« CHANGER LA VIE » OU LE PLUS DIFFICILE À IMAGINER, par Annie Le Brun

Billet invité.

A prendre connaissance du dernier « Temps qu’il fait » et de l’état des lieux qu’il révèle, comment ne pas être saisi autant par la gravité de la situation que par l’ampleur du pari fait sur ce qui n’a peut-être pas commencé mais qui serait pourtant en train de s’inventer ici, là, maintenant, ailleurs, en dehors des chemins balisés, que ce soit dans la solitude d’une adolescence ou à travers la solidarité informelle et néanmoins de plus en plus réelle de ceux qui refusent ce monde ?

De cette certitude que tout se tient, dépend, en effet, l’acuité du regard mais aussi la détermination à ne pas accepter l’inacceptable. Et ne le verrait-on pas à cause de la complexité de nos sociétés à laquelle il est justement fait allusion, oui, il y a un rapport entre l’affaire de l’extradition de Julian Assange et la fusillade de New York. Comme ce n’est pas sans lien avec le rapport qu’il y a entre le massacre des mineurs d’Afrique du Sud et les questions de régulateurs qui inquiètent aujourd’hui la banque Standard Chartered. Mais comme il y a aussi un rapport de tout cela avec la révolte et la condamnation des Pussy Riot aujourd’hui en Russie. Où qu’on se tourne, voilà que l’inacceptable commence à être perçu comme tel mais pas par les mêmes et pas de la même façon.

Ainsi, que ces trois filles, belles de leur insolence, aient eu le courage de s’en prendre, en toute connaissance de cause, au pouvoir et à l’église russes réunies aura été un feu de joie dans la grisaille de cet hiver 2012. Il faut voir la vidéo de leur intervention du 21 février dernier dans la cathédrale moscovite du Christ-Sauveur « haut lieu du renouveau orthodoxe en Russie », où, après leur prière à la vierge Marie pour « chasser Poutine », l’honneur du mâle en question se trouve d’abord défendu, avant l’arrivée de la police, par des sortes de sœurs converses, complétement affolées devant quatre jeunes diables déchaînés, en cagoules et collants bariolés. Et il me paraît très significatif que, contrairement à un certain nombre de jeunes gens et vraisemblablement au nom d’un sérieux politique décontenancé par un mélange d’humour et de radicalité, on n’aura pas mesuré l’enjeu de cette affaire, à savoir, comme le souligne un de leurs amis, l’artiste Oleg Koulik, que ces filles se retrouvent en prison, « parce que le pouvoir ne peut pas admettre qu’on critique l’Église, la seule institution qui, dans le cas d’une révolution, se lèvera pour sa défense ».

Pareillement, il ne me paraît pas indifférent que ces jeunes féministes, comme j’avais rêvé qu’on le fût il y a trente cinq ans, ont été condamnées à deux ans de camp par une juge. Comme il n’est pas indifférent qu’au même moment elles étaient soutenues par une splendide fille qui, torse nu et en signe de solidarité, aura abattu une croix à la tronçonneuse en quelques minutes. Comme il est encore moins indifférent qu’elles aient purement et simplement rigolé, à la lecture des attendus de leur condamnation.

En fait, féministes, écologistes, militantes de la cause homosexuelle, liées à des collectifs d’artistes contestataires …., si Nadejda Tolokonnikova, Ekaterina Samoutsevitch et Maria Alekhina sont coupables, c’est d’être RÉVOLTÉES, moins en tant qu’artistes qu’à vouloir, semble-t-il, « changer la vie », vraiment. Et c’est peut-être cela qui est ici difficile à imaginer, quand la plupart de nos artistes, champions de la subversion subventionnée se livrent à tous les détournements et recyclages possibles, pour en fin de compte chacun trouver sa place dans l’entreprise de neutralisation en cours. À l’inverse, on ne peut qu’être impressionné par la façon dont ces Pussy riot se seront réappropriées l’insurrection Punk, pour lui redonner la charge de révolte dont le marché du disque des années soixante-dix avait su immédiatement la dépouiller.

Et c’est sans doute pourquoi, après les avoir accusées d’« hooliganisme », on les aura finalement convaincues de « vandalisme » et d’« incitation à la haine religieuse », pour dépolitiser un propos qui ne se laisse pas réduire à telle ou telle idéologie. Dans ces cas-là, l’aberration des chefs d’accusation est toujours proportionnelle à l’inquiétude suscitée : il n’y a pas loin de « l’hooliganisme » au « cosmopolitisme » et le flou de la formulation cache toujours une partie de la « bête immonde. » De toute façon, la résonance internationale du procès est un signe. Quelque chose de cette révolte demande à être entendu.

Peu importe que telle ou telle vedette médiatique se retrouve à soutenir ces jeunes femmes. Pour ma part, je ne peux que m’en réjouir, au moment où le processus de domestication généralisée s’accélère, à voir les grands moyens adoptés pour réinjecter, par exemple à l’occasion des Jeux Olympiques, les valeurs d’asservissement que sont la famille, la patrie et la religion, celles-ci bien sûr présentées sous de nouveaux emballages.

Ce sont là autant de signes contradictoires que non seulement les structures de ce monde sont en train de lâcher mais aussi que peu à peu les choses finissent par apparaître à leur scandaleuse lumière, pour provoquer, comme en pointillé, ici, là, le refus de continuer à participer de ce jeu-là.

J’ai dit ailleurs que si la servitude est contagieuse, la liberté l’est aussi. Nous en sommes à ce point d’équilibre instable, où tout peut basculer d’un côté ou de l’autre. D’où l’importance de repérer tous les signes et nous ne serons jamais trop pour tenter de discerner ce qui advient. C’est pourquoi il me déplairait qu’on fasse fi de l’insaisissable jeunesse de cette révolte venant de l’Est. Pensez aux Provos, pensez aux Hippies, aux « aventuristes » de 68… il y aura toujours l’insolente beauté de ce qui commence. Aussi, quand bien même « en matière de révolte, aucun de nous ne doit avoir besoin d’ancêtres », il se pourrait que tout débute avec le « retour du refoulé », mais ailleurs et autrement. Comme si chaque insurrection était riche de tous les rêves précédents encore à venir, c’est-à-dire comme si, à chaque fois, il s’agissait de jouer le Grand Jeu.

Il faut peut-être le savoir pour commencer à voir.

 

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144 réflexions sur « « CHANGER LA VIE » OU LE PLUS DIFFICILE À IMAGINER, par Annie Le Brun »

  1. Je ne peux qu’applaudir à ce billet, même si je reste conscient qu’applaudir ne suffira pas.
    La colère est longue à s’exprimer, mais cependant elle est là, diffuse, et elle progresse.
    Nous ne ferons plus l’économie d’une violence générale, hélas !

    1. Bonjour,

      la colére des petits et de la multitude a toujours été là, seulement ce qui change pour l’époque de cette fois ci, c’est que le lien entre pussy-riot, fusillade à NY, scandales banquaires, printemps arabes et fusillade contre des grévistes etc etc c’est INTERNET, info et mise en réseau de la multitude, personne ne peux plus se prévaloir d’ignorance.

      Les chinois ont bien compris le danger. Coupons internet et il y aura plus grand chose pour se révolter ou ce sera la révolte direct. En tout cas tout le monde sera fixé pour le meilleur ou pour le pire en cas de coupure intentionnelle .

      Tout cela est trés fragile et bien dangereux, mais c’est une époque formidable de son avenir potentiel, pas de son présent.

      Cordialement

    1. Merci pour ce lien.
      Je me sens en accord avec ce texte, sauf sur un point : je ne pense pas que la spiritualité liée à un « esprit supérieur » permettra de sauver l’homme… à moins que dans le mot « spiritualité » (sans esprit supérieur) soit inclus le respect de ce qui nous entoure et nous permet de vivre… mais qui suis-je pour critiquer un prix Nobel…

  2. Très bien ces Pussy Riot ( gun ? ). Elles ont un sacré courage et un humour inoxydable, étant capables de rire de leur condamnation, c’est l’excellence de l’insolence. Chapeau, la grande classe.

  3. C’est plus facile de s’indigner quand on a le ventre plein ou qu’au contraire on a strictement plus aucun espoir. Reste l’entre deux, terrain de toutes les compromissions. Autrement dit, pas convaincu que toutes les indignations se valent, qualitativement parlant, et par ailleurs, ceux qui ne s’indignent pas ne sont pas nécessairement coupables.

      1. Dissonance, l’entre deux n’est pas la complexité. Y demeurer comme la carpe entre deux eaux c’est se rendre utile à la domestication.
        Dissonance?
        Mon oeil oui.

    1. Même le ventre plein j’ai dit basta, et ai dépensé 20 000 euros de frais d’avocats, plus les heures de lectures.
      De lettres d’avertissement, de harcèlement, d’insultes dissimulées, de menaces. Moi, je leur ai dit merde et vaf enculo.

      Toi, c’est quand que tu t’es opposé, combien d’heures et d’euros ? Combien de bataillons ?

      Moi, je l’ai fait, les autres moutons ont plié, ça je le sais et je m’en souviens dans les détails de leur
      soumission de sans tripes, de petits blaireaux infects.

      1. @fnur

        En croyant me contredire vous me confirmez. Merci quand même.

        Question au cas où le sens de ma réponse vous échapperait: Comment classez-vous ceux qui n’ont pas 20000 euros à dépenser en « frais d’avocats » parce qu’ils ont juste de quoi se nourrir ainsi que leur famille? C’est de l’indignation à deux vitesses, peut-être?

      2. Moi, je l’ai fait, les autres moutons ont plié,

        J’t’avais bien dit Fnu’rrr, qu’c’était toi, l’génie des alpages. L’mouton noir en plus.
        Un milliard trois de p’tits chinois
        Et moi et moi et moi…

      3. Fnur , la dernière fois que je me suis opposé ça m’a coûté 3000 euros. 3000 euros pour moi c’est beaucoup d’argent.
        La prochaine fois je ne m’oppose plus, je passe une journée en montagne, apprécier le panorama.

  4. Une question : que s’est-il passé pour que les idées de 68 ne soient pas (toutes) passées dans le bien commun et donc, que s’est-il passé pour que l’on connaissent ensuite ces années 80’s bling-bling gerbatoires ou le costard cravate, les montres de luxe et la GTi étaient de mise ? (et accessoirement étaient le lieu de mon enfance…)

    1. @Learch

      C’est une question précisément de conception de l’intérêt général et de la façon de l’édifier et de le protéger. Les libertaires trimballent une contradiction béante : la recherche d’une socialisation harmonieuse, où chacun peut trouver sa place, mais le refus de toute contrainte et donc de la mise en place d’une structure pourtant nécessaire à la garantie d’un équilibre entre libertés publiques et liberté individuelle. Si ce que 68 a apporté d’avancées réelles a été largement battu en brèche (pas tout heureusement) c’est soit par cynisme de ceux qui ont trahi les idéaux au moment du retour sur terre de l’après euphorie printanière, soit par une espèce de naïveté ou d’aveuglement de ceux qui n’ont pas accepté l’échec de leur tentative et qui refusent toute expression politique réellement politique (induisant donc des rapports de force collectifs) et pas psychanalysante à deux balles comme j’en vois le témoignage chez de nombreux contributeurs (je n’ai rien contre la psychanalyse, bien au contraire, mais c’est comme la religion, selon moi, cela doit être une démarche personnelle, sinon c’est souvent la cata).

