L’actualité de la crise : LES BANQUES PRENNENT L’OFFENSIVE ! par François Leclerc

Billet invité.

Surprise ! le sujet récurrent de la réforme bancaire est de retour, à l’initiative des banques qui n’en veulent pas ! Deux gros dossiers restent grands ouverts, sans doute pour longtemps, car d’autres questions mobilisent les énergies réformatrices et créatrices ! Le renforcement des ratios de fonds propres et de liquidité des banques, connu sous le nom de réglementation Bâle III, ainsi que la séparation de leurs activités de dépôt et de trading pour compte propre peuvent donc attendre. Ainsi qu’un troisième dossier, européen, qui concerne leur supervision, dont le pilotage a déjà été attribuée aux États-Unis à la Fed.

Tout prend du retard, beaucoup de retard ! Qu’importe, il y a d’autres chats à fouetter ! Des deux côtés de l’Atlantique, les autorités en charge avertissent : « nous ne sommes pas prêts ! » , sur un fond de scepticisme ambiant pour la suite. Le secrétaire général du Comité de Bâle, Wayne Byres, a pourtant qualifié les mesures de « modestes », annonçant qu’il faudra aller plus loin, mais rien n’y fait. Selon un rapport publié le mois dernier par la Banque des règlements internationaux (BRI), seules la Chine et l’Inde ont adopté les directives finales de Bâle III. Fin octobre, Christine Lagarde, a même critiqué les « retards délibérés », les « nombreux intérêts particuliers qui s’opposent au changement » et l’intensification de « la résistance » à la mise en œuvre des réformes, pour conclure : « les structures de base que nous jugions nuisibles avant la crise sont encore présentes ».

Entre les Américains et les Européens, on assiste à une véritable course de lenteur. Chacun ne veut pas accorder aux banques de l’autre des avantages compétitifs en adoptant des mesures plus contraignantes, ce qui ne va pas dans le sens de leur renforcement, pour tout dire le but de l’opération… Cela vaut pour les deux dossiers, mais se présente sous une forme plus caricaturale à propos de la séparation des activités des banques. Trois dispositifs différents ont été élaborés : la loi Dodd-Frank aux États-Unis, les conclusions de la commission Vickers au Royaume-Uni et le rapport Liikanen au sein de la zone euro. Précision non négligeable, ils partent sur des pistes radicalement différentes et ne sont pas raccordables; leur harmonisation promet des prolongations sans fin ! « . Jonhatan Fall, le directeur général européen au marché intérieur, vient de le déplorer : « Nous n’avons pas d’organisation internationale qui fasse des règles rapides et contraignantes « .

La fronde des banques contre leurs mesures de régulation ne prend pas le même aspect selon les continents. Aux États-Unis, elles sont vent debout contre la loi Dodd-Frank et Bâle III, après avoir dû provisoirement se calmer en raison de la mésaventure survenue à JP Morgan Chase. L’élection présidentielle passée, les affaires ont repris, le combat continue ! Jamie Dimon, son PDG, n’avait pas hésité à traiter d’ « anti-américaines » le renforcement obligatoire des fonds propres et des liquidités des banques. La Fed vient d’en tirer les conséquences en annonçant le report sine die du début de l’application de celui-ci au 1er janvier, car « de nombreux établissements bancaires » ont manifesté leur « inquiétude de se voir soumis à une réglementation définitive sur le capital au 1er janvier 2013 sans avoir suffisamment de temps pour la comprendre ou changer leur système comme il conviendrait ». Un trader passe.

A propos de la loi Dodd-Frank, tous les espoirs sont permis. Wall Street aurait sans doute préféré l’élection de Mitt Romney, dans la foulée de laquelle elle aurait sans doute pu obtenir son abandon, mais il reste du grain à moudre. Les deux tiers des décrets d’application qui restent à élaborer – 389 pour être précis – sont encore à adopter. Seule petite ombre au tableau, l’élection de la pugnace et redoutée Elisabeth Warren et son éventuel accès au comité chargé des banques du Sénat, car les démocrates boivent en général de l’eau tiède. Heureusement, l’année va être dominée par la bataille budgétaire, Barack Obama ayant annoncé que ses deux grandes priorités sont la réduction du déficit et la réforme du code fiscal.

