Qu’est-ce qui conduit quelqu’un à vous transmettre un mail dont la plausibilité du contenu est nulle et dont le seul mérite est sa capacité à vous couper le souffle ? Eh bien, précisément cela : notre addiction au « souffle coupé », à l’émotion brute.
Que ne ferions-nous en effet pour la grâce d’une émotion dans notre monde d’indifférence, de désensibilisation, de résignation fataliste à la fin du monde, d’autorités morales suggérant aux chaînes de TV de faire de la torture autre chose qu’une banalité – n’est-elle pas interdite après tout par la Déclaration universelle des droits de l’homme ? je vous le demande !
Google, Twitter, vous offrent le moyen d’évaluer l’impact de votre communication, et là, le message est clair, les chiffres ne pardonnent pas : ignorez superbement l’information, la seule dimension vendeuse est le sensationnalisme : prenez votre lecteur à contre-pied, à rebrousse-poil, au dépourvu, et Bingo !
Les nationalistes ukrainiens sont en réalité des extra-terrestres ! Bingo !
Les banques créent de toute pièce l’argent qu’elles vous prêtent, et ont néanmoins le culot de vous réclamer des intérêts ! Bingo !
Moins c’est vraisemblable bien entendu, plus le bénéfice en termes de souffle coupé est grand à l’arrivée !
C’est comme cela – comme je viens de le dire – que l’on discrédite l’Internet. Mais soyons sérieux : la popularité du sensationnalisme, du « souffle coupé », ne doit rien à l’avènement du numérique : elle est vieille comme le monde ! Et pourtant, c’est à désespérer ! sur le très long terme, allez comprendre ! la raison finit toujours par l’emporter, par avoir le dernier mot.
« Le dernier mot », enfin jusqu’ici… Dieu sait où l’addiction au « souffle coupé » finira par nous entraîner…
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