      Le résultat c’est que les néolibéraux ont pu tranquillement annexer les éléments de 68 qui leur permettaient d’imposer leur idéologie : le refus quasi indifférencié des contraintes, notamment une certaine diabolisation de l’Etat, l’hédonisme individualiste, qui a ouvert grand la porte au consumérisme de masse.

      Le jour où les libertaires auront compris que c’est par les structures que l’on pourra se rapprocher graduellement de leur utopie, on aura fait un grand pas vers une gauche qui pourra de nouveau peser et se donner l’objectif de changer le monde.

      1. à Nicks,

        Comme vous devez regretter de ne pas avoir une police pour mettre au pas tous ceux que vous nommez les libertaires !

        Ci-dessous, voici un texte qui devrait plaire à tous les menteurs qui confondent Marx et Lénine.

        « La Commune, notamment, a démontré que « la classe ouvrière ne peut pas simplement s’emparer de la machine de l’Etat et la mettre en mouvement pour ses propres fins » (Voir La Guerre civile en France, adresse du Conseil général de l’Association internationale des travailleurs, où cette idée est plus longuement développée) »

        Karl Marx, Friedrich Engels, 24 juin 1872. Préface à une réimpression en français du Manifeste du parti communiste.

      2. de Marlowe: Comme vous devez regretter de ne pas avoir une police pour mettre au pas tous ceux que vous nommez les libertaires !

        Une police politique même, c’est l’avantage avec les autoritaires, les masques tombent très rapidement, une assertion sortie d’on ne sais où ??  »structure nécessaire à la garantie de l’équilibre entre liberté individuelle et liberté publique », et un blabla condescendant qui démontre que visiblement l’auteur ne connaît pas grand chose au mouvement libertaire (puisque il y a une partie du mouvement qui revendique une organisation structuré, non hiérarchique). Quand à l’associer à  »la gauche » qui à part une infime partie, n’a rien de révolutionnaire, le clavier m’en tombe.

      3. Nous vivons dans un monde dichotomique dans lequel les choses seraient noires ou blanches, bonnes ou mauvaises, avec les bons (les pauvres) et les mauvais (les riches). Et de raisonner avec des « ou » (exclusifs) et non pas des « et ». C’est réducteur et surtout ça ne marche pas. La famille, le sport, la religion, le club de tricot… c’est le contraire de l’individualisme. Ce sont des valeurs et beaucoup d’autres choses encore. Effectivement, il existe des travers avec des excès, mais ça c’est le fonctionnement du monde et il faut apporter sa petite pierre pour l’améliorer et non pas imaginer un monde parfait.

      4. à Léo,

        Bien entendu, l’usage différencie la police et la police politique.
        Mais la police est une, elle est sociale car tous les crimes sont sociaux et le crime qui contient tous les autres, c’est la révolte.

      5. Nicks, laissez donc tomber les libertaires, ce sont des utopistes prétentieux. L’évolution normale d’un libertaire c’est le libertarisme et le refuge névrotique sur la valeur « individualisme »

      6. Mais la police est une

        @ Marlowe

        je suis tout à fait d’accord, ma précision était plutôt pour insister sur la finalité (démontré par l’histoire), des dérives plus ou moins moralisatrices (au sens des idées qu’illes trouvent morales) des autoritaires et j’adhère plutôt à cette citation:  »le premier flic à abattre c’est celui qui est dans ta tête », il n’y a qu’une police, comme il n’y a qu’une liberté, morceler la liberté (qui ne peut être que totale amha), en des libertés (publiques ou non) c’est pour moi un non sens, puisque cela implique + ou – de restrictions et rapidement les espaces non-libres bouffent les espaces libres, pour revenir au sujet, par exemple cela conduit à enfermer les pussy riots parce qu’elles ont chantés une prière dans une église.

      7. @Ion

        Je ne parlerai pas de prétention à leur sujet, plutôt d’un aveuglement quasi religieux qui est une manière d’affronter la vie et leurs propres échecs. Je ne critique cela qu’à titre politique et pas personnel bien entendu. Ce qui m’agace, c’est qu’ils freinent par cette attitude tout progrès politique qui va dans le bon sens et même parfois assez loin dans cette direction. J’ai parfois l’impression d’avoir à faire avec les caprices de garnements égoïstes alors même qu’ils sont censés porter toute la sagesse du monde.

        Si je pointe leur contradiction et cette incapacité de recul sur ce qui ne fonctionne manifestement pas dans leur approche politique, malgré normalement une parfaite connaissance d’eux-même en théorie, et une culture bien plus profonde que la mienne, c’est bien pour contribuer à faire en sorte que le progressisme social puisse à nouveau être un courant dominant dans la société et que des avancées ne soient pas fantasmées, mais effectives. Si cela me vaut de passer pour un stalinien ou pour le moins pour un autoritaire, je crois que c’est un sacrifice bien léger, qui ne m’empêchera pas de continuer à tenter de les aider 🙂

      8. Si cela me vaut de passer pour un stalinien ou pour le moins pour un autoritaire, je crois que c’est un sacrifice bien léger, qui ne m’empêchera pas de continuer à tenter de les aider

         » Seigneur pardonnez leur… », non rectif,pas un stal lambda, un stal christique.

      9. de Nicks:

        c’est bien pour contribuer à faire en sorte que le progressisme social puisse à nouveau être un courant dominant dans la société et que des avancées ne soient pas fantasmées, mais effectives

        C’est ça être un  »progressiste » autoritaire, c’est être convaincu que l’on a raison, que l’on peut faire le bonheur des autres sans leur demander leur avis et au final peu importe les moyens, puisque la fin fera le bien de l’humanité toute entière.
        Malgré que l’histoire ait prouvé que ça ne marche pas, que les leaders révolutionnaires d’un jour, sont les conservateurs, qui protègent leur pouvoir tout le reste du temps, que du coup les progrès réels en terme de situation sociale ne concernent que celleux qui ont pris le pouvoir,, il se trouve encore des fervents défenseurs de cette posture !! Magnifique.

      10. @Léo

        Lisez mieux et réfléchissez également à ce que vous venez de dire. Ensuite observez la situation. Vous devriez en principe assembler les éléments d’analyse pour vous apercevoir que vous venez de vous ranger auprès des néolibs les plus acharnés, qui font mot pour mot la même réponse au sujet de la liberté une et indivisible et mettent toute tentative de constructivisme à l’onglet du stalinisme (le CNR, jamais entendu parler).

        Vous vous privez de tout moyen d’action parce que vous tenez plus à votre liberté individuelle qu’au progrès social (les libertés publiques). De mon côté, j’essaie d’imaginer un équilibre entre les deux en me référant à ce qui a pu marcher, en admettant facilement qu’il faudra trouver des améliorations substantielles, notamment et principalement pour optimiser le fonctionnement de la démocratie. J’en ai évoqué quelques points dans un de nos précédents échanges.

        Vous dites que les révolutions n’ont jamais abouties. C’est en partie vrai, mais 68 n’y fait pas exception. Pourquoi cela a t’il été un échec également ? Pourquoi est-il si difficile sans rejeter ni le mouvement ni ses acteurs en bloc, de le critiquer, quand la Révolution elle, a été décortiquée et souvent piétinée sans que cela n’offusque cette fameuse gauche libertaire, si prompte pourtant, par nature et pratique, à l’ouverture d’esprit ?

        @Vigneron

        C’est avec cette tonalité que j’ai pu faire ma place sur des blogs autrement plus hostiles qu’ici. Vous voyez, ça marche. Peu m’importe ce qu’on peut déduire de moi des propos que je tiens ici et ailleurs. L’important, c’est de faire vivre les idées. Quelles sont les vôtres d’ailleurs ?

      11. @ Nicks;

        Vous devriez en principe assembler les éléments d’analyse pour vous apercevoir que vous venez de vous ranger auprès des néolibs les plus acharnés, qui font mot pour mot la même réponse au sujet de la liberté une et indivisible

        Amalgame douteux avec le discours néolibs, qui ne me surprend pas et vous allez certainement bientôt me ranger du côté de la 5ème colonne fasciste.
        Je vous retourne le conseil d’assemblage des arguments, mais ceux des néolibs, qui ne prônent jamais la liberté totale, tout juste la liberté au niveau économique, dans une économie de marché capitaliste. Pour le reste il ne prônent aucunement la liberté indivisible. à moins que vous ayez un exemple de discours de néolibs prônant l’abolition des prisons, de la propriété privé, etc…
        je vous laisse à vos amalgames (maintes fois entendus. un peu comme une doctrine).

        Vous vous privez de tout moyen d’action parce que vous tenez plus à votre liberté individuelle qu’au progrès social

        Encore une fois au lieu de croire à quelques marottes perpétués à dessein par quelques idéologues de partis, renseignez vous par vous même, ce que vous décrivez là n’est qu’une partie du mouvement libertaire (et je ne partage pas vos conclusions, bien sûr) et vous vous ridiculisez en vous focalisant dessus.

      12. @Leo

        Mais je pense par moi-même. Je ne peux être parasité par aucun courant de pensée car mes lectures ont été trop parcellaires pour que je sois imprégné par telles ou telles. J’ai simplement réfléchis un peu sur ce que je voyais et sur l’histoire de l’humanité. La Liberté, ça n’existe pas, tout comme l’Emancipation, pas plus que l’Egalité. En revanche, on peut tendre vers plus de liberté, plus d’émancipation, plus d’égalité. Pour cela il faut des structures et notre composante animale fera qu’elles se verticaliseront petit à petit, à moins de vivre en tribu autarcique, et encore. Ce que nous pouvons faire, c’est les réaliser de telles sortes qu’elles offriront le caractère le plus démocratique possible, en même temps que la plus grande cohésion de la société. C’est là que l’Etat est un outil irremplaçable si on veille à ce que sa main gauche comme dirait Bourdieu, ne soit pas amputée.

        Vous n’avez pas répondu sur la critique de 68. Etes vous si ouvert que cela ?

        Pour le reste, je n’associe pas les libertaires au fascisme, je souligne seulement que parfois, ils ont une communauté de pensée avec les libertariens qui fait que ce sont plutôt ces derniers qui profitent des attaques contre l’Etat, au détriment de l’ensemble de la gauche. Ce que j’aimerais, c’est qu’on se penche sur le concept de domination. Si l’Etat peut en être le concentrateur, il n’en est pas à l’origine et peut au contraire en éradiquer certaines formes. C’est à ce niveau que j’attends les réponses de ceux qui veulent le supprimer…

      13. Mais quel formidable rôle de composition les amis ! Il est grand temps de se démaquiller, le fond de teint n’en finit pas de couler 😉

      14. @ Nicks:

        Pour cela il faut des structures et notre composante animale fera qu’elles se verticaliseront petit à petit

        Encore une assertion (essentialiste ce coup ci) qui sort de je ne sais où, ben moi je vous affirme le contraire, je vous affirme même que rare dans la nature sont les structure verticale, que le lion n’est pas le roi des animaux et que l’analyse de la nature par les scientifiques est trop souvent orienté par les schémas dominants dans lesquels illes évoluent.
        Pour 68 (en france) ce n’est pas le mouvement qui me passionne le plus, surtout à cause de la fin piloté par les syndicats et partis, en fait j’ai surtout en tête des images d’écœurement d’ouvrier-res ou étudiant-es, cependant ce fut je pense une lutte exceptionnelle de la part des militant-es de base, avec des avancées inconstetables (de mon point de vue révolutionnaires, au moins sur un plan  »moral ») le reste de l’histoire c’est pas eulles qui l’ont écrit malheureusement. Le problème de l’écriture de l’histoire se pose aussi sur la révolution sociale espagnole, où toutes les avancées sociales révolutionnaires (collectivisation, communisme libertaire, etc…) ont été balayés, en premier par le PCE (soutenu par Moscou) qui c’est appuyé sur l’appareil d’État que les anarcho-syndicalistes n’avaient pas voulu supprimer (alors qu’illes en avaient les moyens). Par ailleurs les communistes autoritaires accusaient les anarchistes de travailler pour la 5ème colonne et de propos contre révolutionnaire exactement comme vos posts précédents !!

