« Originalités de la Chine -3- » RITUALISME, par DD & DH

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Les rites chinois ont toujours été, vus de chez nous, en Occident, l’objet d’une double perception. Ils sont à la fois la preuve d’une civilisation, de sa durée et de sa puissance, de sa civilité et en même temps l’objet de railleries, de contresens. Leur formalisme est tel qu’on y lit en même temps la contrainte hypocrite et l’urbanité la plus pointilleuse. Déjà la question partageait nos Philosophes. Les uns louaient ce respect des formes qui assurait la cohérence du vivre-ensemble, les autres critiquaient cet affichage de duplicité. Les uns portaient aux nues l’héritage d’une civilisation achevée, les autres vilipendaient une fourberie généralisée. Entre la politesse chinoise comme symbole de l’accomplissement civilisateur et la politesse chinoise comme manifestation de la perfide dissimulation inhérente à ce peuple, deux lectures possibles des rites s’affrontaient. Cette double lecture continue.

C’est en raison d’une lecture trop favorable au rôle civilisateur des rites chinois que les Jésuites furent l’objet, lors de la fameuse “Querelle des rites”, d’une condamnation par la papauté à la fin du XVIIIe s.

Le XIXe s. pratiqua sans états d’âme la lecture inverse : colons, marchands et militaires occidentaux raillèrent les rites et les pourfendirent en tant que manifestations de duplicité, porteurs de décadence et survivances d’un passé si étouffant qu’il interdisait à la Chine tout accès à notre modernité.

Cette conception, issue d’un point de vue colonialiste, fut pourtant adoptée par nombre de Chinois instruits du début du XXème s. qui mesuraient le décalage entre l’Occident industrialisé et la Chine Impériale. Ainsi vit-on se répandre dans la jeunesse chinoise éduquée des mouvements d’idées hostiles à la tradition, hostiles à Confucius et à ses vieilles lunes, fustigeant les rites considérés comme des freins et des entraves à tout progrès. Comme si les rites, facteurs de cohésion depuis deux millénaires, garants de la durée de cette civilisation, étaient devenus trop rigides. Comme si les rites n’étaient plus qu’oppression.

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A présent que la Chine est ouverte au monde, il faut souligner que cette politique d’ouverture n’implique pas nécessairement que la civilisation chinoise devienne pour nous plus immédiatement compréhensible ni même plus familière. Au contraire, derrière l’uniformisation apparente du mode de vie occidentalisé, restent vivaces les traits authentiques du monde chinois. Certes, les citadins chinois font comme nous leurs courses à Carrefour ou à Auchan, certes ils utilisent les mêmes ordinateurs que nous et, parce qu’ils en ont été longtemps privés, rêvent encore plus que nous au confort quotidien de la consommation de masse. Mais, ont-ils renoncé pour autant à l’écriture idéographique? Ont-ils renoncé pour autant à leur cadre mental traditionnel? Il serait pour le moins hardi de l’affirmer. “Carrefour” est devenu “Jia Le Fu” (=”bonheur de la famille”), “Auchan” “Ou shang” (=”à la mode de l’Europe”). Les logiciels de leurs ordinateurs permettent la saisie en caractères chinois. Lorsqu’ils utilisent « Google », ils lisent « gu ge », c’est à dire “Riz et Chant” (et le chant en Chine a longtemps eu partie liée au Rite). Plus même: les temples sont réouverts, restaurés et très fréquentés. Confucius connaît une sorte de renaissance sidérante pour qui se souvient de 1919, de 1949, de 1965 ou de 1971. Et, en deçà de ces apparences, derrière ces évidences, au quotidien, on peut parfois entrevoir ce qui organise discrètement ce monde sinisé : la persistance des rites. Pour ne prendre qu’un exemple de cette persistance, il suffit de regarder comment les Chinois nomment et désignent les jours de la semaine. Dans les temps les plus reculés la semaine chinoise se composait de décades organisées autour d’un rite d’hommage cyclique rendu au souverain. La semaine de sept jours fut adoptée sous les Tang, amenée par les marchands arabes, mais le nom des jours continue à porter l’empreinte des vieux rituels : lundi est nommé « jour où l’on honore le rituel du 1 », etc. Le rite perdure, même s’il a perdu de sa force institutionnelle, il est intrinsèque à la culture chinoise. Doit-on rappeler que sur les treize textes canoniques confucéens, trois étaient consacrés aux rites ? Qu’à partir du VIIème siècle les épreuves des examens étaient codifiées et organisées par le Ministère des Rites ? Que le calendrier triennal des examens était lui-même basé sur les Classiques des Rites ?

