Justice sociale : LE RECOURS AUX BONNES Å’UVRES, par François Leclerc

Billet invité

Le parallélisme est frappant. Barack Obama, à l’occasion de son discours sur l’état de l’Union le mardi 28 janvier, et Angela Merkel, afin de présenter au Bundestag aujourd’hui mercredi les projets de son nouveau gouvernement, ont tous deux manifesté une même préoccupation de justice sociale.

Conscient que ce qui unit les Américains est « la croyance simple et profonde que chacun peut réussir », le président a averti le Congrès qu’il se passerait de son feu vert pour prendre des mesures réduisant les inégalités, afin « d’accélérer la croissance, renforcer la classe moyenne et créer des nouvelles passerelles vers la classe moyenne ». La chancelière a de son côté déclaré qu’elle voulait « mettre les gens au cœur de son action », estimant que « l’humanité d’une société se manifeste dans sa manière de traiter les plus faibles, les vieux et les malades » (ce qui est déjà un début).

Au-delà des doutes que l’on peut avoir à propos de la traduction et de la portée de ces bonnes intentions, elles n’en révèlent pas moins une inflexion. Moins, il est vrai, aux États-Unis où la défense de la classe moyenne est à la base de tout discours politique, tous bords confondus. En Europe, entre les effets conjugués de la réforme du marché du travail, de la diminution de son coût et de la réduction des filets de sécurité sociale et des retraites, la question se trouve posée de savoir à quel rythme l’Espagne, la Grèce, le Portugal et l’Irlande vont faire école. Aux États-Unis, où le retour de la croissance est salué, celle-ci n’est pas sans relation avec la relance du crédit, de la hausse des revenus réservée à une petite minorité, sans oublier de mentionner la seule statistique du sous-emploi qui vaille : l’évolution du rapport entre ceux qui sont en âge de travailler et ceux qui y parviennent.

Revenue pour un temps dans l’actualité et destinée à n’en pas disparaitre, la distribution inégale de la richesse se poursuit. Son moteur n’étant pas recherché, et encore moins enrayé, elle n’est pas prête de s’arrêter. Reste à la rendre supportable afin d’éviter des explosions sociales. L’intérêt nouveau que suscitent, en raison de leur rôle d’amortisseurs, l’économie du partage et le développement du secteur informel, en est une des facettes. Comme s’il était désormais acquis que la « Tiers-mondisation » de nos sociétés était inéluctable et anticipée, de même qu’il est désormais acquis que la crise va se poursuivre longtemps.

Les banques centrales et les États sont au chevet du capitalisme, tandis que l’assistanat est stipendié par les bonnes âmes au nom de la complaisance dont il procède. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de la situation, qui révèle que ce monde marche sur la tête et que ceux qui le justifient sont des idéologues attardés dans le siècle.

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