        Ce que j’aimerais, c’est qu’on se penche sur le concept de domination

        Il ne vous aura pas échappée que c’est l’angle d’analyse principal du mouvement anarchiste, donc je vous laisse vous pencher.

        Si l’Etat peut en être le concentrateur, il n’en est pas à l’origine et peut au contraire en éradiquer certaines formes

        Eh bien de mon point de vue, un État s’autorise à administrer la chose publique (et privé souvent aussi) à la place des administrés justement. il est donc de fait dominant et oppressif, puisque vous voulez vous pencher sur la domination, commencez par ce sujet au lieu de le considérer comme élément indépassable.

      15. @Leo

        Il ne s’agit pas de savoir si le lion est le roi des animaux mais si la course à la transmission des gènes pousse à la domination. Le problème de beaucoup ici est de ne jamais prendre cette dimension en considération. Il n’y avait pas de dominants et de dominés avant l’apparition de l’Etat , avant le capitalisme ? On vit sur la même planète ?

        Si l’anarchie n’a jamais pu s’établir, c’est qu’il y a une raison. Il y a des choses sur lesquelles on peut peser, ce sont nos capacités de socialisation qui nous le permettent. Il faut néanmoins partir de certaines réalités physiques si on veut réussir

        En ce qui me concerne, la domination de proximité n’est pas préférable à l’arbitraire de l’Etat . Je suis bien entendu favorable à plus de contrôle citoyen, mais pardonnez moi, l’autogestion, je n’y crois pas une seconde comme système exclusif, ou alors pour revenir à des organisations communautaires qui institueront une autre forme de coercition plus ou moins relative, ce qui n’est pas votre objectif a priori.

        La solution est dans l’entre-deux. Des structures fortes, une participation citoyenne approfondie.

      16. @Nicks

        Au sujet de la liberté « qui n’existe pas »: je vous suggère de vous immerger un peu dans une famille où un parent psychiatre enferme ses enfants pour les « soigner » quand ils sont en « echec scolaire » ou qu’ils ont fumé des pétards.

        Quand vous comprendrez la nature même de l’hôpital psychiatrique, je peux vous garantir que la notion de liberté, vous la comprenez très très bien. Et surtout liberté indivisible, car il en va malheureusement de votre intégrité psychique (les neuros) étant donné qu’on cherche à vous faire culpabiliser sur des faits qui n’ont jamais eu lieu et desquels on ne cherche jamais à vérifier la matérialité.

        La liberté, cela se comprend surtout quand vous vous heurtez à l’absurdité de ce type d’oppression.

        Ah oui! Quand aux néolibs: dans les faits, ce sont les néolibs qui enferment en hôpital psychiatrique pour vous rééduquer au libre-arbitre, et les « gauchos » qu’on enferme en les accusant de schizophrénie à tendance mystique (i.e. politique, typiquement quand on a réussi un concours d’entrée dans une école de fonctionnaires-stagiaires. Je précise: fonctionnaire, donc gauchiste, donc schizo à tendance mystique, donc à enfermer).

        Merci de cesser d’enfermer les p’tits gauchos social-dems dans une étiquette de néolibs. Encore heureux qu’on est attaché à une liberté indivisible!

      17. @gogo

        Ce que vous mentionnez n’a strictement aucun rapport avec ce que je dis. La liberté absolue n’existe pas parce que vous n’êtes pas seul et que c’est précisément pour que chacun ait la part la plus importante de liberté sans menacer celle des autres qu’il est nécessaire d’édifier des structures. La contrainte relative fait partie de la liberté partagée. Je me trompe peut-être mais il me semble que les anarchistes et les libertaires en général ne prennent jamais cette dimension en compte. C’est à mon sens ce qui a systématiquement provoqué leur défaite…

      18. Il n’y avait pas de dominants et de dominés avant l’apparition de l’Etat , avant le capitalisme? On vit sur la même planète ?

        Ben faut voir…
        1) si on vit sur la même planète
        2) kankséksafinit ton état « d’avant Etat »
        3) kankséksacommence l’état « d’après Etat », pasque faudra bien en finir kamême, n’est-ce pas ? en les renforçant, tes états ? P’têt ben ouais.

      19. Vigneron si déjà on pouvait ce l’approprier, l’état, ça éviterai que les victimes occidentales de la mondialisation (je dis pas qu’elle s’en sorte pas mieux que les autres victimes) ce raccrochent à un vote extrême.
        De toute façon puisque l’Europe, le FMI, l’OMC ne veulent du « demos » et que les politiciens nationaux en ont encore besoin, c’est cette échelle qui va ce renforcer.
        Nier le rôle de l’état, puisqu’on est encore au début de la crise, c’est aider le populisme contre le populaire.
        Tu le vois bien autour de chez toi et ça veut pas dire que l’état soit une finalité humaine, mais un moyen de pouvoir encore organiser une sortie de crise.

      20. De Nicks La contrainte relative fait partie de la liberté partagée. Je me trompe peut-être mais il me semble que les anarchistes et les libertaires en général ne prennent jamais cette dimension en compte. C’est à mon sens ce qui a systématiquement provoqué leur défaite…

        Je vous l’ai déjà dit mais c’est pas grave doit y avoir un tuyau où ça passe pas. une partie des anarchistes expérimentent des structures non hiérarchisées, où la démocratie directe (qui a faillie s’imposer après la révolution française, au passage, notamment le mandat impératif (vs le mandat représentatif)) est la règle et où le fonctionnement collectif librement accepté et pensé par toutes et tous est la base.
        Pour le fonctionnement hors état je vous conseille P. Clastre « la société contre l’état », mais aussi tout un tas d’expérience de réappropriation et d’autogestion de part le monde et le temps (espagne 36, argentine, grèce en certains lieux,…). la différence majeure entre les anarchistes et beaucoup du reste de la sphère politique (à part les autonomes entre autres) c’est de ne pas vouloir imposer ses idées aux autres par une majorité de 50% + 1 voix, mais plutôt de convaincre afin qu’assez de forces puissent réaliser leur idéal à une échelle convenable (les autres faisant ce qu’illes veulent tant qu’il viennent pas imposer leur vue). C’est ce que vous appelez une défaite constante mais que je considère comme une victoire puisque le mouvement revendique (là à l’unanimité) une cohérence entre les moyens et la fin visée, chose incompréhensible pour des autoritaires évidemment.

      21. @Vigneron

        En Français, ça donne quoi vos interrogations ? Savoir si avant le néolithique, le partage et la tolérance régnaient sans partage ? Il paraît qu’il y avait quelque violence déjà…

      22. Alors élève Nicks ? On a pas attendu que le petit camarade Leo vous souffle un début de réponse ? Où bien on a un peu délaissé l’hygiène rapport aux portugaises encalaminées ? Ou bien c’est que de votre place au fond d’la classe on entend décidément pas les murmures charitables des ceusses du premier rang ?
        Samuel, alors ? Ça fait quoi d’être une « bonne base de travail » ? Enfin quoi, de dire des choses « pertinentes » ? D’être audible par Nicks quoi (i.e dans la ligne jacobine) ?

      23. @Leo

        Mais précisément, pourquoi les expériences n’ont pas été durables ? Pensez vous qu’une communauté puisse tranquillement faire sa petite mayonnaise sans que quiconque viennent un jour avec une autre façon de faire, du genre un peu plus expéditive ? Le principal problème de l’anarchie, c’est qu’elle nécessite paradoxalement une homogénéisation parfaite du corps social, c’est à dire une adhésion complète au nouveau système. Sinon, elle disparaît, parce qu’elle est réprimée et qu’elle n’a pas les moyens de sa survie, qui la conduirait de toutes façons à se dénaturer.

        Encore une fois, je suis bien d’accord pour qu’un contrôle citoyen puisse s’exercer sur l’Etat : c’est la base de la souveraineté populaire qui est un des fondements de jacobinisme. Mais l’horizontalité totale n’est pas envisageable d’un point de vue pratique, cela signifie que tout le monde est interchangeable, que tout le monde a le même sens des responsabilités, le même goûts des responsabilités, veut la même chose ou est capable d’accepter de ne pas l’avoir sans broncher. Cela signifie surtout que tout le monde est parfaitement en paix avec ses névroses. Ce ne vous pose aucun problème à imaginer ? Vous pensez qu’une société entièrement psychanalysée, c’est possible ? Tout le monde, bien responsable ? Ca me rappelle quelque chose ça, l’agent responsable et rationnel… Autant garantir l’efficacité d’une structure par le saint esprit…

        Je pense que le travail doit porter sur les mécanismes d’équilibrage du pouvoir. C’est là qu’il y a les progrès les plus applicables à réaliser et c’est là que le plus grand nombre à y gagner, dans le respect de la diversité des individus, ce qui implique pour chacun une petite perte de liberté, au nom de celle de tous. C’est un travail a remettre régulièrement sur le métier, quoiqu’il arrive.

      24. Vigneron, ça fait quoi, ça fait qu’il y a pas le choix d’essayer de ce comprendre plutôt que de s’opposer.
        Y à une dizaine d’année fier de mes idées et trouvant le slogan « ne pas voter peux provoquer un président grave » (guignol de l’info), j’essayai de convaincre mes amis qui s’en moquaient.
        En bon orateur je lance le débat, une partisane, un silencieux et un abstentionniste, je contre les arguments. victoire tout le monde me donne raison.
        Résultat un vote front national, deux absentions.
        Aujourd’hui c’est pire, c’est même pas faudrait que Marine préside deux mois.
        Les minots à la vingtaine en zone rural c’est plier, même ceux dont les parents sont des syndicalistes pur jus.
        Alors si tu veux on peut taper sur les jacobins, mais c’est que des mots (ça changera pas le vote, si la voiture passe pas le contrôle et que le CDD s’arrête) et on est plus nuancé qu’on ce l’affirme.

      25. Mais précisément, pourquoi les expériences n’ont pas été durables ?

        Les expériences qui ont été balayés, l’ont été par des forces étatiques (espagne, argentine), alors que pour l’espagne les collectvités fonctionnaient assez bien (c’était surement perfectible mais illes avaient réussi à descendre à 8h00/jour à certains endroits avec une production en hausse), état tenu par les communistes autoritaire, et pour l’argentine des boîtes ont fonctionnés grâce aux ouvrier-es quand les dirigeants se sont barrés (l’état les aidant à reprendre leurs usines à leur retour, même si il me semble que certaines sont maintenant protégés).
        Et je ne partage pas du tout votre vision d’un corps social hiérarchisé, il l’est actuellement par l’accès à l’éducation mais ce n’est pas insurmontable non plus. En fait vous essayez d’imaginer des fonctionnements anarchistes sur un corps social tel qu’il est, (et que vous semblez accepter comme une fatalité) ce qui évidemment ne marche pas.
        comme samuel plus haut:

        Tu le vois bien autour de chez toi et ça veut pas dire que l’état soit une finalité humaine, mais un moyen de pouvoir encore organiser une sortie de crise.