C’est dans l’ensemble du monde sinisé (Japon, Corée, Vietnam) que le Rite insiste et perdure jusqu’en notre XXIe s., qu’il continue à souder, à fédérer, à rassembler. Puisqu’on interroge beaucoup chez nous ces derniers temps le concept d’ “identité nationale”, faisons un pas de côté et demandons-nous ce qui, aux yeux du monde chinois, constitue l’étranger, le barbare : c’est précisément que ces gens-là, étrangers ou barbares, n’ont pas intériorisé le sens des rites, ils ont le cœur trop endurci pour avoir le sens du rite. Ainsi dans le monde chinois la question trouve-t-elle assez vite sa réponse. L’ “identité nationale” chinoise, c’est le sens du rite et la maîtrise de l’écriture idéographique, maîtrise elle-même non dénuée de rituel quand il s’agit de calligraphie.

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Etymologiquement le mot “rite” se dessine à partir du nom d’un vin de millet, un vin neuf n’ayant fermenté qu’une seule nuit et qui servait aux libations sacrificielles accompagnant un rituel agraire d’offrande. Le mot est déjà attesté sur les inscriptions oraculaires les plus anciennes, ce qui a permis aux paléographes de fixer son origine à l’époque préhistorique, à la fin du néolithique, au plus haut des origines de la civilisation agricole des proto-Chinois. La tradition le rapproche d’un homophone signifiant “chaussure” : les rites assurent la marche dans la voie droite de la moralité. Donc au départ le rite a à voir avec la religion. Lorsque l’agnosticisme a supprimé (très tôt) toute transcendance, le cérémonial a été maintenu et développé par le confucianisme (Ve s. avant notre ère). Transféré du plan religieux au plan social le rite voit sa portée considérablement élargie et étendue à tous les actes de la vie en société. Le ritualisme chinois a méticuleusement conservé les formes du rite religieux pour en faire jouer les ressorts de pure discipline sociale. Les rites ont dès lors nourri la pratique sociale et entretenu un état d’esprit sans équivalent hors du monde sinisé. Les définitions du dictionnaire attestent du rayonnement du mot “rite”. Le mot, “li” en chinois, se traduit par “cérémonie”, “bienséance”, “courtoisie” et aussi par “rendre hommage” et “honorer”. Ils deviennent une sorte de matrice de la moralité puisqu’au respect des formes doit s’ajouter l’entière adhésion du cœur pour que la conduite soit authentique. Il n’y a pas de véritable vertu sans rites : “Le courage sans les rites n’est qu’indiscipline, la franchise sans les rites n’est qu’insolence“. La formalisation par les rites discipline les comportements dans le sens d’une harmonie sociale conçue comme le reflet de l’harmonie céleste. Car il existe une corrélation étroite entre les formes rituelles et la structure de l’Univers. Le symbolisme cosmologique investit les moindres détails de toutes les cérémonies. C’est parce qu’ils prennent modèle sur les normes de fonctionnement de l’univers tout entier que les rites sont les modèles de la conduite des hommes. De plus la musique qui accompagne les rites exprime l’harmonie qui doit régner entre tous les membres de la société. Au plan des institutions, les rites règlent les rapports sociaux, ils remplissent la fonction qui est celle du droit et rendent inutile le recours à la loi. Paradigmes des comportements de toutes les circonstances de la vie, les rites sont extrêmement codifiés et l’on distingue les Grandes Cérémonies des Rites Canoniques (Jingli) des rites variés de la vie quotidienne (Quli).