Pour ne pas se perdre dans les détails, le principal objectif des banques est de contrer la réglementation des produits dérivés négociés de gré à gré et l’obligation d’utiliser les services de chambres de compensation, qui apporterait un peu de clarté dans ce monde volontairement opaque. Tous les coups sont permis, à commencer par la restriction des crédits aux organismes régulateurs pour leur couper les ailes. Variante britannique : le chantage à la délocalisation des banques en Asie…

Les banques de la zone euro assistent à ces combats de titans menés sur les scènes de Wall Street et de la City et ne sont pas en reste. Le président de BNP Paribas, Baudoin Prot, n’a pas eu le triomphe modeste lors d’une table ronde de l’Autorité des marchés financiers française : « Monsieur Barnier [le commissaire européen] avait dit qu’il n’appliquerait pas Bâle III tant que les Américains ne l’appliqueraient pas. Je voudrais savoir ce que va faire Monsieur Barnier ». Frédéric Oudéa, Pdg de la Société Générale, a enfoncé le clou : « Mon inquiétude c’est de savoir si demain nous pouvons continuer à faire notre travail de manière compétitive (…) ne soyons pas naïfs, nous sommes dans une compétition internationale pour capter la croissance ».

Le Parlement européen poursuit de son côté ses négociations avec la Commission et le Conseil européen (les chefs d’État) à propos de la transposition de Bâle III en droit européen. L’accord politique – qui laisse intact un vaste champ de problèmes dits techniques, généralement décisifs – prend du retard malgré les tentatives de le faire avancer de la présidence chypriote, et la réunion des ministres des finances du 4 décembre prochain ne pourra pas l’annoncer. La cuisine bancaire à 27 est un art difficile.

Si les États veillent à se garder des marges de manœuvre et les banquiers à préserver leur bonus, le renforcement des normes de liquidités est le grand sujet qui fâche, ainsi que la définition précise de ce qui va être admis au rang des fonds propres, car les banques sont notoirement sous capitalisées en Europe, et friandes de titres hybrides (de la dette pouvant se transformer en actions), dont le Comité de Bâle l’est peu à juste titre. La question des liquidités est encore plus cruciale, justifiant que nous y revenions prochainement, car elle éclaire bien le panorama bancaire, comme celle du marché du collatéral.

Enfin, la mise en œuvre de la supervision des banques est retardée et va s’étaler jusqu’en 2014, selon les prévisions actuelles de Michel Barnier, le commissaire en charge. Combien de temps sera nécessaire pour concevoir une nouvelle usine à gaz à l’efficacité douteuse, en évitant l’écueil d’un amendement au Traité de Lisbonne qui rallongerait encore les délais et dont personne ne veut ? Prise sous les tirs croisés des pays européens n’appartenant pas à la zone euro et de l’Allemagne, cette union verra-t-elle jamais le jour ?

Bon an mal an, les banques renforcent cependant leurs fonds propres, car c’est seulement à ce prix que les plus bien portantes peuvent accéder au marché, mais elles entendent conserver leur liberté et ne veulent pas entendre parler de durcissement des normes de liquidités, au nom du soutien à l’économie qu’elle deviendraient incapables de poursuivre dans le cas contraire…

Nous n’allons pas jouer les étonnés.

