L’actualité de la crise : LA DÉSAGRÉGATION, par François Leclerc

Billet invité.

La roue tourne : il y a quelques mois encore, on était sur la trace des actifs pourris détenus par les banques européennes, on est désormais à la recherche des bons actifs qu’elles peuvent détenir. Toujours dans le flou, car dans les deux cas cela n’est pas clamé sur tous les toits.

Les données sont impossibles à réunir, mais une constatation d’ordre général s’impose : la qualité des actifs disponibles a tendance à diminuer et la demande pour ceux-ci à augmenter. Fâcheux, fâcheux ! Les collatéraux sont à nouveau dans la lumière de projecteurs qu’ils préféreraient éviter. Le collatéral, ce sont ces actifs que les acteurs de la finance doivent apporter en garantie de leurs emprunts, comme les particuliers qui signent des hypothèques sur leur maison.

Or, les actifs en question ne sont plus ce qu’ils étaient. Soit parce qu’ils étaient à zéro risque, comme par exemple les obligations souveraines, et qu’ils ne le sont plus nécessairement, soit parce qu’ils étaient notés AAA par les agences, ce qui valait passeport pour toutes frontières, mais qu’il est apparu que les visas y ont été apposés sans discernement. Dans les deux cas, on ne peut plus s’y fier, déjà que l’on vient d’apprendre que même le Libor était trafiqué. D’où l’importance accrue des garanties, du collatéral, et des problèmes que l’on découvre à ce propos.

Parallèlement, sa demande ne cesse de croître, par exemple pour emprunter aux banques centrales en garantie de leurs prêts ou pour apporter dans les chambres de compensation utilisées pour des produits qui auparavant s’en passaient. A l’arrivée, cela porte un nom, l’effet de ciseaux, ou plus communément faire le grand écart. On en vient à parler de sous-collétarisation, en particulier dans le vaste monde très instable des produits dérivés.

Une pénurie de garantie dans un système fait d’une montagne de dettes enchevêtrées, c’est grave et il n’y a pas de quoi pavoiser. Non seulement cela restreint sa capacité à fabriquer des crédits – et donc de nouvelles dettes – mais surtout cela le déséquilibre.

Dans l’immédiat, l’effet est d’accentuer les doutes dans un domaine qui n’en souffrait aucun : la mesure du risque. C’était par exemple l’objet premier du Libor, dont un nouveau mode de détermination est activement recherché. La recherche de la confiance est devenue un Graal : ce ne sont pas seulement les Etats qui tendent à privilégier leurs intérêts immédiats, les acteurs du monde financier se replient également sur eux-mêmes. A l’arrivée, cela accentue un phénomène de lente implosion qui est susceptible de connaître des accélérations subites et imprévues.

De tous côtés tombent à propos de la confiance (dans le fait d’être remboursé de ses prêts) de mauvaises nouvelles, avec comme logique déjà engagée en Europe la mise en cause d’un premier pilier du système monétaire international. Car est désormais reconnu par la BCE elle-même un nouveau risque, celui de convertibilité au sein de la zone euro, fruit de l’anticipation sur son éclatement. L’entreprise multinationale Shell à capitaux anglo-néerlandais vient d’en tirer publiquement la leçon, en achetant des bons du Trésor américain pour protéger son abondante trésorerie, abandonnant les rivages et les banques européennes. Mais il ne faut pas s’y tromper, la prochaine étape sera celle du dollar !

On cherche ses mots et ses images, il vient celui de désagrégation.

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57 réflexions sur « L’actualité de la crise : LA DÉSAGRÉGATION, par François Leclerc »

  1. Ce matin en Espagne, la nouvelle que le trou de la Banca sera superieur aux 62 milliards
    d’ euros annonces, quelle surprise ! Il suffit que le gouvernement parte en vacances..

    Le Dictionnaire breve de mexicanismos donne pour le mot DESMADRE: Desorden, desorganización, lío : desordre, desorganisation, mensonge. Le Desmadre espagnol
    continue a se repandre.

