Ici et maintenant, par AncestraL

Billet invité.

Hier soir je discutais avec ma compagne. Je lui disais que j’étais préoccupé par ce que nous vivions tous actuellement et que cela faisait longtemps, vingt ans, que j’étais préoccupé par les actions nuisibles de l’humanité. Je suis préoccupé par l’avenir qu’auront mes enfants.

Elle me dit alors qu’elle aussi, avant, elle l’était autrement mais que depuis le diagnostic de sa maladie – qui l’empêche de vivre comme tout le monde si elle laisse celle-ci dicter ses lois, elle avait décidé de lâcher le JT de TF1 pour s’intéresser à elle et devenir égoïste. « De toute façon, je voulais changer le monde, mais c’est impossible. On veut tous le faire et on sait que c’est impossible. Je vis au jour le jour. Nous mourrons tous sous les bombes ou un truc de ce genre, on le sait aussi. On n’a que ce que l’on mérite ».

Je partage l’opinion de ma compagne, mais ce qui me différencie d’elle, c’est que j’ai l’envie (mais l’envie doit se transformer en action) de me battre pour que la Terre soit plus habitable, moins sale et moins Big Brother – ou que nous soyons sans cesse menacés par les bombes des uns et des autres.

Vivre au jour le jour, c’est vivre ici et maintenant et exactement dans l’esprit du Zen Soto. C’est un lâcher-prise, et une confiance dans le cours des événements – une confiance en l’avenir, tout en n’étant pas inconscient des dangers de l’existence. On attend de voir. On attend le Déluge, ou le Messie pour d’autres. Les bouddhistes tibétains ont dans leur doctrine un précepte : celui de se détacher du monde, car s’en préoccuper, c’est en souffrir, car on s’attache à quelque chose, donc on souffre.

Je crois qu’énormément de gens vivent ainsi, au jour le jour, ici et maintenant. Pour la simple et bonne raison que le pouvoir a été volé au Peuple et que celui-ci n’a plus de prise sur des députés, sénateurs et ministres achetés par les lobbies et sans plus aucune crédibilité auprès du peuple dont ils se fichent éperdument. Nous ne vivons plus en démocratie, tenez-le vous pour acquis. Il nous faudrait, déjà, un système de vote au suffrage universel direct, ce serait le minimum, et la réécriture de la Constitution : mais tout cela est-il possible ? C’est donc le métro-boulot-dodo pour les plus chanceux, et le grand inconnu, ou presque, pour tout les autres – et que l’on soit demandeur d’emploi ou employé, ce qui nous attend tous, c’est de ne plus servir à rien, car nous serons remplacés par des machines, des robots.

Moralement parlant, les lecteurs du blog de Paul Jorion ne peuvent se résoudre à regarder les choses en se croisant les bras et en soupirant. Il faut au minimum gueuler, se faire entendre. C’est l’opinion de Paul – et d’ailleurs c’est pour cette raison que j’écris aussi quelques billets sur son blog. Quand je pense à mon enfant, je me dis que non, je ne peux pas. Je dois agir, faire quelque chose, pour que ma responsabilité de parent et de « citoyen » (pardonnez-moi mon cynisme de désillusionné) ait servi à mon enfant et son avenir.

Même si je sais que l’Avenir risque bel et bien ne pas être rose du tout, je me dois d’y croire un peu, quand même, et de faire quelque chose, un peu, à la hauteur de mes forces et de mon courage (et c’est dingue de se dire cela : cela ne devrait pas être dit ainsi, mais c’est ainsi, nous ne sommes pas égaux, nous devons nous liguer, le peuple doit se constituer en classe, en masse contre une poignée de costumes-cravates pour obtenir ce qu’il souhaite – c’est dingue non ?) pour que mon enfant ait une issue, pour qu’il ait, lui aussi, l’espoir d’un avenir meilleur. Je me dois, également, de lui montrer l’exemple d’une conduite correcte, afin qu’il la reproduise et la donne également en exemple – et qu’ainsi le karma se répande. On se doit d’être la meilleure version de nous-même.

