Aux acteurs de la nuit du 4 août

Ouvert aux commentaires.

En hommage aux acteurs de la nuit du 4 août 1789, et aux Wolfgang Schäuble de ce monde, pour leur donner de l’esprit, une citation.

Il faut aussi relire La nuit du 4 août 1789 ou l’invention de la liberté en temps réel, par Annie Le Brun.

Il ne suffit […] plus de répéter les vieilles formules, Vox populi, vox Dei, et de pousser des cris de guerre en faisant claquer des drapeaux au vent. La dignité du citoyen peut exiger de lui, en telle ou telle conjoncture, qu’il dresse des barricades et qu’il défende sa terre, sa ville ou sa liberté ; mais qu’il n’imagine point résoudre la moindre question par le hasard des balles. C’est dans les têtes et dans les cœurs que les transformations ont à s’accomplir avant de tendre les muscles et de se changer en phénomènes historiques.

[…] nous assistons au spectacle de l’individu libre qui, si limité qu’il soit dans l’espace et dans la durée des âges, réussit néanmoins à laisser son empreinte personnelle sur le monde qui l’entoure, à le modifier d’une façon définitive par la découverte d’une loi, par l’accomplissement d’une œuvre, par l’application d’un procédé, quelquefois même par une belle parole que l’univers n’oubliera point. Il est facile de retrouver distinctement dans l’histoire la trace de milliers et de milliers de héros que l’on sait avoir personnellement coopéré d’une manière efficace au travail collectif de la civilisation.

Élisée Reclus (1902)

Écrits sociaux, Éditions Héros-Limite, 2012, pp. 45-46

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21 réflexions sur « Aux acteurs de la nuit du 4 août »

  1. Pour les Grecs, le 4 août c’est 1936, le coup d’Etat de Métaxas

    Source : Wikipédia
    Metaxás impose à l’origine son régime pour lutter contre la situation d’instabilité sociale qui prévaut dans la Grèce des années 1930, la démocratie parlementaire ayant dégénéré en querelles de factions politiques. La perte de crédibilité du Parlement s’accompagnait de plusieurs tentatives de coups d’État ; en mars 1935, un putsch des partisans d’Eleftherios Venizelos avait échoué et les élections d’octobre avaient renforcé la majorité royaliste, ce qui permit le retour d’exil du roi Georges II de Grèce. Le roi rétablit la monarchie mais le Parlement, divisé en factions inconciliables, est incapable de dégager une majorité politique claire permettant au gouvernement de fonctionner. Par ailleurs, l’activité grandissante des communistes, en position d’arbitrage grâce à leurs 15 députés des élections de 1936 face à 143 monarchistes et 142 libéraux, agrariens et républicains, crée une impasse politique.

    En mai de la même année, l’agitation qui se propage dans les milieux agricoles (tabaculteurs) et industriels au Nord conduit le chef du gouvernement, le général Metaxás, à suspendre le parlement à la veille d’une importante grève, le 4 août 1936. Soutenu par le roi, Metaxas déclare l’état d’urgence, décrète la loi martiale, abroge divers articles de la constitution et établit un cabinet de crise afin de mettre un terme aux émeutes et de restaurer l’ordre social. Au cours de l’un de ses premiers discours, il annonce : « J’ai décidé de prendre tout le pouvoir nécessaire pour sauver de la Grèce des catastrophes qui la menacent. »

  2. La formule finale laisse songeur :

    « travail collectif de LA civilisation »… à « rénover » pour  l’entendre en langue d’aujourd’hui.

    Cela fait d’ailleurs écho à la très chouette série d’émission en ce moment de 9 à 11 le matin sur FC sur Fernand Braudel, émission à laquelle participe (ce matin par exemple) le très subtil Patrick Boucheron.

    Parmi les questions posées : la pertinence des visions « écono-territoriales » de Braudel (pour reprendre un mot clé d’un de mes billets). Le décalage entre les oeuvres de Braudel comme celle de 1987 sur la « Grammaire des Civilisations », publication tardive d’un travail fait en 1963 pour tenter de définir le nouveau programme d’histoire, d’où disparaîtra de facto la notion de civilisation : la difficulté de séparer le programme alors linéaire de la 6e à la Terminale en deux morceaux (collège + lycée) y fera obstacle.

