DÉFENSE DE STIRNER, par Annie Le Brun

Billet invité.

Paul,

Concernant Max Stirner (1806–1856), je me suis sentie mal à l’aise quand, hier, vous l’avez tout simplement fait passer « de l’autre côté », du côté du « fascisme à col blanc ».

C’est que je le tiens pour un ami, car je lui dois de m’avoir aidée (et sans doute beaucoup d’autres) à comprendre un mécanisme commun à la dévotion et à la soumission, à savoir comment au nom d’abstractions on parvient à tout abandonner de soi-même, qu’il s’agisse de Dieu, de la Patrie mais plus gravement de la Vérité, de la Révolution, de la Liberté… Du coup, j’ai été rechercher le livre et ouvert, par hasard, pour y lire, par exemple: « Nous sommes désormais ‘les serviteurs de nos pensées’ ; nous obéissons à leurs ordres comme naguère à ceux des parents ou des hommes. Ce sont elles (idées représentations, croyances) qui remplacent les injonctions paternelles et qui gouvernent notre vie. Enfants, nous pensions déjà, mais nos pensées n’étaient pas alors incorporelles, abstraites, absolues ».

N’est-ce pas au nom de ces « abstractions » que depuis toujours on tue, comme on se laisse tuer soi-même ?

En dénonçant cette désincarnation de l’idée, en fait, Stirner ramène non seulement le corps dans la pensée mais porte l’accent sur ce qu’il y a alors d’unique dans le rapport de ce corps et de cette pensée. Et c’est pour moi quelque chose d’essentiel.

Comme il ne craint pas par ailleurs de se réclamer de l’égoïsme, on peut bien sûr en faire l’interprétation que vous semblez en avoir donnée.

Je sais ses limites (pour aller vite, il y a dans tout cela quelque chose de solipsiste) mais sa réflexion prend aussi la suite de celles qui ont agité le XVIIIe siècle autour de l’intérêt. Et à cet égard, si la candeur et l’innocence me bouleversent, l’angélisme me répugne.

Du coup, il me paraît facile de réduire son propos, en estompant tout ce qu’il a d’aigu et en le privant, par là-même, du mouvement qui aura incité son auteur à aller où personne n’a osé aller, si ce n’est Sade, avec bien sûr une tout autre ampleur et une tout autre profondeur.

Enfin, je ne suis pas près de lâcher la notion d’Unique (moins prétentieuse, je crois, que celle de souveraineté) surtout quand on la relie comme Stirner au Rien. Ce qui n’est quand même pas rien.

Et allant voir les dernières pages du livre dont j’avais gardé un souvenir fort, je n’ai pas été déçue en relisant :

Dans l’Unique, le possesseur retourne au Rien créateur dont il est sorti. Tout Être supérieur à Moi, que ce soit Dieu ou que ce soit l’Homme, faiblit devant le sentiment de mon unicité et pâlit au soleil de cette conscience.

Si je base ma cause sur Moi, l’Unique, elle repose sur son créateur éphémère et périssable qui se dévore lui-même, et je puis dire :

Je n’ai basé ma cause sur Rien.

Cela ne vaudrait-il pas la peine d’y revenir ?

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78 réflexions sur « DÉFENSE DE STIRNER, par Annie Le Brun »

  1. Il est temps de découvrir que tous les systèmes de pensée sont en réalité des systèmes pour EVITER de penser ! Aimé Michel

    Même ceux de Stirner.

    1. Ces systèmes sont des enclos.
      Leurs promoteurs et leurs contradicteurs s’ enferment dans l’ enclos conceptuel (ou son envers) dans lequel ils sont entrés fanfarons. Ne trouvant pas les traces de leurs pas pour revenir à eux mêmes, et se heurtant le front sur leur cage , ils cherchent alors dans la folie ou l’ oubli un remède à leur souffrances
      Parmenide avait mis en garde dans son poème qu’ il fallait affirmer l’ être et ne pas s’ aventurer à affirmer un être au non-être : que le penser et l être sont une seule et même chose.
      Cette position fut démolie par Gorgias et Protagoras en retournant la logique binaire de Parmenide contre lui même.
      Le problème, c est cette logique binaire : c est elle qui nous enferme dans (et par) ses insuffisantes modalités.
      Autant le savoir, avant d’ entrer dans tout système.

      Poème de Parmenide ici : http://membres.multimania.fr/patderam/parmen0.htm ( attention, désactiver les pop up)

    1. j’aime bien Annie Le Brun quand elle reste les pieds sur terre ! l’athée que je suis est un peu effaré devant toutes formes de mysticisme ! …et avec la crise qui s’approfondit c’est le grand retour des religions, l’angoisse de mort nourrit les rustines d’apaisement…et si tout simplement nous nous considérions comme de passage ? venant du néant et retournant au néant en ayant perpétué une espèce envahissante qui ne le mérite peut-être pas ! c’est les insectes qui attendent avec impatience la 6ème extinction !!

  2. Je crois que j’avais atterri dans un semblable paysage à la suite d’une petite investigation sur Tolstoi, ayant été touché par le personnage de Constantin Lévine dans Anna Karénine.
    Lévine (avatar de Tolstoi lui meme) se pose ce genre de questions, et finit par découvrir « une » foi qui le transcende. Non non pas une foi aveugle en Dieu, ni meme en l’eglise, mais plutôt en la communauté des hommes, communauté par laquelle il accède à la notion de Bien.
    Et cela peut se retrouve dans la partie « Anarchisme et hindouisme » de la page Anarchisme mystique de Wikipedia

    chaque être vivant doit être considéré comme un dieu possible s’il devient maître de lui-même et non des autres ou soumis à un autre, car la divinité est caché au plus profond de l’intimité de chaque être vivant.

    1. la citation de wikipedia en entier est plus interessante. Par ailleurs, Aum est bien l’expression du néant (le Rien de Stirner?) mais chargé de toutes le potentialités. Un Rien plein de promesses en quelques sortes… Bon je vais au bar…

      De plus, Dieu est considéré comme formant le Tout, Brahman, – l’Absolu (compréhension de l’Être dans un conception panthéiste et hénothéiste, et polythéiste, et même monothéiste, et agnosticique/athée, bien loin de la conception occidentale de polythéisme ou monothéisme, ou athéisme…), et chaque homme, chaque être vivant doit être considéré comme un dieu possible s’il devient maître de lui-même et non des autres ou soumis à un autre, car la divinité est caché au plus profond de l’intimité de chaque être vivant.