        A évidemment si le but c’est sortir de la crise et reprendre le petit capitalisme dans lequel certain-es sont à l’abri, le mieux est un état, qui continu à protéger les gentils travailleurs-euses français, qui continu à protéger la propriété privé (l’héritage, etc…), qui continu à organiser les inégalités, qui continu à faire du colonialisme, quelques guerres pour faire travailler l’armement, réguler le commerce extérieur (via l’OMC) pour continuer à exploiter les travailleurs-euses des pays à bas coûts, etc, etc, etc… ce n’est évidemment pas l’objet de ma réflexion, le capitalisme est malade, qu’il crève.

      26. @Nick

        Si l’anarchie n’a jamais pu s’établir, c’est qu’il y a une raison. Il y a des choses sur lesquelles on peut peser, ce sont nos capacités de socialisation qui nous le permettent. Il faut néanmoins partir de certaines réalités physiques si on veut réussir

        « Une raison » ? Quelle horreur, je trouve que votre analyse est beaucoup trop simpliste. Voir mon autre réponse sur la « nature humaine », et la réponse de Léo sur les expériences espagnoles. J’ajouterais, parce que j’aime bien conseiller des lectures, que vous pourriez p.ex. consulter les trois tomes de « La révolution inconnue » de Voline pour approfondir la question. Et aussi la thèse de Eric Aunoble sur diverses expériences en Ukraine en 1917-1919 (il ne s’agit pas des expériences plus connues de Makhno, mais d’autres communes agricoles libres). Et puis pourquoi pas de George Orwell « Hommage à la Catalogne », un roman facile à lire. Vous apprendrez notamment, si vous ne le saviez pas déjà, que ces expériences ont souvent été réalisées au sein de populations très pauvres avec un manque cruel de moyens (d’outils, de moyens de communication, de défense dans des contextes de guerres, etc.). Je suppose que vous n’êtes pas sans savoir en outre que des « structures fortes », notamment « communistes », les ont sévèrement réprimées en Russie, en Espagne, … Bref, il y a certainement plusieurs explications possibles que des historiens sont toujours en train d’analyser, mais aucune preuve selon moi de l’incapacité humaine à s’organiser de manière non hiérarchisée. Réduire tout cela à votre unique raison de « réalités physiques » ne fait que geler le débat.

      27. @Bold

        Dites moi, quel âge à l’humanité grosso-modo ? Il y a des choses qui se sauraient depuis le temps…Vous et Léo éludez systématiquement le pourquoi de la non durabilité des expériences que vous citez. Ce ne sont pas des hommes qui les ont fait échouer ? Je n’ai jamais dit que des formes de coopération étaient impossible. Je constate simplement que l’horizontalité absolue ne dure jamais très longtemps…

        Je l’ai déjà souligné avant, vos solutions ont besoin d’une homogénéité sans faille et d’un homme nouveau. Probabilité infime et affaire de croyance. Il vous faudra une sorte d’apocalypse pour éventuellement espérer que la société de vos rêves se mette en place sur des ruines et encore, rien n’est moins sûr. En ce qui me concerne, je ne peux accepter l’idée de ces millions de sacrifiés quelle que soit l’issue de ce chaos. J’essaie donc de promouvoir des solutions pour y échapper même si je crains que tout cela ne finisse très mal.

    2. @ Learch

      Lire Le Nouvel Esprit du Capitalisme, de Boltanski-Chiapello, qui explique comment le barbu de Mai 68 et le Costume-Cravaté des années ’80 ont travaillé main dans la main pour dessiner l’idéal de l’Entreprise Réactive, du Manager-Artiste, de la Créativité Sonnante et Trébuchante…

      1. Etant moi-même un enfant de mai 68, ou plutôt de l’après 68, même si j’ai tendance à cracher dessus, je trouve que vous allez un peu vite en besogne . « travaillé main dans la main » ? Moi j’ai pas trop le souvenir d’une main fraternelle, mais bon dans les années 80 c’était à mon modeste niveau, le désir de faire du « travail » quelque chose d’autre qu’une malédiction subie ( la nécessité du « travail » n’a pas encore été pleinement acceptée en France et surtout pas par les utopistes d’extrême -gauche, perso j’ai tendance à penser que c’est le travail qui sauve l’être humain, mais bon…), quelque chose..mais oui, de « créatif », et il y en a eu plein des comme moi qui n’avaient pas envie d’attendre le Grand Soir pour être heureux, ni de se réfugier dans une grotte en Ariège.
        La petite entreprise réactive/créative, j’y ai cru, voilà.
        Maintenant à un niveau bien supérieur du côté des médias parisiens entre autres c’était comme vous dites, et encore plus la main dans la culotte.

      2. (…) Le travail sauve l’être humain (…)

        De quoi, ou de qui, le travail peut-il sauver l’être humain ?

      3. @ Ion

        Oui, c’est un peu court, trois lignes, pour parler d’un processus complexe… et « main dans la main » n’est pas juste… du moins pas pour tout le monde… C’était un raccourci un peu provocateur en réponse à une question générale.

      4. @ Marlowe

        de l’oisiveté, de la débauche, de la dégénérescence, et de la fréquentation obsessionnelle du blog de Paul Jorion.

      5. Le travail rend libre

        N’était-ce pas l’affirmation péremptoire qui figurait à l’entrée du camp de concentration d’Auschwitz, évidemment en langue allemande ?

        ARBEIT MACHT FREI

      6. Malentendu entre lon et Marlowe. lon ne parle pas du travail. Il parle d’une activité créative. Ce n’est pas la même chose.
        Le travail, c’est faire quelque chose d’abrutissant et/ou pour autrui (c’est-à-dire sans contrôle sur le but de l’acte). Si je m’épanouis en dessinant, ce n’est pas du travail et même si je suis un peintre célèbre. Si je m’épanouis en faisant des meubles, ce n’est pas du travail. Si je suis sportif et que j’aime me faire mal à l’entraînement, ce n’est pas du travail. Etc.
        Les exploiteurs se servent de cette confusion entre travail et activité créative pour fourguer le travail aux exploités. Evidemment que l’oisiveté n’est pas bonne, mais c’est pas pour autant qu’aller au turbin est meilleur.

      7. à Moi,

        Aucun malentendu entre l’autre et moi !
        Je vous assure que vous n’avez rien compris.
        J’aime merveilleusement l’oisiveté et la débauche.

      8. Le travail, c’est aussi le réel, avec toute la possibilité, ou l’impossibilité de pouvoir composer avec lui. C’est dans cet écart je pense que se situe la créativité et aussi l’intérêt du travail. Il peut y avoir de la créativité au travail, et ne pas y en avoir, selon la place que l’on fait au travailleur entre ce qu’on lui impose comme objectif (ou ce qu’il s’impose de lui-même) par rapport à la façon dont le réel répond. Soit il lui est permis de composer, parce qu’il y a conscience de cet écart entre l’idéal et le réel, soit il ne lui est pas permis. Dans le premier cas il y a créativité, création, recréation de soi et même façonnage d’un métier -cent fois remettre l’ouvrage sur le métier-, possibilité de se tromper, de remédier, dans le deuxième cas….totalitarisme. Négation du réel, des contraintes du réel, donc mise des personnes dans l’impossibilité de composer, écrasement du désir qui ne peut plus investir d’espaces de recréation.

        Et désobéissance si tant est que le désir est récalcitrant qui s’infiltre par toutes les failles et interstices d’un système qui le nie, pour ouvrir cet espace de respiration créative qui nous fait composer avec notre condition humaine terrestre, danser avec le réel 😉

      9. à muche,

        Le seul travail qui vaille dans le cadre qui est le nôtre, c’est la démolition du capitalisme et la reconstruction sociale sur d’autres bases.

      10. @Marlowe

        Non, pas seulement. Que les modèles changent et il faudra toujours soigner, éduquer, cultiver, etc, donc se confronter à ce réel qui nous force à revisiter sans cesse nos savoir-faire. C’est cela pour moi le travail. A mon sens, ce qu’il faut restaurer, ce sont les conditions ou le cadre qui permettent à la fois de se préserver de la négation du réel (A commencer par l’écologie, considérer la planète comme une sorte de personne qui porterait des messages auxquels il faudrait que nous soyons à l’écoute, mais aussi sur un plan scientifique, sur un plan politique, sur un plan social dans notre rapport aux autres, etc..), et à la fois d’ investir l’écart entre nos idéaux, nos projections, notre imaginaire, nos aspirations, les finalités qu’on se donne et ce réel qui nous pousse à inventer et réinventer nos arts de vivre, dans le sens de la survie de l’espèce, en composant avec lui de manière à nous rendre la vie supportable.

      1. se réfugier dans une grotte en Ariège.

        Moi qui y vit en Ariège, je peux vous en parler…
        La première grotte que j’ai squatté en arrivant, j’avais cru y passer du bon temps. Je m’y étais vu, bucolique, un livre à la main, les doigts de pied en éventail devant les peintures rupestres…
        Mais une grotte c’est du boulot. C’est fou ce que ça prend la poussière! Et je parle même pas de ces espèces de petites mygales qui viennent y tricoter des plaids à longueur de journée.
        Y’a d’ l’entretien!
        Et sans Rowenta, faut jouer du plumeau (si on a eu la chance de coincer un faisan) et de l’huile de coude!
        Pis y’a la nourriture!
        Faut parfois se lever à l’aube pour aller relever les pièges et voir si on aura un garenne à se mettre le soir sous la dent ou si on devra se contenter de baies et de fruits pas murs.
        Et y’a le feu, l’hiver, qu’il faut entretenir. Le bois à ramasser. Le manteau qu’on doit coudre avec la peau des garennes…
        C’est du boulot!
        Sans compter que j’avais un colocataire qui en ramait pas une. Le genre mal léché en plus.
        Mais bon, il était là quand je suis arrivé, il a bien fallu faire avec.
        Et pour l’apaiser je peux vous dire qu’une ruche ça suffisait pas! L’a fallu que je fasse venir des abeilles d’Israël. Heureusement je connaissais un type là-bas qui a bien voulu m’en échanger contre un tapis en peau de lapin. Un qui abitait dans une grotte lui aussi, du côté de Nazareth…
        Et tout ce boulot m’a pas du tout sauvé!
        Un jour j’ai dû partir parce que mon colloc avait fini par se trouver une ménagère plus à son goût et qu’il projetait de se constituer une progéniture.
        La grotte devenait trop petite pour notre disparate association.
        J’ai dû me réfugier en ville: eau courante, chauffage radiant, supermarché…
        Pour pouvoir me payer tout ça, va me falloir autre chose que des garennes à échanger.
        On m’a dit c’est pas compliqué, va falloir te trouver un travail; c’est tout.
        Alors j’ai cherché, cherché! A tel point que ça devenait un vrai travail.
        Puis un jour dans la lucarne magique, j’ai vu un type, un peu mielleux… Il habitait dans une grotte lui aussi mais avec plein de dorures et de cristal partout. Il disait qu’il était débordé de travail mais qu’il avait quand même trouvé quelques instants pour venir nous parler.
        Ce qu’il avait a nous dire tenait en quelques mots…
         » Va falloir vous débrouillez » qu’il a dit,  » parce que du travail, les amis, et bien…y’en a plus! »

      2. @ Gararock : je suis désolé, mais votre réponse sous forme d’allégorie autobiographique m’est passée largement au dessus du pauvre agglomérat de neurones qui me sert de cerveau… pourriez’être plus clair ?

