La loi sur la transition énergétique a été votée… hélas…, par Philippe Soubeyrand

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

La loi sur la transition énergétique a donc été votée en l’état [1] ce mercredi 22 juillet 2015. L’ensemble des 20 actions dites « phares » par la Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, sont saluées par une partie de la classe politique française, alors que la Ministre scande tout haut : « La France exemplaire pour la COP21 »…

Exemplaire ?

En réalité, cette loi sur la transition énergétique qui était pourtant l’un des engagements « phares » de campagne de François Hollande, a suscité très tôt la polémique et ceci dès le lancement du débat public. En novembre 2012, le Directeur Général de Greenpeace France justifiait leur décision de ne plus participer au débat du fait de la présence au sein même du comité de pilotage d’une majorité de membres favorables à l’énergie nucléaire, ainsi que l’absence des filières des renouvelables et de l’efficacité énergétique [2]. En outre, tout au long des consultations, les contributions citoyennes montraient du doigt d’autres grands sujets absents des discussions, notamment la santé et le transport. Elles déploraient également la non participation de l’école au débat national… Tiens donc, pourquoi diable les générations à venir n’auraient-elles pas leur mot à dire en terme de transition énergétique ? Mais le plus troublant dans tout cela, c’est sans doute le décalage observé durant le débat public entre les attentes exprimées par le comité de pilotage et celles des citoyens eux-mêmes :

« On nous dit que la transition énergétique peut être une réponse à la crise. Or, on nous parle d’horizon lointain, 2050, alors que la crise, c’est aujourd’hui. Certaines propositions nous semblent aussi très institutionnelles, il faut nous parler de sujets que nous pouvons nous approprier : la formation, la consommation… » [3]

Bref, tous ceux qui ont participé à ce débat pour le moins « chronophage » ont eu cette impression étrange, voire fâcheuse, de fin de non recevoir [4], à l’issue de quoi bien évidemment, « tout reste à faire » selon les propres mots du Directeur du CLER (Réseau pour la Transition Énergétique), tant il est certain aussi qu’« un débat national, ça ne remplace pas un gouvernement » selon les propres mots du Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie de l’époque.

Puis sans surprise, ce fut l’enlisement complet du projet puisqu’aucune date précise ne pouvait être fixée pour la future loi de programmation de la transition énergétique que l’on reportait sans cesse à plus tard. On trouvait alors des excuses toutes faites du genre : « c’est la faute à la crise financière puisqu’un tel projet nécessite des moyens financiers que nous n’avons pas ». Bien voyons…

Par contre, lorsqu’il s’agit d’augmenter aveuglément le budget du nucléaire, et ceci en dépit de l’explosion des coûts de l’EPR (European Pressurized Reactor) [5] [6], ou des zones d’ombre que sont le démantèlement des centrales et le stockage des déchets, cela ne pose a priori aucun problème [7] [8], même lorsqu’il s’agit d’une hausse de 20,6% en 3 ans entre 2010 et 2013 [9].

Le projet de loi sur la transition énergétique ne sera finalement dévoilé par Ségolène Royal que le 30 juillet 2014 ; un projet de loi aux jalons délirants d’ores et déjà fixés à 2030, voire 2050, tout en étant très favorable à EDF et au nucléaire [10]. Pas un mot lors de cette présentation sur le projet de stockage des déchets radioactifs, CIGEO (Centre de Stockage Réversible en Couche Géologique Profonde), qui pourtant provoquera un tollé général qui obligera le gouvernement à reculer. Ce sera alors le début du long feuilleton CIGEO qui ne se terminera, une fois n’est pas coutume à la surprise générale, qu’à l’issue de l’adoption de la loi… Macron [11] !?

Mais où est donc passée la transition dans cette loi dite de transition énergétique ?

Car entre temps, et alors que le Gouvernement peaufine une dernière fois ses derniers petits coups de poker, tant il y en aura finalement pour tous les lobbies, y compris ceux de l’industrie de la voiture électrique [12], le va et vient entre les deux chambres peut alors commencer. Tout est parfaitement huilé pour les lobbies du nucléaire qui connaissent parfaitement les ficelles et c’est au tour du Sénat de s’opposer par deux fois à une réduction de 50% de la production électrique nucléaire à l’horizon 2025 [13].