      1. Pour René Thom la fonction nulle est la plus compliquée qui soit car elle contient en puissance tous les types de déformations possibles (codimension infinie). Par contre et par exemple la fonction x3 ne se déforme à équivalence près qu’en x3 + ux (la plus simple des catastrophes, le pli, de codimension 1).
        Le néant est tout puissant…

      2. @BasicRabbit

        suite à ton lobbying redoutable (ô que tes piles sont puissantes – ton radotement a eu raison du mien!), j’ai passé plusieurs semaines de cet été à bouffer du Petitot et du Thom (et je n’ai même pas fini). C’est très intéressant et, je crois, sous-exploité chez les théoriciens contemporains (= ces mathématiques qualitatives, pour ainsi dire, sont vraiment fascinantes et « universelles » – mais ça a dû être TROP à la mode dans les années 1970). Par contre je persiste à penser que Petitot et Thom, dans leur approche catastrophiste à la sémiotique [sémiotique = science générale des signes (pouvant être utile pour décrypter les « signes » ou « indices » d’un complot possible…)] (= leur relecture morphogénétique de Greimas [l’inventeur du « carré sémiotique »], qui a abouti à couler ce dernier, entre deux « remarques techniques amicales » et à enterrer le structuralisme), ont loupé l’essence géométrico-oppositionnelle du carré de Greimas (sur cela j’écris en ce moment). Si la « persistance (ou stabilité) structurelle » est un nouvel et génial horizon du structuralisme (= « les structures, ça vit: ça naît, ça persiste, puis ça meurt »), qui offre au structuralisme une dimension écologique (ou écosystémique), ça n’en est pas le fil directeur heuristique, qui est plutôt oppositionnel (= la géniale sémiotique/narratologie de Greimas, selon moi, va renaître du fait de la géométrie oppositionnelle, brisant le tombeau hâtivement dressé par tous les élèves de Greimas, fourvoyés, dont Petitot).

        Concernant la fonction nulle – sur Stirner, je suis encore ignorant comme un pou (pardon Annie, je promets de m’y coller bientôt) -, vue (très paradoxalement) comme « la plus compliquée de toutes » par Thom (merci de nous l’apprendre!), c’est une vieille (et bonne) idée, rejoignant je crois l’idée que les extrema sont de même nature (= « la lumière, dans un milieu donné, emprunte soit le chemin le plus court, soit le chemin le plus long! »). C’est même une idée que tu peux, malgré son côté métaphysico-spéculatif insondable (enfin, dans sa forme hardiment généralisée par moi, pas chez Thom où ça parait très précis et explicite), en partie exprimer géométrico-oppositionnellement (= les contraires, et pas les contradictoires, se « ressemblent »). L’intérêt de nos machins à nous est, je crois, qu’ils sont, en un sens [mais pas celui dont parle souvent Jorion], non-linéaires (c’est une vision oppositionnelle multipolaire)

        « L’opposition nulle », quant à elle, c’est …

      3. @ Alessio Moretti
        Mon but sur ce blog est de faire du prosélytisme pour l’œuvre de Thom. Ma persévérance (deux ans…) n’aura donc pas été vaine: tu es en quelque sorte mon premier client. 🙂
        Je suis très intéressé par ce que tu peux dire sur les figures sémiotiques par le biais de la géométrie oppositionnelle. Thom associe la fronce au carré sémiotique standard. Il y a ama tout un travail à faire sur les variantes lacaniennes dans lesquelles il y a des retournements ( par ex à la Moebius ou à la Boy) car les catastrophes de Thom me semblent à vue de nez mal adaptées dans ce cas.

  3. Ne pas se rendre compte que le libéralisme (du plus intelligent au plus stupide) est fondé sur un « réel », à savoir l’être de l’homme (universel et générique, y compris dans sa version de « l’homme marxiste générique ») est devenu l’être-de-chacun, individuellement, c’est ne pas bien situer les deux siècles passés ; le libéralisme est la seule révolution ayant abouti.
    Que ça ne soit pas entièrement une réussite, à n’en pas douter.

    Mais Stirner tente d’inverser le sens de l’histoire en forçant l’être individuel ; en poussant vers plus de vérité encore, en annulant que notre être soit naturel, social, humain comme humaniste, et qui permettrait ainsi de recommencer via un calcul simplifié (étant entendu alors que chacun garderait constamment les cartes en main…. ce qui est idéal, mais Stirner dresse le possible d’une situation non une réalité donnée)

  4. S’il faut tout renier, se détacher de tout… et s’il faut absolument du ‘isme’, alors je préfère le Bouddhisme, ils sont plus sympas, et il y a la paix de l’esprit au bout. Parce que cette religion (malgré tout) du Moi me dérange un peu…
    Bon je ne suis pas un spécialiste et je ne l’ai pas lu. Mais ce que j’en ai aperçu évoque une solitude glacée, celle du Rien face au Néant, avec comme seule réponse que de se regarder le nombril.

    L’Unique est souverain, il ne s’aliène à aucune personne, ni aucune idée, et considère l’ensemble du monde comme sa propriété dans le sens où il s’approprie tout ce que son pouvoir lui permet de s’approprier ; ainsi, tout ce qui n’est pas lui, le reste du monde, n’a, pour lui, que la vocation d’être son « aliment ».

    Wikipedia Max Stirner

    Si ce genre de philosophie ne mène pas l’humanité à sa perte alors c’est que les lois de l’Univers ne sont plus ce qu’elles étaient… Dans sa limitation, l’instinct des animaux aura plus de sens que cette ‘chose’-là, ama.
    Ceci est juste une intuition, si je me trompe merci de me donner des pistes pour commencer ma rééducation…

    1. Ce qui est posé ici c’est d’abord la question de l’identité. En particulier ce qui se produit lorsque l’être fonde son identité sur ses pensées et sur ses pulsions. La solitude glacée c’est celle de l’être réduit à des concepts (au-demeurant fort utiles et précieux mais dans un autre ordre) et à un moi insaisissable et sans cesse fuyant, donc source d’angoisse (l’angoisse d’être sans signification, de la finitude…). Je n’ai pas lu Stirner. Je suppose que ce qu’il suggère dans l’expression l' »Unique » est une sensation, quelque chose qui rattache l’être à un tout, par le corps entendu comme le siège de ce tout, sensation que le moi ne connaît pas (ou très vaguement) et que le concept ne peut saisir. Lorsqu’il expérimente cette sensation unifiante et globalisante, qui a son sens en elle-même, alors tout devient son aliment. C’est quelque chose que l’on vit, pas que l’on pense, et le penser empêche de le vivre. Et c’est très ancien. Les gens vraiment heureux (la joie sans objet) le font naturellement sans effort.

    2. @ Erix le Belge
      « Si ce genre de philosophie ne mène pas l’humanité à sa perte alors c’est que les lois de l’Univers ne sont plus ce qu’elles étaient… »

      Euh… C’est quoi pour vous les lois de l’univers?