    3. @Léo

      Mais dites moi, qui de la poule ou de l’oeuf ? Le dominant ou l’Etat ? Qui a combattu l’anarchie ? Le dominant ou l’Etat ?

      Autre question… Vous me dites que je raisonne sur les bases de la société actuelle, ce qui n’est pas tout à fait exact, puisque je raisonne sur les bases d’une invariance humaine postulée, qui me semble t’il est observable avant le capitalisme et même avant que la notion d’Etat elle-même apparaisse, même avant le néolithique. Voudriez vous dire que c’est l’Etat et le capitalisme qui ont introduit dans les comportements la violence et la volonté/ nécessité de domination d’un individu sur un autre, puis d’un groupe sur un autre, pour finir d’une minorité sur la majorité ? J’admets que l’Etat comme je l’ai déjà dit peut agir comme concentrateur de la domination, mais il s’agit d’un aspect formel car il peut aussi, faire en sorte que la loi du plus fort soit largement amortie comme les réalisations du CNR l’ont montré par exemple. Mais finalement peu importe. S’il est montré que la sujétion, même ponctuelle, est antérieure, il y a comme un gravillon dans votre soulier…

      Le capitalisme est malade certes, il peut crever, je n’en serai pas triste. Mais il faudra faire avec ce que nous sommes, nous qui lui avons pré-existé, sans pour autant que je sache nous ayons réussi avant lui à créer une société sereine et harmonieuse, sans violence. Malgré tout, malgré notre composante animale et mortelle, on peut faire beaucoup déjà, avec ça. Mais pas ce que vous souhaitez, pas tout en tout cas. Suffisamment à mon sens, mais c’est bien évidemment subjectif. Et nous aurons besoin de l’Etat, surtout au début. Peut-être moins par la suite si les structures font leur oeuvre et si elles résistent suffisamment longtemps aux dominants. J’ai peur que ce soit un combat qui accompagne longtemps l’humanité encore…

      1. @Nicks: Nombreux sont ceux qui, comme vous apparemment, questionnent peu cette « invariance humaine postulée », cette nature humaine « animale » et sa conception sous-jacente d’une « nature animale » qui serait forcément et essentiellement compétitive/violente. On connaît la chanson, c’est une question de transmission de gènes, de survie, etc. Nous baignons dans ces conceptions pessimistes du monde qui permettent entre autres aux systèmes de domination de s’auto-légitimer: il faut forcément des instances autoritaires (état, police, etc.) pour nous protéger de nous-mêmes, les mauvais humains par nature.
        On pourrait en débattre longuement. À la place je vous invite à lire « La Nature humaine: une illusion occidentale » de l’anthropologue Marshall Sahlins (disponible gratuitement en ligne). Et puis pourquoi ne pas lire aussi Pierre Kropotkine « L’entraide: facteur d’évolution » (disponible sur wikisource) qui présente de nombreuses stratégies d’entraide parmi les animaux, au sein de diverses tribus, des cités du moyen-âge, etc. Et sur notre vision des animaux, c’est aussi très instructif de lire « Que diraient les animaux si… » de Vinciane Despret.
        Ces trois livres lus ensemble offrent une autre vision du monde qui nous entoure.

      2. @Bold

        Regardez les exemples que vous citez : tribus, communautés villageoises médiévales… Franchement…Vous croyez que la violence et la coercition, l’aspect normatif en était absents ?

        Nous n’arriverons pas à créer une nouvelle société si nous n’acceptons pas ce qu’est l’homme : un animal social. La part d’animalité de l’homme n’est ni bonne ni mauvaise. Elle est juste incontournable et si la science n’est pas infaillible, elle a tout de même dessiné quelques pistes difficilement réfutables au sujet des tenants et des aboutissants de la reproduction.

        Si je ne croyais pas à l’entraide , je ne serais pas de gauche. Mais parce que je sais aussi quelles sont les conditions pour que le solidarisme ne se contente pas de petits ilots dans un océan d’inégalités, je suis jacobin. Ma position ne justifie en rien celle de la loi du plus fort. Bien au contraire, elle nous oblige à mobiliser cette capacité de socialisation, celle sur laquelle nous avons la main, celle qui a été à l’origine de tous les progrès humain quand elle a été mobilisée par ceux qui croyaient , à juste titre, qu’elle pouvait efficacement contrebalancer certains instincts, encore bien présents au sein de notre espèce.

  5. C’est un plaisir d’avoir Annie Le Brun sur le blog de Paul Jorion…………….Appels d’Eres venues de l’est .

  6. C’est curieux, Poutine n’est pas un imbécile, et il sait très bien que ce jugement va le desservir vis-à-vis de l’Occident.
    Je ne pense pas que cette sentence vienne du pouvoir russe qui se vengerait ainsi de jeunes femmes qui le défient, Poutine a bien d’autres chats à fouetter.
    Pour moi cela veut dire que ce jugement évidemment excessif et ridicule à nos yeux correspond en fait à une tendance de fond de la société russe, qu’il reflète les attentes de la majorité de la population, Poutine le sait. Il ne fait pas bon s’en prendre à l’Eglise orthodoxe qui fut et est encore un puissant recours face au bordel post-soviétique et à la misère qu’a apporté le libéralisme .
    Si la Russie a recommencé à entretenir une mentalité de forteresse assiégée, les occidentaux en sont peut-être un peu responsables . Un peu….

    1. @Ion

      Poutine se fout comme de l’an 40 de son image en Occident. Comme vous le dites, il connaît les rapports de force politiques dans son pays, sait très bien où il veut aller et ne s’embarrasse pas de tortillements pour y arriver. L’union devrait à la fois condamner ces dérives liberticides et aider les pays émergents à sortir de la logique contre impérialiste. A ce titre, se montrer un peu moins conciliant avec les Etats-Unis pourrait aider, dans une logique de non alignement, qui est la seule attitude que l’Union devrait adopter, pour sa propre viabilité. On en est loin, malheureusement…

      1. Depuis le rappel de Mai 68, je trouve que vous êtes en forme.
        En gros, je partage vos points de vue.
        Avec deux remarques:
        – la remise en cause de l’Etat a été facilité par l’évolution bureaucratique de ses représentants. Ce n’était plus un catalyseur, mais une machine à dire « Non » ou pire à trainer les pieds , face aux progrès les plus terre-à-terre. ( « le 22 à Asnières » résume bien la chose…) Cette bureaucratie craintive était d’ailleurs à l’image d’un de Gaulle vieillissant, ou même hors du coup, point qu’on oublie trop souvent.
        – Les libertariens ne sont-ils pas des paresseux du cervelet: détruire ou affaiblir un élément essentiel du vivre ensemble sans en voir les conséquences est irresponsable. Le pays n’ était pas prêt à assumer un affaiblissement de l’Etat, au moins au plan économique. ( Depuis plusieurs siècles, l’initiative privée est toujours déficiente.)
        Il ne l’est toujours pas.

      2. @Daniel

        Merci pour la forme ! 🙂 C’est sans doute parce que je me suis ménagé. Je suis d’accord avec vous et je souligne toujours que l’Etat n’est que ce qu’on en fait et qu’il n’est pas condamné à n’être que totalitaire sinon j’aurais donc grandi dans une dictature sans m’en apercevoir.

        Pour ce qui est des libertariens, je les crois relativement cohérents, c’est à dire également avec leur cynisme : le moins de contraintes possible car les plus habiles et les plus forts sont légitimes à dominer, quitte à faire appel à l’Etat quand ils ont besoin d’un coup de pouce. En revanche, les libertaires me laissent un peu pantois dans ce combat commun avec les néolibéraux contre l’Etat, plus radical encore car moins cynique justement, plus sincère et donc encore moins pertinent dans les conséquences politiques. C’est bien parce que je me sens promouvoir une partie non négligeable de leurs aspirations que j’ai quelques mots acérés à leur endroit…

  7. bon, bon, bon l’invention, l’insolence, les ruades dans les brancards
    trémoussez-vous pour toujours et à jamais

  8. merci pour ce billet Annie

    une protestataire très courageuse, il me semble, que je trouve émouvante est Alia Almahdy, la fille égyptienne qui s’est dénudée, en guise d’acte politique

    les Femen semblent intéressantes, pour le peu que j’en sais. Je remarque qu’elles ont l’air de durer dans le temps, il est peut-être temps de leur prêter plus d’attention

    Vous avez raison, je crois, de nous dire de tourner notre regard vers l’est

  9. Je crois que l’on ferait bien de se méfier. Notre extraordinaire arrogance vis à vis de tout ce qui n’est pas conforme à notre vision des choses (comme si l’on pouvait imaginer une seconde détenir la Vérité totale !) contient en soi notre fin prochaine. De tout temps, les empires se sont crus les maîtres du monde et les détenteurs de la vérité absolu. Mais ils ont tous disparu…
    Le monde n’est pas un bloc monolithique, mais un tissu riche et chatoyant.
    Certains font des bêtises, d’autres croient ne pas en faire… ridicule !

    « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà » Pascal
    Ou encore Montaigne « Chacun appelle barbare ce qui n’est pas de son usage ».

  10. Merci pour ce billet.
    J’ai l’impression que seules les femmes ont été touchées par cette condamnation. Après une dizaine de jours de ‘non information » quand j’ai vu hier soir sur Euro news s’enchaîner les sujets : 36 mineurs manifestants tués, l’ambassade d’Equateur menacée pour avoir Assange et les Pussy riots démesurément condamnées mon sang c’est glacé. Les moyens de nous faire taire sont de plus en plus sévères. Je suis désolée de l’avenir qui s’offre à mes enfants. Je les ai élevés comme des Pussy riots pas comme des moutons, ça va être dur pour eux !

    1. Et si on laisse faire, ça va pas aller en s’arrangeant, ci après en espagne:

      …/…Le même jour, le ministre en question a rappelé que le gouvernement allait durcir la loi en ce qui concerne l’ordre public, notamment en introduisant le délit de « résistance passive » à l’autorité, ce qui permet de poursuivre pénalement toute personne qui manifeste y compris les plus « pacifiques » puisque ce sont elles qui sont visées. L’information, n’est pas nouvelle, elle remonte au printemps dernier, mais qu’elle ressorte maintenant participe du climat répressif que les dirigeants politiques entendent instaurer…/…

      issu de: texte OCL relatif aux expropriation en espagne

      1. Cela confirme que la modération et la non-violence ne permettent pas de résister à la violence de l’Etat.

      2. J’aime bien votre remarque, Marlowe (avec un « e » final 😉 ), qui apporte de l’eau à mon moulin qu’il n’existe aucune révolution possible sans une réponse, coup pour coup, à celle des possédants et leurs sbires.