Finalement, une fois n’est pas coutume, on jouera encore un peu sur les mots et la loi sur la transition énergétique sera votée le 22 juillet 2015 après avoir été vidée de tout son sens [14].

C’est ce que semble d’ailleurs vouloir indiquer le Transitiomètre [15].

Avec des jalons fixés dans la loi :

  • à 2025 pour ramener à 50% la part du nucléaire !?
  • à 2030 pour réduire de 30% la consommation en énergie fossile
  • à 2030 pour réduire de 40% nos émissions de gaz à effet de serre
  • à 2050 pour réduire de 50% notre consommation énergétique finale
  • à 2050 pour réduire de 50% le volume de déchets mis en décharge
  • etc.

… si tous les États prennent ainsi exemple sur la France, alors il semble évident que la COP21 débouchera malheureusement sur un nouvel échec des plus patents… puisqu’au rythme où vont les choses, tout sera plié bien avant 2025 [16] !

Cette loi sur la transition énergétique nous prouve à quel point les lobbies sont à la fois méprisants et dangereux, confisquant le pouvoir démocratique des citoyens anonymes, mettant en péril le peu d’espoir qu’il nous reste. Ces gens là n’ont vraisemblablement aucune notion du temps, de sa capacité à s’étirer ou à se contracter, et n’ont pas la moindre idée de ce qui NOUS attend. C’est tout simplement pathétique…

***

[1] http://www.developpement-durable.gouv.fr/Vote-definitif-de-la-loi-de.html

[2] http://presse.greenpeace.fr/energie-climat/greenpeace-ne-participera-au-debat-sur-lenergie-3151-12112012

[3] http://www.actu-environnement.com/ae/news/debat-transition-energetique-participation-citoyens-18824.php4

[4] http://www.lagazettedescommunes.com/180307/fin-du-debat-national-sur-la-transition-energetique-tout-ca-pour-ca/

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9acteur_pressuris%C3%A9_europ%C3%A9en

[6] http://www.politis.fr/EPR-une-explosion-des-couts,20386.html

[7] http://www.reporterre.net/Le-nucleaire-coute-de-plus-en-plus

[8] http://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-enq/r2007-tI.asp

[9] http://denisbaupin.fr/le-monde-facture-du-nucleaire-lalerte-de-la-cour-des-comptes/

[10] http://www.lexpress.fr/actualite/politique/segolene-royal-devoile-sa-loi-de-transition-energetique-ce-mercredi_1562850.html

[11] http://blogs.mediapart.fr/blog/guillaume-blavette/100715/le-nucleaire-est-un-coup-detat-permanent-qui-na-que-trop-dure

[12] http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2014/12/08/97002-20141208FILWWW00023-voiture-electrique-bollore-lance-un-vaste-plan.php

[13] http://www.ouest-france.fr/politique-le-senat-soppose-une-reduction-du-nucleaire-de-moitie-3551893

[14] http://www.developpement-durable.gouv.fr/Discours-de-Segolene-Royal-lecture.html

[15] http://transitionenergetique.org/transitiometre/index.html

[16] http://www.pauljorion.com/blog/2015/07/21/nous-ne-sommes-pas-dieu-le-scenario-rcp2-6-du-5e-rapport-du-giec-dores-et-deja-compromis-par-philippe-soubeyrand/

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33 réflexions sur « La loi sur la transition énergétique a été votée… hélas…, par Philippe Soubeyrand »

  1. En même temps je suis pas sur que démocratiquement, les citoyens soient prêt à faire le nécessaire en matière de protection de l’environnement. L’être humain est de plus en plus « Hors Sol » et des gestes automatiques comme ouvrir le robinet, tirer la chasse d’eau, prendre sa voiture pour faire ses courses dans un supermarché ou l’avion pour les vacances est devenu aussi naturel que respirer.

    Renoncer à ce genre de confort ou les payer plus cher ne pourra se faire sans contraintes très fortes (et je ne pense pas forcément à la politique), mais quand je vois qu’on cherche à installer des systèmes de sanitaires, des routes ou l’électricité dans les pays du tiers-monde, je pense que c’est un combat qui ne sert à rien.

    1. De toutes façons ce n’est pas directement au niveau du citoyen que se pose le problème, mais au niveau du Système qui induit le comportement du citoyen.

      Le Système est en fait le système économique capitaliste des rentiers, et résulte de son évolution anarchique, et surtout pas démocratique!, au cours des millénaires (?)