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Ce sens du rituel nous est inconfortable. Chez nous autres, les “barbares”, il peut même provoquer agacement et irritation. On y lit le manque de spontanéité, le traditionalisme, le formalisme le plus étroit, voire une forme de superstition. Dans le monde sinisé il s’agit de tout autre chose.

Effectuer le rite à la perfection, en respectant scrupuleusement les prescriptions traditionnelles sans rien y ajouter de personnel, sans faire preuve d’aucune créativité, sans manifester la moindre originalité, sans chercher à y exprimer sa personnalité, voilà ce qui importe. Le rite demande que chaque geste soit conforme aux règles dont le respect exige que l’ego de l’officiant soit gommé, effacé, vaincu. Ce service intégral impose en outre une absolue sincérité. Au geste précis doit correspondre l’état d’esprit adéquat. Ainsi se manifestent l’harmonie et la justice tant à l’extérieur qu’au cœur de l’officiant. Ainsi le monde est unifié. En s’effaçant pour que puisse se manifester la perfection propre du rite, l’homme trouve paradoxalement sa place. Notre humanité se déploie à sa mesure dans la pratique du rite, au sens le plus traditionnel possible. Elle s’y enracine. Si l’être humain peut accéder à une quelconque dignité, sa plus haute dignité il l’atteint dans l’observation scrupuleuse du rituel. Le rite inscrit l’homme dans l’intimité du fonctionnement global et, en lui donnant sa place, le fait advenir à ce qu’il est en propre. Le sens ancestral et traditionnel du rite qui donne sa juste place à l’homme, c’est d’assurer la possibilité d’établir une médiation entre l’homme, le ciel et le terre. Le rite établit une correspondance ou un accord au sens musical qui se fonde sur la sympathie naturelle entre les différents plans de la réalité et différents niveaux d’existence. Il ne convient pas, cependant, de s’appesantir sur cet aspect ésotérique du rite car, à trop s’y consacrer, il devient vite pratique superstitieuse et magique, ce qui prend le dessus, aujourd’hui encore, dans toutes les cérémonies taoïstes. Or le rite civil n’est pas un échange, encore moins une supplique ou une prière. Le rite civil est un acte gratuit. La réussite d’un rite ne se mesure pas aux résultats escomptés mais tient à l’attitude de l’officiant : “Se dégager de l’égoïsme pour se replacer dans le sens du rite, voilà ce qu’est l’humanité.” (Confucius, conversation avec Yan Hui) “Un vase à offrandes” (Confucius répond à la question “Qui sommes-nous ?”) Ce mouvement hors de l’égoïsme s’effectue par le respect scrupuleux des formes rituelles qui, jamais, ne constituent un espace d’expression personnelle.

La sincérité de l’officiant, son engagement intime, la rectitude de son cœur ne sont jamais une affirmation de soi : c’est ce qui empêche le rite de devenir un formalisme vide nourri d’un esprit protocolaire stérile.