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45 réflexions sur « L’actualité de la crise : LES BANQUES PRENNENT L’OFFENSIVE ! par François Leclerc »

  1. « L’implosion du système de la mondialisation néolibérale »
    Une conférence de Samir Amin donnée dans le cadre du séminaire « Marx au 21ème siècle ». – 1h37 – Paris, Sorbonne. 10 novembre 2012.
    http://vimeo.com/53548140

  2. Il ne nous reste plus qu’à aller au cinéma pour se défouler et se calmer face à la puissance des lobbies bancaires.
    C’est capital, on y projette le dernier Costa Gavras « Le capital », la crise pour les nuls.

    Rappel du post de 13/11 qui concluait par cette note d’espoir (déçu hélas).
    Le Monde « Eco & Entreprise » de ce mardi consacre 2 pleines pages aux CDS.
    « Comment les « CDS » ont attisé la crise de la zone euro ».
    On y parle aussi de « Platts », l’indice du marché pétrolier « spot » et des croisés du Libor : Martin Wheatley adepte de la manière douce et Gary Gensler direct et tranchant.

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/11/12/comment-les-cds-ont-attise-la-crise-de-la-zone-euro_1789137_3234.html?xtmc=cds&xtcr=2

    Post du 13/11
    http://www.pauljorion.com/blog/?p=43405#comment-380050

    1. Costa Gavras, lors d’une interview sur france 3 estime que les politiques ont délégué le pouvoir aux banques et que ce sont les marchés qui dirigent le monde. La journaliste a abondé dans son sens presque avec ferveur.
      Ce qui me parait décallé, c’est que si une autre autorité que celle d’un artiste dit la même chose, les mêmes vont lui clore le bec aussi sec en brandissant la théorie du complot.
      Pour le coup, je me dis donc que les artistes ont une vraie place à prendre pour dénoncer les fondements de cette société. S’ils peuvent s’exprimer, mon Dieu, qu’ils en profitent !

  3. Ne soyons pas naïfs, nous sommes dans une compétition internationale pour capter la croissance

    Frédéric Oudéa dixit …
    Capter la croissance, il aurait mieux fait de parler de prédation, ça aurait eu le mérite d’être moins violent.

    1. Ah bon, y en a pas assez pour tout le monde ? Je croyais que ça tombait du ciel, un peu comme un ruissellement. Si même les théories mentent, où va-t-on ?

    2. Ne soyons pas naïfs, nous sommes dans une compétition internationale pour capter la croissance

      Effectivement il est préférable de parler de prédation. Quels services les banques rendent-elles à l’économie ?, à part étouffer les entrepreneurs et autres PME en ne leur accordant pas les crédits minima nécessaires.
      Conjugué à un ralentissement de l’activité, les conséquences sont terribles : les faillites pleuvent autour de moi, des petites sociétés solides ou anciennes, et pas des canards boiteux. Que ceux qui croient que la Grèce ou l’Espagne c’est loin, que la crise ne les concerne pas et que la Belgique ou la France s’en sortiront toujours se préparent à des lendemains qui déchantent : ça va plonger, et ça va se voir dans les statistiques dans pas longtemps !…

      1. Cette compétition internationale pour capter la croissance n’est qu’une entreprise de destruction collective. Il n’y aura pas de gagnants. Les japonais, chanceux premiers perdants, l’ont bien compris.

      2. En effet Erix, et navré de le constater, mais j’ai été à la gentille « manif » hier après-midi dans ma ville, mais moyenne d’âge : 50 ans, sans trop exagérer je pense.

        J’ai discuté avec des syndicalistes qui m’ont confié que ça les dérangeait également, et qui étaient dégoûtés de compter 500 personnes dans une préfecture.

        J’ai pas envie de m’épancher sur les réactions de passants (jeunes, eux, pour le coup) que j’ai entendues en attendant le départ, ou de ptits jeunes de passage qui rejoignent le cortège en criant à ses potes resté sur le trottoir « allez viens quoi on n’en veut pas ! ». C’était flippant d’entendre ça ! Lui, je l’ai chopé par l’épaule pour lui glisser qu’il la ramènerait pas autant dans 5 ans quand il chialera pour trouver un job de merde en intérim. Pas très constructif, mais sur le coup… J’ai presque pris un coup de vieux pour la peine !