      1. Euh… C’est quoi pour vous les lois de l’univers?

        Tout ce qui a permis et permet à notre Univers d’exister, tout ce qui en conditionne son existence depuis le Big Bang jusqu’à nos jours.
        Toutes les constantes de départ (de Planck, vitesse de la lumière, gravitation etc…) et tout ce qui a suivi, donc dans le cas qui nous occupe ici la loi de cause à effet (en tout cas au niveau macroscopique, c’est pas encore très clair pour le niveau nano et la physique quantique..) ou la génétique etc
        Ce que je veux dire c’est que quand quelqu’un émet une théorie philosophique qui déclare sans détours que seul compte le Moi, que tout le reste du monde sensible qui l’environne (y compris les autres humains desquels dépend sa survie en tout cas en partie) sont sa propriété si cela est de son pouvoir, que cette théorie est reprise par d’autres et qu’elle sert de base à des mouvements sociaux de masse, alors je dis que si les lois de l’Univers sont ce qu’elles sont, tout ceci devrait nous mener à la catastrophe (en tout cas pour notre espèce).

        Quand on lit Mein Kampf il ne faut pas s’étonner des actes qui ont été posés ensuite. C’était écrit noir sur blanc.

  5. L’Unique est bien l’apothéose du narcissisme moderne et de sa blessure inévitable dont je dénonçais les méfaits hier. C’est l’expression d’un mécanisme de défense maniaque du moi en termes de psychopathologie. Au niveau philosophique, cette pensée semble surtout portée par l’excès et le déséquilibre.

    Il faut au contraire arrêter de se regarder, seul(e) ou sous le coup de l’envie, de l’amour de soi, car aucune philosophie ne viendra comme un baume guérir ce qui ne peut l’être. L’asservissement est le travail qui consiste à chaque instant à tenter de faire coïncider le sujet avec son image idéale. Il faut arrêter de voir en chacun autre chose que ce qu’il est et tout simplement ne même plus se poser la question du sujet, car elle est déceptive : ni Dieu, ni Unique, ni rien de particulier.

    Debussy : Elle était un être comme les autres (Mélissande)

    Mélisande n’était qu’un « pauvre petit être mystérieux, comme tout le monde »

    Il faut en rester à Rousseau, Kant et Kierkegaard. Il n’existe pas de progrès en philosophie.

    1. C’est au contraire la réconciliation avec soi-même, qui passe inévitablement par l’amour de soi, qui aboutit à la guérison et non à la pathologie.

    2. La source du narcissisme c’est le besoin de faire grandir et protéger le moi, de cultiver sa propre fragmentation intérieure. Le moi ne peut de ce fait accéder à quelque Unique que ce soit.

    1. @ Marlowe
      Eh bien! Au sujet de la conscience de la dimension sociale de l’homme…
      Armstrong le 21/07/1969 posant le pied sur la Lune, ne manqua de dire :
      « C’est un petit pas pour l’homme mais un bond de géant de l’humanité »

      1. La phrase imputée à Armstrong et certainement dictée par un expert en communication est une publicité pour le monde dominé par la technique et les illusions qui vont avec.

  6. Cela ne vaudrait-il pas la peine d’y revenir ?

    Non, surtout pas.
    Un livre dont la thèse est susceptible d’alimenter les délires
    libertariens – la voie royale menant au fascime intellectuel – peut être oublié.
    Il y a des risques que l’on peut souhaiter ne pas faire courir à autrui.
    Au plan politique, la dévaluation de l’Etat et la haine des lois
    sont la négation de la vie en Société.
    L’ Etat est le seul protecteur contre les puissances d’argent. Il est ce que la démocratie en fait. C’est donc la démocratie qu’il faut approfondir et améliorer. Par ailleurs, les phénomènes de soumission et de sacrifices au profit d’une cause « mauvaise »
    devraient pouvoir être appréhendés avec d’autres outils que ce livre.

    Vu la conclusion
    « Si je base ma cause sur Moi, l’Unique, elle repose sur son créateur éphémère et périssable qui se dévore lui- même, et je puis dire :
    Je n’ai basé ma cause sur Rien. »,
    la qualificatif de nihiliste est tout indiqué.
    Il y a là une violence irresponsable.

    1. Il y a là à mon sens une méconnaissance ou un refus, voir les deux, de la politique qui confine en effet à l’irresponsabilité, sans pour cela que cela parte au départ d’une mauvaise intention (je parle des libertaires sincères). Comme les fondateurs de l’Union ont pu penser au tout début et entre autres considérations idéologiques moins avouable, que la politique et l’idéologie qui lui est forcément liée, ayant abouti à quelques massacres d’ampleur mondiale, il valait mieux enterrer tout ça dans le sable et réguler par l’économique (qui relève tout aussi bien du politique, c’est bien là l’erreur et l’hypocrisie), les libertaires essaient eux aussi de se soustraire à l’idéologie, à l’abstraction, sans s’apercevoir qu’elle est précisément humanité, pour le meilleur et pour le pire. Le résultat en se privant de l’édification du meilleur par les outils adaptés, ne peut que donner le pire, comme l’Union l’a également montré, dans sa forme actuelle.

      Navrant de naïveté…

    2. à Daniel,

      Je vous laisse libre de croire aux sornettes que vous énoncez :

      L’Etat est le seul protecteur contre les puissances d’argent.

      Mais je ne peux pas laisser passer de telles contrevérités.
      L’Etat n’a jamais protégé contre les puissances d’argent.
      Les cinquante dernières années ont même vu tout le contraire avec le développement des PAS (programmes d’ajustement structurels) un peu partout sur la planète, chapeautés par des instances internationales (FMI, Banque Mondiale, etc.) en collaboration avec les banques et les multinationales. Tous ces PAS qui arrivent massivement en Europe occidentale à la faveur du développement de dettes impossibles à rembourser, sont mises en place par les Etats aux ordres.

      Si vous voulez paler de l’Etat idéal qui est au service de ces électeurs, je vous rappelle que c’était aussi la prétention illusoire des dictatures et des pires, à Berlin comme à Moscou ou à Pékin.

    3. « Je n’ai basé ma cause sur Rien. », la qualificatif de nihiliste est tout indiqué ».

      Il faut l’entendre au sens nâgârjunien (ce philosophe indien bouddhiste du début du premier millénaire). Ce « Rien » comme vous le comprenez n’est pas rien. Ce rien est « quelque chose ». C’est alors en effet nihiliste. Le rien de Stirner serait plutôt à la fois le rien ET le non-rien. C’est une autre façon de dire que derrière ce « Rien » tout est possible puisque c’est le fondement de sa cause.

      1. Est-ce respecter Stirner que de lui faire dire ce qu’il n’a pas écrit ?

        Il a écrit « Rien ». Et non « Rien » voulant dire quelque chose, plein par exemple ou « Non rien ».
        « Rien » est rien. Le néant, l’absence d’existant.
        Un humoriste disait : « trois fois rien » prouve que il y a  » moins que rien. »
        Ce sont des jeux de mots.
        Restons-en au signifié explicite de Stirner: « Rien ».

    4. Pourtant nous ne pouvons que constater le défaut majeur de votre affirmation : L’ Etat est le seul protecteur contre les puissances d’argent.
      Il a tout l’air d’en être le seul soutien. Tout l’appareil d’état est mis au service de ces « puissances d’argent » dont vous parlez.
      Un état imaginaire peut-être… un état dans un des possibles devenir de l’humanité. Mais, comme on dit, c’est pas demain la veille.

