LA DIFFÉRENCE ENTRE UN BON FILM DE SÉRIE B ET LE MONDE QUI NOUS EST OFFERT

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’ai commencé à regarder hier soir un autre de ces films d’époque de la RKO, que rééditent les Éditions Montparnasse. Celui-ci s’appelle Five Came Back : « Il y eut cinq survivants » (1939). C’est l’ancêtre des films catastrophe : un avion s’abîme dans la jungle, ils étaient douze au départ et il ne sont déjà plus que onze parce que le steward est malencontreusement tombé par la portière en plein vol.

Je ne sais pas encore comment ça se termine, si ce n’est le nombre des survivants, qui nous est donné par le titre, mais je sais que j’ai repensé ce matin à la partie que j’ai vue, une fois lues les nouvelles économiques et financières. M. Juncker dit : « Faisons un feu contre les bêtes sauvages ! », M. Monti ajoute : « Construisons une hutte, il fait trop chaud dans la carlingue éventrée ! », M. van Rompuy fait observer : « En tapant fort, il y a peut-être moyen de redresser l’hélice ! », M. Draghi, lyrique, s’écrie : « Dégageons la jungle pour faire une piste d’envol ! » L’important, n’est-ce pas, c’est de garder le moral.

Dommage qu’il n’y ait pas à Washington ou à Bruxelles, comme dans le film, une call-girl au grand cœur qui a compris comment ça marche la vie, ni un anarchiste ayant une vue d’ensemble, en route vers son pays d’origine pour y être pendu. C’est qu’à Washington ou à Bruxelles, on n’a pas comme dans Five Came Back, Nathanael West et Dalton Trumbo, aux commandes du scénario.

La différence est claire du coup entre un film de série B absolument fauché et le monde qui nous est offert : dans le premier, on emploie des scénaristes de génie parce qu’ils ne coûtent pas cher et dans le second, des scénaristes de luxe quant à leurs émoluments, mais manifestement de série B sur le plan intellectuel.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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112 réflexions sur « LA DIFFÉRENCE ENTRE UN BON FILM DE SÉRIE B ET LE MONDE QUI NOUS EST OFFERT »

  1. P. S. : Vers la fin, on voit l’anarchiste qui attire l’attention du flic qui l’emmène pour être pendu sur le chat noir qui signifie comme il le dit : de la malchance pour l’un ET pour l’autre.

    1. Mon chat personnel est heureusement de type européen de gouttière , tout à fait comparable, dans ses teintes et ses moeurs, à celui mis en video par Renou et sensible à la musique .

      Vous n’avez vu que Monsier Draghi dans votre rêve de sièste ? pas de chat noir ?

      1. Le cours des choses devient de plus en plus mystérieux. Je pense au roman de Philip K. Dick, Ubik, le monde est de plus en plus comme cela, mais chut !

        Oups ! J’oubliais : 😉

      2. « …Je n’ai pu attribuer d’importance aux faits et gestes des hommes qui ont cru diriger ces évènements , mais qui moins que tous les autres acteurs y ont introduit une activité humaine libre….. » ….. »….de cette loi psychologique qui pousse l’homme accomplissantl’acte le moins libre à imaginer après coup toute une série de déductions ayant pour but de démontrer à lui même qu’il est libre . »

        « Le lien le plus fort , le plus indestructible , le plus lourd , le plus constant qui nous attache à nos semblables est ce qu’on nomme le pouvoir, et le pouvoir , pris dans son sens véritable, n’est que l’expression de la plus grande dépendance où l’on se trouve à l’égard dautrui . »

      3. Bonjour, Juan Nessy, Je vous réponds, ici, d’un peu loin et un peu tard ; il y a quelques jours vous écriviez ceci :

        Qu’est-ce qui nous pousse à ces approximations erratiques ?
        La souffrance et la terreur qu’elle induit en nous , hier , aujourd’hui et pour envisager demain .
        Tous les leurres ( dont la propriété privée ou collective ) sont reçus s’ils promettent d’échapper à la souffrance réelle ou imaginée .

