LA PAROLE DU PAPE, CE N’EST PAS RIEN, par Jacques Seignan

Billet invité, en réponse au billet de Jeanne Favret-Saada

Je ne suis pas d’accord avec Madame Favret-Saada. Je lis toujours avec grand intérêt ses billets intelligents et souvent originaux mais celui-ci est pour moi ‘à côté de la plaque’. Le pape François n’est pas socialiste et ne le sera pas certes car il a été élu pour être le pape catholique. Elle dit : « (…) mais seulement qu’il est impossible de lui attribuer sérieusement aucune opinion, y compris en matière de « théorie économique »

Je suis de nouveau allé lire ses déclarations et voici ce que l’on trouve :

« De même que le commandement de “ne pas tuer” pose une limite claire pour assurer la valeur de la vie humaine, aujourd’hui, nous devons dire “non à une économie de l’exclusion et de la disparité sociale”. Une telle économie tue. »

Théorie du ‘trickle down’ ou ruissellement social vendue depuis 30 ans par les néolibéraux :

« Dans ce contexte, certains défendent encore les théories de la “rechute favorable”, qui supposent que chaque croissance économique, favorisée par le libre marché, réussit à produire en soi une plus grande équité et inclusion sociale dans le monde. Cette opinion, qui n’a jamais été confirmée par les faits, exprime une confiance grossière et naïve dans la bonté de ceux qui détiennent le pouvoir économique et dans les mécanismes sacralisés du système économique dominant. En même temps, les exclus continuent à attendre

Sa conclusion :

« Une réforme financière qui n’ignore pas l’éthique demanderait un changement vigoureux d’attitude de la part des dirigeants politiques, que j’exhorte à affronter ce défi avec détermination et avec clairvoyance, sans ignorer, naturellement, la spécificité de chaque contexte. L’argent doit servir et non pas gouverner ! ».

Ce ne sont peut-être pas des « opinions économiques », mais en tout cas le Pape explique très bien les problèmes moraux posés par le néolibéralisme avec des mots forts et clairs. Et ça, ce n’est pas rien. Toutes les voix sont bienvenues et cette voix a une portée universelle !

Par exemple, je constate souvent la force de cet argument débile selon lequel les riches ne doivent plus payer d’impôts car ils créent des emplois. Cette idée comme celles visant à  stigmatiser les « assistés », (le nom des pauvres en novlangue), ont une trop grande force dans la société et surtout dans les couches moyennes. Elles sont enfoncées dans la tête des gens par l’immense majorité des « experts » économiques stipendiés. Que le Pape s’élève contre des éléments essentiels de cette idéologie n’est pas anodin. Peu importe si son approche semble jésuitique ! Il m’est égal de comprendre ses arrières pensées.

L’important est d’unir ! Encore une fois je vois dans ces critiques une façon de nier l’absolue nécessité de s’appuyer sur toutes les forces anti-systèmes d’où qu’elles viennent. Et la parole du Pape, ce n’est pas rien.

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