    La ou les commentateurs ont abuse avec la theorie des Dominos en Europe, en Espagne la
    Banca est un Mikado systemique.L’ une des choses que l’ on sait est que les deux plus gros creanciers de la Banca espagnole sont la banque allemande et la banque francaise, encordes !
    pendant la reconnaissance du Volcan

    1. Si tu me permet une petite correction, Piet ?

      « lio » : Situation embarrassante, agitée ou confuse

      Traduction possible en français : « Carfanaum » , « Bazar » , « Petrin » (?)
      Traduction google : « Gâchis »

      Mensonge : Mentira
      Menteur (-euse) : Mentiroso / Mentirosa
      verbo MENTIR (irrégulier)

      😉

      1. Un lio, c’est une embrouille ( cf; radical li : liar : lier, attacher, on peut supposer un archaïque filo = hilo= fil, d’où le verbe lier , et embrouille comme substantif)
        A.D. Traducteur

  2. Désagrégation selon le dictionnaire Le Grand Robert.

    1. Destruction par séparation des parties agrégées. Dissociation, dissolution, morcellement, pulvérisation. Par extension : désagrégation d’objets qui tombent en ruines.

    2. Abstrait. Décomposition, désintégration, destruction, dislocation, écroulement, rupture, séparation. Par exemple : désagrégation d’une union.

    Le terme est bien choisi.

      1. Effectivement, belle illustration, dans l’air du temps !

        Mais comment l’interpréter dans la pièce qu’il nous est si généreusement donnée d’oberver ?
        Qui serai(en)t le(s) corniaud(s) et le(s) parrain(s) ? A quoi correspondrait la 2 CV ?

        A bien y réfléchir, certaines des réponses possibles sont drôles ! Mais, avec un peu de recul, ce trûchement ne nous laisse-t’il pas crûchement à rire de nous même ?

        Oserais-je appeler ceci « dérision de la déraison des tas de pognon » ? Sur la voie magistrale de notre civilisation du progrès, c’est un stade plus loin que l’optimisme du désespoir… Encore un effort, nous y sommes presque !

      2. @ fnur
        Oh ne vous inquiétez plus fnur
        Attendons la rentrée de Jorion,
        à la Vrije Universiteit Brussel,
        pour mettre tout ça en agrégés.
        Pour sûr, il doit déjà s’entraîner
        en faisant des agrès de maths!

      3. PHILGIL

        Les maths c’est pas trop mal tant que ça reste des maths.

        Quand il faut appliquer ça se corse et ça se torse, distorsions des coefficients…

        En fait, j’ai souvent bien mieux évalué les situations avec mon imaginaire renseigné prédictif, expérience en pensée informée. Ca coute bien moins cher qu’un consultant 2 pièces cravate et que bien des simulations numériques. Les programmes informatiques n’ont aucune imagination, ça je vous le garanti pur porc, ils en sont au stade zéro de zéro. Les programmes ne sont que la reproduction des limites de leurs programmeurs qui espèrent un effet levier de leur bêtise, qui n’aura d’autre effet que de souligner leur bêtise. On peut toujours espérer une amélioration, mais c’est assez nullard pour le moment, y compris toutes les méthodologies de créativité très roboratives autant qu’ennuyeuses en terme de perte de temps, à part se rendre compte de leur inanité.

  3. A la lecture du ‘debt crisis live’ du Telegraph, très factuel, on a surtout l’impression que c’est la zizanie et le bordel total en Europe ce matin:

    http://www.telegraph.co.uk/finance/debt-crisis-live/9455101/Debt-crisis-live.html

    L’Allemagne prédateur de la zone euro.

    L’Allemagne ne joue pas les règles de la solidarité et de la fraternité économique au sein de la zone euro. C’est le point de vue de notre chroniqueur associé, Philippe Murer, professeur de finance à la Sorbonne. Il appelle la France à entamer un bras de fer avec l’Allemagne et menacer de sortir de l’euro avec l’Italie et l’Espagne si les règles ne sont pas changées.

    http://www.marianne2.fr/L-Allemagne-predateur-de-la-zone-euro_a221340.html

    1. Il appelle la France à entamer un bras de fer avec l’Allemagne et menacer de sortir de l’euro avec l’Italie et l’Espagne si les règles ne sont pas changées.

      Emmanuel Todd est du même avis.

      Je pense qu’ils ont raison, quel sens cela aurait-il d’avoir une Allemagne qui exercerait son hégémonie sur un champ de ruine. D’autant moins de sens que l’Allemagne elle même finira par en pâtir.

