DERRIÈRE LE SOURIRE DE 50’48 », par Cédric Mas

Billet invité. Deuxième commentaire sur mon intervention au théâtre du Rond-Point : celle de Cédric Mas.

La première impression est ce sourire énigmatique de la 50ème minute (50’47 » et 50’48 » exactement) à l’issue d’une conclusion extraordinaire par sa résonance (vous l’écrivez comme vous voulez). J’y ai vu un homme content du tour qu’il venait de jouer à tous ces spectateurs venus pourfendre le Grand Capital et la finance aveugle (et les questions qui suivront montrent à quel point c’était vrai), et auquel il a pu exposer une description des mondes parallèles empruntant aux avancées les plus sérieuses et arides de la Science. Cette infinité des possibles qui s’effilochent devant nous au gré des choix faits par la Nature et parfois par nous. Ce sourire me marquera longtemps.

La deuxième impression est une avancée extraordinaire dans sa réflexion, prenant pour base son vécu, mais réordonnancé vers une véritable réflexion sur la vie. Malgré ses dénégations et ses refuges d’humilité, c’est à un véritable travail de philosophie pure qu’ont pu assister les heureux spectateurs d’un soir, recréant sur le rond-point les portiques d’un autre temps.

Cette avancée interroge à plus d’un titre, à la fois par ce qu’elle dévoile que par ce qu’elle n’achève pas. Ce qu’elle dévoile c’est d’abord l’ouverture d’une extraordinaire potentialité d’avancée (ce que Paul appelle le « scoop » de cette soirée).

Je ne souhaite pas développer ici ce que cette idée d’univers multiples, comme réalité permettant de dépasser sa propre conscience de la mort, peut apporter à l’Humanité en permettant de régler ce besoin de religion (même si la question de la douleur de la mort d’un proche reste entière). Certains débats récents montrent que c’est un terrain sensible pour beaucoup d’entre nous, moi le premier. Ce qu’elle dévoile, c’est aussi l’aboutissement d’un cheminement autour de la notion de vertu, abordée en citant plus Sade que St Just d’ailleurs. Cette Vertu, qui implique pour chacun de faire montre des vertus dont on a reçu l’exemple de plus illustres Hommes, ne peut se concevoir sans une sincérité intérieure, les juristes parleraient de « bonne foi ». Mais aussi cette Vertu a besoin d’un « moteur » pour redevenir l’arbitre de nos actions, le Pôle de vers lequel la boussole de notre liberté « relative » doit nous guider. Ce moteur ne saurait être ni religieux, ni faussement laïc, et c’est le retour de l’Honneur, de la Dignité, notions désuètes, qui prennent place dans la pensée de Paul à côté de la Fraternité. J’y ajouterai pour ma part le respect pour ce que nous sommes : au regard de ce que l’Homme a réussi à accomplir et de ce dont nous sommes l’aboutissement, nous n’avons pas le droit de nous salir de nous abaisser à des actes néfastes, aux vices et à la corruption. Nul besoin d’affirmer que l’Homme est à l’image d’un dieu quelconque pour refuser qu’il se défigure lui-même par ses turpitudes et ses faiblesses.

J’entrevois donc de nouveaux travaux allant plus loin encore dans la recherche d’une méthode pour résoudre cette Crise qui devient une véritable crise existentielle collective, ce qui implique des réponses bien plus larges que quelques rustines sur le droit bancaire… Sans présumer, deux pistes aussi intéressantes l’une que l’autre doivent être explorées. D’une part, celle de cette voie de la dignité, de l’honneur et de la sincérité, notions nouvelles (dans « Le temps qu’il fait » en tout cas, pour autant que je sache). D’autre part, celle de la recherche de connexions entre le savoir immense amassé par des siècles de penseurs sur nous-mêmes, et les décideurs politiques : il y a là une vraie réflexion à mener pour organiser cette connexion dont la nécessité devient vitale.

Il reste en revanche ce qui n’est pas achevé : c’est le but de cette méthode. On sent bien que Paul a une idée derrière la tête (son sourire énigmatique de 50’48 » peut-être ?), mais qu’il évite de l’aborder. Le contournement est si complet que l’on ne sait pas où il veut aller avec cette méthode. J’ai une petite idée de la question, mais je ne suis pas sûr d’avoir bien compris ou entendu.

 

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