Drame des réfugiés syriens : tous responsables, par Cédric Mas

Billet invité

Que fuient les réfugiés syriens qui affluent vers l’Europe ?

Leur pays devenu un enfer, du fait de la guerre civile que nous laissons se dérouler sans réagir, malgré les horreurs et les crimes.

Cette guerre civile oppose plusieurs factions, mais celles qui motivent la fuite des Syriens sont les factions islamistes (dont certaines milices jihadistes qui n’ont rien de « modérées »), l’État islamique (qui menace aujourd’hui Alep et s’approche dangereusement de Damas et de Homs) et la dictature d’Assad, dont les troupes bombardent aveuglément (et desespérèment) les civils (avec l’aide matérielle de la Russie, comme à Idlib)

Le drame se joue donc à plusieurs endroits :

– en Syrie

– sur le trajet vers l’Europe

– et en Europe.

Notre responsabilité (nous européens) est entière sur ces trois lieux du drame :

– en Syrie en laissant les factions les plus terribles régner (État Islamique, JAN et Assad), commettre leurs crimes en toute impunité, s’étendre et aggraver le chaos et l’enfer, ce qui va multiplier le nombre de réfugiés.

– sur le trajet, en fermant toute possibilité de visa, ce qui amène ces populations desespérées à confier leur vie à des passeurs mafieux, et à prendre tous les risques.

– en Europe en refusant de les accueillir et de les aider (rappelons que la prochaine réunion « d’urgence » de l’Union européenne sur le sujet aura lieu le 12 septembre…, combien de morts encore ? Et combien de réunions « urgentes » avant de réagir ?), et restant indifférents à leur appel à l’aide (et ils demandent d’abord de stopper la guerre dans leur pays, puis à défaut de les accueillir).

Un exemple de notre indifférence coupable :


Comparaison des couvertures des journaux français et UK ce matin

Notre responsabilité est entière, mais il ne faut pas oublier aussi la responsabilité des factions les plus violentes qui alimentent cette guerre civile, née de la répression violente et aveugle des forces de sécurité baassistes de manifestations demandant seulement une « démocratisation ».

Il est ainsi évident que l’État islamique, toujours en progression, est l’ennemi principal, et participent par ses exactions quotidiennes à la fuite des Syriens. Il en est de même de certaines milices jihadistes engagées dans les zones qualifiées de « rebelles modérés » (je rappelle qu’il y a eu plusieurs manifestations, y compris récentes, à Alep, Idlib et dans le sud, des populations demandant leur départ, ou le passage sous une administration plus « modérée »).

Mais il ne faut pas nier aussi que les bombardements et les crimes des milices d’Assad, sont aussi responsables de cet exode massif.

Par les bombardements aveugles des zones civiles rebelles, par les enlèvements, tortures et disparitions de tout opposant, la dictature d’Assad porte même une incontestable responsabilité dans ces drames, né d’une guerre civile qu’elle a provoqué et qu’elle alimente (concentrant ses coups contre les milices modérées, et épargnant autant que possible l’État islamique). Et ne parlons même pas des milices chiites iraniennes ou du Hezbollah, peu économe de la vie des civils syriens (majoritairement sunnites).

Vouloir dédouaner Assad de sa responsabilité dans le drame vécu par les civils syriens, pour ne voir que les Jihadistes, c’est comme nier la responsabilité d’Israël dans le drame des civils de Gaza (pour ne voir que le Hamas).

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