu’il peut se targuer d’avoir. Ce n’est pas rien, mais vu les enjeux, force est de constater que ce n’est vraiment pas grand chose. J’aurai pu ajouter au tableau de chasse la mise en évidence du fait que les reconnaissances de dette ne sont pas de la monnaie, mais l’honnêteté intellectuelle me commande de rappeler que nous avons décrit ceci avec Paul dans L’argent, mode d’emploi, sans jamais faire appel à la théorie néochartaliste (le bon sens paysan et une bonne connaissance des théories monétaires aura suffi).

        Ceci étant dit, vous êtes toujours le bienvenu, et je crois que votre cheminement gagnera à s’enrichir des réflexions développées sur ce blog autour de la spéculation, de la valeur (ou plutôt son absence) et du rapport de force dans la formation des prix, de l’intérêt d’une constitution de l’économie, du bancor (que vous semblez approuver si je m’en réfère à vos écrits), du partage de la valeur ajoutée, du métayage, de l’impôt progressif, etc.

  7. « La Fed a pu adopté une politique de facilité monétaire unilatérale qui a financé à bon compte les déficits du budget et de la balance des paiements étasuniens par l’augmentation de la volatilité financière dans l’ensemble du monde. »

    Les déficits jumeaux ont permis de fournir des millions d’emplois aussi bien aux USA que dans les pays émergents (les Chinois ne fabriqueraient rien s’il n’y avait pas d’acheteur américain en face).

    Pour l’étalon-or votre démonstration est trop courte pour être crédible. L’abandon de l’étalon est responsable de l’afflux de liquidités et vous en concluez que c’est ce qui a permis d’éviter le désastre alors qu’il en est justement le responsable via les subprimes et les dérivés. C’est comme si l’on concluait que la gastro-entérite était le remède à la constipation.

    1. @Pignouf 1er,

      La gastro-enterite et la constipation ont des effets symptomatiques opposés ; cela ne signifie pas que la cause de la gastro soit la cause de la constipation avec juste un changement de sens d’une même causalité. La liquidité monétaire est un effet collatéral de la croissance et de l’emploi ; cela ne signifie pas qu’elle en soit la cause unique. La crise des subprimes qui est devenue la crise des dettes publiques montre que la liquidité monétaire est induite par l’endettement ; lequel en l’absence de règle du crédit universellement applicable à fini par devenir disproportionné par rapport à l’activité des débiteurs et au besoin réel d’épargne des créanciers.

      La MMT actuellement pratiquée dans tout le système financier est une sorte de monétarisme faussement keynésien qui ne voit que la quantité de monnaie en circulation et pas le pouvoir d’achat réel de la monnaie qui dépend de la manière dont il est réparti entre travail et capital. Les banques centrales s’endettent avec la garantie des États pour distribuer du pouvoir d’achat à l’économie financière qui le reprête aux États pour faire la liquidité des dettes publiques qui ne financent plus les services publics nécessaires à l’investissement et à la production réels.

      Les signes monétaires se multiplient mais ne servent plus à acheter le réel. L’économie réelle se dissout purement et simplement dans la virtualité financière entretenue par la finance et le pouvoir politique incapables de penser la réalité. La MMT est une évolution du virtualisme monétariste qui se refuse à considérer la réalité concrète ; en l’occurrence que le pouvoir d’achat monétaire est inopérant s’il n’est pas réparti selon la contribution réelle du travail et du capital à la production et à la consommation. La réalité économique n’est pas une théorie de l’apparence mais la volonté partagée de répondre concrètement aux besoins humains passés, présents et futurs.

      1. Merci pour votre réponse.
        Pour ce qui est du financement des services publics, ce ne peut pas être l’Etat qui les finance car car c’est forcément le citoyen qui est prélevé. Sans économie réelle, pas d’impôts, pas de services publics. De même pour la production réelle que vous mentionnez, à part lancer de grands projets donnant du travail aux uns en prélevant aux autres (qui est certes utiles parfois), l’Etat n’est qu’un vecteur et non à l’origine de l’activité. Lorsque l’Etat joue un rôle qui n’est pas le sien, voilà ce qui arrive.