« Faire tout ce qui est en notre pouvoir pour soulager ces tourments »

Des êtres meurent alors qu’ils viennent à peine de naître, d’autres alors qu’ils viennent à peine d’enfanter. A chaque seconde, des êtres sont assassinés, torturés, battus, mutilés, séparés de leurs proches. D’autres sont abandonnés, trompés, expulsés, rejetés. Les uns tuent les autres par haine, cupidité, ignorance, arrivisme, orgueil ou jalousie. Des mères perdent leurs enfants, des enfants perdent leurs parents. Les malades se succèdent sans fin dans les hôpitaux.
Certains souffrent sans espoir d’être soignés, d’autres sont soignés sans espoir d’être guéris. Les mourants endurent leur agonie, et les survivants leur deuil. Certains meurent de faim, de froid, d’épuisement, d’autres sont calcinés par le feu, écrasés par des rochers ou emportés par les eaux.
Ce n’est pas seulement vrai des êtres humains. Les animaux s’entre-dévorent dans les forêts, les savanes, les océans ou le ciel. A chaque instant, des dizaines de milliers d’entre eux sont tués par les hommes, déchiquetés pour être mis en boîte. D’autres endurent d’interminables tourments sous la domination de leur propriétaire, portant de lourdes charges, enchaînés leur vie entière, chassés, pêchés, piégés dans des dents de fer, étranglés dans des rets, étouffés dans des nasses, suppliciés pour leur chair, leur musc, leur ivoire, leurs os, leur fourrure, leur peau, jetés vivants dans l’eau bouillante ou écorchés vifs.
Il ne s’agit pas de simples mots, mais d’une réalité qui fait partie intégrante de notre quotidien: la mort, la nature éphémère de toute chose et la souffrance. Bien que l’on puisse se sentir submergés, impuissants devant tant de douleur, vouloir s’en détourner ne serait qu’indifférence ou lâcheté. Il nous incombe d’être intimement concernés, en pensées et en actes, et de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour soulager ces tourments. »
Matthieu RICARD, Plaidoyer pour le bonheur – Chapitre 5 – L’alchimie de la souffrance

C’est dans ces quelques lignes que se résume ma vie sur Terre, ma conduite, éthique, envers toute forme de vie. C’est ma tâche principale. Si chacun faisait un peu de cela chaque jour, le monde ne pourrait qu’aller mieux, car chacun ouvrirait sa conscience, son cœur et chacun deviendrait un modèle pour son voisin.

Il est certain que nos existences sont ballottées dans un maelström tel, qu’il est délicat et difficile d’y voir clair, et que nous ne pouvons plus que soit regarder cela grossièrement, soit demander et prendre l’avis de spécialistes, donc de se faire une idée d’ensemble une fois toutes ces « tranches », ces expertises, toutes rassemblées. Par où commencer ?

Je l’ai maintes fois dit ici. Il faut franchir la barrière – mais sans l’appui de la CIA.

Il n’y aura pas de réformes – car même un Hollande croit dur comme fer qu’il a raison et ne veut rien entendre, quand bien même il est dans les abysses. Et quand il y a réforme, les politiciens attendent toujours que ce soit les lobbies qui écrivent le texte qu’ils n’ont plus qu’à signer, après avoir tourné le regard vers ceux qui financent ET empochent l’argent pour demander leur approbation.

Si je n’avais pas mon enfant, il y a bien longtemps que j’aurais risqué « le tout pour le tout » comme je l’ai dit dans un précédent billet. « Risquons tout » ! L’homme ne sait quasiment faire que cela : la guerre. Les hommes de pouvoir, comment conquièrent-ils ? Par la corruption et la guerre, l’invasion, la mise sous coupe. Vous voulez autre chose que faire la guerre, mais moi aussi ! Mais que nous réserve-t-on à votre avis ? M’enverra-t-on un jour sur le front un fusil à la main ?

Alors : ici et maintenant, comment voulez-vous vivre ? Prenez-vous la pilule bleue, ou la rouge ? Que va décider Néo ? Que va-t-il faire, et pourquoi ?

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