Le rite naît de l’homme juste, de son cœur juste et sa pratique juste, adéquate, il conforte et déploie son humanité. Le rite en sa perfection est l’expression exemplaire de l’humain en nous, sa propension, son déploiement vers les autres. Par le rite, l’homme manifeste sa rectitude et sa vertu efficace. Le rite ainsi compris confère à l’homme le sens de la justesse, de l’adéquation au monde, une attention vivante et scrupuleuse à l’ordre et à l’harmonie qui seuls préservent de la barbarie et de l’animalité. Le rite, garantissant l’ordre harmonieux du Ciel/Terre, devient le garant de la viabilité du monde habité. Le rite et la tradition deviennent la Voie, l’espace où l’homme accompli se réalise en tant qu’homme. Ainsi aussi le rite est-il efficace en tant que mode de gouvernement. Le rite est inséparable du politique, gouverner c’est officier. C’est donner la mesure. Le rite conjugue à la fois la musique qui change les mœurs et les mots qui instaurent les rapports justes entre les êtres. Il s’agit de faire concert, de jouer ensemble une partition juste. Le rite permet l’intelligence et la compréhension des rapports entre les hommes et permet de s’insérer dans ces rapports d’une manière juste et adéquate. Le rite, c’est l’autre nom du respect de soi-même et des autres, dont la politesse, la courtoisie et l’urbanité sont les manifestations les plus usuelles au quotidien. L’homme naît dans l’espace du rite qui est aussi une cérémonie d’avènement, un couronnement de l’homme en tant qu’homme. Le rite, c’est la culture qui permet à l’homme d’accéder à l’humanité et au perfectionnement de soi et des autres. La puissance du rite fonde en effet le rapport, la relation à autrui. Il y a un lien évident entre agir avec humanité et respecter autant la lettre que l’esprit du rite. “Un homme dépourvu d’humanité, qu’aurait-il à faire des rites ?” demande Confucius. La gestuelle, codifiée dans les rituels, pratiquée avec un soin scrupuleux, voire maniaque, assure la justesse de notre attitude mentale vis-à-vis d’autrui. Sa perfection traduit et incarne la pureté de l’intention. Le rite peut donc être vu comme un medium qui instaure entre les hommes socialisés la mise à distance nécessaire au respect mutuel. En fait l’orthopraxie assure l’orthodoxie. La gestuelle codifiée entraîne la posture mentale. Parce que la pratique du rite impose soumission et abnégation, parce que le geste contraint et oblige, alors la parole est déterminée, ce qui détermine à leur tour la pensée et la conscience morale. Au point que la langue chinoise classique ignore les mots «Bien » et « Mal ». Il n’y a pas de mots chinois pour le bien et le mal. Le moraliste ancien ne parle jamais de faire le bien ou le mal, mais seulement de se conduire conformément ou contrairement au rite.

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Comme le dit Confucius “Les rites, les rites, est-ce que ce n’est que du jade et de la soie ?” “Sans les rites le respect devient pénible, sans les rites l’attention consciencieuse devient craintive, sans les rites la bravoure devient anarchique, sans les rites la droiture devient offensante“. Le rite s’affirme comme fondement ou fondation de la morale, donc du bon fonctionnement des institutions, de l’harmonie. Il met en acte l’ordre des choses et leur sens. Il instaure l’espace, le cadre dans lequel doit se mouler celui qui agit ou pense. A l’examen des calendriers rituels, on observe que les rites prescrits au souverain, aux ministres, aux fonctionnaires ou aux paysans sont parallèles et justifiés par les différents temps du calendrier lunaire. En tant que fils du Ciel, le souverain donne l’exemple, le rite devient modèle tout en réaffirmant son origine cosmogonique. Le rite opportun au moment opportun assure la pérennité de l’ordre naturel sur un monde conscient et volontaire où s’exprime l’humanité. Le culturel recrée le naturel dont il est la pure expression sociale.

Le rite force à la rigueur, c’est une école d’exigence qui demande toujours plus d’effort sur soi pour le bien d’autrui. Le rite participe aussi au perfectionnement de soi en ce qu’il exige attention et étude puisqu’il y a là une connaissance particulière, un savoir à acquérir, une science des rituels qu’il faut connaître et comprendre pour en saisir la signification, donc l’efficacité. En tel ou tel contexte, à tel ou tel moment, le rite, exécuté parfaitement, c’est donc aussi la parfaite adéquation au moment et à la circonstance. C’est pour l’homme être au juste centre (ce qui ne veut surtout pas dire “être juste milieu” !), être au monde avec justesse, être au monde en harmonie. En fait, la pratique du rite doit aider à prendre conscience, à découvrir à partir de nous-mêmes quel est notre enracinement dans le monde et sa logique d’ensemble, celle qui règle continûment le grand procès des choses sous le Ciel et doit conduire notre vie. Le rite régule, règle et discipline. Il symbolise l’une des forces de la pensée chinoise et probablement l’un des secrets de sa longévité exceptionnelle. Alors que l’Occident a pensé le sujet en opposition à la nature, a pensé le sujet en quête de maîtrise sur la nature, l’originalité chinoise est de ne pas avoir opposé vie intérieure et marche des choses, sujet et monde. Même si le rite manifeste une sorte de défiance vis-à-vis de la nature humaine, vis-à-vis de ses penchants naturels, il valorise en fait la libre volonté. C’est la volonté qui guide l’officiant dans sa quête du geste parfaitement adéquat et de cette recherche de la maîtrise du geste procède la responsabilisation de l’homme. L’homme de bien est celui qui, responsable, libre et sincère, aspire à la perfection. Le rite illustre et actualise les plus hautes valeurs morales sur la base des relations multiformes de l’être humain dans le corps social, car il a sa propre efficacité sous forme de résonance spontanée.