    Belle citation, et si on peut changer un neurone à Schäuble, « pour son bien » , ou lui faire comprendre que le monde n’est pas qu’un grand bazar à remplir de « Treuhand », (sa « réussite » des années 1990) ce serait pas mal

  3. Touchante citation.

    La liberté a toujours existé et n’a pas été inventée dans la nuit du 4 aout. Le 4 aout est une libération, mais aussi la victoire de la bourgeoisie sur la noblesse. Une victoire préfigurant le monde moderne et son lot d’aliénations. Le conseil donné par Alcuin à Charlemagne guide toujours la société moderne : méfiez vous du vox populi, vox dei, car « la nature turbulente de la foule est toujours très proche de la folie ».

    C’est le constat d’Elisée Reclus plus d’un siècle après la nuit du 4 aout : vox populi, vox dei est une lointaine chimère devant encore progresser dans les têtes et dans les cœurs. Aux têtes et aux cœurs d’Elisée Reclus j’ajouterais, au risque de déplaire aux défenseurs de la nuit du 4 aout, le SANG ! La noblesse a survécu au 4 aout et se porte bien. En 1995, sur les 80 familles figurant au bottin mondain et ayant une maison aux Portes-en-Ré, 32 avaient un patronyme noble ou d’apparence noble ( https://books.google.fr/books/about/Sociologie_de_la_bourgeoisie.html?id=zkZ5HKI-d2AC&redir_esc=y).

    Alors que faire ? Et bien écoutons Elisée Reclus et sentons nous être cet individu libre cherchant à laisser son empreinte personnelle sur le monde qui l’entoure. Admirons au passage l’espace d’expression qu’offre le blog de Paul Jorion et créons pour modifier le monde.

    Tel le héros d’Elisée, je vous propose donc cette tentative de belle parole : https://www.youtube.com/watch?v=EMMZ_RgCY4E. Il s’agit d’une vidéo caustique intitulée Dr. Schäuble or: How I Stopped Worrying About Merkel et dressant le parallèle entre le Dr. Strangelove et le Dr Schäuble. C’est une œuvre se réclamant de la critique interventionniste de Pierre Bayard et se permettant de dire que Stanley Kubrick s’inspira grandement des évènements du 13 juillet 2015 pour tourner Dr. Strangelove.

  4.  » laisser son empreinte par une belle parole que l’univers n’oubliera point » Il y a aussi des intuitions beaucoup plus modestes, par rencontres fortuites, entre individus qui ne sont pas des prix Nobel  ou des généraux, et que ne retiendra donc aucun dictionnaire comme  dans cette parole que je n’ai jamais oubliée. J’avais lu dans la bible cette histoire prodigieuse du bâton de Moïse qui se transformait en serpent, à laquelle je n’avais rien compris. Plus tard j’observais un potier qui, sur son vase encore tendre tournant sur son tour, entreprit de placer un stylet rigide en  l’animant de mouvements alternatifs verticaux qui tracèrent sur le vase une ondulation régulière. Et il me dit  avec un ton mystérieux:  » le bâton se transforme en serpent! »

    1. @ Arciatus

      La vidéo dont vous parlez en commentaire d’un billet récent est sans doute celle extraite du court-métrage « La vallée des moulins » de Kurosawa.

      Thom a proposé un modèle théorique de la blastula physiologique en partant d’une théorie de la roue de moulin, roue qui rétro-agit sur le cours d’eau en amont de la roue. Il associe cette rétroaction au système nerveux qui agit alors en aval sur le reste du corps selon un schéma « en cascade » de rectangles enchaînés les uns aux autres par un sommet.

      À partir de réflexions sur les moulins le poète-philosophe Kurosawa et le scientifique-philosophe Thom (qui se revendique naturphilosoph) parlent ainsi, chacun à leur façon, peut-être pas si éloignées, du « cœur de la nature ».

  5. Encore faut il que les dominants aient le feu aux fesses, pour provoquer une nuit du 4 aout.

    La Californie serait elle un symbole?