    2. J’ai l’impression que seules les femmes ont été touchées par cette condamnation

      Je ne pense pas. Tout partisan de la liberté d’expression se sent concerné.
      J’étais moi-même au rassemblement de soutien à Paris avant-hier.
      Pas assez de monde, peu de partis présents,
      mais autant d’hommes que de femmes.

    3. Ce sera beaucoup plus dur pour les moutons qui vivent dans un monde où ils croient que tout est fait pour satisfaire leurs désirs.

      Et non, il n’ y a pas que les femmes qui sont touchées par cette condamnation.
      Je dirai même que je suis émerveillé par ce type d’action dont les protagonistes savent bien qu’elle ne sera pas tolérée.
      Pensez que dans un grand nombre d’états mulsumans, la peine de mort est la conséquence de telles manifestations de révolte.

      La critique de la religion est aujourd’hui encore le fondement de toute critique.

    4. « Je suis désolée de l’avenir qui s’offre à mes enfants. Je les ai élevés comme des Pussy riots pas comme des moutons, ça va être dur pour eux ! »

      Pas forcément. Les moutons, les larbins, les soumis, les obéissants, eux sont malades. L’obéissance est une maladie, pire que le choléra, ce sera certainement la calamité du XXIème s.
      Vont se faire tondre, plumer et dépouiller cela dès leur adolescence. Je vous laisse imaginer la suite…
      P’têt que les vôtres la vie les fera rigoler et les émerveillera ?

  11. « les valeurs d’asservissement que sont la famille, la patrie et la religion »

    Les valeurs n’asservissent pas, ce sont les institutions et les personnes qui en ont les commandes qui asservissent. C’est là une grave méprise récurrente de la gauche intellectuelle et non populaire. Si vous vous mettez à combattre les valeurs « famille, patrie et religion », vous allez vous retrouver un peu seuls; ce qui n’est pas bien grave mais vous allez aussi faire passer beaucoup de monde à droite, c’est déjà plus embêtant.

    Le peuple est viscéralement attaché à ces valeurs, ce qui ne l’a jamais empêché de vivre en concubinage ou pratiquer l’adultère, de se mutiner contre des ordres injustes venant de généraux à binocle ou de brûler des églises.

    En ce qui concerne les Pussy Riots, d’après ce que j’ai lu, je n’ai vu chez elles aucune attaque à la valeur « religion » mais uniquement à l’institution religieuse qui s’est emparée de la valeur et la bafoue.
    Les paroles de la chanson à la source de l’affaire sont ici. Extrait: « Le patriarche Goundiaï croit en Poutine
    Tu ferais mieux de croire en Dieu, salope !
    La ceinture de la Vierge ne remplace pas les meetings,
    la Vierge Marie est avec nous dans les manifs ! »

    Pour l’amusement, voici un de leurs premiers happening. Attention, âmes sensibles s’abstenir, c’est pas pour tous les regards: l’un des membres du groupe pratique le sexe en public alors qu’elle est enceinte de 8 mois. Là encore, je ne vois aucune atteinte à la valeur « famille » (tout laisse supposer qu’elle aime son enfant par exemple).

    Perso, je les trouve plus sympa que le très bourgeois coincé Assange. Mais bon, c’est probablement là un préjugé de classe (voire de sexe).

    PS: « Comme il n’est pas indifférent qu’au même moment elles étaient soutenues par une splendide fille qui, torse nu et en signe de solidarité, aura abattu une croix à la tronçonneuse en quelques minutes. »

    ça c’est le genre de truc que je vois bien être téléguidé par Poutine. La propagande du pouvoir essaye depuis le début de les faire passer pour des anti-chrétiennes (message adressé aux masses: « elles s’attaquent essentiellement aux valeurs et accessoirement aux institutions »). Des « amis » surgissent alors pour confirmer le message du pouvoir. (Mutatis mutandis, il est arrivé la même chose à Assange.) Résultat: une majorité de russes applaudit la condamnation des jeunes filles.
    Ils sont malins… C’est pour ça qu’ils sont au pouvoir.

    1. Bien vu ton post.

      Le « très bourgeois coincé » Assange a été élevé par des artistes ambulants ( des Pussy Riot australiens ?)……ceci explique cela ? 😉

  12. Merci pour votre billet, que j’aime beaucoup.
    Un bémol : il y a quelque chose d’enfantin, tout de même, dans le fait que ce soit la condamnation d’une sorte de happening punk qui émeuve tout à coup l’Occident, comme si là, tout à coup, pour la première fois en Russie, on touchait à un aspect inaliénable de la liberté individuelle : la liberté de se donner en spectacle. Comme si c’était là, pour l’Occident, la quintessence de la liberté.

    Mais vous avez raison, bien-sûr, c’est une révolte qui gronde et se lève, sous de multiples formes, y compris des formes enfantines ou adolescentes…et qu’il faut suivre. Je ne fais que relever un sens des priorités parfois curieux dans les capacités d’indignation… sans minimiser l’absurde cruauté du sort réservées aux jeunes révoltées.

    1. Pour moi, qui ne suis pas Lady Marwina, la condamnation de Julien Assange, coute que coute est autrement plus grave pour ce qui ns concerne nous que ts ce foin autour des Pussy Riot, j’ai beaucoup de mal à voir ces 2 sujets amalgamés, je ne comprends même pas le pourquoi de cet amalgame ds un article aussi concentré
      la condamnation de Julien Assange pour nous signe une régression, la condamnation des 3 jeunes filles pour nous ne signe pas une régression, c’est du conservatisme, elles auraient fait leur même show à Notre Dame de Paris ou ds je ne sais quelle synagogue de New York elles seraient ds la même merde…
      je suis bien d’accord les droits des lesbiennes et des gays, c’est important, mais avant le fait de défendre tt le monde -avec dedans les lesbiennes et les gays- c’est encore mieux et beaucoup plus important pour l’avenir de l’humanité, Julien Assange ne fait pas de discrimination, je n’ai pas encore oui-dire de lui qu’il machin bidule ou bidule truc, pourtant l’asszau d’une ambassade a été exprimée, ……

      1. Pouvoir défendre les Gay et Lesbiennes cela sert à prouver qu’on est bien en démocratie
        C’est quoi la démocratie ? La Liberté de changer la tête du dirigeant sans pouvoir changer le système. Aucune raison donc de s’extasier sur le comportement de 3 gamines qui n’ont rien compris…

  13. en Arabie saoudite pour la même chose c’est la décapitation en place publique assurée..

    cela relativise beaucoup.

    autre chose la croix tronçonnée n’était pas orthodoxe mais catholique.

    1. Chez nous, c’est l’hôpital psychiatrique assuré. Un peu plus funky que la décapitation publique, et beaucoup plus discret, secret médical oblige.

      Facile de cracher sur les autres (bien que cela fasse du bien, assurément).

  14. si vous désapprouvez, vous lisez.

    Le type qui apportera au monde la prochaine révolution metaphysique ne sera pas un ado d’occident.

    vous pouvez désapprouver. Mais ce qui rend notre science insondable à ce jour c’est bien la mathesis universalis de leibniz. Et ca herman hesse l’avait bien pigé. Je n’ai pas votre intelligence. Mais j’ai fais le voeux de ne jamais trahir les idées.

  15. En tous cas , aprés un rapide survol du net je puis affirmer une chose : pour une fois bigots chretiens et musulmans sont d accord , cette peine est ridicule et ces 3 petites s.l.p.s meritaient la mort pour  » insulte a la spiritualité  » ( c ‘est ce qui ressort de la plupart de leurs messages )….
    La vie est décidément bien déprimante et le futur ne succite chez moi pas le moindre espoir….( ce qui tombe plutot bien , vu la vieillesse qui approche encore plus vite que le totalitarisme mondial qui prend ses quartiers a la satisfaction d’une certaine plebe lobotomisée et extremement satisfaite de l etre )…..

  16. bonjour,
    Dans l’ensemble vous avez tous un peu raison,chaque un a une solution mais, qui bouge<>ont parlemente !!!
    Mon regret c’est que dans certaines réponses il y ait des gros mots ,n’est-ce pas la une sorte de violence ,si nous commencions dans notre nous intérieure ,dans notre foyer,sur notre palier,dans notre immeuble et notre rue ,a prôner la paix ,ne pensez-vous pas que nous serions assez rapidement pas loin du paradis ,la paix ,???? M-th

    PS bricole n’est pas très loin de mes pensées,et agissements.

  17. A replacer dans un besoin de « contre culture »,antidote à la pensée conservatrice,traditionnelle dans les années 60-70,aujourd’hui à la pensée unique,lisse fruit du libéralisme,du consumérisme(économie de marché auto réalisatrice),du silence des contre pouvoirs (les nouveaux chiens de garde sont repus ),à suivre…la récup. habituelle est à craindre.

      1. « bref continuez de défendre l’indéfendable »

        Mais qu’est-ce qui est indéfendable? Tu mélanges des blagues de potaches juste bonnes à choquer un vieux coincé de 80 piges et une provocation inutile contre des croyants (et qui n’a aucun lien direct avec les Pussy Riots).

        Il y a quand même un paquet de drôles dans le public de ce blog. A moins que ce ne soit toujours le même vieux réac sous plusieurs pseudos?

      2. Si toi ça ne te dérange pas d’aller au musée avec tes gamins et de trouver des gens entrain de partouzer ( but artistique ) c’est ton problème tu fais ce que tu veux avec tes gamins MOI je reste CONTRE tout ça et les pussy riot sont liés directement ( mais peut-être que tu ne sais pas lire :cf wikipèdia et je confirme il y a des gens vraiment bizarre dans ce blog qui ont des goûts douteux.

  18. sinon peut ‘on penser une seconde que blasphémer contre l’église c’est aussi insulter les gens qui sont croyants et qui n’ont rien demandé……ce sont de fausses rebelles, actuellement le problème n’est pas la condition féminine mais l’impérialisme américain….de plus le fait de se mettre à poil pour « protester » est un acte indécent et il y a mieux à faire que cela, soit c’est la burqa soit c’est le sexe à l’air, pas de juste milieu…..Ces pussy riot sont à mon sens de trés mauvaises musiciennes qui vont dans le sens de la propagande occidentale anti poutine et surtout qui se trompe de cible.Facile de taper sur l’Eglise pendant que les banksters font la loi…..vive la révolution des bobos et des quartiers gay….tout les jours en occidants vous avez des condamnations aussi injustes mais là la presse et les bobos ne s’en préoccupent…….pour dire que les pussy riot (les chattes émeutes c’est cela?) ne sont pas de vrai rebelles et ont voulu joué avec les mauvaises personnes.La russie c’est pas la France de flamby….heureusement

    1. Restons serieux jean du benitier , en europe elles auraient prit 50 euros d amende !!
      Quand au blaspheme ca n existe pas , le blaspheme ca n existe que quand on est croyant , la religion est une vaste fumisterie pour esprits un brin demeurés.
      Et sinon vive le totalitarisme jean , tu as bien raison d ailleurs la trés sainte russie te tend les bras , bonne chance dans ta nouvelle vie !!
      Et pour finir je suis incapable de comprendre en quoi ceux qui luttent contre l obscurantisme et la maffia au pouvoir favorisent l imperialisme americain lui aussi petri d obscurantisme???
      …et sinon……..vive la révolution des bobos et des quartiers gay…( pourriez vous développer , seriez vous de droite extrême,jean, critiquer les eglises complices d un pouvoir totalitaire c’est etre bobo ou gay )tout les jours en occidants vous avez des condamnations aussi injustes ( un exemple , UN SEUL , soyons généreux , sur ces 10 dernieres années jean , parce que ce n est pas tout d éructer n importe quoi !!!