      Le problème est tout simplement de dépasser ce Système!

      (ce qui est hors de portée de nos « élites », enfermées qu’elles sont dedans)

      1. Précision:

        Une réelle démocratie suppose un peuple « éclairé ».  La moindre des choses eut été de porter le Rapport Meadows au débat sur la place publique, lors de sa publication par le Club de Rome en 1972.     Or il fut enterré.

        Ce qui en dit long sur la conception que l’on se fait de la démocratie…

      2. De toutes façons ce n’est pas directement au niveau du citoyen que se pose le problème,

        SI , Monsieur..

        Vous n’avez pas de voiture ? Ne prenez jamais l’avion ? Ne vous chauffez pas en hiver? Pas de pavillon de banlieue entouré de bonne terre arable bien clôturée – proche – mais pas trop – de l’autoroute vers le boulot et le supermarché ? Ni steack, ni poisson ? Les refusez vous aux 1.3 milliard de Chinois, aux 1.3 milliards d’ Indiens, aux bientôt 4 milliards d’ Africains et autres et autres et autres..

        Vous avez des yeux, des oreilles, un organe gélatineux entre elles: servez vous en !

      3. Non Hadrien, la réalité est un peu plus compliquée.

        A supposer que j’ai tout ce que vous dites, c’est parce que je vis à une époque et dans un lieu ou le Système économique permet d’avoir ça.   D’avoir ça, et pas autre chose qui pourtant serait mieux  adapté aux contraintes de la Nature, et à mes propres désirs.

        Je n’ai pas choisi de vivre dans ce Système, il s’est imposé à moi. Et je fais au mieux – pour moi – compte tenu de ce que permet ce Système.

        Notre liberté est limitée par le Système.

        Nous en sommes inconscients car nous sommes enfermés  dedans. C’est notre univers, tout rikiki.   Nous n’avons pas la moindre idée de ce qu’il pourrait y avoir en dehors, et pourtant…

        On peut imaginer bien d’autres choses, très différentes, adaptées aux contraintes de la Nature, et encore « mieux »!

        Il y a 2 siècles les gens étaient enfermés dans le Système de leur époque. Tous rêvaient de vivre comme des seigneurs, (enfin je suppose). Personne n’imaginait la vie permise par le Système actuel. Alors que s’ils avaient su…

        Comme quoi c’est le Système qui décide…

  2. Alors COP ou pas COP ? Cap ou pas cap, se défiait on à la récré ?

    « Le temps qu’il fait le 24/7/2015 » : Le temps passe et nous ne sommes pas dans la bonne direction ? Surtout ne pas déranger Roland Garros ? Effectivement, il faut savoir hiérarchiser les priorités !
    J’avais moins d’intérêt pour les insectes du jardin que pour la vie des mares et des flaques d’eau de mer à marée basse, surtout en grande marée mais c’est aussi de biodiversité qu’il s’agit. Et la vie de l’écosystème aquatique est un modèle biologique et scientifique très représentatif de notre terre couverte d’océans. Une baie bretonne que la marée emplit et vide deux fois par jours n’est-elle pas modèle de vie quasi éternelle avec la biodiversité correspondante ?
    Ben non ! Cet écosystème aussi vieillit, s’use et s’asphyxie : car il garde en mémoire les us et les abus de ce qui s’y déroulent localement ou parfois un peu plus loin. Ce sont les sédiments qui en sont la mémoire longue; très longue.
    Et si nos amis ostréiculteurs ou mytiliculteurs s’y installent pour profiter du plancton disponible, le vieillissement accéléré est rapide ! Car le plancton est une production naturelle d’auto_épuration de l’écosystème : sa qualité dépend de la qualité et des quantités des déchets dilués ou accumulés. Bref la biodiversité constate le mieux et le moins bien de chaque vie. Prétendre « favoriser la biodiversité » sans en avoir analysé les mécanismes biochimiques et biologiques, c’est encore parler pour ne rien dire. Et constater l’extension de mers anoxiques d’une année sur l’autre, c’est reconnaître sa responsabilité et ne rien faire.
    Je souhaite donc faire entendre raison à nos amis ostréiculteurs et mytiliculteurs – dont j’apprécie vraiment les produits – que notre écosystème partagé a aussi des limites et qu’il leur faudra en avoir conscience dans leurs comptes d’entreprise : est-ce bien raisonnable ?