    Obama s’inquiète d’ailleurs du changement climatique!…

  6. La réponse à nos problèmes se retrouve dans le billet précédent de M.P.Nougaret.

    On sait de longue date qu’à épuiser son hôte un parasite prend le risque de mourir. Mais comment passe-t-on du parasitisme à la symbiose ? ………

    Précédemment il faut également comprendre pourquoi il faut passer à la symbiose.

    1. Le tique est un parasite pour le chien. A part des maladies, il ne lui apporte pas grand chose. L’oiseau pique-boeuf est en symbiose avec le rhinocéros, il le débarrasse des tiques et autres parasites. Du coup le rhino laisse le volatile manger à sa guise et sert de taxi, à l’occasion. L’homme est devenu un parasite de la Terre. Une tique trop grosse. Quel rôle pourrions-nous jouer pour que la Terre y trouve un intérêt ? La Terre a-t-elle besoin de nous ? Si la vie ne nous avait pas créés, de quoi la Terre devrait-elle se méfier ?

      Avant tout, il faut réduire la taille de cette tique. Elle pompe trop de sang, le chien décline. Aïe : nous devons absolument parler du contrôle des naissances et des volontés de fin de vie.

      1. nous devons absolument parler du contrôle des naissances et des volontés de fin de vie.

        Même s’il faut s’en préoccuper, le fond du problème n’est pas là.

        Le fond du problème est que le Système économique mondialisé n’a jamais été pensé pour optimiser son efficacité (qui d’ailleurs reste à définir), mais à maximiser une agitation économique dévastatrice.

        A la (grosse) louche, 90 % de cette agitation ne sert à rien, si ce n’est à entretenir l’agitation, et à concentrer la richesse entre quelques mains.

        C’est d’ailleurs pour ça que les secteurs économiques les plus florissants sont ceux de l’armement (concentrer la richesse) et de la publicité (agitation).

      2. @Dominique

        Le fond du problème n’est pas là, le « système économique mondialisé » est la résultante de notre caractère/comportement/façon d’être/moi.

        Il faut revoir notre matrice. Notre façon de penser. Notre façon d’être.

        Le XXIe siècle devra être spirituel. Et surtout pas religieux.

      3. le « système économique mondialisé » est la résultante de notre caractère/comportement/façon d’être/moi.

        Oui, certes.   Mais « notre caractère/comportement/façon d’être/moi » sont façonnés par l’éducation (école, médias, environnement social) que le Système nous met dans la tête.

        Nous croyons être libres de penser ce que nous pensons, mais non!   Nous pensons ce pour quoi nous avons été programmés à penser.

        Pourquoi pensons nous différemment que d’autres communautés?  Ce n’est qu’une histoire de programmation!

        Nous ne sommes pas libres, même si nous en avons le sentiment, car nous n’avons aucun recul. Nous sommes comme dans une boite dont nous ne percevons pas les limites. Notre univers est une boîte, très limitée.

        Nous prenons pour Vérité ce que l’on nous a mis dans la tête (en particulier durant l’enfance).

        Être libre suppose d’avoir fait le tri dans tout ça. Le mieux est de tout mettre en doute.

        En attendant, puisque le Système programme ce que nous devons penser, les plus fortunés du haut de la pyramide sociale, et de proche en proche, nous contrôlent tous, et s’en félicitent d’autant que nous en sommes inconscients!

  7. Dix plus tard,le 18 Brumaire An VIII,un jeune trublion sifflait la fin de la récréation,un goût français pour l’empire ,à défaut pour la restauration rapide. Il y eut bien quelques coups de colère; 1830 ,1848,1871 ,sacrés versaillais ,terminus les mômes,la république définitive sur de drôles de fonts baptismaux.  Au vingtième ,petit sursaut avec le CNR ,après l’égarement maréchalien ,quelques échauffourées en Mai 1968 , puis retour gaullien à l’ordre. Comme le temps passe, le vingt et unième siècle déjà,et toujours rien. Petit essai de turbo-histoire,nous sommes des gens pressés.

