Ondes colonisationelles dans l’espace-temps des humains, par Timiota

Billet invité.

Homo est une espèce colonisatrice, on le murmure sur Mars. Mais imprévoyante, on le murmure chez Tepco, la compagnie responsable de la centrale de Fukushima comme on le murmurait chez les ex de Lehman Brothers ou Countrywide après la crise financière des subprimes de 2008.

De ce contraste surgissent deux dynamiques différentes de notre espace-temps humain, pourtant toutes deux liées à cette façon qu’a Homo de se croire intelligent.

La colonisation, mouvement physique qui en impose irréversiblement à des terres et des peuples qui n’en peuvent mais, forme une onde qui s’étend vers le futur et l’ailleurs.

Mais au contraire de la colonisation, notre réseau mnésique ne sait pas engendrer d’onde vers le futur. Il a pour fonctionnement de « coloniser le passé », au point qu’il devient victime de sa propre irréversibilité: il se complait à répéter un passé dès que celui-ci a été un tant soit peu engrammé, alors qu’il gère au petit bonheur la chance les choix liées aux connexions manquantes vers le futur, en faisant une projection simplifiée sur ce qu’il connait.

Que dans un cas (Lehman Brothers, Countrywide), on sache qu’il y a un krach par la connaissance du passé n’empêche pas de faire un pronostic erroné sur la façon de s’en sortir. Dans l’autre cas, Fukushima, il ressort d’un récent rapport qu’il n’y avait pas de connaissance admise d’un passé analogue : à Fukushima, Tchernobyl et TMI (Three Miles Island) ne suffisaient pas à figurer au titre de ce passé manquant.

L’homme (pas que le nippon) avait donc fait une double bêtise, celle d’avoir colonisé un non-éco-système énergétique sale (celui du nucléaire, qui n’a que de faible marges de « propreté », et qui est dans le cas de l’uranium, malgré tout une colonisation extractiviste du sol) et celle d’avoir une ignorance du passé hélas suffisante pour gérer au plus mal les possibilités du futur une fois l’affaire engagée.

Déminer, déblayer tout cela, décoloniser le futur de ses passés borgnes, nous nous y essayons avec diverses options, gradations entre l’envie d’action, la panique, et les 24h d’une journée. Les ondes colonisationnelles n’étaient pas à l’ordre du jour tant que la survie primait et que le monde était vastes. Ainsi nous essayons de les appréhender avec la conviction qu’un peu de ménage dans la pensée et un peu de recul peuvent limiter les dégâts, voire en réparer des précédents.

Petits travaux pratiques sur les ondes du moment, en séquence :

Hisser le foc Piketty pour échapper à l’anomie des primaires prisonnières des politicailleries passées, puis pour échapper à r>g. Tendre ensuite la grand’ voile du décarbonage, donnant à l’oxygène et au soleil les moyens de nous recoloniser. Puis dans la passe mettre le spi au vent, une fois qu’on trouve la route pour tangenter avec le maelstrom de la disparition du travail. Et faire que la sociologie de l’homo numérique, qui en est un halo, devienne une autre colonisation, celle de la « philia », un commun qui est sans doute notre anticorps aux bouffées d’ondes colonisationelles.

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