« Un danger, les élections ? », réponse à Arnaud Leparmentier, par Jacques Seignan

Billet invité.

Il y a vingt ans pour le cinquantenaire du Monde, un livre était paru avec des fac-similés et il est bon de citer un extrait de la préface par J.-M. Colombani, titrée l’Idéal :

« Le premier numéro du Monde fut un acte de rupture : un geste et un message de résistance – le mot figure dans le premier éditorial – alors même que le nazisme n’avait pas encore rendu les armes. Cette résistance là n’était pas de circonstance. Murie avant-guerre par notre fondateur Hubert Beuve-Méry , (…), endurcie après 1940 dans le refus de la défaite et de la collaboration, (…), elle se projetait dans l’avenir, livrant une bataille, toujours inachevée sur le front de l’information. »

Dans cet avenir d’espérance, pouvait-on alors imaginer qu’un des principaux éditorialistes de ce journal de liberté ose écrire « Danger, élections ! », comme le fait aujourd’hui M. Arnaud Leparmentier ? Bien triste anniversaire…

On peut bien sûr comprendre entre les lignes que le vrai danger, c’est celui d’électeurs ne votant pas comme ils le devraient – sûrement trop stupides pour accepter de mourir guéris. D’électeurs grecs qui voyant que la terrible austérité imposée par la Troïka n’a non seulement rien résolu mais  détruit toute leur société – pour rien. Des électeurs espagnols voulant en finir avec des partis corrompus et qui eux aussi voient que l’Espagne est sacrifiée, que toute sa jeunesse est sacrifiée – pour rien. Brecht avait parlé du gouvernement qui voulait changer son peuple : on en est là avec nos élites dirigeantes. Leur dogmatisme économique, véhiculé par M. Leparmentier, a des conséquences terribles sans pour autant, après six ans de crise, réussir à résoudre le moindre problème : dette, chômage, croissance, etc. Ah si, un seul point est positif dans leurs politiques : les revenus des hyper-riches ont explosé. Il faut donc que les gens votent comme ils le devraient, pas pour des ‘populistes’ et sinon l’aggravation de la situation (un krach encore initié par la Grèce, soit 1,3% du PIB de l’Europe en 2013 !) aurait in fine le mérite de « mettre le couteau sous la gorge des Français » [sic]. Quelle élégance !

Le droit de vote existe encore en Europe et, à la Libération, le Conseil National de la Résistance l’a rétabli en France (élargi aux femmes) tout en mettant en œuvre un programme de progrès social inédit.  Certes pour en revenir aux élections en Grèce, par exemple, un parti comme Aube Dorée devrait être interdit tout simplement. Mais des élections dans un cadre démocratique, et avec des partis légaux, ne peuvent jamais et ne doivent être vues comme un « danger ».

Les élections, un danger ? Le penser, M. Leparmentier, est trahir ce pourquoi ce journal a été fondé ; l’écrire est inadmissible et le lire insupportable.

 

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