      L’heure de vérité est pour bientôt, Todd va-t-il gagner son pari ?

      http://tempsreel.nouvelobs.com/election-presidentielle-2012/20120304.OBS2872/emmanuel-todd-je-parie-sur-l-hollandisme-revolutionnaire.html

      http://lexpansion.lexpress.fr/economie/emmanuel-todd-hollande-peut-devenir-le-roosevelt-francais_285698.html

      1. @ Macarel
        Nous, européens, avons au moins un point en commun :
        c’est toujours après une catastrophe que l’on accepte de
        se rassembler autour d’une table ronde pour faire la paix.
        Le faire avant vous n’y pensez pas cela serait bien trop…
        intelligent ! L’Europe s’est agrandie, reste à grandir enfin,
        en Traduisant nos langues disjointes en une langue unie.

      2. @bout Todd
        Ah, que ce type est français !
        Euh…, je veux dire intelligent.
        Ça mériterait un COCORICO

    2. Depuis le 9 novembre 1989 , les Germains redonnent à leur frères de l’Est fierté et bien-être .
      MURER et TODD ont sorti qui de la mouise ?

  4. Ah et le collatéral hypothécaire/immo………..là est la grande perdition……….10 à 100 plus que l’argent gagné……………lorsque vous avez perdu votre argent ………….ce n’est que de l’argent gagné…..mais lorsque vous perdez dans un projet immobilier…………….c’est 10…….. .100………1000 fois plus important en dégats , délais etc………

  5. On cherche ses mots et ses images, il vient celui de désagrégation.

    On pense aussi à l’or du diable, (ou des leprechauns) dans les contes, qui se transforme en feuilles mortes ou en poussières à la fin de l’histoire.

  6. J’ai du mal à me figurer les raisons du rallye boursier qui a lieu en ce moment, sous l’impulsion des bancaires et suite aux déclarations de Draghi.
    Je ne vois pas d’autre explication que l’imminence de mesures non conventionnelles, très démocratiques et dans l’intérêt de tous bien évidemment, mais dont le vulgum pecus n’a pas à être informé.

    1. Le rallye boursier est provoqué par la ferme volonté que quoiqu’il arrive  »the show must go on ».
      Les marchés financiers sont complices des politiques et actuellement les ordinateurs sont verouillés en position  »UP ».

      Le bouton  »DOWN » a été – provisoirement- désactivé.

      Cela a quelques conséquences :
      Des connaissances qui me moquent sans vergogne car le  »pire » n’arrive pas, sont partis en vacances l’esprit léger persuadés que tout va mieux. La preuve : les marchés remontent …
      Ils m’ont même conseillé d’arrêter de lire … ces  »conneries » comme ils les appelent gentiment …

      Bref, l’illusion est totale. Dormez braves gens et consommez. Tout va bien.

      1. Je me retrouve tellement dans ce que vous dites, lol !
        Qu’est-ce qu’on prend depuis quelques années en prédisant le pire.
        En même temps, je pense que les espagnols, les italiens, les portugais et les grecques rigolent beaucoup moins. J’ai du mal à imaginer que l’illusion perdure encore longtemps en France.
        L’illusion…oui, drôle de chose à vivre quand l’illusion se dissipe et que l’on voit l’envers du décors.

    2. Bonjour,

      Plus concrètement, il semblerait que des mesures ont été prises afin de décourager d’importantes liquidités bancaires (les fruits du LTRO ?) de demeurer là où elles avaient pris l’habitude de faire la sieste, à la BCE. Si vraiment ces liquidités ont déménagé, elles sont parties ailleurs …

  7. un peu hs mais encore un truc qui ajoute au bowdel … hum non au chaos ambiant :  » la chine-la-fin-des-trente-glorieuses » …

    conglomérats industriel allemands , chae-bols coréens , zaibaitsus japonais , complexe militaro industriel américain ou russe , industrie financiere anglaise , groupes pharmaceutiques français …

    on peut recenser tout ces agrégats aux participations croisées qui se vendent et se rachetent avant même que l’on sache qui est le chef de telle ou telle filiale , joint venture … le « chiffre d’affaire consolidé » doit etre aussi une belle escroquerie quand on y pense !

    peut etre que les grands actionnaires pourront survivre à la fin de la bourse en se réfugiant dans les grands groupes « hors cotation » ? des groupes qui pour une raison ou une autre sont sortis de l’enfer des notations boursieres et du hft ?

    quelle vie trepidante que d’etre rentier , n’avoir comme soucis que de déplacer de guernesey aux iles caiman quelques lignes chiffrées !!!

  8. « Souterrain blues » de Peter Handke
    Enregistré le 18 janvier 2012 au Théâtre du Rond-Point.

