Is Winston back ?, par Roberto Boulant

Billet invité.

Comparaison n’est pas raison, mais la position du gouvernement grec, totalement isolé, fait songer furieusement à celle de l’Angleterre restée seule face à l’hydre nazie après l’effondrement français de juin 40.

Et de fait, alors que l’UE était censée garantir la paix et la prospérité au travers du « doux commerce », les ravages de l’ordo-libéralisme font que nous nous retrouvons dans un typique brouillard de guerre :

– aucun camp ne peut clairement désigner un ennemi, et donc un état de guerre, sous peine de devoir endosser le rôle peu enviable de celui qui aura provoqué la mort de l’UE,

– chaque camp est soumis à une énorme pression interne aboutissant à des déclarations contradictoires en son sein, ce qui accroit l’opacité du dit brouillard,

– personne ne connaît la fiabilité réelle de ses alliés,

– tout le monde est confronté au mur impénétrable de la complexité, et chacun devine que le moindre réaménagement – effectif et non déclaratoire – de ses positions, fut-il minime, peut avoir des conséquences incalculables et déboucher sur une situation hors de contrôle,

– les politiciens professionnels ne sont tout simplement pas à leur place pour faire face à ce type de situation. Leurs logiciels internes ne sont pas adaptés, ce ne sont que des marionnettes répétant jusqu’à l’absurde la partition que leur donne la religion féroce.

 

Mais, contrairement à Churchill dont le pays contrôlait un empire colonial et qui avait l’oreille de Roosevelt, Alexis Tsipras se retrouve seul. Absolument tout seul contre la Troïka et la totalité des exécutifs européens. Excusez du peu ! Dans cette situation de rapports de force si déséquilibrés, alors que les décisions qui seront prises engageront d’une manière ou d’une autre l’avenir du pays et du continent, il n’apparait pas aberrant qu’il laisse le peuple choisir son destin. Sommes-nous donc si formatés, si domestiqués, par les médias mainstream, pour nous en étonner ?

M. Tsipras et son gouvernement ont fait le job jusqu’au bout. Ils ont démontré la stupidité furieuse de la Religion Féroce et de ses traités européens. Inlassablement, ils ont fait œuvre de pédagogie auprès du peuple grec, démontant calmement le décor de carton-pâte de l’UE afin que chacun(ne) puisse voir les entrailles de la bête.

Le choix est maintenant celui du peuple grec : préfère-t-il la certitude d’une agonie sans fin, en votant Oui, ou accepte-t-il l’inconnu en votant Non.

De nos jours, Monsieur de la Fontaine serait un petit rigolo, car miracle de la Religion Féroce, les chiens avec collier sont désormais aussi faméliques que les loups ! Ou pour le dire encore plus plaisamment, nous assistons à une expérience d’ingénierie sociale grandeur nature : jusqu’à quel point le chien est-il capable de supporter le collier en endurant les privations et les coups de son maitre fou ?

Et surtout, n’oublions pas le cadre général : il s’agit d’une Guerre Mondiale contre la Religion Féroce, celle-là même qui détruit si surement notre environnement et in fine, notre espèce.

Nous avons le droit de perdre toute les batailles, sauf la dernière. Si donc, le petit peuple grec (par le nombre) finissait par céder sous les coups de l’Hydre, il ne faudrait pas lui en vouloir, mais bien au contraire, admirer le courage et la ténacité dont il fit preuve contre un ennemi surpuissant.

Et de nous tourner immédiatement vers le prochain champ de bataille : l’espagnol.

‘Ils’ ne peuvent pas être les plus forts, tout le temps et partout, alors qu’ils aillent au diable !

0Shares