        Alors, solidarité, amour du prochain, tout ça… je sais pas, mais je commence à me dire que y en a vraiment pas mal qui eux vont mériter ce qui va arriver. Y a des vieux largués, des jeunes indignés, des quarantenaires remontés, des salariés révoltés, des retraités révoltés, certes mais il a y aussi des jeunes totalement assimilés dont y aura rien à tirer.

      3. Dans C dans l’air de ce soir Bernard Maris et C. St Etienne ont dressé un tableau éloquent bien que un peu tiède de la situation en Europe.
        Mais lorsque la journaliste portugaise a relaté ce qui se passait dans ce petit pays on ne peut que craindre le pire : nombreux suicides dont on ne cause pas, émigration massive des classes aisées (qu’en pensent les bessons et marines ?), classes populaires abandonnées à leur triste sort et sans espoir, …….
        Où est la solidarité de cette Europe du nord puissante et riche qui piétine les pays du sud, à quand une Europe sociale sans affrontements et concurrences internes face aux défis mondiaux et à la guerre économique toujours plus vive.

  4. La mondialisation poursuit un processus du nivellement vers le bas, après l’ouverture des frontières (baisse des droits de douanes) et l’exploitation de la pauvreté pour baisser les coûts des travailleurs, tout en augmentant les marges bénéficiaires des grandes entreprises privées ou des multinationales qui sont les seules capables de réaliser des importations et exportations massives entre des territoires très éloignés géographiquement.

    La diminution des coûts (investissements plutôt) du travail comme la CSG en France et sociaux sont devenus les enjeux du capitalisme pour accroître ses profits, par la compétitivité comme slogan, la concurrence par les inégalités concernant le droit du travail, les coûts ou les investissements des protections sociales et les revendications des citoyens, vont dans la direction vers un nivellement vers le bas du niveau de vie.

    La mise en concurrence des salariés, qui subissent les délocalisations, et se retrouvent au chômage, et suivit par celles des salariés qui voient leurs droits de la sécurité sociale et du travail baissés progressivement alors qu’il est irréalisable de concurrencer des secteurs géographiques comme en Asie. Pourtant toute concurrence avec des pays comme la Chine ou l’ Inde relève de capitalisme du 19ème siècle, qui ne permets pas de créer des conditions de revenus suffisantes par des salaires de misère.

    La rigueur budgétaire qui frappe l’ Union Européenne, par la spéculation du logement comme en Espagne, appauvrit de nouveau les populations, qui ne pourront pas de toute manière avec une réduction de leurs revenus améliorer la situation économique nationale. Une diminution du circuit de revenus/consommation, comme l’austérité ou la baisse (parfois drastique) du niveau de vie le fait, par le gel des salaires (public et privé) ou une absence de service public, ne va que dégrader la situtation économique et social du pays.

    1. La mondialisation poursuit un processus du nivellement vers le bas,

      Ça Cassepié, tant qu’ce sera pas un coréen ou un chinois qui m’le dira ou au moins qui m’dira où est le haut ou le bas…

      1. « Je déteste l’argot, c’est une convention littéraire, un jargon artificiel de tartarins et de matamores.
        Moi je trace en langage populaire, c’est différent. » Michael O’Diarr

      2. >Vigneron

        Tu peux aller lire les résultats d’une enquête de sociologie portant sur plusieurs dizaines de milliers de chinois dans The End of the Chinese Dream de Gerard Lemon chez Yale University Press

        Eux n’ont plus ne sont pas satisfait de la situation actuelle contrairement à ce que racontent complaisamment le PCC, les patrons occidentaux et chinois et nos journaux…

      3. suffit d’aller sur les forums de voyage, pas les organisés bien sûr, ceux qui passent en chine en racontent des vertes. le tissu social est mal en point, les campagnes se vident, les mégapoles polluées enflent, l’environnement est ravagé, la déforestation entraine tempêtes de sable et inondations, la corruption règne, la brutalité policière idem ect… apparemment l’inde s’en sort mieux.