    Un « homme sauvage », égaré dans les profondeurs d’un métro naviguant à l’échelle du monde. Clochard solitaire, errant comme un fantôme parmi l’humanité des voyageurs. Il profère, vitupère ou plutôt chante ses imprécations dantesques contre le monde. Cela pourrait résonner comme un manifeste de la misanthropie, une chronique de la haine, une quête éperdue de beauté dans un monde voué à la trivialité, mais l’art subtil du poète qu’est Peter Handke fait de ce blues une ode fulgurante portée par l’humour et la splendeur du verbe où sourd un amour inconditionnel pour la vie.

  9. Il se pourrait que les européens soit mit dans l’obligation de vendre leur réserve d’or, et bien sur il le vendrait aux USA, ce scénario est t’il possible?

      1. Pauvre Tribune, pauvre Reuters… De la daube ton lien Fnu’rrr. Du niveau des commentaires de la tribune.fr, c’est dire.
        Primo, le total des actifs financiers émis par des résidents de la zone € (dont les titres souverains grecs évidemment) au bilan de la BdF au 31.12.11 c’était 39 milliards €. En admettant qu’au max 20 milliards de ce total soient des titres grecs (750 millions d’intérêts reversés à la Grèce par la BdF soit du 4%) acquis dans le cadre du Securities Markets Program, la perte en cas de decote de 30% serait au max de 6,6 milliards. J’te rappelle qu’en 2011 c’est 3 milliards que la BdF a rapporté à l’État, 2,1 milliards d’impôt sur les bénéfices (plus gros contribuable de France bien sûr la BdF…) plus 900 millions de dividendes…
        Deuxio, en cas de pertes sur ces opérations sur les marchés c’est toutes les BCN de l’€système qui les encaissent au prorata de leur participation dans le capital de la BCE.
        Tertio, elles sont pas prêtes de bouger les 2 500 tonnes de joncaille de la BdF, au moins d’ici 2014, vu que toutes les BCN de l’€système se sont engagées avec les Banques centrales suisse et suédoise à ne pas vendre globalement plus de 400 tonnes par an… Mesure reconduite pour cinq ans en 2009 (Sarkozy avait opportunément vendu 600 tonnes en 2004, juste avant la signature du premier accord…).
        Moralité :
        Tribune : classement vertical. Reuters : longues pincettes ces derniers temps…

      2. @vigneron (Sarkozy avait opportunément vendu 600 tonnes en 2004, juste avant la signature du premier accord…).
        opportunément ? mdr !

      3. Ce que j’apprécie chez vigneron c’est toujours un certain degré plutôt franc de haine violente et tripale dans ses explications, le gars du terroir, comme il y a un degré alcoolique de violence chez les alcooliques chroniques qui ne peuvent s’empêcher de frapper ceux qui sont trop à proximité de ses analyses éthériques.

        C’est assez paradoxal que sa rusticité, bien que nombre d’alambics, soit si bien proliférante sur ce blog. Son dérèglement est un cas d’école…

  10. « Les grandes banques des USA se renforcent avant une possible « casse » de l’euro »

    http://www.eleconomista.es/empresas-finanzas/noticias/4169013/08/12/Los-grandes-bancos-de-EEUU-se-blindan-ante-una-posible-ruptura-del-euro.html

    « Selon une publication dans le Financial Times, Les banques US ont commencé à réduire leur volumes d’opérations de crédit dans la zone euro et se protéger du risque que supposerait le remboursement des prêts déjà accordés en drachme ou peseta dévaluées… »

  11. Ce qui s’annonce à mon avis est un changement de cap .
    Le déni qui consistait à faire comme si il s’agissait d’un pb de liquidité et donc de pratiquer du
    QE ou du Ltro , s’écroule . La question c’est la solvabilité , d’autant plus impérieuse que la croissance … Les autorités ne peuvent plus faire comme si on avait juste un trou d’air .
    Conclusion il va falloir reconnaitre que certaines banques , entreprises , états sont insolvables .
    A partir de là , sans direction politique c’est la réaction en chaine . Avec , c’est abandon de souveraineté (partielle ) , de préférence accompagnée d’une démocratisation des instances
    supra-nationales et qui fait obstacle ? Pas l’Allemagne en premier lieu mais la France .
    Négocier un traité dans l’urgence , çà craint . Il y a aussi éclatement de l’Euro ….

    1. A partir de là , sans direction politique c’est la réaction en chaine . Avec c’est l’abandon de souveraineté (partielle ) , de préférence accompagnée d’une démocratisation des instances supra-nationales et qui fait obstacle ? Pas l’Allemagne en premier lieu mais la France.

