FUKUSHIMA, MON AMOUR, par François Leclerc

Billet invité.

En défendant la candidature de Tokyo pour les Jeux Olympiques de 2020, le premier ministre Shinzo Abe a pour le moins témoigné d’une incontestable confusion, suscitant dans le pays de toutes autres réactions que la joie éclatante d’avoir gagné. Il a affirmé que la situation était sous contrôle, renforçant cette vérité officielle en confondant la décision de faire monter en première ligne le gouvernement avec la réalité de la situation à la centrale de Fukushima Daiichi, qui vient encore de se détériorer. Une cellule gouvernementale va engager une réflexion afin de « prendre d’ici la fin de l’année des dispositions concrètes » a annoncé mardi matin le porte-parole de l’exécutif, Yoshihide Suga, voulant ainsi montrer que la mesure des événements avait été prise en témoignant du contraire.

Au sein des milieux scientifiques, sur les réseaux sociaux, et même dans des grands médias, la crainte est apparue que les informations soient dissimulées et que le silence s’instaure désormais pour accréditer les propos du premier ministre. En affirmant que le gouvernement voulait « renforcer la communication », le porte-parole n’a pas vraiment rassuré, car il n’y a qu’un pas à franchir entre le contrôle de la situation et celui de la communication.

Lors de sa présentation à Buenos Aires de samedi dernier, le premier ministre a trouvé les mots les plus catégoriques pour exprimer les plus grandes contre-vérités : « ne regardez pas les titres des journaux, regardez la réalité : les conséquences sont bloquées dans un rayon de 0,3 kilomètre [autour du site] » et « il n’y a pas eu, il n’y a pas, il n’y aura pas de soucis sur la santé ». Lorsqu’une telle distance apparaît entre les faits et leur présentation, il y a incontestablement danger. Venant infirmer ces propos, l’opérateur de Fukushima a aujourd’hui annoncé la découverte d’une nouvelle poche souterraine d’eau fortement contaminée au césium, tritium et strontium, proche du réservoir d’où ont fui 300 tonnes d’eau, mettant en évidence sa destination.

Inexorablement, la centrale continue de contaminer son environnement immédiat, rendant son endiguement encore plus illusoire et les propos du premier ministre des paroles en l’air. Yuhei Sato, le gouverneur de la région de Fukushima l’a pris au mot : « M. Abe a dit à la communauté internationale que le gouvernement allait prendre la responsabilité du traitement du problème d’eau contaminée, je veux qu’il tienne sa promesse. »

La seule promesse qui soit déjà lancée, afin de rassurer sans attendre l’opinion, est que la cellule gouvernementale fera appel à des « experts étrangers », le tout dernier recours. Implicitement, cela vaut déjà désaveu. En attendant le temps passe, la pollution se poursuit et le risque qu’un nouvel événement incontrôlé n’intervienne s’accroît…

Mais comment reconnaître une impuissance qui va progressivement se révéler par elle-même ? La décision du Comité olympique est-elle l’aveu d’une connivence ou le signe funeste de l’inconscience ?

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