  19. (Hors sujet, mais pas tant que ça)

    Mea culpa rectificatif :

    En répondant à une contribution de Fleur de coquelicot (sujet : le 2ème festival de Fukushima), j’avais imprudemment affirmé que le mathématicien Alexandre Grothendieck dont elle signalait sa contribution décisive à la revue « Survivre et vivre », précurseur, en 1970, des revues écologiques françaises, s’était suicidé.

    Il s’agit, en fait, d’un suicide social (mon erreur a depuis été effacée par la modération). On ne doit jamais oublier de lire l’adjectif qui est derrière un nom.

    Depuis 1991, A Grothendieck vit reclus, retiré du monde : (citation Libération du 1er juillet)) : « Il plaide pour l’arrêt de toute recherche, estimant que la science a perdu toute conscience. »

    Alexandre Grothendieck avait fondé en 1970 le bulletin « Survivre et vivre » avec Pierre Samuel, autre mathématicien (hélas décédé en 2009, j’ai vérifié) qui présida aux destinées du groupe « Amis de la Terre (« Amis de ma mère ! » persiflait le « Professeur Choron ») et à feu la revue « Combat Nature ».
    Delphin

  20. J’ai lu quelque peu (assez peu) sur les liens entre la psychanalyse et le surréalisme. On peut disserter sur ce sujet, mais le billet de Mme Lebrun (essentiellement le troisième paragraphe et les trois suivants) est un texte de référence pour une étude psychanalytique du surréalisme pseudo-moderniste.

    Ce texte à mon avis concentre l’essentiel car tout y est, des trois filles belle de leur arrogance jusqu’à la cause homosexuelle, liées à des collectifs d’artistes contestataires en passant par l’honneur du mâle en question et les sœurs converses, complètement affolées.

    Je ne veux pas parler des « révolutions de couleur » ni des entreprise de déstabilisation financées (ouvertement, une grande partie est publique) par les puissances plus occidentales, tellement plus humanistes, plus démocratiques, tellement bien intentionnées, sans aucune arrière pensée.

    J’ai aussi renvoyé à Soljenitsine, qui parle des « Des milliers de critiques hâtive et Irresponsables », des « mille pièges ».

    Pas un mot dans le billet sur renouveau de la spiritualité en Russie, la résurgence d’une âme Russe bien plus ancienne que la religion (ah ! J’avais oublié que « en matière de révolte, aucun de nous ne doit avoir besoin d’ancêtres », donc circulez, y’a rien à voir, puisqu’on vous le dit !).

    Non, l’essentiel, est ailleurs, le centre, tellement plus vital.

  21. lady gaga a compris que si l’on veut prospérer dans ce monde, il faut choquer. Elle s’y est mise avec brio. Son succès est immense et en peu de temps elle est devenue une sorte de diva planétaire;
    Ces trois jeunes filles me semblent animées du même esprit. Tantôt en « levrettes », tantôt encagoulées en chantant dans une église. Le but est avant tout de choquer, non pour éveiller les consciences, non pour apporter un message de paix et d’amour, non pour rapprocher les hommes, mais pour se faire valoir en espérant vivement en tirer profits (sur ce coup, c’est quand même cher payé).
    Triste monde ou l’intelligence et la sagesse semblent s’évanouir au profit d’actions hystériques et finalement complètement dérisoires !

      1. Merci pour le lien.

        S’ils vivaient ne serait-ce qu’1 ou 2 mois dans la peau d’une femme, comme Simone Weill l’a fait pour comprendre le concept de travail dans le système capitaliste, ça les révolteraient tellement qu’ils auraient la frite pour nous pondre un nouveau système bancal (c’est à dire sans nous). Alors je me dis qu’il vaut mieux ne pas insister, et continuer de nous réapproprier ensemble notre histoire en silence.. jusqu’au jour où…

        Entre temps, je ne désespère qu’ils réalisent que le féminisme ne concerne pas forcément les jeunes et jolies femmes (qui militent à poil pour tout, et n’importe quoi, et après contre le harcèlement sexuel) mais aussi les vieilles, les grosses, les moches, les malades, les handicapées, etc.. Les femmes, quoi.

        Des livres intéressants de Clarissa Pinkola Estés: « Femmes qui courent avec les loups », « La Danse des grand-mères ». Poche.

      2. @ Miluz

        qui militent à poil pour tout, et n’importe quoi

        Je crois qu’il y a dans le corps qu’on montre toute la matière de ce qui n’a pas le droit d’être représenté, dit, vécu… Ce qui en dit plus long à mes yeux sur ce régime et sur la place qu’il fait, avec la société, à la jeunesse, aux femmes, et avec elles à toute la société que sur ces femmes elles-mêmes.
        D’un certain point de vue, si elles se comportent de façon tout à fait « anormale » au yeux du pouvoir et des convenances morales, en proportion, elles se comportent de façon tout à fait normale face aux attaques du régime à l’endroit de ce qui nous fonde, nous rend libre à savoir le désir. Le corps étant aussi le lieu du désir, le montrer nu c’est revendiquer ce désir qui fait si peur au pouvoir et aux sociétés qui ont peur de leur ombre. Elles refusent de voir leur être se dissoudre. Et ce faisant, je pense qu’elles créent dans les esprits, dans les cœurs, une sorte de respiration pour les autres.

        Alors je me dis qu’il vaut mieux ne pas insister, et continuer de nous réapproprier ensemble notre histoire en silence.. jusqu’au jour où…

        Je n’ai pas compris.
        Je pense qu’il faut se réapproprier l’Histoire des femmes mais en tant que faisant pleinement partie de l’Histoire des Hommes, c’est-à-dire sans la confiner dans une sorte de tabernacle à triple vitrage papale, au contrainte en traversant cette Histoire comme une ouverture sur nous-mêmes -parmi d’autres- en tant qu’êtres humains.

        Entre temps, je ne désespère qu’ils réalisent que le féminisme ne concerne pas forcément les jeunes et jolies femmes (qui militent à poil pour tout, et n’importe quoi, et après contre le harcèlement sexuel) mais aussi les vieilles, les grosses, les moches, les malades, les handicapées, etc.. Les femmes, quoi.

        Pour ma part, je pense que sortir des postures narcissiques, j’entends par là de s’aventurer au-delà de l’image de l’autre, et au-delà de l’image de son propre reflet dans le miroir, peut permettre de voir surgir des paysages en l’autre et en soi qu’on ne se soupçonnait pas et de là des relations plus riches, plus variées. Et aussi de la frustration. Mais elle fait partie de l’altérité. Tout un programme!
        Aujourd’hui on a peur les uns des autres.
        Moi la première.

    1. Et aussi:

      Le sexe faible fit parler de lui […] Le récit de leur sottise devrait tenter le talent d’un moraliste ou d’un aliéniste. Elles avaient lancé bien autres chose que leur bonnet par-dessus les moulins ; tout le costume y passa. Celles qui se donnèrent à la Commune – et elles furent nombreuses – n’eurent qu’une seule ambition : s’élever au-dessus de l’homme en exagérant ses vices. Elles furent mauvaises. Utilisées par la police des Rigault et des Ferré, elles se montrèrent impitoyables dans la recherche des réfractaires qui se cachaient pour ne point servir la Commune. Comme “ambulancières”, elles abreuvèrent les blessés d’eau-de-vie, sous prétexte de les ‘’remonter’’, et poussèrent dans la mort bien des malheureux qu’une simple médication aurait guéris. Dans les écoles où elles s’installèrent, elles apprirent aux petits enfants à tout maudire, excepté la Commune. Du haut de la chaire des églises converties en clubs, elles se dévoilèrent : de leur voix glapissante, au milieu de la fumée des pipes, dans le bourdonnement des hoquets, elles demandèrent leur place au soleil, leurs droits de cité, l’égalité qu’on leur refuse, et d’autres revendications indécises qui cachent peut-être le rêve secret qu’elles mettent volontiers en pratique : la pluralité des hommes.  Elles se déguisèrent en soldats: elles eurent des toques hongroises, des culottes de zouave […]  et, vêtue de chienlit, elles s’armèrent, firent le coup de feu et furent implacables.
      Elles se grisèrent au sang versé et une ivresse furieuse qui fut horrible à voir. Elles manifestaient ; elles se réunissaient en bandes et comme les tricoteuses leurs aïeules, elles voulaient aller à Versailles “chambarder la parlotte” et pendre Foutriquet 1er [Thiers] . Elles étaient toutes là s’agitant et piaillant, les pensionnaires de Saint-Lazare en vacances, les natives de la Petite Pologne et de Grande Bohême, les marchands de modes à la tripe de Caen, les couturières pour messieurs, les chemisières pour hommes, les institutrices pour étudiants majeurs, les bonnes à tout faire. […] La Commune, sans trop s’en douter, aida à ce soulèvement féminin qui vidait les maisons à gros numéro, au détriment de la santé publique et au profit de la guerre civile. […] Par une affiche bien et dûment timbrée, elle abolit la prostitution […] les pauvres créatures libérées de tout lien administratif, de tout contrôle sanitaire, ne se le firent pas répéter: elles se répandirent comme une lèpre dans la ville […].
       Au dernier jour, ces viragos belliqueuses tinrent derrière les barricades plus longtemps que les hommes, elles furent là où le crime fut sans merci et sans frein […]. On en arrêta beaucoup, les mains noires de poudre, l’épaule meurtrie par le recul du fusil, tout émues encore de la surexcitation des batailles. Mille cinquante et une furent conduites à Vincennes on pouvait compter deux cent soixante célibataires soumises à la police. Comme pour les enfants, on ne fut pas trop sévère et huit cent cinquante ordres de non-lieu furent rendus en leur faveur ; parmi les prisonnières, on en envoya un quart dans les asiles d’aliénés : c’est bien peu ! Pour qu a étudié l’histoire de la possession, il n’y a guère à se tromper, presque toutes les malheureuses qui combattirent avec la Commune étaient ce que l’aliénisme appelle des « malades ».

      Maxime Du Camp, Les convulsions de Paris, Études sur la Commune, 1878-1879.

      Pas d’engagement politique chez les femmes donc. Juste des sortes de dégénérées, est-ce bien cela ?

      1. Tant que j’y suis:

        Malgré l’expérience des siècles qui ont prouvé que la femme, sans exception, est incapable de tout travail vraiment artiste ou vraiment scientifique, on s’efforce aujourd’hui de nous imposer la femme médecin ou la femme politique. La tentative est inutile, puisque nous n’avons pas encore la femme peintre ou la femme musicienne, malgré les efforts acharnés de toutes les filles de concierges et de toutes les filles à marier en général qui étudient le piano […] ou qui gâchent de la couleur à l’huile et de la couleur à l’eau […]. La femme sur la terre a deux rôle bien distincts et charmants tous deux: l’amour et la maternité.

        Guy de Maupassant (1850-1893), Préface à Histoire de Manon Lescaut et du chevalier des Grieux, de l’Abbé Prévost, Tallandier.

