La grainette, une monnaie internationale de capitalisation de la biomasse, par Pierre Sarton du Jonchay

Billet invité.

Extrait de la discussion que nous avons avec Hélène Nivoix qui promeut la grainette.

La grainette serait-elle convertible en euro, en dollar, ou autre ?

Une monnaie complémentaire spécifique inconvertible rend toute mutation de l’économie actuelle concrètement impossible. Pour qu’un écosystème ré-humanisé durable puisse naître et remplacer l’actuelle économie de prédation il faut pouvoir acheter le travail et les innovations disponibles dans la réalité actuelle financée par les pseudo-monnaies actuelles. Pour que la grainette soit effectivement un instrument d’échange et de financement de l’économie réelle, il faut nécessairement un dispositif financier de conversion et de change en grainette des prix actuels qui sont en fausse monnaie mais par quoi nous échangeons encore provisoirement.

Si nous voulons vraiment sauver les conditions d’une vie sur cette planète, nous devons susciter une communauté humaine multinationale territorialisée de coopération à la régénération de notre milieu de vie. Les nouveaux modes du vivre ensemble dans des lieux identifiables de la planète constitueraient des écosystèmes générateurs d’une nouvelle richesse qui ne peut pas exister dans le monde actuel de la concurrence pure et parfaite entre des intérêts privés exonérés de toute obligation réelle d’intérêt général.

La représentation financière par une monnaie internationale d’un intérêt spécifique de l’humanité à la restauration d’un mode de vie durable est constitutive d’un nouvel État international de politique économique. Une transformation plus favorable à la vie humaine peut s’opérer dans le système économique mondial par l’avènement d’une monnaie internationale émise sur la biomasse terrestre saine. Une telle monnaie devient un outil d’échange et de financement, par la production du système économique actuel, du milieu de vie humain durable qu’il est actuellement impossible de concevoir et de produire.

A vrai dire le problème et la solution ne sont pas d’ordre technique ou scientifique mais de nature philosophique et idéologique. La chambre de compensation de Keynes existait en fait avant la révolution capitaliste du XIXème siècle qui a instauré la titrisation privée du capital hors de la surveillance de l’intérêt général par la puissance publique démocratique. Les Etats-Unis ont rejeté la proposition de Keynes en 1944 car elle aurait restauré un contrôle public international coopératif sur la circulation et l’utilisation du capital. Le système financier étatsunien qui a toujours été exclusivement privé et qui était gestionnaire de la dette mondiale au sortir de la deuxième guerre mondiale ne pouvait pas accepter que l’intérêt général national ou international interférât dans ses affaires.

L’efficacité technique de la compensation monétaire du capital est connue et maitrisée depuis les origines du capitalisme, c’est à dire depuis le moyen âge. Il n’y a donc aucun obstacle matériel à sa restauration immédiate. Il suffit concrètement de subordonner les crédits des banques centrales à une négociation publique officielle équitable des titres financiers déposés en collatéral de la liquidité monétaire centrale. Donc il suffit que le marché monétaire interbancaire soit public et contrôlé par le pouvoir politique judiciaire indépendant des intérêts économiques privés et du pouvoir politique législatif et exécutif.

Dès que le marché de la monnaie est déprivatisé et réinternationalisé, il devient immédiatement possible de mutualiser les risques sur des actifs publics que les marchés financiers actuels ne peuvent pas valoriser du fait qu’ils sont des biens communs. La biomasse dont l’humanité vit concrètement est un bien commun terrestre sans prix dans les marchés actuels car inappropriée à des intérêts privés. Dès que le marché monétaire redevient public, il devient possible de titriser la biomasse au nom d’une communauté humaine identifiable formellement constituée de toute personne physique ou morale manifestant son intérêt pour le substrat biologique de la vie terrestre.

A la condition d’un marché monétaire public, la titrisation de la biomasse est réellement garantie et monétairement assurée par la communauté humaine des amis financièrement déclarés de la vie terrestre. Plus la vie terrestre saine est désirée et effectivement produite selon les normes démocratiquement établies par la communauté des amis de la biomasse, plus la grainette est achetée sur le marché des changes contre les autres monnaies dans lesquelles sont valorisées les activités économiques exclusivement privées qui sont nécessaires à la régénération du milieu de vie commun. Dans une chambre de compensation publique de la monnaie, l’achat de la grainette est rendu financièrement nécessaire pour acheter et consommer la biomasse effectivement produite dans les territoires où les amis de la bonne vie humaine ont racheté leur souveraineté contre les actuelles monnaies de prédation.

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