  7. Sur wiki
     » En 1845, il tente d’ouvrir une crèmerie à Berlin avec la dot de sa femme, mais l’entreprise fait faillite et il se retrouve couvert de dettes. Fin 1846, sa femme le quitte. En 1848, il est à Berlin mais ne participe pas à la Révolution de Mars. Il ne publie plus ensuite, en 1852, qu’une compilation de différents textes, d’Auguste Comte notamment, intitulée Histoire de la Réaction. Tombé dans la misère, il est poursuivi par ses créanciers et ira deux fois en prison pour dettes. Il meurt le 26 juin 1856 à Berlin de l’infection causée par une piqûre d’insecte. Parmi les jeunes hégéliens, seuls Bruno Bauer et Ludwig Buhl furent présents à son enterrement. »
    Comme plaidoirie cela pourrait-il suffire?

      1. La pensée de Stirner n’a rien de libératoire, elle est simplement individualiste et par conséquent aisément récupérable par le capitalisme, tout comme le fut mai 68 (du moins, en partie, cette partie). Ce fourvoiement, j’ai cru le percevoir parfois dans ce que l’on raconte de mai 68. Je le perçois ici très clairement et directement dans le chef d’un acteur (représentatif?) de mai 68.

      2. à Moi,

        Je ne comprends rien à ce que vous écrivez.

        Que peut bien vouloir dire « ce fourvoiement, j’ai cru le percevoir parfois dans ce que l’on raconte de mai 68 », et aussi « le chef d’un acteur (représentatif ?) de mai 68 » ?
        J’ai la sensation de lire un médiatique, journaliste ou politique.

      3. « ce fourvoiement, j’ai cru le percevoir parfois dans ce que l’on raconte de mai 68″

        Le côté « jouir sans entraves », on l’a bien accolé parfois à mai 68 en forme de critique. Oui ou non?

        « le chef d’un acteur (représentatif ?) de mai 68″

        Annie Le Brun, défenseur de Stirner et de Sade.

        Prochaine étape, c’est le dessin.

        « J’ai la sensation de lire un médiatique, journaliste ou politique. »

        Pas gentil, ça.

  8. La notion de « rien » évoquée par Stirner est effectivement très « remplie », mais il est vrai que la seule finalité d’une structure c’est « d’être », de continuer d’exister, de se maintenir comme structure ; ce principe est valable pour une cellule cancéreuse. Toute structure est « égoïste », aussi, Il est utile de considérer l’agencement entre niveaux d’organisation. J’imagine que depuis Stirner, nous avons fait quelques progrès permettant de penser la circulation d’information entre différents niveaux de structure, c’est en outre toute la question de « l’anarchie ». Le cœur du sentiment anarchiste réside , il me semble, dans l’envie de ne recevoir d’ordre de personne et de ne donner d’ordre à personne, c’est-à-dire dans le refus d’accepter une structure sociale organisée selon le principe de réception de coups sur la tête en compensant ce déplaisir par le plaisir de distribuer des baffes par en dessous. Cette question du plaisir est essentielle, il conviendrait d’en développer des dispositifs sociaux permettant d’y goûter en dehors du champ de la dominance.

    L’examen de la notion d’anarchie demande de comprendre comment l’information circule entre différents niveaux d’organisation, les cellules de mon foie doivent être informées de l’état des cellules de mon système nerveux, et inversement. De plus, la complexification du vivant suppose une « hiérachification » entre niveaux de structures.

    Ainsi, résoudre les difficultés résultant de la « flèche de complexification », demande de distinguer entre « l’information structure -spécialisée-» -celle qui répond à l’égoïsme- propre à tout niveau de structure et « l’information circulante -généralisée-» qui permet la régulation d’ensemble entre niveaux d’organisation. C’est d’ailleurs dans cette perspective que Paul Jorion fait généralement appel à la « Philia » comme conscience de la structure d’ensemble, laquelle notion me semble devoir conserver encore quelque « vertu dormitive », tant que nous n’aurons pas articulé dans le cerveau de chacun d’entre nous, une représentation de l’ensemble des niveaux d’organisation, allant de la biochimie du système nerveux aux formes d’organisations sociales, c’est à dire tant que chacun d’entre nous ne maîtrisera pas l’ensemble de l’information circulante nécessaire à la régulation d’ensemble de l’ homéostasie planétaire ( il n’y a pas cent cinquante ans, Balzac déjà, faisait tenir l’ensemble des mécanismes de la comédie humaine dans la tête des lecteurs de journaux à feuilletons) .

    Nous avons, c’est un fait, hérité d’un système limbique, lequel est puissamment structuré comme dispositif de mémoires des interactions avec le milieu et processeur d’affects (mémorisés) en vue d’agir, dans et sur et ce milieu, afin de conserver égoïstement une homéostasie d’ensemble. Comme dans l’état actuel de l’épigenèse, les structures néocorticales sont toujours informées, un peu en retard, de ce que le réseau d’affect sous-jacent a déjà entièrement décidé comme réponse, cette consciente, qui fait tant notre fierté, se résume à assembler des blocs « tout fait » du genre « liberté » « égalité » « fraternité », « conseils ouvriers  » , afin de nous justifier de ce qui a déjà été décidé par en dessous. Ainsi ,nous sommes bien, comme Stirner le précisait

    ‘les serviteurs de nos pensées’ ; nous obéissons à leurs ordres comme naguère à ceux des parents ou des hommes. Ce sont elles (idées représentations, croyances) qui remplacent les injonctions paternelles et qui gouvernent notre vie. Enfants, nous pensions déjà, mais nos pensées n’étaient pas alors incorporelles, abstraites, absolues »

    Au risque de radoter, auprès des jeunes lecteurs de ce blog 😉 , au siècle dernier, Murray Bookchin et Henry Laborit ont également développé, renouvelé, ces questions relatives à l’anarchie et à l’autogestion.

    Pour une société écologique ( Bookchin) ; Société informationnelle,idées pour l’autogestion ( Laborit)

    1. Dans le mille ! Je plussoie autant que je peux.
      « Philia »,
      « l’information circulante -généralisée-»
      «articuler dans le cerveau de chacun d’entre nous, une représentation de l’ensemble des niveaux d’organisation, allant de la biochimie du système nerveux aux formes d’organisations sociales etc…»
      Je rajoute que ce « articuler » fait place à ce que une représentation incomplète soit déjà suffisante. Sinon, nous ne serions jamais « majeurs » (au sens de Kant).