      Une fois n’est pas coutume (Einmal ist keinmal, once is never) hèzate money time.

      1. Je voudrais en savoir plus sur cette « démocratisation des institutions supra nationales ». Si par là, vous entendez la fin de la comitologie, de l’hyper-lobbyisme et le dernier mot au Parlement sur tous les sujets, je veux bien y croire. Le reste n’est qu’enfumage.

  12. Toujours en réfléchissant à ce qu’a dit Draghi, et en analysant nombres d’articles, dont entres autres celui-ci :

    http://www.telegraph.co.uk/finance/comment/9453667/Venetian-cunning-of-Draghi-Monti-masterplan-may-save-euro-for-now.html

    Il n’y aura pas de démontage de L’Euro ; Draghi aura les mais libres pour faire ce qui est nécessaire.

    Car il devient évident que la cassette de l’Allemagne, constituée de la dette des autres, est finalement virtuelle, et qu’il vaut mieux continuer à faire des affaires que de voir la cassette partir en fumée.

    Ce que Merkel et d’autres commencent à comprendre, c’est qu’il faut que que les machines tournent , toutes les machines, point barre. Les relancer partout, à n’importe quel prix (lui aussi assez virtuel) en écartant la part des prédateurs est le seul vrai travail,

    1. Crise financière ou crise du travail ?

      « Une apparence de résolution de la crise du travail est créée après les années 1970 par une expansion massive du crédit et de la dette. Cette expansion du crédit facilite une véritable réimposition de la discipline du travail, mais elle crée également un monde qui repose sur une base très fragile. La résolution apparente de la crise repose sur un pari, sur l’espérance d’une production future de plus-value. Le danger de parler de cette résolution apparente comme d’un nouveau paradigme de domination (comme le font Hardt et Negri) est que cela donne une fausse solidité à ce qui est une situation fragile et ouverte. La fragilité de la résolution est devenue claire avec la crise financière mondiale qui a explosé en 2008. La médiation du crédit a transformé ce qui était ouvertement une crise du travail (dans les années 1970) en ce qui apparaît maintenant comme une crise financière. Mais la base de la crise demeure la même : la faiblesse de l’abstraction du faire dans le travail, la difficulté de contenir l’activité humaine dans les limites du travail abstrait. »
      John Holloway. Crack Capitalism, 33 thèses contre le capital. Editions LIBERTALIA.

  13. On cherche ses mots et ses images, il vient celui de désagrégation.

    J’en ai proposé un : Déglingue
    Mot parfait, image parfaite. Et même avec le son de l’empilement de la batterie de cuisine qui s’écroule!
    Bling bong biding bang badaboum clang!
    Déglingue!

    1. Faut qu’il arrête le grand guignol l’Ambroise. Arrête ton char Pritchard ! Me rappelle Caïus Détritus le héros verdâtre envoyé par César en Armorique dans La Zizanie, un des meilleurs Astérix…
      La réalité d’hier c’est pas les divagations littéralement à s’tap de c’te cagouille baveuse d’Ambroise c’est que Streiter, le porte-parole de Merkel a déclaré que celle-ci n’était pas « worried » par les déclarations de Monti, pas plus qu’elle ne l’avait été par celles de Dragui du 2 et donc soutenait implicitement les rachats de bonds moyens termes espagnols et italiens par la BCE. En une semaine le taux du 2 ans espagnol est passé de près de 7% à moins de 3,5% aujourd’hui.
      Bref les petits zé gros malins qui se sont pas baignés dans la bave à mousse de l’Ambroise, de Dissy et du Telegraph se sont fait des couilles en or sur ceusses qui y barbottent…
      L’aurait kamême pas acheté de l’espingouin la s’maine dernière l’AEP* ?
      *AEP c’est pas tout à fait synonyme d’Alimentation en Eau Potable… Plus près d’Atom Energo Prom à tout prendre.
      http://fr.m.wikipedia.org/wiki/AEP

  14. Tant qu’à faire, moi je répète : GRAND SAUT DANS LE VIDE.
    Car personne, je dis bien personne, ne peut cerner ce qui nous attend !
    Y compris ici, où tout ce qui est dit est passionnant,
    mais est, comme ailleurs, totalement contradictoire.
    Exemple (simple, je l’avoue, mais permanent) :
    – l’Allemagne a intérêt à sortir de l’Euro
    – l’Allemagne n’a aucun intérêt à sortir de l’Euro.
    D’autres peuvent-ils proposer des exemples plus élaborés ?
    Mais, sauf pour le 1 %,
    « rendez-vous en enfer » (???)

