« Le Blog de Paul Jorion » : défense et illustration du
« simple spectateur »
, par Bernard Hennion

Billet invité.

Je viens d’écouter votre dernier Temps qu’il fait.
 Je trouve relever d’une saine recherche d’efficacité de votre part le fait de construire un groupe restreint autour de vous, ces trente amis dont vous parlez, pour avancer sur le « que faire maintenant ? », sans que ce groupe reste enlisé dans des contradictions insurmontables de points de vue, ou simplement ne trébuche sur une incompressible inertie populationniste, sans parler des egos…

 Ceci dit, j’ai trouvé un peu maladroit de votre part ce terme de « spectateur » pour les « 7 milliards – 30 » autres êtres humains sur terre… Enfin les x internautes…
 
Et même si vous désigniez comme « spectateur » seulement les gens qui s’intéressent à votre blog, ou le suivent de près, ceux-ci n’en sont pas pour autant passifs, une nuance psychologique importante, il me semble.
 Par exemple le fait de ne pas avoir de notions de macro-économie bien précises empêche effectivement d’apporter de l’utilité au sein du groupe des trente en question.
 Mais n’éloignez pas de votre blog par des termes réducteurs, ou hiérarchisants, plein de gens qui, pour n’être pas économistes, ne se sentent pas du tout « spectateurs ». Simplement cette couronne plus large autour de votre blog, ressent plus ou moins intuitivement, les injustices, les impasses, la lente agonie qui va s’accélérant… Et un grand nombre agissent déjà, à leur manière.

Et sans doute aussi un grand nombre de gens ignorant tout de votre blog, qui n’en sont donc pas spectateurs, n’en sont pas moins influencés par vos analyses, du simple fait de la viralité culturelle d’une époque…

 Je vous dis cela en ami, car c’est contraire à votre philosophie me semble-t-il, d’exclure, ou de diminuer. Il s’agit au contraire de réussir à convaincre le maximum de gens de ce mur devant nous, des voies de son contournement, de son renversement culturel, puis constitutionnel, du capitalisme à l’agonie…

Par exemple une synthèse des débats de fond, que vous réussissez, ou réussirez j’en suis sûr, à formuler au sein des trente amis sera toujours du plus grand intérêt pour tout le monde ! Et vous avez déjà démontré votre grande capacité à vulgariser, dans le bon sens de ce terme, à faire partager largement vos connaissances si utiles à tous. Et vous continuerez j’en suis convaincu, à nous faire partager ce travail des trente…

Il y a sans doute des « spectateurs » autour de votre blog. La belle affaire ! D’abord, ils sont sans doute minoritaires… Et ensuite, et quand bien même ! En quoi sont-ils gênants ? Est-ce un défaut de savoir voir ? Et n’est-ce pas votre première qualité, que d’avoir su bien voir ?

Vous avez raison d’être fier de votre travail d’énorme clarification d’abord, d’action qui se pose ensuite maintenant. 
Je crois que la formule « comprendre pour agir » est fondamentalement totalement vraie. 
Bref, il ne faudrait pas confondre me semble-t-il : « désir de s’instruire » ou « soif de comprendre », avec « rester passif », ne pas s’impliquer ou rester « spectateur »…

Quant à vous, vous avez l’avantage de bien comprendre, de bien savoir « lire » ce qui se passe, dans les sphères financières par exemple… Ce qui n’est pas donné à tout le monde ! Tout ce qui touche à ces sommes énormes, non familières, si étrangères au plus grand nombre… Tout ce qui est « beyond the cliff of our own designing », comme dit si justement Steinbeck… Que signifient en effet 2000 milliards d’euros ? Pour moi ? Pour… vous !

 Et donc, vous avez une longueur d’avance potentielle dans l’action nécessaire aujourd’hui…

Profitez-en ! Courage, faites-vous plaisir ! Continuez, rien n’est grave ici, ce mot : « spectateur », c’est peut-être juste une impression faussement négative, subjective de ma part… Oubliez alors, je vous prie, tout ce que je viens de vous écrire…

 Comme disait la belle chanson : LES MOTS de Mamma Béa Tekielski :

Les mots sont trop grands, ou bien trop petits,
les mots n’ont jamais la bonne pointure !
C’qu’on a sur le cœur, à quoi bon le dire :
puisqu’on n’a pas tous le même délire,

on n’est jamais sûrs d’être bien compris.
Tu crois que tu parles, et quand t’as fini,
tu t’aperçois que tu n’as rien dit…

Un « acteur » qui cherche à « voir », à comprendre…
Vive les artistes !

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