      Je pense dans la ligne de Stiegler que le soin/ »cura » / »otium », ou l’ensemble des savoir-vivre et savoir-faire qui donne l’occasion d’exercer un soin, cela forge aussi des éléments de cette représentation. Quand il y a assez d’éléments pour pouvoir sublimer ce que Stiegler appelle les « rétentions tertiaires » (dont la nation a pu faire partie), une représentation incomplète (parcimonieuse, disent certains en science : ainsi les notes qui décrivent une musique, sans préciser l’état de vibration de l’air à chaque instant) fournit assez de solidité pour atteindre ce que vous suggérez.

      Aussi la main est-elle une alliée précieuse de ce que nous avons à faire dans ce bas monde, alliée trop souvent délaissée, sauf par des gens qui ont eu des circuits non standards comme Richard Sennett (« Ce que sait la main ») ou M B Crawford (« Eloge du carburateur »).

      Bref, il faut parler à notre néo cortex de façon « constructive » et par plusieurs bouts; Une société qui promeut une telle « pratique » du noécortex serait un peu moins hallucinante que notre cher monde de 2012.

    2. J’hésite vraiment. De quoi on parle? Complètement dépassé par ce que vous racontez. 🙂 Ce qui est plutôt une bonne nouvelle.

    3. 1–Vous faites à nouveau la confusion/identification entre les niveaux fonctionnels d’un humain et ceux de la Société dans laquelle il évolue. Vous allez même un poil plus loin: vous passez de la Société à la Planète !
      La « chose » pourrait être comparée à des poupées russes, toutes emboitées et toutes semblables par homothétie.

      Selon vous, cette similitude est naturelle et jamais vous ne la justifiez.

      Or il y a des différences. Prenons une similitude: tous ces organismes/organisations sont gouvernés par la « volonté » d’être et de durer. ( Attention à l’anthropomorphisme commode par les raccourcis permis, mais trompeur.)
      Ce qui pose la question de l’héritage et de la transmission. Au niveau biologique, aucun doute que les subtilités et interdits du Darwinisme sont seuls opérants. En revanche le niveau social est entièrement Lamarckiste: la transmission de l’acquis joue à fond par l’ éducation, d’abord celle des parents à l’enfant, sans compter la force de l’exemple.

      Il me semble que cette opposition est fondamentale.
      En changeant l’un vous ne changez pas l’autre ( Nota: vous voulez changer ou opérer des transformations, c’est ce qu’il me semble…)
      Encore une fois: soit l’Homme est une donnée invariante de l’extérieur et changer la Société, c’est la violer. Soit votre projet est démuirgique: changer l’ Homme…

      2– « le principe de réception de coups sur la tête en compensant ce déplaisir par le plaisir de distribuer des baffes par en dessous. » c’est une évidence assurée. Mais est-ce scandaleux ? ( scandale : une perversion à l’ordre naturel ou admis.) Le dire et en prendre conscience est déja la moitié du chemin.
      Dans l’infinie chaine de rétroactions qu’est la Société, il suffit d’interrompre cette action/réaction pour qu’elle n’existe plus. Le niveau individuel – prise de conscience et refus d’y participer – est un grand pas en avant. Et quasi biblique, quand on pense aux enseignements du Christ..
      C’est donc le long chemin de l’éducation qui est à privilégier, comme toujours en matière d’action sociale.

    4. @Jean-Luce

      Le cœur du sentiment anarchiste réside , il me semble, dans l’envie de ne recevoir d’ordre de personne et de ne donner d’ordre à personne, c’est-à-dire dans le refus d’accepter une structure sociale organisée selon le principe de réception de coups sur la tête en compensant ce déplaisir par le plaisir de distribuer des baffes par en dessous.

      Vous supposez un anarchisme égalitariste, excluant par définition toute forme de hiérarchie. Mais d’une part, les thèses de Rothbard et consors vous montrent qu’il existe d’autres façons d’appréhender l’arnarchisme, et d’autre part, n’est-ce pas déjà la prétention de la démocratie que d’instaurer l’égalité entre les citoyens?

      Ne faudrait-il d’ailleurs pas voir une source possible de nos maux dans le fait que la démocratie se soit placée dans cette injonction contradictoire permanente de déclarer les citoyens égaux mais par ailleurs d’admettre que perdure localement des systèmes hiérarchiques, au premier rang desquels l’écrasante majorité des entreprises?

    5. « Le public du cinéma ayant donc, avant tout, à penser à des vérités si rudes, et qui le touchent de si près, et qui lui sont si généralement cachées ; on ne peut nier qu’un film qui, pour une fois, lui rend cet âpre service de lui révéler que son mal n’est pas si mystérieux qu’il le croit, et qu’il n’est peut-être même pas incurable pour peu que nous parvenions un jour à l’abolition des classes et de l’Etat ; on ne peut nier, dis-je, qu’un tel film n’ait, en ceci au moins, un mérite. Il n’en aura pas d’autre.
      (…)
      Ainsi donc, au lieu d’ajouter un film à des milliers de films quelconques, je préfère exposer ici pourquoi je ne ferai rien de tel. Ceci revient à remplacer les aventures futiles que conte le cinéma par l’examen d’un sujet important : moi-même. »
      Guy Debord. IN GIRUM IMUS NOCTE ET CONSUMIMUR IGNI;

      1. @ Marlowe
        Quand tu auras cité tout Debord dans ce blog , tu iras faire ton prosélytisme dans un autre blog ?

      2. à taratata,

        D’une part je ne cite pas que Debord, d’autre part je cite qui je veux quand je veux et je n’oblige personne à regarder ou à lire mes contributions.
        Comment faire du prosélytisme quand celui qui est cité est mort depuis près de vingt ans et n’a laissé aucun parti ni aucune organisation prendre sa succession ?

        Comme j’ai répondu à ton amertume, je pense que tu as sûrement tes raisons de vouloir laisser Debord dans l’oubli. C’est raté.

  9. La philosophie est une création de l’esprit humain, comme les mathématiques. Sauf que les constructions philosophiques sont loin d’atteindre le niveau de rigueur des constructions mathématiques.
    .
    En acceptant une certaine « efficacité » de la philosophie comme on constate une certaine efficacité des mathématiques, on ne doit pas confondre un ensemble philosophique avec le sujet qu’il vise, comme on ne doit pas confondre le calcul différentiel avec les phénomènes qu’il modélise.
    .
    La philosophie est à l’Homme (1), ce que la conscience et au système nerveux (conscience et philosophie sont évidemment intimement liées). Même si on ne peut exclure que l’évolution de la conscience ait subi sa propre dynamique difficile à mesurer (l’apparition de la conscience aurait induit elle-même sa propre évolution – Darwinienne), il ne faut jamais oublier les bases, et retourner au temps des cavernes, voire bien avant (2), pour tenter d’expliquer ce que nous sommes et pour évaluer la pertinence de certaines constructions philosophiques.

    Est-ce un détournement, est ce que je me trompe en disant qu’il y a un rapport avec çà :
    http://www.pauljorion.com/blog/?p=35678 ?

    1) C’est restrictif, valable pour la suite du commentaire.
    2) Mais peut-être la conscience s’est elle « philosophiée », mathématisée, esthétisée voire théologisée au fil de l’évolution.