        « Le pouvoir », en effet , n’est pas inscrit dans notre neurophysiologie. Il y a , comme vous le savez, seulement trois circuits principaux, celui de la recherche du plaisir et celui de l’évitement du déplaisir, plus le troisième, celui de l’inhibition de l’action, utile pour le lièvre coincé dans guérets par le passage du chasseur. Pour le reste, nous assumons tragiquement le fait que l’obtention des objets gratifiants disponibles sur un territoire fut historiquement liée à l’établissement de hiérarchie, cette structure fonctionne de façon stable, elle génère, tout niveau de l’échelle, une situation d’équilibre relatif permettant à la compensation du déplaisir reçu d’en haut en tapant vers le bas « si tu n’es pas satisfait de ton sort, tape sur ton âne et s’il résiste reporte ta colère sur ta femme ».

        « L’argent » est le véhicule premier d’établissement de hiérarchies, aussi « faire, enfin, payer les riches » sans, d’abord, prendre conscience des déterminismes inconscients de notre neurophysiologie, c’est, à mon avis, changer de cadre pour recommencer une même partie. L’argent et la propriété sont des symptômes

        Il va falloir choisir entre connaître, ce qui est une action totalement désinhibée, ou consommer les objets manufacturés utilisés comme marchandise n’ayant pour objectif que de reproduire la structure hiérarchique, lesquels sont devenus vraiment très dangereux ces derniers temps !
        Enfin , l’ivresse révolutionnaire assouvira bien des frustrations, … ça ira, ça ira … ce sera déjà ça de pris 😉

        @ Marlowe merci pour ( Holloway -Traduction de José Chatroussat )

        … Briser les vitres des banques, tirer sur les politiciens, tuer les riches, pendre les banquiers aux lampadaires. Tout cela est certainement très compréhensible. Mais c’est l’argent que nous devons tuer, pas ses serviteurs. Et la seule façon de tuer l’argent est de créer des cohésions sociales différentes, des façons différentes de vivre ensemble, différentes façons de faire les choses. Tuons l’argent, tuons le travail. Ici, maintenant.

      4. @ Jean-Luce Morlie :

        Bonsoir ;

        Mes circuits neurophysiologistes ne sont pas scandalisés par vos propos .

        La connaissance , c’est aussi de la neuro-physiologies .

        La hiérarchie est aussi une approximation erratique .

        Mais de façon « concrète » , entre raison et vitalité émotive , entre philosophe et anarchiste, entre sédentaire et nomade ( clin d’oeil) , entre utopie et réalisme, entre liberté et libéralisme , entre l’eau et le feu , parfois entre homme et femme , entre bonheur des peuples et marché , c’est le même combat de la mesure nourrie de l’empathie , de l’inventivité et du l’anticipation , qui se joue .

        Il y a espoir tant qu’il y a combat entre ces deux appels .

        Il n’y en a plus quand il n’y a plus de règle au combat et que l’un des combattants triche .

        Ces règles sont l’apanage de la Démocratie et de sa condition : la vertu ( pour moi traduit en Responsabilité ).

        C’est pour cela que je suis sensible au travail de PSDJ , dans sa tentative de redonner une chance au combat, en esquissant des règles qui pourraient être un jour démocratiques, et d’une certaine façon , nous faire gagner du temps et des souffrances immenses , sur un trajet inexorable de l’Histoire, si ellle doit se poursuivre .

        Ce qui est le message à la fois désespérant et positif de Léon Tolstoï que je citais une nouvelle fois .

      5. Un des attraits du pouvoir (hiérarchique, ou du possédant, d’une norme d’apparence) c’est le contrôle qu’il renvoi sur le conscient (comme nos habitudes), on compense nos peurs (mort, amour, ce qui nous rend fragile).
        Y à t’il un lien entre la city et le flegme, so British?

  2. Avis au amateurs de « vieux » films, voilà un site qui devrait vous ravir à moins qu’il ait été rendu public lors d’un autre message :
    http://www.bigfiveglories.com/
    Pas forcément des grands films mais quand même l’esprit d’une époque…

    Big Five Glories refers to major picture production companies during Hollywood’s Golden Age of the 1930s and 1940s, the “Big Five”: 20th Century Fox, RKO Pictures, Paramount Pictures, Warner Bros. and Metro-Goldwyn-Mayer. However, and fortunately, we are not offering to watch productions from theses studios only, but more widely movies commonly called B-movies from many others companies or independent producers.

