JOUIR POUR PAS CHER, par Un Belge

Billet invité.

L’Office du Tourisme de Luxembourg propose au visiteur une foule d’activités. Après hésitation, j’ai fait l’impasse sur un récital de musique militaire au Cercle Municipal, Place d’Armes, et opté pour le « Circuit Vauban », très bel itinéraire urbain qui permet d’apprécier ce que la ville doit à Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban (1633-1720), génie des citadelles sous Louis XIV.

Marchant paisiblement sur le « Chemin de la Corniche » (belvédère recommandé), j’ai discuté brièvement avec un couple de notables vénézuéliens, en vacances eux aussi.

– Ah ! La Belgique… Eddy Merckx, me dit-il.
– Ah ! Le Venezuela… Hugo Chávez, dis-je (jetant involontairement un léger froid).
– Comme tout est calme ici… dit-il.
– Hier, samedi soir, il y avait du mouvement, dis-je.
– Chez nous, ce n’est pas comme cela, dit-il, ce n’est vraiment pas calme.
– Chez nous non plus, dis-je, mais ici, c’est une ville riche et tranquille… Vous restez longtemps ?
– Quelques jours. Nous voulons voir Genève, Munich et Bruges. Puis nous repartons…

Je me suis interrogé sur les critères qui avaient présidé au choix de ces villes… J’ai médité sur le sort tragique du voyageur nanti, déchiré entre la morne sécurité des villes-forteresses (ou -musées) et la brûlante séduction des cités-poudrières. Puis nous nous sommes dit « Au revoir et bonne route ».

Poursuivant mon « circuit Vauban », je suis redescendu pour traverser le charmant faubourg de Pfaffenthal, jadis repaire du petit peuple et des artisans, qui utilisaient l’eau de l’Alzette. Un panneau m’informait que, pendant longtemps, ce hameau était resté en dehors de l’enceinte fortifiée qui protégeait la « Ville Haute ». Malgré cela, depuis toujours, les braves habitants de Pfaffenthal restaient connus pour « leur franc parler et leur sens de la fête »…

Décidément, ai-je pensé, tel est bien aujourd’hui comme hier ce qu’on attend du Bon Peuple : qu’il soit pittoresque et fasse la fête… à l’extérieur des murailles des Villes Hautes. Il s’agit que l’on puisse descendre jusqu’à lui quand on le souhaite, par exemple pour s’amuser… mais qu’il ne puisse pas, lui, monter. C’est le Mauvais Peuple qui cherche à faire entendre sa voix et à imposer sa présence intra muros.

Hélas ! Comment faire pour séparer le bon du mauvais peuple ? N’est-ce pas cette difficile question qui hantait les propos de mon compère vénézuélien, promenant son ennui de Bruges à Munich, de Luxembourg à Genève? Et n’est-ce pas là l’éternel problème des élites : comment faire pour jouir du peuple quand on veut, comme on veut, et à moindre coût ?

(A suivre)

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