  10. à Morlie .
    Pour StIrner la devise : Je n’ai d’ordre à recevoir de personne , est la devise du bourgeois .
    Section 1 ,le liberalisme politique page168 Stirner chez idea,l’age d’homme .

    1. Oui, je suis intéressé, Stirner a -t-il écrit quelque part, « ni recevoir d’ordre, ni en donner » ? C’est essentiel, je dirais même plus, c’est essentiel, aussi j’en ferais bien, sous ma douche ce matin, la différence entre l’anarchisme de gauche et l’anarchisme de droite.

      1. à Jean-Luce,

        Ne pas recevoir d’ordre, ni en donner, c’est essentiel.
        Il faut bien partir de soi-même pour entreprendre l’abolition des classes et de l’Etat .

        Voir un peu plus haut mes citations de IN GIRUM IMUS NOCTE ET CONSUMIMUR IGNI.

      2. @Jean-Luce Morlie: « Stirner a -t-il écrit quelque part, « ni recevoir d’ordre, ni en donner » »

        Oh, non, que du contraire. Cette pensée évolue vers la volonté de puissance nietzschéenne. Pour Stirner, seul compte l’égoïsme, même lorsqu’il prend l’aspect de l’altruisme. L’Autre n’existe que pour servir les intérêts égoïstes. Il y a du vrai là-dedans, mais la pensée de Stirner ne nous dit pas que les rapports avec l’Autre doivent prendre telle ou telle forme pour servir simultanément les intérêts égoïstes du Moi et de l’Autre (il n’est pas Spinoza, quoi). Autrement dit, l’Autre n’a qu’une valeur instrumentale et Stirner laisse la porte grande ouverte à l’exploitation de l’homme par l’homme.

      3. Eh ! oui, la liberté de la presse est assurée, la liberté personnelle est garantie, cela saute aux yeux, mais ce qu’on ne voit pas, c’est que la conséquence de toutes ces libertés est un criant esclavage. Fini des ordonnances ! Fini du bon plaisir et de l’arbitraire ! « Nous n’avons plus d’ordres à recevoir de personne ! » — et nous n’en sommes que plus étroitement asservis à la Loi. Nous sommes les forçats du Droit.

        Il n’y a plus dans l’État que des « gens libres », qu’oppriment mille contraintes (respects, convictions, etc.). Mais qu’importe ? Celui qui les écrase s’appelle l’État, la Loi, et jamais un « tel » ou « un tel ».

        p. 115

        Pas mal ! Mais la liberté de la presse, ce n’est pas rien, quand bien même elle n’est réalisée qu’à l’état de lettre moribonde, s’il on pense à l’officielle payante, reste qu’il y en existe d’autres, depuis les placards de Münzer, les Mazarinades, etc. : celles qui se prennent.

      4. @Jean-Luce Morlie et Marlowe

        Il y a quelque chose de commun à tous les anarchistes qu’ils soient de droite ou de gauche : l’abolition complète de tout pouvoir, de toute loi, avec le sous -entendu qu’il y a une bonne nature humaine qui surgira à ce moment-là et qui pourra se passer de toute règle extérieure. Même Marx est tombé dans ce travers.

        Du pouvoir dans une société, il y en a toujours eu et il y en aura toujours – pouvoir au sens de décisions collectives qui prennent un caractère obligatoire et dont le non-respect est sanctionné d’une façon ou d’une autre. Ce qui ne veut pas dire qu’il devra y avoir un État, mais qu’il devra y avoir un pouvoir.

        C’est sans doute votre haine du pouvoir dans le sens ci-dessus qui vous fait dire « ni recevoir d’ordre, ni en donner ». Je préfère la merveilleuse phrase d’Aristote répondant à la question « qui est citoyen ? Est citoyen quelqu’un qui est capable de gouverner et d’être gouverné ».

      5. à André,

        Comment pouvez vous comparer la démocratie athéniene même déclinante avec l’ersatz contemporain ?
        Pour le dire autrement, je me considère comme résistant et non comme citoyen.

  11. Je vais être encore plus méchant avec l’égoïsme de Stiner, voilà un homme qui voulait dépassé la morale chrétienne et la morale tout court, et qui basait tout sur lui et sa propriété. Il voulait être tout et maintenant il n’est rien du tout :
    et sa propriété se résume en 2 mètres carré.

    La morale est souvent un système éthique vieillie et rigidifiée, mais surtout prend son origine dans le tragique de la vie humaine. Le souci éthique est la prise en compte de la fragilité de la vie humaine.

  12. Pour moi, la référence à un (et non pas une 🙂 ) Unique est déjà de l’ordre du dogme .

    Il me semble aussi la dimension sociale de la personne* soit quelque peu omise. Cependant, il me semble que l’autonomie de chacun est une nécessité et un lien de dignité, ce pour quoi l’idée d’un revenu de base, universel m’agrée.

    Il est une culture qui fonctionne moins sur le « Je me valorise en dévalorisant autrui », qui cultive le rire (en plus), c’est la culture Inuit.

    Trouver une cohérence sociale sur la base de la valorisation de la personne* quelle qu’elle soit , est , à mon sens, la voie.

    Ceci dit avec ce que j’ai compris de la conférence http://www.inrap.fr/archeologie-preventive/Ressources-multimedias/Enregistrements/Conferences/La-revolution-neolithique-dans-le-mondeAux-origines-de-l-emprise-humaine-sur-le-vivant/p-2310-Les-conditions-imaginaires-et-symboliques-de-la-formation-des-castes-ou-des-classes.htm, nos propos et rêves m’apparaissent comme… comme, je ne sais pas, ‘irréalistes’, hyper utopiques,etc.

    *Au Canada, on parle des ‘droits de la personne’, j’apprécie la formulation.

  13. Encore la difficulté de penser « et le je et le nous », de ne lâcher aucun des deux termes ni des interactions, encore cette tendance au « ou bien ou bien » réducteur, et encore ce penchant pour la « misère de la philosophie » et le délire.
    Et si on remettait tout à plat en partant du point de vue d’une philosophie de l’information?

  14. L’ennui avec Stirner, c’est que sa phrase ou phraséologie est ou paraît théiste.
    Donc, même le Rien doit être affublé du qualificatif « créateur ». Et l’usage des majuscules en français…
    C’est fatigant.

    Mais en quoi fait-il mouche?
    En ceci que mon seul indiscutable pouvoir, c’est d’être un irrédentiste, de me faire irrécupérable par ce que je refuse, le couple domination-servilité, contre lequel en tant que système je suis, dans les limites de mon être et de ma durée, parfaitement impuissant.

    Voilà la part de vérité de l’anarchisme, et pourquoi ce mouvement d’idées est le plus calomnié de l’histoire des deux derniers siècles.

    Il y a cette insupportable hypothèse, celle de la possibilité de liberté de la particule humaine.