    May you are wondering about copyright to broadcast movies online. Big Five Glories is free, and provides you with movies in Public Domain only. In a general context Public Domain refers to ideas, information and works that are “publicly available”, but in the context of intellectual property law, which includes copyright, patents and trademarks, Public Domain refers to works, ideas, and information which are intangible to private ownership and/or which are available for use by members of the public.

  3. Bonsoir à tous
     » …..manque le scénariste génial… »

    Doux Jésus Paul!

    Suggèreriez -vous implicitement d’envoyer le BHL conseiller Mario Draghi ?

    Cordiales OAT

  4. Je lis beaucoup de blogs (comme tout un chacun),
    mais n’interviens jamais (ou presque) pour de multiples raisons.
    Mais là, puisque la discussion devient plaisamment cinéphilique
    (vacances obligent ? On peut parler de choses plus « légères » ?),
    je déroge…

    Seul « ROMA », et je l’en remercie, a fait allusion à un géant (qui n’est pas d’Hollywood,
    que je crois connaître assez bien par ailleurs), qui vient de disparaître,
    et qui devrait concerner largement cet aréopage : Chris Marker.
    Et chacun continue de broder sur d’excellents films Z
    (sauf certaines grosses machines) !

    Alors que Marker, après avoir été résistant, a filmé TOUTE SA VIE
    (comme René Vautier, puis quelques autres) ce qui concerne ce blog au premier chef.
    Peut-on, ici, au moins « marquer le coup » ?
    Paul Jorion, ou l’une de ses connaissances spécialisées, peuvent-ils rendre « hommage »
    (je déteste ce terme, mais allons-y !) à un cinéaste d’une telle pointure ?

    Après, nous pourrons avoir avec plaisir un débat (de haut niveau filmique, évidemment)
    sur les beautés cachées de la production hollywoodienne, ou autre,
    sur ses enjeux économiques gigantesques
    (savez-vous comment fonctionnait la MPPA ? Sigle exact non garanti, car ils en changèrent),
    ou sur les aspects cachés des accords Blum-Byrnes, ou sur la fabuleuse manipulation idéologique (voir interviews de Welles, etc) dès le début, (voir Griffith, etc),
    avec, il est vrai, bien des chefs d’œuvre (en général, par des auteurs exclus à terme),
    et qui actuellement a conquis le monde.
    Je veux dire : les cerveaux, comme le disait, avec un génie inconscient (?)
    un grand anthropologue de TF1
    (et pire : voir l’affaire Batman).

    Sauf réaction (et je sais que tout un chacun sera d’accord),
    « rendez-vous en enfer ».
    Courtoisement (mais fermement) à tous.

    !

    1. René Vautier qui un jour de résistance et alors qu’il était très jeune, a considéré qu’il y avait mieux à faire que d’utiliser une grenade.

      http://www.dailymotion.com/video/xh4kwx_rene-vautier_news

      http://culturevisuelle.org/histoiredimages/archives/3

      Voir aussi:
      Algérie Tours/détours, documentaire réalisé par Oriane Brun-Moschetti et Leïla Morouche, sorti en 2007.
      http://www.fabriquedesens.fr/index.php?title=Alg%C3%A9rie_:_tours_/_d%C3%A9tours

  5. Une réplique de film que j’adore et que je clame parfois, devant des amis qui n’y voient que de l’humour : »les temps sont venus, mes frères »…

  6. La loi des gredins par Serge Halimi
    C’est une des scènes culte du film de Michael Curtiz Casablanca (1942). Entouré par quelques-uns de ses hommes, le capitaine Renault, chef de la police locale, vient fermer le café que tient Rick Blaine (Humphrey Bogart) en lançant à la cantonade : « Je suis choqué, vraiment choqué, de découvrir qu’on joue de l’argent ici ! » Un instant plus tard, un croupier remet une liasse de billets au policier : « Vos gains, monsieur. » Le capitaine remercie en chuchotant, empoche l’argent et ordonne : « Tout le monde dehors, en vitesse ! »

  7. J’oserais résumer la pensée de Paul Jorion:
    En bref, ils sont NULS.
    Mais qui en douterait sur ce site depuis des années?
    Avec les Marx Brother’s on savait qu’ils cherchaient la bétise comme une perle.
    La, ils honorent la bétise comme le veau d’or…
    Ils se prennent au sérieux…Regardez les dans leur diner repas…Se goinfrant face à la misère.
    Pathétique…La décadence de Rome…

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