  5.  » seule la Chine et l’Inde ont adopté les directives finales de Bâle III  »

    Si je comprends bien, ces 2 pays se mettent en position de mieux résister que nous au prochain « Lehman ». Stratégie qui serait alors fort avisée, n’est-il pas?

    1. >Bernique

      Et ils vont les appliquer les belles directives? Parce que sur le papier, la constitution Chinoise est l’une des plus démocratiques du monde…

      1. Article 1 : La République populaire de Chine est un Etat socialiste de dictature démocratique populaire dirigé par la classe ouvrière et fondé sur l’alliance entre ouvriers et paysans.
        Le système socialiste est le système fondamental de la République populaire de Chine. Il est interdit à toute organisation ou tout individu de porter atteinte au système socialiste.

        Article 39 : Le domicile des citoyens de la République populaire de Chine est inviolable. Il est interdit de perquisitionner ou de pénétrer illégalement dans le domicile d’un citoyen.

        le 50 est plutôt litigieux : La République populaire de Chine protège les droits et intérêts légitimes des Chinois d’outre-mer, les droits et intérêts légitimes de leurs familles et de ceux qui sont rentrés en Chine.

        gros merci le blob, mais faire bouger un tel mammouth…

      2. Les articles 33 et 35 a eux seuls sont de la bombe atomique… Alors, vous imaginez le reste de la constitution appliquée?

        Article 33 : Est citoyen de la République populaire de Chine tout individu qui a la nationalité de la République populaire de Chine.
        Tous les citoyens de la République populaire de Chine sont égaux devant la loi.
        Tout citoyen bénéficie des droits fixés par la Constitution et la loi ; il doit, et en même temps il a le devoir de se plier aux exigences prévues par la Constitution et la loi.
        L’Etat respecte et protège les droits de l’homme.

        Article 35 : Les citoyens de la République populaire de Chine disposent de la liberté de parole, de presse, de réunion, d’association, de défilé et de manifestation.

        Faut pas rêver, la Chine n’a pas la même conception de la loi et du droit que nous autres français: la plupart du temps ils prennent des lois, pour suivre les canons de la modernité, les citent mais ne les appliquent pas, ou pas selon notre conception ou selon la signification que nous donnons à leur texte.

        Donc l’application de lois sur des domaines aussi porteur de corruption et de profits indues que le domaine financier, ben j’ai comme un doute sur leurs respects…

      3. Mais le piquant de la situation c’est que cette constitution chinoise est prise très au sérieux par des chinois de plus en plus nombreux. Celle-ci est devenue la référence incontournable pour tout chinois qui lutte contre une injustice. On a beau dire que la Chine c’est la Chine, qu’elle a sa propre civilisation, qu’elle n’aurait pas les mêmes valeurs, elle n’en est pas moins perméable aux courants d’idées qui viennent de l’extérieur.

        Mais ce n’est pas vraiment nouveau. La chine ce n’est pas seulement le taoïsme et le confucianisme, c’est aussi le bouddhisme venu d’Inde.
        Il eut même les faveurs d’une impératrice chinoise de la dynastie Tang.
        Le 4 mai 1919, « Monsieur science et Monsieur démocratie » étaient invités sur les calicots des étudiants chinois qui défilaient pour protester contre l’attitude du Japon. Il s’ensuivit toute une période d’éclosion intellectuelle et littéraire, dont le plus illustre représentant fut Lu Xun.

        Plus près de nous, avant la répression de Tian’an Men il y eut même un secrétaire général du PC chinois, Hu Yaobang pour faire son autocritique au Tibet où lors d’un voyage il admit que la liberté de croyance devait être respectée. Secrétaire général du PPC de 1980 à 1987 il tenta aussi de mener de front modernisation économique et politique, mais sans grand succès, le clan conservateur représenté par Deng Xiaoping ayant eu le dernier mot.