  15. Très bon billet.
    Puisque nous sommes en période olympique et donc de compétition, vous est-il possible de pronostiquer qui de la zone euro ou de la Chine va imploser le premier?

    1. la chine n’implosera pas
      quand à nous rien n’est sur
      le niveau de bétise ambiant est bien propice à un écroulement
      si la gouvernance de l’europe ne fait pas l’effort de considérer un peu plus que sa puissance de rebond n’est pas financière mais humaine et de concentrer une partie de son action à faire évoluer dare dare les mentalités en persistant à considérer les peuples comme des ploucs
      alors ce sera par les effets des poids morts des peurs rétrogrades que nous seront ensevelis.

  16. C’est là le noeud d’un système beaucoup plus large, et dont nous sommes tous responsables.

    Incapable de faire confiance à son prochain, l’homme construit une tour eiffel de petits papiers, autant de fétiches qui ont progressivement dissous et remplacés toutes les institutions, les mythes, les totems … L’équivalent général anthropologique …

    Chacun ne voit que le bout de papier auquel il est accroché, et accorde (bien obligé !) une confiance aveugle à l’édifice.

    Et on occupe de plus en plus de gens, de plus en plus de ressources, avec de plus en plus de difficultés, pour masquer le fait que tout ça n’est qu’une illusion grotesque, un système qui n’aboutit qu’à tondre la grande masse au profit de quelques uns.

    Le monde changera quand, comme le fit Gainsbourg, nous brûlerons tous nos billets de banques …

  17. Pour déployer sa créativité, l’homme a besoin d’accéder à un minimum de ressources, d’espaces …

    Comment les lui accorder librement, dans la confiance, sans passer par le procesus castrateur de devoir justifier à l’avance qu’on a les garanties de ce qu’on va faire demain ?

    Personne ne sait de quoi demain sera fait … Tout cela n’est qu’hypocrisie.

    Les ressources disponibles sont le fruit de la nature et du travail accumulé. Tout enfant naissant sur cette Terre y a un droit légitime équivalent aux autres.

    Ce système nous maintient dans l’esclavage, obligés de nous vendre chaque mois pour satisfaire nos besoins vitaux, sans pouvoir jamais (pour l’immense majorité) acquérir une véritable autonomie de vie.

  18. On m’a posé une question à laquelle, malgré mes longues lectures de ce blog, je ne peux répondre.

    On parle ici de valeurs des actifs. On parle des difficultés des banques à préter, à emprunter. Bref de cette crise de confiance et du manque de liquidités des banques (c’est peut être ici que je me trompe). Et on dit souvent que les banques manquent d’argent.

    D’un autre coté, la BCE a injecté des milliards aux banques, on parle de trappe à liquidités (liquidity trap) et que les banques accumulent de l’argent car il y a justement ce manque de confiance entre elles.

    Au final, y a t-il trop d’argent qui ne circule pas? ou pas assez d’argent?

    Merci par avance de vos réponses.

    1. Il y a beaucoup d’argent qui ne circule pas pour la bonne raison que l’argent aime s’accumuler, comme un vieux chat qui dort sur sa couverture auprès du poêle et reste indifférent au monde tout en donnant à l’homme, dont il est le chat, la confortable illusion que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, et cela durablement.

      1. merci pour cette première réponse.

        Mais si il y a tant d’argent qui dort, pourquoi les banques auraient tant de difficultés à trouver de l’argent dans ce cas de figure?

  19. en attendant, la bourse remonte sec, comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes, l’argent circule au moins sur les marchés, +1.52% et + haut que le 4 avril dernier, début de la dernière chute, un miracle de + pour les financiers qui tournent en vase clos

  20. une remontée ou un symptôme d’agitation ?
    pénélope aussi s’activait beaucoup la journée en attendant ulysse

  21. Dans la lancée, mrj pointe une jolie contradiction plus élaborée :
    – il y a trop d’argent qui circule
    – il n’y a pas assez d’argent qui circule

    Pas de réponse ferme possible ?
    On connaît le lieu commun : tout est objet de discussion.
    Plus rationnellement : tout est dialectique.
    Mais, pour le dire platement, n’est-on pas ainsi conduit (sans le savoir ?)
    à « noyer le poisson » ?

    D’où question corrélative immédiate : in fine, au profit de qui ?

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