  3. @ Philippe Soubeyrand, un grand merci pour vos billets, celui-ci et le précédent qui expose de façon remarquable les problèmes sur les scénarios du réchauffement climatique.

    Nous sommes donc un troupeau de lemmings se dirigeant inexorablement vers la falaise, certains déjà tombés en particulier dans des pays en cours d’effondrement, d’autres emportés passivement et enfin quelques uns qui crient et essayent de dévier leurs congénères.

    Ce blog est donc une des agoras où ces rares cris se font entendre.

    Situation pathétique et tragique…

    1. Merci monsieur Seignan pour votre commentaire.

      Dire la vérité aux populations, c’est la seule chose que nos élites ne sont pas en mesure de faire pour tenter de faire face collectivement à cette crise systémique global sans précédent, et déjà hors de tout contrôle. La seule chose… Et le fait qu’ils ne mesurent pas les dangers, nous condamnerait à devoir attendre cette vérité encore longtemps.

      Fort heureusement, il y a depuis le début de cette crise des initiatives comme celle de monsieur Jorion. Il y a ici des traces solides et étayées pour nos élites afin qu’ils puissent, loin de tout décorum, en toute humilité, rattraper l’ensemble de leur retard d’éveil et de compréhension. Mais il faudrait pour cela qu’ils aient ce déclic, qu’ils acceptent le fait d’être dans l’erreur.

      Face à l’impasse systémique dans laquelle nous nous trouvons, c’est en tout cas ce que moi je ferais sans plus tarder si j’étais à leur place… Aussi, aidons les vite à avoir ce déclic, sans quoi Notre Planète Bleue (clin d’œil au très beau billet de Cédric Chevalier) ne fera pas de distinction !

      En outre, au delà de rêves secrets tels qu’Elysium, ce n’est certainement pas demain la veille que l’humanité sera en mesure de parcourir 1400 année lumière pour partir à la conquête d’une nouvelle Terre d’accueil. Ces distances entre exoplanètes sont finalement une très bonne chose. Sans une sagesse au delà de celle que nous pouvons imaginer aujourd’hui, il nous sera totalement impossible de les parcourir.

      Dit autrement, si nous détruisons notre écosystème actuel, c’est que notre espèce actuelle n’est tout simplement pas prête, son extinction pouvant être finalement le prix à payer pour une évolution allant dans la bonne direction ! L’ultime question étant alors de savoir si notre espèce serait enfin prête à un éventuel sursaut pour cette seconde chance qui fit tant défaut aux dinosaures ?

      Cette question demeure entière et débouchera sur une réponse avant la fin de l’année !

      1. Je relis Crozier et je crois pas que « nos élites » aient quoi que ce soit à dire ! Je suis de plus en plus convaincu – à travers les confidences de l’anthropologue et de ses amis – que celui qui pourrait avoir envie de faire une peu de pédagogie, ne trouvera pas sa place dans « l’élite » et que s’il s’y est égaré par curiosité ou nonchalance, il n’y restera pas longtemps: le plafond de verre est très efficace pour ne pas inviter des esprits curieux de ce qui se passe chez les voisins, donc dérangeants.

  4. Dans ce billet, PSDJ écrit:

    « Une économie de la nature physique humanisée ne peut pas être financée autrement que par une taxation des prélèvements et des atteintes à l’environnement à proportion des investissements et du travail de régénération du bien commun non individualisable de la nature. »

    ———————-

    Taxer est en effet une solution, avec ses avantages et ses inconvénients.

    Mais il en est une autre, qui présente d’autres avantages, et d’autres inconvénients. En particulier elle évite les taxations complexes à déterminer, à percevoir, source de  conflits et réactions négatives permanentes.

     

    Elle consiste à ce que les collectivités (les pays) se rendent propriétaires des Ressources primaires, (une fois pour toute, et avec contrepartie) et en tirent une rente, en lieu et place des propriétaires privés.

    Cette rente, gigantesque, puisque de l’ordre de grandeur des revenus actuels du Capital et de la Finance, serait  déterminée par les lois du marché, et permettrait de financer la remise en état de l’éco-socio-système, par des entreprises privées et publiques…

     

    1. En fait, inconsciemment, nous sommes enfermés dans une conception particulière de notre société.

      Sont plus ou moins sacrés, selon les individus:

      – La propriété privée,

      – La propriété privée des Ressources primaires, variable selon chacun,

      – Les grandes fortunes,

      – Le capitalisme (des rentiers)

      – L’Euro,

      – Roland Garros,

      La préservation de notre Planète vient bien après chez la plupart d’entre nous !   Incroyable, non?