  22. « quand la plupart de nos artistes, champions de la subversion subventionnée se livrent à tous les détournements et recyclages possibles, pour en fin de compte chacun trouver sa place dans l’entreprise de neutralisation en cours. À l’inverse, on ne peut qu’être impressionné par la façon dont ces Pussy riot se seront réappropriées l’insurrection Punk, pour lui redonner la charge de révolte dont le marché du disque des années soixante-dix avait su immédiatement la dépouiller. »

    ==> que concluerait une analyse structuraliste, matérialiste historique de ce double constat, au prix d’un léger déplacement spatio-temporel … Que la subversion ne dure qu’un temps et que les insurgés d’un jour sont les subventionnés du lendemain ? Et qu’advient-il le lendemain ? A quoi ressemble les lendemains auxquels ces jeunes russes aspirent très légitimement. Et dans quelle mesure ces jeunes russes représent-elles la majorité de la population ? Ou plus précisément qu’elle part, quelle frange de la population représentent-elles ?

    1. Elles ne représentent pleinement pas grand monde, les jeunes russes étant divisés, saluant d’une part la partie hostile aux oligarques qui contrôlent tout le business (parce qu’ils ne prennent pas leur juste part du gâteau, du coup), mais n’étant pas dupes de l’instrumentalisation de ces filles, sans parler de leur mépris pour les institutions religieuses qui passe plutôt mal, même si l’église n’est pas exempte de critiques, loin de là (attitude dominatrice et conflictuelle à l’égard de l’église orthodoxe hors des frontières – qui n’a pas subi le communisme; mélange des genres qui agace, etc.).

      Globalement la jeunesse russe a envie d’en découdre avec le monde, estimant être resté en marge des fruits de la mondialisation. Très nationaliste, elle reproche volontiers à V. Poutine sa faiblesse à l’extérieur vis à vis des américains (oui oui vous avez bien lu…) et sa dureté à l’intérieur (qui fige les positions et les met à l’écart en maintenant les « réseaux » qui captent toutes les ressources). La jeunesse russe est comme les russes, un tantinet mystique, un tantinet nostalgique d’un passé imaginaire, un tantinet lucide sur la situation réelle du pays (dont les infrastructures sont loin de celles de l’Europe de l’Ouest, des US, des 4 dragons, dont les capacités organisationnelles et de logistique sont défaillantes, etc.).
      Mais « la » jeunesse russe, comme partout, ça ne veut pas dire grand chose. Y a Moscou, (mentalité US), St Petersbourg, les jeunes russes musulmans, les jeunes tatars, la Sibérie qui est un monde à part (habitués à se débrouiller seuls, ils ont une culture entrepreneuriale qui fait encore défaut à bien d’autres régions pourtant plus riches d’échanges avec le monde extérieur), etc. .

      L’erreur de ces filles, c’est d’avoir joué la corde « Madonna », la vulgarité étant la chose que la population russe méprise le plus dans ce qu’ils considèrent comme une sous-culture US (leur réussite matérielle et commerciale étant ce qu’ils admiraient le plus avant la crise, et même encore aujourd’hui, selon ce bon vieux mélange « d’attirance/répulsion »). Dans un pays où l’apprentissage moral se fait toujours en classe littéraire, à partir des oeuvres des grands écrivains russes, on imagine la perception de la population… Ce qui serait véritablement dangereux pour le régime, c’est un autre Soljenitsyne. Sauf que ça ne pousse pas sur les arbres, même avec le bon engrais made in CIA/ NED.

      1. @AntoineY : « la vulgarité étant la chose que la population russe méprise le plus »

        Ce qu’il faut pas entendre.. A mon avis, AntoineY, votre connaissance de la Russie c’est quelques prix Nobel idéalisés et guère plus…

  23. Ah je n’avais pas vraiment fait attention au titre..
    « L’imagination au pouvoir », de loin le meilleur slogan de mai 68 et peut-être le seul à retenir.

  24. François78 vous pourriez m expliquer le pourquoi d un paragraphe sur , je vous cite le « renouveau de la spiritualité en Russie » en complement d un article sur la complicité de la maffia russe au pouvoir et celle de l eglise?
    Pas un mot non plus sur le prix des pommes de terre a moscou , françois , vous avez raison c’est incompréhensible !!
    L’ump et l affront national ( pour moi c’est du pareil au meme , l affront national etant juste un peu plus ouvert aux ouvriers, on ratisse plus large ) sont en pleine campagne entriste , ici !!

    1. Dès que j’aurai compris votre question, je ne manquerai pas de vous laissez réfléchir seul à la réponse.

      Sur les complicités, je crois que vous avez oublié le Dalai-Lama.

      Pas un mot sur le prix des pommes de terre, mea culpa. Pas un mot non plus sur la culture des huîtres et ses vicisssitudes actuelles. Où avait je la tête ?.

  25. Le tee-shirt de Nadejda Tolokonnikova dans le box des accusés :
    http://s1.lemde.fr/image/2012/08/17/642×321/1747172_3_c8e7_les-trois-pussy-riot-sont-reconnues-coupables_c5715e7f9d96f7fee2ad1745cb49f8ee.jpg
    Poutine, Franco, l’anti-fascisme d’extrême gauche et libertaire…
    http://nopasaran.samizdat.net/

    Même si je suis admiratif de leur cran, de leur courage et de leur combat, je trouve que la méthode employée (chanter une chanson punk révolutionnaire dans une église contre le pouvoir en place) appartient à un passé révolu… amha.

    1. la méthode employée (chanter une chanson punk révolutionnaire dans une église contre le pouvoir en place) appartient à un passé révolu

      Beaucoup de femmes russes sont encore très croyantes, et révèrent des icônes sur des sites collaboratifs à la pointe des technologies. Je ne crois pas que cela s’adressait aux hommes.

  26. Merci pour vos convictions.
    I y a en permanence un « entreprise de neutralisation en cours » , oui, oui !
    C’est le glacis de la normalisation, le permafrost des injonctions d’Etat…

    La formidable contestation de la fin des années soixante, son explosion culturelle et polymorphe, était alimentée en grande partie par le refus de la guerre du Vietnam, laquelle de manière éclatante – et très perturbante pour les jeunes générations éduquées dans l’idolâtrie des « libérateurs » américains -, démentait les prétentions de l’Occident au progrès et à la liberté.
    Et quand cette guerre s’arrêtera, tout rentrera dans l’ordre en six mois.

    Aujourd’hui, c’est la guerre économique ordinaire qui apparait de plus en plus pour ce qu’elle est, absurde, barbare, assassine, malgré les hauts-parleurs, les mercenaires en col blanc, les diplômés …respectueux.

    Le capitalisme se dé-légitimise à des yeux de plus en plus en nombreux.

    Le mensonge éclate, le roi est nu !

  27. Mai 68 du rêve au cauchemar.
    Je pense à une de mes amie qui était partie avec son mari (bac+3) dans les Cévennes dans l’idée de vivre hors système consumériste élever quelques chèvres pour vendre ses fromages sur les marchés et quelques moutons pour la viande d’agneaux.
    Elle me racontait qu’elle tombait toujours en dépression quant au printemps le camion venait chercher les agneaux que pour certains elle avait élevés au biberon.
    Dur aussi de s’intégrer dans un environnement paysan pour qui tout ce qui est  »étranger » est souvent méprisé.
    Son expérience communautaire quand elle devait défendre son sac de couchage et sa brosse à dents
    Sa fuite éperdue avec un gitan et les mille soleils que porte la jeunesse des cœurs
    Enfin quelques années après, semblable à un papillon aux ailes brûlées,
    c’est dans une entreprise multinationale où quelques uns de sa fratrie haut-placés qui lui ont évité de se retrouver à la rue.
    Une contradiction que seule la folie pouvait expulser.
    Paix à son âme.

  28. Au départ, j’étais simplement d’accord avec le texte, mais il me restait étranger, je n’arrivais pas à le faire mien ni à en discerner l’essentiel. Puis, à lire les commentaires sur le billet de Paul, LE RETOUR DE L’IMPRÉVU, j’ai fini par comprendre que les deux billets vont ensemble. Non parce qu’ils se complètent, – l’un dénonce le conservatisme tandis que l’autre fait l’éloge d’une révolte -, mais parce que, pris ensemble, ils signifient que l’heure n’est plus au conservatisme.

    Ce sont là autant de signes contradictoires que non seulement les structures de ce monde sont en train de lâcher mais aussi que peu à peu les choses finissent par apparaître à leur scandaleuse lumière, pour provoquer, comme en pointillé, ici, là, le refus de continuer à participer de ce jeu-là.

    Qu’y a-t-il à « conserver » de ce monde ? Strictement rien, la crise est en train de l’emporter, et les pouvoirs institués n’auront bientôt plus qu’eux-mêmes à sauver, comme le montre l’affaire des Pussy Riot. L’heure est à l’indignation, c’est l’attitude minimale que devrait avoir tout esprit informé et de bonne foi.

  29. Dans un autre texte vous vous en preniez violemment aux récupérateurs de 68 en particulier aux « nouveaux philosophes ». Il est étonnant et décevant que sur ce sujet des Pussy Riot, vous soyez alignés avec BHL. Je vous ai fait parvenir des informations ne passant pas la modération (heureusement) et qui en disent long sur les réelles motivations de ces femmes qui cherchent plus la gloire médiatique par tous les moyens qu’autre chose.

    1. On s’en fout des motivations de ces femmes. Un geste révolutionnaire, c’est bien plus que les motivations des acteurs. C’est les conséquences, la réaction du pouvoir, du peuple, etc.

      Mais me voilà en train de jeter des perles aux pignoufs.

  30. je viens de revoir à l’occasion d’un zapping la police sud-africaine tirer froidement dans une foule et abattre 32 noirs. et je me demande.

    je me demande ou demande à annie le brun pourquoi une telle bronca pour trois ménades et si peu pour ces mineurs?
    pourquoi une telle unanimité de la presse pour trois nénettes sans envergure et des informations éparses et vite oubliées concernant ces mineurs?

    le côté glamour?
    l’impression que la fraicheur de ces midinettes à la peau translucide faisaient craquer pas mal d’intellos qui s’ennuient, voire carrément neuneu: c’est quoi leur genre? punkette?
    c’est comme funzy c’est cool.

    ces mineurs revendiquaient de meilleurs salaires pour des vies entières de labeur.
    pas pour s’acheter une piscine, non, pour nourrir leurs enfants.
    c’est donc passible de mort.

    est-ce que l’indignation demandée nous dépasse?
    est-ce que nous sommes à tel point partie prenante du système que devant ces manifestations les plus violentes nous préférons détourner le regard… et sans complexe relayer une campagne de dénigrement anti-russe orchestrée par et pour les intérêts anglo-américains?
    en sommes-nous réduits à ça?

    une telle unanimité des médias pour une affaire aussi mineure que , émeute de chatte , ne montre qu’une seule chose: la volonté de certains d’éloigner l’europe de la russie. et que les féministes se rassurent, le jour où elles feront une émeute pour revendiquer quelque-chose de réellement important pour tous, ça sera moins glam’ ou poétique, madame le brun.

  31. Il y a aussi des Pussy Piot qui se sont fait interpeller dans la cathédrale de Cologne et qui risquent 3 ans de prisons…Bizarrement la presse n’en parle pas !

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