  8. J’ai plus particulièrement été accroché par  » les transformations dans les têtes et dans les cœurs… »

    Et pour le coup , en retournant chercher dans mes dicos préférés le terme  » transformation » , j’ai retrouvé toute la diversité des champs où il est employé .

    En raccourci rapide , je me suis finalement demandé si notre souci actuel n’était pas de passer de la  » transformation bancaire » ( Carry Trade ) , à la transformation « anthropologique structurale » de Lévi-Strauss .

    Les fans de François Roddier se consoleront avec la transformation thermodynamique.

  9.  » Actuellement, dans chaque pays, le chiffre des transactions commerciales est pris comme étalon de la prospérité. Le point de vue contraire serait plus logique: mieux le sol est utilisé par les habitants, moindre devient la nécessité de faire voyager les denrées; plus intelligent est le travail de leurs usines, moindre devient l’échange des produits. »

    Elisée Reclus. L’homme et la terre.

    1. Je trouve que cette citation d’Elisée Reclus illustre bien le dilemme actuel: principe de production maximale d’entropie (Roddier) vs principe de moindre complexité (Thom).

      Est-ce que ce sont tous deux des principes fondamentaux en conflit permanent?

      En conclusion d’une longue vidéo, « La thermodynamique de l’évolution: du Big Bang aux sciences humaines », Roddier dit qu’il faut lutter contre cette propension à la production maximale d’entropie: « l’effet de la reine rouge s’évanouit avec la formation d’une société planétaire unique capable de contrôler son environnement ». Mais peut-on lutter contre un principe fondamental?

      Entre chercher complètement au hasard on ne sait quoi (Monod, le « libéralisme » actuel), et chercher,  guidé par un principe de moindre complexité, en ayant un projet (lamarckisme), on passe d’une économie de gaspillage (un oxymore), une chrématistique, à une économie économe (un pléonasme), une oeconomia. Le citoyen Thom était non-croissantiste.

  10. « C’est dans la tête et les cœurs que les transformations ont à s’accomplir avant de tendre les muscles et de se changer en phénomène historique ».

    Ce sont les jeunes turcs (chers à PJ) de la révolution galiléenne et les lumières des philosophes qui ont échauffé les têtes et les cœurs avant que se produise la révolution sociale de 1789.

    Il n’y aura pas, j’en suis convaincu, de nouvelle révolution sociale sans changement préalable de paradigme, sans que nous soit proposée une nouvelle vision du monde.

    L’analyse que j’ai faite mienne de la situation actuelle tient à la fameuse coupure galiléenne qui a prononcé le divorce entre une science objective s’exprimant en partie en langage mathématique et une philosophie se réfugiant dans la forteresse de la subjectivité (divorce entre l’esprit et le corps, le sujet et l’objet, Descartes, ses animaux-machines).

    Pour moi les façons de voir de Newton et de Descartes portent en germe la philosophie réductionniste (quand on a commencé à séparer pourquoi s’arrêter?) qui a envahi la pensée contemporaine (Physique atomique, biologie moléculaire, etc.) et a abouti, après le détour darwinien, au « Nous sommes le fruit du hasard et de la nécessité » de Monod qui gouverne à mon avis la pensée « mainstream » actuelle (remplacer hasard par liberté et nécessité par concurrence dans les traités européens!).

    Newton a échoué, son œuvre majeure n’étant pas, loin s’en faut, à la hauteur des ambitions du titre: « Principes mathématiques de la philosophie naturelle »: pour moi Newton est installé et restera dans l’histoire humaine comme un scientifique révolutionnaire mais comme un piètre philosophe.

    Il est clair qu’il y a actuellement, parmi des couches de plus en plus nombreuses de la population mondiale, une inquiétude sur l’évolution sociale qui se traduit par une agitation des esprits, parfois même, déjà, des muscles. Parmi toute cette agitation des esprits (dont il faut reconnaître qu’elle est assez désordonnée) peut-on avoir une nouvelle vision, révolutionnaire, du monde? Y a-t-il quelqu’un pour donner un cap, un nouveau Newton qui pointe à l’horizon?