      Serions nous conditionnés ?…

      1. Le problème climatique est un problème systémique, qui ne peut se résoudre que en remettant en cause notre système économique basé, depuis la nuit des temps, sur la propriété privée des territoires, des Ressources primaires, afin d’en extraire des intérêts privés et donc irresponsables (j’allais dire en se moquant de …) quant à tout le reste.

        Le reste c’est la planète, l’écosystème, l’humanité, bref la survie de l’espèce.

        Et ça ne se résoudra donc pas à l’aide de simples taxes, ou d’éducation à la bonne utilisation de l’eau courante, etc…

        C’est le Système, issu des tréfonds de notre Histoire, qui est à reconsidérer!

        (j’ai parfois l’impression de pisser dans un violon en disant ça)

         

         

         

         

         

      2. M.r GAGNOT,  je crois que vous tenez un bon bout, peut-être pas « LE » bon bout, mais bon néanmoins, créatif et original.

        Vous devez vous rendre compte de l’aspect révolutionnaire, perturbateur au maximum de nos habitudes, de vos propositions.
        Il vous faut les affiner, en particulier examiner le couplage avec un changement monétaire tel qu’en parle PSDJ, ou plus simplement avec le bancor toujours défendu par Paul.

        Bref, vos propositions sont un point de départ, non une solution unique à prendre ou à laisser. Œcuménisme devrait être votre mot d’ordre.

        Mais par dessus tout, ne vous lassez pas, gardez confiance.

        [ je dois un mot d’explication: je reviens  de l’expo de Milan consacrée au « développement durable ». Le motto est:
        « La vie est un long voyage. Rendons le soutenable (sustainable) ».
        Au vu de l’expo, on voit facilement que ce n’est pas « ça »
        Et de loin, à désespérer grave.
        Il n’y a rien à espérer des Etats et des grandes sociétés, bref des grands machins institutionnels, publics, mondiaux type ONG ou privés.
        Il faut une rupture du cadre. ]

      3. @ DG

        Voici la position de Thom (article du début des années 1980 paru dans l’Encyclopédia Universalis):

         

        « Décourager l’innovation »

        « Les sociologues et les politologues modernes ont beaucoup insisté sur l’importance de l’innovation dans nos sociétés. On y voit l’indispensable moteur du progrès et -actuellement [années 1980]- le remède quasi-magique à la crise économique présente; les « élites novatrices » seraient le coeur même des nations, leur plus sûr garant d’efficacité dans le monde compétitif où nous vivons. Nous nous permettrons de soulever ici une question. Il est maintenant pratiquement admis que la croissance (de la population et de la production) ne peut être continuée car les ressources du globe terrestre approchent de la saturation. Une humanité consciente d’elle-même s’efforcerait d’atteindre au plus vite le régime stationnaire (croissance zéro) où la population maintenue constante en nombre trouverait, dans la production des biens issus des énergies renouvelables, exactement de quoi satisfaire ses besoins: l’humanité reviendrait ainsi, à l’échelle globale, au principe de maintes sociétés primitives qui ont pu -grâce, par exemple à un système matrimonial contraignant- vivre en équilibre avec les ressources écologiques de leur territoire (les sociétés froides de Lévi-Strauss). Or toute innovation, dans la mesure où elle a un impact social, est par essence déstabilisatrice; en pareil cas, progrès équivaut à déséquilibre. Dans une société en croissance, un tel déséquilibre peut facilement être compensé par une innovation meilleure qui supplante l’ancienne. On voit donc que notre société, si elle avait la lucidité qu’exige sa propre situation, devrait décourager l’innovation. Au lieu d’offrir aux innovateurs une « rente » que justifierait le progrès apporté par la découverte, notre économie devrait tendre à décourager l’innovation ou, en tout cas, ne la tolérer que si elle peut à long terme être sans impact sur la société (disons, par exemple, comme une création artistique qui n’apporterait qu’une satisfaction esthétique éphémère -à l’inverse des innovations technologiques, qui, elles, accroissent durablement l’emprise de l’homme sur l’environnement-). Peut-être une nouvelle forme de sensibilité apparaîtra-t-elle qui favorisera cette nouvelle direction? Sinon, si nous continuons à priser par-dessus tout l’efficacité technologique, les inévitables corrections à l’équilibre entre l’homme et la Terre ne pourront être -au sens strict et usuel du terme- que catastrophiques. »