      2. PSdJ, pas MMT mais plutôt un mix MMT/Market Monetarism, non ? Du keynésianisme dégénéré de toutes façons (d’ère capitaliste mondialo-financiarisé tardif en fait).

    2. « les Chinois ne fabriqueraient rien s’il n’y avait pas d’acheteur américain en face »

      Effectivement, ce qui n’empêche pas les produits made in China à destination des Etats-Unis ou de l’Europe, d’être interdit en Chine, malgré la rentabilité que les financiers réalisent sur la pauvreté des droits et des salaires (de misères) des salariés chinois, qui ont interdiction d’acheter ce qu’ils fabriquent.

  8. Veuillez tous pardonner ma distraction.En lisant(trop vite) »chartalisme »,j’ai cru lire
    CHARLATANISME….. Au fond,j’ai retrouvé l’idée que finalement la MMT,que j’ignorais
    complètement,ne pouvait être éventuellement que l’oeuvre de CHARLATANS.Rien,mais rien à
    voir,je le garantis,avec les recherches menées au CNRS et aux Universités de Dijon et Fribourg
    (CH) de Bernard Schmitt. pendant 2 tiers de siècle de manière pleinement libre et autonome,
    loin de tous les charlatans de l’économie et de la monnaie,durant la même période.Cela dit,
    j’irai quand même voir de quoi l’on parle aux Etats Unis,lorsque l’on évoque la « fameuse » MMT,
    car il convient toujours d’aller vérifier le contenu exact des escroqueries intellectuelles.
    PS.A noter que « charlatanisme » se dit encore en langue française »charlatanerie ».

  9. Piqûre de rappel :

    Extraits du CHAPITRE X de « TRAITE SUR L’ORIGINE, LA NATURE, LE DROIT ET LES MUTATIONS DES MONNAIES » (1355…) de Nicolas Oresme (1325 – 1382) :

    La mutation de la proportion des monnaies

    (…)

    Mais s’il n’y a pas ou peu de changement réel, CETTE MUTATION NE PEUT en AUCUNE FACON être PERMISE AU PRINCE.
    En effet, S’IL CHANGEAIT cette PROPORTION A SON GRE, IL POURRAIT DE CE FAIT INDUMENT ATTIRER A LUI LES RICHESSES (33) DE SES SUJETS.
    S’il abaissait le prix de l’or et l’achetait avec de l’argent (34), puis, une fois le prix augmenté, revendait son or ou sa monnaie d’or, ou s’il faisait pareil pour l’argent, ce serait la même chose que s’il fixait un prix à tout le blé de son royaume, l’achetait puis le revendait à un prix plus élevé.
    Chacun, certes, peut voir clairement que ce serait là un PRELEVEMENT INJUSTE et un ACTE de VERITABLE TYRANNIE qui, même, apparaîtrait plus violent et pire que celui commis par Pharaon en Egypte, dont Cassiodore a dit : « Nous lisons que Joseph, pour lutter contre une famine meurtrière, donna la permission d’acheter du froment mais fixa un prix tel que le peuple, avide de son secours, se vendrait plutôt que d’acheter de la nourriture. Je le demande, quelle ne fut pas la vie pour ces malheureux auxquels on voyait ce secours sans pitié ôter leur liberté : en ce temps-là, on gémit tout autant d’être libre qu’on pleura sur son asservissement ! Je crois que le saint homme fut réduit à cette extrémité pour pouvoir à la fois satisfaire un souverain cupide et secourir un peuple en péril (35). » Tels sont ses propos.
    Mais ce MONOPOLE DES MONNAIES serait encore plus VERITABLEMENT TYRANNIQUE parce qu’il serait plus involontaire, non nécessaire à la communauté et particulièrement DOMMAGEABLE.
    Si l’on me dit que ce n’est pas la même chose que pour le blé parce qu’il y a des choses qui regardent spécialement le prince, sur lesquelles il peut établir un prix comme il lui plaît, comme certains le disent à propos du sel et, à plus forte raison, à propos de la monnaie, je répondrais que ce monopole ou gabelle du sel, ou de n’importe quelle chose nécessaire à la communauté, est injuste, et que s’il y avait des princes qui établissaient des lois leur concédant ceci, ils seraient de ceux dont le Seigneur dit par la voix du prophète Isaïe (36) : « Malheur à ceux qui créent des lois iniques et qui ont écrit des injustices en les écrivant. »
    Au contraire, il ressort suffisamment des premier et sixième chapitres précédents que l’argent appartient à la communauté elle-même.
    C’est pour cette raison, et pour que le prince ne puisse pas feindre avec malveillance que la mutation de la proportion des monnaies a la cause indiquée dans le présent chapitre, qu’il revient à cette seule communauté d’apprécier si et quand et comment et jusqu’où doit être mutée cette proportion, et que le prince ne doit en aucune façon usurper ce droit.

