FUKUSHIMA : LA BATAILLE DE L’EAU CONTAMINÉE N’EST TOUJOURS PAS GAGNÉE, par François Leclerc

Billet invité.

Après un long silence, les coriums font si l’on peut dire surface. Tepco, l’opérateur de la centrale, a annoncé qu’un dispositif de localisation du combustible nucléaire fondu au fond de trois des quatre réacteurs de la centrale de Fukushima allait être testé prochainement. Il était temps, la catastrophe date du 11 mars 2011 – bientôt quatre ans – et leur localisation reste toujours un mystère. Répondre à cette question ne sera toutefois qu’un tout petit pas en avant, s’il est réalisé, car cela laissera entier le problème inédit de leur récupération, qui reste du domaine des intentions.

La routine s’est entre temps installée, dominée par la gestion de l’eau de ruissellement ou destinée au refroidissement des réacteurs, qui doit être stockée après avoir été contaminée. Interrompue par des pannes à répétition, la saga de sa décontamination se poursuit, mais elle n’est que partielle car le tritium lui échappe. Selon Tepco, la capacité de stockage totale d’eau contaminée va être augmentée et atteindre 800.000 tonnes. 2.000 tonnes d’eau sont désormais traitées quotidiennement, et 286.000 tonnes sont encore en attente de l’être. Devant la menace permanente que représente ce stockage terrestre dans d’immenses cuves, dans un pays soumis à de fortes secousses telluriques – une rupture de celles-ci pouvant inonder le site – l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) préconise avec insistance de déverser dans la mer l’eau une fois qu’elle a été partiellement décontaminée…

La centrale connaît régulièrement des fuites d’eau contaminées. Le 22 février, des taux de radioactivité très élevés ont été enregistrés par des capteurs dans une conduite d’évacuation vers la mer des eaux de pluie et souterraines. Une heure et demi de temps s’est écoulée, une alarme ayant retenti, avant qu’elle ne soit coupée. Cinq jours après, une mare d’eau de vingt mètres de long a été découverte dans le bâtiment du réacteur numéro 4, sans que sa présence puisse être expliquée. La centrale reste une passoire.

Fin de l’année passée, Tepco avait pu se prévaloir de l’extraction réussie des 1.331 assemblages de combustible usés stockés dans la piscine fragilisée de ce même réacteur, qui avait débutée en octobre 2013. L’écroulement de cette piscine aurait été à l’origine d’un dégagement radioactif massif représentant en soi une nouvelle catastrophe, qui a été évitée.

Mais cela laisse entier le retrait du combustible usé présent dans les piscines des trois autres réacteurs, dans des environnements hautement radioactifs qui excluent toute proche présence humaine. Le réacteur numéro 4 était en effet à l’arrêt au début des évènements et son cœur n’a pas fondu faute de refroidissement contrairement à celui des trois autres.

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