        A noter que Jean Petitot, fin connaisseur de l’oeuvre de Thom avec qui il a constamment échangé a l’attitude « mainstream » complètement opposée de la fuite en « avant », de la course effrénée à la croââssance et au praugrès mesurés par le PIB (avec pour carotte la propriété privée abusive) que je caricature à peine comme suit: polluons ainsi nous créons le marché de la dépollution, réchauffons la planète ainsi nous créons le marché de son refroidissement (climato-industrie), etc.

         

      4. Merci Daniel, merci BasicRabbit, pour vos réactions. Sans oublier Paul Jorion sans qui ces discussions ne seraient pas possibles.

        J’ai bien conscience du côté « chamboule tout » de mes propositions, qui en fait sont des aiguillons. Je n’imagine pas les voir aboutir de sitôt.

        Mais je ne vois pas de moyen plus direct pour tenter de diffuser l’énormité du problème, dont bien peu sont conscients.

        Vous avez raison, il faut que tous ceux qui cherchent à bâtir autre chose mélangent leurs idées…

        ——————–

        Notre monde ressemble à une cour d’école primaire:

        Il y a les grands benêts, costauds, qui passent leur temps à se bagarrer, et font la loi.

        Une foule de petites mains est à leur service, en échange de leur bienveillance.

        En dessous il y a ceux qui se font racketter et harceler en permanence.

        Tout ça dans un endroit superbe, plein de trésors que nos benêts n’hésitent pas à massacrer, pour que eux puissent bien s’amuser.

        Nous en sommes là.

        On comprends qu’un tel système ne soit pas viable, même en y intégrant des lois supplémentaires.

        Il est grand temps de passer à l’âge adulte, car tout  explose.

        Le problème est que l’humanité n’a connu que ça, et on a aucune idée de ce que pourrait être une cour d’école habitée par des adultes.  D’où mes cogitations.

      5. Exact, Michel. Et merci pour le lien sur l’organisation sociale des rats!  C’est assez ressemblant…

        Toutefois, contrairement au rat, l’humain, en principe, est doué de réflexion.  En principe, il est donc capable d’analyser ce qui cloche dans son organisation sociale et  d’y remédier. Mais il y a du boulot…

      6. @ Basic Rabbit

        Toute innovation qui se situe dans le mode de pensée du capitalisme industriel ne peut avoir d’autre but que d’augmenter la rente de la propriété privée et dès lors ne peut qu’aboutir à une augmentation de la prédation des ressources. Je ne vois pas en quoi il faut se grater la tête avec Thom à ce sujet.

        Il faut remettre la notion de progrès en question. Le progrès oui, mais pourquoi et pourquoi faire? Voilà le vrai débat.

      1. Une analogie qui résume bien ma position sur le sujet.

        La propriété privée (effet de serre des oiseaux prédateurs!) est à la sociologie ce que les gaz (ou vapeurs*) à effet de serre sont à l’écologie: facteur principal de réchauffement sociologique ayant conduit depuis la nuit des temps à des catastrophes sociologiques (guerres) vs facteur principal(?) de réchauffement climatique qui conduira, affirme-t-on, inéluctablement à des catastrophes (au sens usuel du terme).

        Capitalisation sociologique du dollar vs capitalisation écologique du dioxyde de carbone.

      2. BasicRabbit, je vais sans doute vous décevoir, mais de mon point de vue Thom n’a pas bien saisi l’ampleur et le fond du problème.

        Innover pour innover, pour entretenir la croissance est évidement catastrophique,  mais la solution demande elle aussi des innovations, (évidement pas les même)!

        Thom a t-il compris que le problème est dans le système capitaliste des rentiers, dans le pouvoir qu’ils tirent de la propriété privée des Ressources (primaires) ?