        Ceux qui ne voient que le développement du capitalisme en Chine oublient cette période charnière des années 80, où les intellectuels pouvaient se livrer à la critique radicale des traits les plus conservateurs de la civilisation chinoise. Je pense par exemple à une série télé qui eut à cette époque un énorme succès : He Shang. Une réflexion sur la civilisation chinoise avec pour fil rouge le Fleuve jaune, considéré comme le berceau de cette civilisation.

        Ensuite, après l’opération sanglante de maintien de l’ordre à Tian’an Men la parenthèse s’est refermée pendant près de deux décennies. La glaciation idéologique a fait son oeuvre. Avec le vide sidéral provoqué par l’introduction d’une économie basé sur le slogan « enrichissez-vous » (Deng) on assistait pour combler le fossé au retour des valeurs confucéennes dans le discours officiel, non pas pour prôner son humanisme, mais pour mettre l’accent sur ses cotés les plus conservateurs, avec un succès plus que mitigé.

        Il faudra donc attendre le succès incroyable de l’Internet en Chine pour qu’à nouveau le débat public retrouve une nouvelle vigueur.

        Les chinois ne font plus que copier le capitalisme et la technologie occidentales, ils font beaucoup mieux, ils s’approprient le droit constitutionnel (la loi en Chine avait jusqu’ici toujours été d’abord le code pénal), pour se livrer à une critique plus ou moins larvée du régime.

        IL y a une vingtaine d’années les dissidents étaient vraiment isolés en Chine. Même en dehors de la Chine ils étaient critiqués par beaucoup de leurs concitoyens. Avec l’internet les choses sont en train de changer.
        On ne compte plus les blogs tenus par des chinois de l’étranger très informés. Des blogs qui sont lus en Chine même. La censure est contournée.

      4. avec internet les choses vont si vites. entre mes parents et moi ce n’est pas un changement d’époque, comme entre eux et leurs parents, mais carrément un changement d’ère. la chine, l’inde, le moyen-orient n’y couperont pas.

      5. Ce que je ressens , c’est que la demande de participation plus directe à la vie du pays , dans l’expression du besoin , la forme des possibiltés de le satisfaire , son contrôle , est un peu la m^me que ce soit dans nos démocraties occidentales trop soumises aux idéologies du capital , ou dans une démocratie populaire chinoise soumise à une idéologie fossilisée dans un appareil archaïque , investi par la corruption et sans outil économique satisfaisant autre que celui de faire courir les chevaux lui aussi .

        Est ce aller trop loin que de penser que l’attente des peuples occidentaux et celle du futur peuple chinois , peuvent converger vers cette remise en cause du capital , du temps , du travail , de la gestion des ressources mondiales … et la revendication de pratiques démocratiques qui leur rendent le monde à portée d’intelligence ?

      6. juan, chose étrange ici bas, modération et sagesse sont considérées comme subversives… à l’instar du taoïsme, philosophie de la modération s’il en est et combattue comme anarchisante, à l’instar du christianisme dont le prophète fut d’abord un rebelle. européens et chinois sont faits pour s’entendre.

        la chine fascine, peut-être parce qu’au fond elle nous est accessible, l’inde, pourtant affirmée plus proche, beaucoup moins.