    1. En ceci que mon seul indiscutable pouvoir, c’est d’être un irrédentiste, de me faire irrécupérable par ce que je refuse, le couple domination-servilité, contre lequel en tant que système je suis, dans les limites de mon être et de ma durée, parfaitement impuissant.

      Pourriez-vous m’expliquer, je ne saisis pas cette formulation. Merci d’avance.

      1. Je ne peux personnellement rien changer au système social, mais je peux ne pas jouer le jeu prescrit, devenir irrécupérable pour la société. Un Indien? 🙂

      2. Merci beaucoup. Pour moi, il me semble difficile de se détacher de l’ensemble, même les ermites n’y arrivent pas.

  15. ///// Tout Être supérieur à Moi, que ce soit Dieu ou que ce soit l’Homme, faiblit devant le sentiment de mon unicité ///////
    à rapprocher de la notion de « FACE » chez Goffman : La « face » est sacrée …il est plus dangereux de « faire perdre la face  » que de perdre la face .
    En poursuivant la réflexion , on pourrait dire qu’ apres la socialisation de l’ individu, la « face » est le dernier refuge de l’ agressivité intra-spécifique de Lorenz ..

  16. Mais, depuis 1844, le Moi lui-même n’est-il pas devenu un nouveau mythe créateur éphémère et périssable qui se dévore lui-même ?

    Il me semble plutôt que la singularité est altération dynamique et consentie du Moi. Toute altération n’est pas aliénante. Un Quichotte aurait répliqué à ce Sancho : « Tu as basé Ta cause sur Rien » en ôtant ainsi délibérément la négation portant sur le verbe pour la concentrer sur l’instabilité du fondement.

    Quelques Quichotte auraient plutôt écrit L’Autre et sa Dépossession. Dans un style qui ne relève pas de l’exhortation, ils auraient affirmé, par contraste, une singularité créatrice éphémère et périssable mais nourrie au détour d’un commun, lui aussi créateur éphémère et périssable, qu’ils contribuent à nourrir. Cette singularité se serait voulu émancipation. Tout en dénonçant la domination, chacun de ces Quichotte, parmi ces bandes de gens, aurait aussi contribué à désintégrer l’humiliation, s’encourageant tout en encourageant les autres, non sans décourager les cons.

    Hélas, leurs récipiendaires-mêmes en auraient fait un mythe… qui se dévorerait lui-même où personne n’aurait sa place. Bien sûr que l’émancipation est celle de chacun, mais pas seul. Certaines solitudes dépassent l’isolement.

  17. On ne peut chercher les sources de l’anarcho- capitalisme, de l’ultra nationalisme , ou du libertarianisme ( par opposition aux propositions socialistes libertaires au XIXeme) sans remonter au texte de Bernard Mandeville « La fable des abeilles » ( 1740).
    Les deux camps se définissent sur des options morales pour traiter la contradiction entre intérêt général (contexte de la naissance du concept de Nation) et les intérêts particuliers ( naissance de nouveaux moyens et rapports de production capitalistes). Tout le drame de Robespierre contre Sièyes ( « nos ennemis emploient le même langage que nous » prévenait Robespierre) est d’avoir cherché autant que possible à concilier avec les changements révolutionnaires les deux termes de la classique contradiction entre les Vertus et les Vices { peinture du Nord et littérature classique, de Bosch et Brueghel à Molière, en particulier chez lui la vie manquée prémonitoire de l’Avare**, pour l’ambiguïté entre avarice et capitalisation !]. Les libertaires de « gauche » penseront qu’il faut prendre appui sur le penchant vertueux des hommes ( Rousseau, Proud’hon, etc…) et ceux qu’on appellera bien plus tard libertariens par excès de libéralisme pensent encore que l’harmonie sociale s’établit par la concurrence des vices et des vertus dans une masse d’individus libres, et par le marché , alors que Marx envisageait une volonté humaine en situation de libération, sur l’estrade de l’Histoire. Peut-il la gagner lui-même sa liberté , ou doit-on la planifier rationnellement?
    Chez les Abeilles de la fable de Mandeville « les membres de la société, en suivant des routes absolument contraires, s’aidaient comme par dépit. La tempérance et la sobriété des uns facilitait l’ivrognerie et la gloutonnerie des autres. L’avarice, cette funeste racine de tous les maux, ce vice dénaturé et diabolique, était esclave du noble défaut de la prodigalité. Le luxe fastueux occupait des millions de pauvres. La vanité, cette passion si détestée, donnait de l’occupation à un plus grand nombre encore. L’envie même et l’amour-propre, ministres de l’industrie, faisaient fleurir les arts et le commerce. Les extravagances dans le manger et dans la diversité de mets, la somptuosité dans les équipages et dans les ameublements, malgré leur ridicule, faisaient la meilleure partie du négoce ». Toujours inconstant, ce peuple changeait de lois comme de modes. Les règlements qui avaient été sagement établis étaient annulés et on leur en substituait bientôt tout l’opposé …. Cependant en altérant ainsi leurs anciennes lois et en les corrigeant, ils prévenaient des fautes qu’aucune prudence n’aurait pu prévoir » .
    La dernière phrase récuse par avance toute tentative de planification collective de type marxiste léniniste, ou tout réformisme démocrate chrétien ou social démocrate, car Mandeville décrit ses abeilles ouvrières comme « ni malheureuses esclaves d’une dure tyrannie, ni exposées aux cruels désordres de la cruelle démocratie ». Des rois gouvernent les ruches, qui sont des despotes éclairés, style XVIIIeme siècle

    **L’avare mis en scène par Planchon à Villeurbanne en 1985
    Mon point de vue de spectateur, de mémoire
    Par le décor qui basculait miraculeusement et l’ effet de mise en scène, l’épilogue comme d’un conte de fée au dernier acte, nous montrait des personnages débarquant comme d’un futur : ils ont risqué leur argent, capitalisé, et se seraient fait une renommée, comme ayant conquis un statut capitaliste alors qu’Harpagon est piteusement ridicule qui a manqué son destin personnel. C’était une relecture géniale, sans rien changer au texte, avec Harpagon magistralement habité par Michel Serrault. Harpagon n’était plus dans ce représentation le modèle d’un vice, mais un homme en situation dans la société du XVIIeme siècle, revisitée par des
    gens vivant un certain moment de l’histoire du capitalisme au XXeme siècle.
    Point de vue du metteur en scène
    « Harpagon est avare, mais il n’est pas l’Avare.
    L’avarice n’est ni la donnée ni le moteur du personnage, mais une compensation : c’est, à la fin, sa consolation. Lorsque le rideau tombe, et pas avant, l’homme d’affaires est devenu un avare, c’est-à-dire le contraire d’un homme d’affaires. Ce n’est plus l’Harpagon du début qui expliquait à son fils que l’on doit faire «travailler» l’argent, c’est un homme qui, par compensation, trouve son plaisir à lécher, solitaire, des louis d’or. Et nous avons pour finir ce que le titre promettait : un avare.
    Pour que cette intrigue devienne évidente, il faut raconter naïvement, et de façon palpitante, l’histoire d’un homme d’argent – banquier, usurier, grand commerçant – qui réussit admirablement dans ses affaires et échoue lamentablement dans le projet de refaire sa vie. Pour que la chute de cette histoire sonne vrai, il faut, comme toujours, jouer la pièce en ignorant le dénouement.