      3. Dans l’image de la cour d’école, j’ai oublié ceux que l’on oublie toujours: les exclus.

        Par ailleurs cette image fonctionne aussi bien à l’échelle des pays, ou les usa sont dans le rôle du grand benêt qui entend dominer en cassant tout, à commencer par ceux qui pourraient lui faire de l’ombre,   que à l’échelle des groupes sociaux ou ce rôle reviendra aux hyper riches…

        Pour les autres catégories, chacun fera sa liste.

    2. @ Daniel

      Il n’y a rien à espérer des Etats et des grandes sociétés, bref des grands machins institutionnels, publics, mondiaux type ONG ou privés.
      Il faut une rupture du cadre. ]

      Il faut surtout une relocalisation de l’activité économique près du citoyen ce que je plaide depuis le début de ma présence sur ce blog. Mais Paul m’a appris que c’était impossible sans remettre fondamentalement en question le rôle de la propriété privée.

  5. Contrairement à une opinion très répandue, les piscines de nos établissements électro-nucléaires ne sont pas réservées aux loisirs de leurs employés.D’aucuns disent même que la baignade y serait strictement interdite .Cela m’inquiète un peu.

    Avec un peu de retard,faute de plage ouverte au public,bon anniversaire M.Jorion.

     

  6. Tiens donc, pourquoi diable les générations à venir n’auraient-elles pas leur mot à dire en terme de transition énergétique ?

    Parcequ’elles n’y connaissent rien. (Je veux dire la génération actuelle des huit ans)

    Dernièrement j’ai eu la visite de la classe de mon petit fils dans le potager collectif auquel je participe, je leur ai fait la démonstration d’un broyeur à moteur thermique de branchage puis je leur ai demandé avec quoi cette machine fonctionnait. Quelqu’une (ou un) m’a répondu à l’électricité, puis ils (elles) sont tombés d’accord sur de l’essence, alors je l’ai demandé d’où venait ce carburant, on m’a répondu de la pompe. Je leur ai demandé: Et avant?  D’un Réservoir. Ensuite, quelqu’un a dit du pétrole et je me suis aperçu  qu’il était placé à côté de mon petit fils qui lui avait soufflé.

    Ceci pour dire que nous sommes devant un giganstesque devoir de formation non pas des enfants mais des professeurs et des parents. Je sais ce qui me reste à faire…..   si ma santé le permet.

     

  7. PSDJ dit ceci:

    Sans un système international de monnaie qui récompense les sociétés vertueuses et sanctionne les collectivités destructrices du milieu, les sommets internationaux et les rapports du GIEC ne produisent que de l’incantation et des voeux pieux.

    Pourquoi sanctionner? Ne faudrait-t-il pas plutôt stimuler en créant une deuxième monnaie qui ne servirait qu’à la transition énergétique, Elle existe déjà de fait, ce sont les monnaies locales, il ne reste plus qu’à organiser la circulation monnétaire entre une (ou des) monnaies interlationnales et ces monnaies locales.

    Ce n’est qu’une petite idée en passant!!

     

     

  8. A propos du prix de la viande :

    Quels que soient les rapports de force intermédiaires, si l’offre est supérieure à la demande

    Et comme le pouvoir d’achat du plus grand nombre des consommateurs ne cesse de se réduire, (pour les même raisons, mais dans tous les domaines!), les agriculteurs (au sens « ceux qui vivent de l’agriculture »), sont condamnés à disparaître les uns après  les autres.

    De manière générale, quelque soit le domaine d’activité,  tous ceux qui vivent de leur travail, dans un secteur non protégé, doivent disparaître, faute de pouvoir d’achat de leur clients potentiels.

    L’outil d’échange qu’est la monnaie disparait de l’économie réelle, (la Grèce en est une caricature) pour aller s’entasser sur les comptes des plus fortunés. Ce qui n’est sans doute pas un hasard…

    Voila 42 ans (environ) que ça dure. C’est sans espoir,  sauf révolution systémique. D’un autre côté, s’il n’y avait que ça…

    1. Je ne sais pas quelle est l’importance du black, mais même sans, sans régulation ça ne peut aller que de crise en crise toujours plus profonde.

      Pire encore, quand au final  le choix est soit de se retrouver dans la galère, ou travailler au black, le choix est vite fait…

      C’est d’ailleurs ce que souhaitent les libéraux! Tous au black, compétition maximum, coûts minimums.

  9. La première phrase était:

    « Quels que soient les rapports de force intermédiaires, si l’offre est supérieure à la demande solvable, il y a crise. »

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