Attentats de Paris : Le moment est peut-être venu de poser une question qui fâche, par Anton Klimm

Billet invité.

Les individus ayant commis les attentats de Paris ont globalement le même âge que les personnes qu’ils ont visées et assassinées : tous appartiennent en effet essentiellement à la tranche des trentenaires. N’est-il pas légitime de se demander pourquoi certains se retrouvent du « bon » côté et d’autres, du « mauvais » ? Leur histoire personnelle est-elle sans lien aucun avec la tragédie qui a eu lieu ?

Nous avons d’une part les jeunes les plus performants selon les critères du système en place, vivant au centre-ville de Paris, abattus durant leurs heures de loisirs, et nous avons d’autre part, d’autres jeunes, les assassins, sans moyens financiers aujourd’hui et n’en ayant probablement jamais eu davantage.

Si la majorité des Français trouve évident que « les meilleurs » jouissent d’une grande aisance, doit-elle accepter pour autant que « les moins bons » se voient barré l’accès à la fortune dès la naissance et cela quels que soient les efforts qu’ils puissent consacrer à améliorer la donne en leur faveur ?

Il était admis historiquement qu’existait en France un « contrat social », voire même « Le Contrat Social » au sens de Rousseau. Ce contrat social a purement et simplement été remplacé par la succession de contrats asymétriques liant l’individu durant son existence à une suite d’entreprises. La responsabilité de sélectionner les candidats ayant leurs préférences, dans une perspective commerciale exclusivement, a été abandonnée aux entreprises, et cela sans qu’elles doivent se justifier ou rendre aucun compte à qui que ce soit des critères de leur choix, et en tout cas pas à la société dans son ensemble.

L’ancien contrat social établissait entre l’individu et la société, un contrat équilibré par un ensemble de contreparties. Les contrats commerciaux ou de travail avec les entreprises sont eux totalement déséquilibrés et laissent l’individu seul et désarmé face à celles-ci, auxquelles ne s’oppose aucun contre-pouvoir, et certainement pas celui de l’État, qui détourne désormais pudiquement le regard de la question de l’emploi dans sa globalité.

Il y a bien ici et là, dans l’entreprise d’une certaine taille, l’immigré de service, le handicapé de service, ou le syndicaliste de service, mais ils ne constituent pas un modèle qui puisse être expansé à plus grande échelle, seulement des exemplaires uniques, échantillons symboliques permettant à l’entreprise de se dédouaner d’un véritable effort social.

Quelle chance a-t-on, né dans une banlieue, porteur d’un nom à la consonance inattendue, d’une couleur de peau faite pour surprendre, privé des bonnes dents qui sont les signes d’une bonne santé, de vivre ensuite une vie décente ? On a au contraire depuis l’enfance l’intime conviction qu’une telle chance vous sera refusée, sauf accident statistique à la probabilité infinitésimale.

En remplaçant le contrat social par les seuls contrats commerciaux, notre société n’a-t-elle pas sacrifié une fois pour toutes, cette « Égalité » devant la justice sociale dont elle continue de se prévaloir, par une vieille habitude sans doute, mais dont la signification réelle s’est depuis longtemps perdue ?

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