    Introduire des miracles pour dénouer l’intrigue, de la part de Molière, c’est avouer son désespoir devant la monstruosité de notre monde, et c’est refuser le désespoir.

    J’écris ces mots à la veille des répétitions : c’est dire leur insignifiance !
    D’une pièce lue, relue, on ne sait rien, elle doit être expérimentée. Elle doit vivre sa vie secrète. Le texte doit réagir et corriger les idées sommaires qu’il a pourtant suggérées. Avec le travail, les points d’intérêt se déplacent, des faces ignorées s’imposent. Lorsque le groupe d’acteurs balbutie les mots, le vrai travail commence.
    Est-il plus beau combat, plus belle empoignade que ces sensibilités diverses affrontant un grand texte ? Est-il plus belles noces que celles de ces attentifs qui, recueillis, cherchent la respiration secrète d’un auteur pour l’épouser afin de présenter un jour au public, sur une estrade, un personnage en situation, dans sa simple évidence ?
    Lorsqu’il est rigoureux, le grand et modeste travail des acteurs justifie à lui seul la présentation d’un classique, et le Théâtre. »

    Roger Planchon Noël 1985

  18. Stirner devient fréquentable ?

    Quoique Hollande se dit bien socialiste.

    Il y a des mots qui donnent des phrases qui donnent des significations. Heureusement que Stirner restera un poncif pour exégète.

  19. Il faut bien poser notre raison et notre sensibilité sur l’infréquentable, pour saisir qui nous pouvons ici et maintenant choisir de fréquenter .

  20. « Il y en pas un sur cent et pourtant, ils existent, les anarchistes… » (Léo Ferré). Evidemment Stirner n’est pas du côté du fascisme en col blanc. Malgré le petit nombre d’anarchistes (Paul vous avez raison de parler de groupuscules), les idées anarchistes énervent toujours autant ceux qui croient en quelque chose de supérieur (Etat, nation, religion, dieu, Humanité, révolution, etc.) Merci à Annie Lebrun pour sa mise au point.
    Je recommande à tous l’ouvrage de Normand Baillargeon, L’ordre moins le pouvoir, Histoire & actualité de l’anarchisme (éditions Agone, 2008, isbn 978-2-7489-0097-2). Il est joignable à l’adresse baillargeon.normand@uqam.ca.
    Il est très instructif sur les idées anarchistes. Evidemment, Stirner n’est pas asocial. Par ailleurs, les anarchistes sont contre tout pouvoir illégitime. Il y avait des règles dans le collectivités espagnoles pendant la guerre civile en Espagne, mais elles étaient discutées et décidées par tous.

    1. @Enrique: « Evidemment Stirner n’est pas du côté du fascisme en col blanc. »

      Argument imparable.

      « Evidemment, Stirner n’est pas asocial. »

      Oh, encore un.

      1. Mais, vous vous en avez apparemment un bien meilleur.

        Plus haut, vous dites : « Stirner laisse la porte grande ouverte à l’exploitation de l’homme par l’homme. » Vous allez bientôt ressembler à Michel Onfray. Attention, vous filez un mauvais coton.

  21. comprendre un mécanisme commun à la dévotion et à la soumission, à savoir comment au nom d’abstractions on parvient à tout abandonner de soi-même, qu’il s’agisse de Dieu, de la Patrie mais plus gravement de la Vérité, de la Révolution, de la Liberté…

    En dénonçant cette désincarnation de l’idée, en fait, Stirner ramène non seulement le corps dans la pensée mais porte l’accent sur ce qu’il y a alors d’unique dans le rapport de ce corps et de cette pensée. Et c’est pour moi quelque chose d’essentiel.

    Quand Annie Le Brun prend la plume, elle réveille aussitôt mon enfance dans une famille ultra catho, et c’est malheureusement par expérience que je dois lui donner raison.

  22. Je pense que Stirner devient d’une actualite brulante et que sa pensee, qui ne peux evidemment pas etre abouti ou claire ou quoi que ce soit d’approchant est un encouragement a remettre l’individu au sein de la reflexion.

    La pensee individualiste met en exergue deux elements qui sont au coeur de la crise moderne:

    -Les medias: ils jouent le role de l’alterite dans les societe moderne ou les etre n’ont plus que des rapport desincarne au autres et au monde. Dans une societe aussi globalise francois hollande a plus de consistance que notre voisin efface. Nous cessons d’etre des individus mais devenont des creations mediatiques, des etres sociaux absolus vehiculant des messages qui ne sont plus les notres, des idees qui nous viennent d’un formatage, d’une educatio sociale. Nous ne voyons le monde qu’au travers d’un ecran et l’autre n’est comme nous, pas un acteur de sa propre vie mais un acteur social, un salarie un travailleur. Surement pas quelqu’un avec qui envisager une action. Nous nous passionnon pour francois hollande un etre virtuel, et nous n’avons aucune prise sur nos vie.
    Ce manque de rapport au monde et aux autres expliquent notre incapacite pratique a bouger et notre parfaite impuissance.

    – La moutonnerie generale: le denigrement systematique de l’individu par toutes les ideologies triomphante. On nous repete sans arret que l’individu seul ne peut rien, qu’agir seul c’est idiot, que les combats doivent etre groupe, qu’une bonne reflexion est une reflexion commune etc…
    Autant d’ascertion qui sont contredite par les faits: ce sont des faits individuels qui change la donne, quel que soit le sens alors que les etres socialise, la masse est totalement absente du debat et des decisions et sans ses actions coup de poing, pourraient rester inerte eternellement (11 septembre, Breivik, merah, le vendeur de fruit tunisien qui s’immole etc etc).
    Le resutat de ce denigremnet c’est la disparition du courage, de la notion de destin individuel, d’unicite, de puissance, autant d’expression de notre lien profiónd avec la nature, de nos instincts. Le resultat c’est que l’hecatimbe ecologique, la crise actuelle, ne vien pas de qelques individus mechants, contrairement a ce que l’on veut nous faire croire, mais de notre immense servilite, de notre impossibilite a remettre en cause notre moutonnerie, nos modes de vies conssommateur/salarie larbins. Tout le monde a peur, y compris les chefs, personne ne bouge et regarde avec fatalisme le systeme seffondrer. De toute facon il ne nous viens meme pas a l’idee de tenter quelque chose d’un peu personnel et de s’eligner du troupeau.

    Evidemment, ll y’aura toujours des petits malins pour etre un peu moins fatalistes et en profiter. ..

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