    La mécanique newtonienne ne concerne que l’inanimé, et certains ont même écrit, non sans raison, que la conception newtonienne de la physique postule l’imbécillité des objets étudiés.

    PJ a écrit « Principes des Systèmes Intelligents », titre encore plus ambitieux que celui de Newton puisque l’être vivant est, à mon avis (et j’espère ne pas être le seul à le penser), l’archétype de tels systèmes.

    PSI est-elle une œuvre révolutionnaire? PJ est-il un jeune turc des temps modernes? Un nouveau Newton?

     

     

    1. Je réagis ici au billet de Pascal de ce jour car il me paraît tout à fait en phase avec mon commentaire ci-dessus.

      La véritable intelligence, ce pouvoir de se mettre dans la peau de l’autre, a laissé place dans nos sociétés modernes à l’intelligence logico-mathématique assimilée ( peut-être un peu vite) à la technique de la preuve (le syllogisme…). Je vois PSI comme une tentative réussie de remettre la véritable intelligence au centre du débat.

      Concernant les mathématiques, Thom distingue les mathématiques de la maîtrise (dont la philosophie sous-jacente est la démiurgie), en gros celle de Hilbert, ici en cause, et les mathématiques de l’intelligibilité (les siennes bien sûr, et de bien peu d’autres -Grothendieck?), dont la philosophie sous-jacente est herméneutique.

      Ps: j’ai beaucoup apprécié le lien « philosophique » qui oppose position mécaniste et vitaliste.

      1. Toujours à propos du billet de Pascal.

        « les progrès de l’épigénétique »

        Thom (très affirmatif puisqu’il continue en disant -de mémoire-que qui n’a pas compris ça n’a rien compris à la biologie): « La causalité matérielle est génétique, la causalité efficiente est épigénétique. »

        Distinction entre l’inné et l’acquis?

        Cause efficiente et cause finale.

        La notion de cause finale heurte notre conscience de la flèche du temps. Les scientifiques post-galiléens ont imposé la modélisation du temps par la droite réelle orientée de moins l’infini à plus l’infini. Les orientaux ont, je crois, une conception plus cyclique qui unifie peut-être pour eux les deux types de causes.

        Peut-être cette distinction n’a-elle aucune incidence pratique: déterminer les moyens nécessaires pour arriver à une fin n’est-il pas exactement déterminer les causes pouvant produire un effet donné?

        Plutôt que de me représenter le temps par la droite réelle orientée je préfère me le représenter par un ruban de Moëbius de largeur infinitésimale orienté: en chaque point du ruban le temps se trouve orienté dans les deux sens, selon la face, ce qui apparaît comme cause finale d’un côté apparaissant alors comme cause efficiente de l’autre.

        J’aime bien cette idée de torsion que l’on retrouve présente chez Lévi-Strauss (formule canonique du mythe) et omniprésente chez Lacan dans sa période topologique. Autant que je sache elle est complètement absente chez Thom.

         

  11. Suite.

    Pour Serge Carfantan la vision du monde post-galiléenne que nous subissons, vision mécaniste, est mortifère. Il y oppose la possibilité d’une vision vitaliste: la vie comme opposée à la mort.

    Pour moi la mort est une disparition (derrière l’horizon?), donc opposée à la naissance (une apparition), non à la vie.

    Thom ne parle pas d’opposition mécanisme/vitalisme mais de synthèse. Dans la conclusion d’un article dont j’ai oublié le titre: « La synthèse ici entrevue des pensées mécaniste et vitaliste n’ira pas sans un profond remaniement de notre conception du monde inanimé. »

    NB: je suis sans doute allé un peu vite à la fin de mon commentaire précédent en disant que Thom n’avait pas l’esprit tordu: ses phrases favorites, « le prédateur affamé est sa propre proie », « la vie s’entre-dévore », ses titres de bouquin « Apologie* du logos », ou d’article « Topoï de l’utopie », prouvent le contraire.
    Cela rend d’autant moins explicable qu’un géomètre comme lui n’utilise pas, ou très peu, à ma connaissance, dans ses modèles, les espaces naturellement tordus que sont les espaces projectifs.

    * Le préfixe apo renvoie à une opposition.

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