      7. « Est ce aller trop loin que de penser que l’attente des peuples occidentaux et celle du futur peuple chinois , peuvent converger vers cette remise en cause du capital , du temps , du travail , de la gestion des ressources mondiales … et la revendication de pratiques démocratiques qui leur rendent le monde à portée d’intelligence ? »

        Voilà ! Je pense que les population du globe sont prises actuellement dans une enclume . Car TOUS les Pays, quelques soient leurs régimes, sont pris dans la nasse capitalistique sans frein, avec – pour les Pays ayant lutté pour, de façon quasi constante – l’arrêt d’une juste redistribution, et d’un regard égalitaire ; pour ceux n’ayant jamais connu cela, la vision tragique de n’être pas au bout de leur peine …
        Ce ne sont même PLUS les régimes – comme je le croyais encore il y a peu, qui sont à montrer du doigt, mais les ploutocrates mondiaux. , qui, en fait, se moquent des populations : l’europe est un exemple magistral sur la façon dont on traite en plein XXI° siècle une (puis des …) populations, l’acculant à la misère, la perte du sens, la perte des solidarités, privatisant le bien public ( commun) faisant immanquablement remonter les fascistes …

        Voilà pourquoi montrer du doigt un régime, m’apparaît maladroit et dérisoire – car dans feues nos démocraties – presse mainstream aux ordres, et refus de tout contre-pouvoir – nous ne pouvons guère nous permettre de donner des leçons …nous sommes dans une immense dégringolade sur ce point !

        J’ajouterais que j’ai en horreur toute forme de dictature, celle de la phynance étant peut-être la plus dangereuse .

  6. Monsieur,
    Le gouvernement français vient d’annoncer l’interdiction des opérations de trading HF
    et celle de la spéculation sur les produits agricoles.
    A-t- il les moyens de cette politique très souhaitable ?
    J’ai entendu dire que ces opérations échappaient justement à tout contrôle.

  7. Si y’en a bien des qu’ont aucune envie de voir des mastodontes bancaires venir soutirer sous leur nez des cuves entières de centaines de Mds de grollars et roros, ni d’ailleurs de se voir contraints de les recapitaliser avant que ce ne soit absolument-absolument-obligatoire obligatoire, c’est bien les Zétats… C’est pas les comptables qui vont les faire plier, ni les unes ni les autres. Juste les déposants.

  8. La solution ne serait il pas de jouer un gros coup de poker en expliquant aux banques que soit elles refont leurs boulot comme avant soit on plonge tous, elles et leurs dirigeants (car ce sont bien d’eux que nous parlons) compris. Et vaille que vaille puisse que toute manière toutes ces réformes ne fonctionnent pas… Il n ‘y a qu’à entendre parler de ces histoires de grec qui s’inocule le vih pour subsister.
    Faut il citer les suicides ? Les expropriations ? Les vies détruites ?
    C’est l’effroi.

    Au moins quitte à être dans la merde, ils y seraient aussi. Un moyen comme un autre de les faire murer…..

    1. « Faut il citer les suicides ? »

      Oui, citez moi le nombre de suicides et comparez le avec le taux chez France Telecom. Ensuite revenez me voir avec le nombre de décès dûs à l’amiante, histoire qu’on se fasse une idée du désastre dont vous parlez. Et si vous êtes encore convaincu de votre théorie, méditez un peu sur la mise en examen de Martine Aubry 25 (vingt-cinq y’a pas d’erreur) ans après les faits .

      1. Ne l’oublions pas… Rudolf Hilferding…

        quote
        Ne pouvant recevoir qu’une aide provisoire de la part des anciens dirigeants socialistes français, Hilferding tente d’embarquer à Marseille pour les États-Unis pour échapper à un avis de recherche lancé par la police allemande. Malgré les contacts et les aides dont il dispose, Hilferding est capturé, avec Rudolf Breitscheid, à Arles en février 1941 par la police vichyste et livré à la Gestapo. Interné à la prison de la Santé, Hilferding s’est probablement suicidé dans sa cellule le 10 février 1941.
        unquote

  9.  » Un trader passe…. »

    excellent !!!

    ça fait mieux que  » un vautour passe « , et ça revient au même …

    Des « anges », il ne reste plus que les hell’s angel …

  10. en tout cas, c’est vous qui le dîtes : les banques renforcent leur fonds propres… donc leur solidité. Un chat est un chat.

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