Quand la solidarité est un triomphe du capitalisme, par Olivier Hofman

Billet invité.

Le gouvernement belge et sa science économique d’extrême-droite nous rebattent les oreilles quant à la nécessité de sauver la Sécu via l’austérité, une Europe forteresse et autres folies macabres qui peuplent notre quotidien. Pour exemple, les aventures de mon ami Raoul, 87 ans, colloqué pour avoir ennuyé ses chers voisins qui voulaient son bien, et sa maison, avant de l’abandonner dans un mouroir où, privé de ses appareils auditifs et laissé sans visites pour cause de protestations, Raoul a voulu se suicider. Le personnel du home m’a confié que, oui, Raoul a été maltraité et que son état s’est détérioré dans cette maison de l’horreur. Mais personne n’a rien fait, mis à part effacer rapidement les traces de sa tentative avant que cela se sache, question de réputation. Comme le dit Raoul, pâtissier reconnu, à propos de ses recettes qu’il refuse de transmettre : « je pourrais les leur donner, mais ils n’y verraient que de la technique. Ces gens ne ressentent plus rien ». C’est exactement ce qui se passe lorsque notre gouvernement national, comme d’autres niveaux de pouvoir de Gauche et Ecolo, tente de nous faire croire que ses criminelles divagations sont nécessaires afin de financer demain la Sécurité Sociale.

Pour comprendre cela, il nous faut remonter à ce grand homme qu’était Darwin. Comme l’analyse Kropotkine dans « L’entr’aide », avec orthographe d’époque, Darwin n’avait malheureusement pas pensé que sa « lutte pour la survie » ne serait pas perçue comme métaphorique par les zozos qui s’en empareraient. Or, la lutte pour la survie, si elle est une réalité, n’est finalement pas pour grand-chose dans ce que nous nommons tout aussi maladroitement « évolution ». Lorsque nous nous passons de l’entraide et des diverses formes de solidarité qu’exercent flore, faune et êtres humains, nous oublions, et c’est sans doute une volonté dans le chef de certains – économistes nobelisés, entrepreneurs et politiques assassins-, que ces formes d’entraide ne sont pas forcément liées à la recherche d’une efficacité. Bien sûr, nous pouvons penser à la survie d’une espèce et même de gènes, mais c’est oublier tout ce qui a trait à la puissance de vivre. Si nous ne pouvons que difficilement nous interroger à ce propos quant à l’apport de l’entraide, spécifique et interspécifique, au niveau de la flore, il est impossible de passer outre le fait que l’entraide animale, et donc humaine également, est avant tout basée sur l’économie d’énergie et que cette économie dégage du temps. Et du temps pour quoi faire ? Pour jouer, chanter, danser, jouir, créer. Actes qui, par l’activation de synesthésies et synergies inhabituelles, favorisent la survie et ladite évolution. Si nous pensons trop souvent le contraire, c’est-à-dire à la seule recherche d’efficacité dans un monde qui ne serait que comparable à l’effroyable jungle des colons, c’est peut-être que nous considérons faune et flore avant tout par le biais de l’anthropomorphisme et introduisons ainsi la culpabilité dans un monde qui l’ignore. « Nous ne sommes pas des animaux » clame notre auto-proclamée supra-légitimité. Quoi de mieux que notre désir d’avenir, c’est-à-dire un devenir amoindri par nos volontés et bonnes consciences autant que par nos désirs égocentriques, pour voir surgir la culpabilité ?

C’est certainement ce qui motive le gouvernement belge : instaurer la culpabilité et ainsi la légitimité d’une élite bien-pensante, lorsqu’il tente de nous faire croire que l’austérité mâtinée de racisme, de machisme et de paternalisme est nécessaire afin d’assurer demain la Sécurité Sociale qu’il dit de bonne qualité. Pourtant, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que le droit à la Santé tel que nous le connaissons aujourd’hui ne fait que consacrer les crimes du capitalisme et de l’auto-proclamée élite. Le droit à la Santé pourrait passer par une nourriture bio, des rapports sociaux non basés sur la concurrence, un enseignement de qualité, des modes de travail qui respectent les rythmes humains et ceux de la nature hors humanité. Mais, cette interprétation préventive de ce droit, nous l’ignorons. Cela au profit d’industries qui détruisent l’emploi, la nature hors humanité et nos manières de vivre ensemble. Vive l’argent, à mort le vivant ! D’ailleurs, pas de solidarité pour qui se soigne de manière « alternative », c’est-à-dire réellement traditionnelle et respectueuse du Milieu.

Nous retrouvons le même schéma en ce qui concerne l’assurance chômage dont le montant dérisoire laisse souvent le bénéficiaire sous le seuil de pauvreté, cela au profit de propriétaires, comme si être propriétaire représentait une plus-value économique, et de la grande distribution y compris d’énergie. Les modèles de solidarité étatique ne permettent pas de sortir des ornières de la science économique et me semblent pousser à l’individualisme, au « tou-te-s contre tou-te-s », à favoriser l’auto-colonisation destructrice que nous connaissons et, qu’il soit question de personnes âgées, de migrant-e-s, de personnes malades comme de personnes au chômage, mener à la fin de ce qui nous constitue, de notre civilisation, voire de l’espèce.

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