Cop 21, Venezuela, par Marie-Paule Nougaret

Billet invité.

Le Venezuela n’a pas pris d’engagement sur les gaz à effet de serre, on le comprend.  Assis sur d’énormes réserves de pétrole, il le brûle sans compter et selon l’association Dialogue pour le Venezuela, subventionne l’essence à la pompe qui y coûte moins cher que l’eau. La construction de vastes parcs de logements sociaux sans réseau de transport aggrave la pollution de l’air et les maladies respiratoires. L’état d’abandon des oléoducs corrodés y ajoute l’intoxication aux métaux lourds, comme lors de la marée noire de 2012 dans le fleuve Guarapiche. A quoi se conjugue, pour les citadins, une pénurie d’eau, qui ne coule qu’une fois par semaine dans divers quartiers, faute d’entretien des captages et réservoirs. L’immense lac Maracaibo s’évapore sous l’effet du réchauffement global, plus sensible à cette latitude. Il devient plus salé, mais surtout sert de décharge à ciel ouvert. Le grand Caracas est la seule métropole dont les eaux d’égout finissent en Mer Caraïbe sans traitement.

Pendant ce temps pour la fondation Azul Ambiantalistas (AA), dédiée à l’éducation scientifique, et chargée d’expertise écologique par les Nations Unies*, la déforestation pèse carrément sur le climat mondial. Rappelons que l’Amazonie globale fournit un quart de l’oxygène mondial. Citant des chiffres officiels, l’écrivain Edgar Cherubini suggère que le taux de déboisement du Venezuela serait le plus rapide du monde. Des Andes aux Guyanes, sur la façade atlantique, qui forment un bouclier forestier face aux vents secs des déserts d’Afrique, la destruction s’accélère, pour le trafic de bois tropicaux et/ou l’extraction minière, auxquels s’associe la guérilla FARC de Colombie, voire la police locale.  Le  déboisement de la seule région atlantique de l’Essequibo, voisine du Guyana, aux frontières contestées des deux côtés, libérerait, selon AA, 1 milliard de tonnes de CO2. Seul un couloir vert pourrait arrêter la sécheresse, sous peine de voir cette région prendre le climat de la Somalie.

Trente quatre peuples indigènes habitent le Venezuela, représentant 2% de la population. Comme ailleurs en Amazonie, ils sont réduits en esclavage par les chercheurs d’or, parfois massacrés, comme 16 Yanomami en 1993, et d’une façon générale persécutés quand eux seuls détiennent le savoir sur la forêt pluviale. 92 % des femmes amérindiennes souffrent de contamination grave au mercure ( utilisé pour l’orpaillage et rejeté dans l’eau) avec un risque élevé de mettre au monde des enfants difformes, selon Survival International. La constitution leur garantit des territoires qui devaient être délimités avant 2001. Cela n’a pas été fait, note Survival. En revanche le gouvernement vient de passer contrat la compagnie chinoise CITIC pour recenser et cartographier le potentiel minier du pays, avec sûrement l’intention de l’exploiter. Dialogue pour le Venezuela estime le pays ouvert à toutes les firmes les plus mal famées du monde, autorisées à extraire l’or, le pétrole ou l’uranium, y compris dans les parcs nationaux.

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Dans le Parc Nacional de Canaima, l’exploitation minière au bord des fleuves Carrao et Caroní.

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* Programme des Nations Unies pour l’Environnement

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