    (33). « …pecunias subditorum… » : cf. le terme pecunes employé par Nicolas Oresme dans ses commentaires en langue française sur la Politique.
    (34). « …pro argenta… »
    (35). Cassiodore, Variétés, XII, 28, 7.
    (36). Isaïe, X, 1.

    1. @Kimalu,
      Votre citation est magnifique. Elle montre la profondeur de l’analyse de la question de la monnaie à quoi notre civilisation a accédé dès le Moyen Age. Cette notion de proportion entre la réel politique et économique et la réalité des échanges et de la société est extraordinairement puissante. Elle vient directement de l’aristotélisme que nous avons abandonné aujourd’hui. Ce qui se construit aujourd’hui dans le monde entier et particulièrement en Europe, c’est la tyrannie de la finance par la manipulation oligarchique libre de la proportion monétaire qui est un bien commun.

      1. @ PSDJ
        Mes compétences en économie et en finances sont nulles et c’est l’une des raisons pour laquelle j’ai du mal à vous suivre. La citation d’Oresme votre commentaire et aussi ce que dit Paul Jorion sur le sujet commencent je crois à m’éclairer sur la difficulté du problème. Il s’agit de trouver un mode de definition et d’utilisation de la monnaie qui préserve la structure sociale (ou au moins qui ne l’empêche pas d’évoluer vers un mieux disant social). Il faut harmoniser monnaie et structure, nombre et forme. Me référant à un domaine plus familier pour moi il s’agit d’harmoniser l’algèbre (et l’analyse qui n’est autre que de l’algèbre infinitésimale) avec la géométrie, le quantitatif avec le qualitatif. Or je crois que l’on peut résumer l’histoire des mathématiques en la tentative d’harmonisation de l’algèbre et de la géométrie: la géométrie algébrique, la géométrie analytique, la géométrie différentielle sont les témoins de cette tentative. Il suffit de consulter les manuels pour s’apercevoir de l’extraordinaire difficulté du sujet.

        Le problème de la formation des prix ne se résume pas à la seule loi de l’offre et de la demande. La loi de formation des prix est la loi de l’offre et de la demande (il ne peut y avoir d’échange s’il n’y a pas demande ou pas offre) sous contrainte de préserver la structure sociale (on retrouve Aristote). Par quel bout faut-il aborder le problème? Il me semble clair que nos dirigeants actuels pensent quantitatif cad pensent que ce sont l’économie et la finance qui doivent déterminer la structure sociale. Je pense au contraire qu’il faut d’abord déterminer la structure sociale que nous souhaitons et que l’economie et la finance doivent être réinventées sous la contrainte de respecter cette structure. Pour en revenir aux maths c’est dire que le statut ontologique de la forme précède celui du nombre, que le qualitatif précède ontologiquement le quantitatif (le point de vue de René Thom). Là encore on retrouve Aristote et ses catégories.

  10. Le délit d’initié peut s’effectuer sur la finance, la bourse ou les plans sociaux. Les bénéficiaires en sont le conseil d’administration, le PDG, les spéculateurs, les gros actionnaires ou les autorités de surveillance des marchés (qui collaborent).

    Il faut avoir une information privilégiée, c’est à dire que les bénéficiaires (PDG,ect…) savent par avance les perspectives d’évolutions pour des actions, des contrats ou des hausses de prix. Il peut s’agir de bénéfices futurs ou de prochaines difficultés d’une société.

    Par exemple, des informations précises sur le montant exact des bénéfices ou des pertes qui seront annoncés, la connaissance de signatures de gros contrats ou sur les futures restructurations et plans sociaux avenir. Les bénéficiares réalisent ses opérations financières par des personnes interposées (ex : les spéculateurs), ainsi il y a une volonté d’absence de preuve car ils les ont commandités.

    Les commissions monétaires pour les personnes interposées peuvent parfois s’élever en centaines de millions d’euros ou de dollars. Comme ce fût le cas pour l’affaire Elf. Ce qui logiquemet génèrent des bénéfices bien plus élevés si on est bénéficiaire, et si les délits (d’initiés) sont nombreux.

    Même si une condamnation judiciaire existe, ce qui est rarement le cas comme pour Enron ou Worldcom, c’est à dire des peines d’emprisonnements quasi-inexistente, ceci incluant la corruption judiciaire. Pour l’amende, elle sera toujours moindre que les gains réalisés (ex : Elf), et même pour des restructurations à but de délocalisations ou des plans sociaux.

  11. Grosses confusions dans ces posts , ceux méme qui sont cultivés , par l’ économie .
    L’inflation , déjà , çà ne s’estime pas , en soi par l’augmentation nominale des prix , ou des rapports comptables entre agrégats en prix , mais par rapport à la production . Et là c’est du physique , pas du monétaire uniquement du PHYSIQUE.
    Je m’explique . Vous avez un systéme d’équations , simplifions à deux équations , deux égalités donc avec deux variables , quatre coefficients et deux composantes de la ‘fonction’ à droite de l’égalité .
    Peu importe ce que vous y mettez . Ce qui différencie les variables des coefficients , c’est que les variables sont égales dans chaque colonne . En économie , empiriquement ces variables sont des prix , les coefficients des quantités physiques (ou rapport de quantités physiques) .
    Mais ce qui s’additionne et se trouve à droite des égalités , sont des produits des deux (quantités * prix ) . Si çà hausse , çà vient du prix ou de la quantité ? That is The question ?
    Empiriquement , pourquoi c’est comme çà , parce ce qu’on cherche à maximiser c’est les quantités , pas les prix . Réfléchissez à çà .
    Vous pouvez trés bien avoir une maximisation du produit (prix *quantité) avec diminution du prix
    si la quantité augmente , mais quantité de quoi (un yaourt mélangé d’eau , peut faire 2 , 3
    yaourts , c’est toujours du yaourt mais allégé , c’est meilleur pour la taille , donc plus cher )
    Ce qui revient mathématiquement à inverser les variables et les coefficients , je ne vais pas démontrer , savez-qu’à réfléchir comme moi , c’est la quintessence du néolibéralisme .
    Dans ce cas y a pas inflation , au sens où vous la restreignez , d’augmentation des prix .

    1. Ce dont vous parlez, c’est le yield management, la gestion fine : la maximisation de la recette globale par l’adaptation dynamique des prix.
      Je ne vois pas en quoi cela remet en cause l’inflation, dont la définition non restrictive est bien une hausse généralisée et continue des prix.

    2. @Moneyistime,

      En économie , empiriquement ces variables sont des prix , les coefficients des quantités physiques (ou rapport de quantités physiques).

      Un coefficient est une cause quantitative non physique agrégée à l’objet physique pour produire le prix. Le prix n’est pas un phénomène purement physique mais comme vous le dites un empirisme visant la proportionnalisation nécessaire à l’échange des biens et services physiquement matérialisés dans l’existence sensible. L’économie n’est pas un développement des sciences physiques mais une interface politique entre les sciences des objets abstraits de la subjectivité humaine. Si nous ne séparons pas analytiquement l’objectivité de la subjectivité par la politique, il nous est impossible d’échapper à la dépression en cours de la pensée abstraite sans objet humain concret.

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