D’autant que, sous le régime du rite, l’artifice de la forme intervient avant toute intention d’action en vue de modeler d’avance l’intention elle-même : les formes rituelles sont d’abord des formes vides, mises en place dans l’apesanteur du pur cérémonial, afin de préformer, de formater, dans le sens de l’ordre établi les actes pleins qui seront accomplis dans la pesanteur des activités effectives. Si le régime fonctionne bien, les conduites s’alignent toutes seules, spontanément, dans le sens voulu. Aucune contrainte ne sera plus nécessaire au niveau des actes pleins, des actions effectives, dès lors que le sujet aura complètement intériorisé l’ordre rituel au niveau des pratiques cérémonielles très contraignantes, elles, mais d’une contrainte qui pour ainsi dire ne pèse pas puisqu’elle n’affecte que des actes vides. Dans la société, le contrôle du respect de l’ordre établi ne se fait plus qu’à travers l’image que chacun donne de sa propre conduite par sa maîtrise du rite. Le plein développement du régime du rite porte au maximum la pression sociale. En même temps, et c’est le paradoxe que nous ne parvenons pas à saisir dans nos schémas de pensée, cette pression que nous considérons comme une oppression insupportable préserve totalement l’intimité du sujet : en niant l’expression personnelle, le rite protège et préserve le moi profond (à qui il ne reste pour s’exprimer que les arts: poésie, peinture, calligraphie). Le rite, dans la vacuité de ses formes, n’engage pas l’intimité. De là aussi une autre lecture partisane que nous faisons du rite quand nous l’envisageons sous la forme du masque. Pour résumer: la philosophie du ritualisme tient de l’idée que, à force de multiplier d’innombrables cérémonies de gestes purement formels, donc vides d’implications effectives et d’autant plus faciles à exécuter qu’ils ne coûtent rien, la norme morale qu’extériorisent ces gestes finira par s’intérioriser et par entraîner celui qui a toujours accompli les rituels comme il faut à se conduire, au moins en public, spontanément dans la vie courante comme le prescrivent les rites. A partir de l’extériorité du geste les rites doivent, en pénétrant la conscience, préserver et perfectionner la nature foncièrement bonne de l’homme. Le rite, dans la vacuité de ses formes que nous interprétons comme de l’inanité, vu de chez nous, peut être un MASQUE. Les Chinois lui préféreront le mot FACE…

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Ici se manifeste une sorte de divergence fondamentale, entre deux conceptions de la raison, entre deux formes de rationalité, entre deux conceptions du fonctionnement du monde, du réel.

Notre rationalité positiviste, celle qui nous paraît aller de soi, procède par fins et moyens, par causes et conséquences. La rationalité chinoise, qui nous semble irrationnelle, ne reconstitue pas des séries de causes-conséquences. S’insérant dans un réseau de corrélations, elle repose sur les correspondances de formes, sur leur connaissance et leur pratique. Il est écrit dans les commentaires des Classiques chinois que « c’est travailler le jade», c’est à dire procéder comme l’artisan parfait qui examine, détecte et épouse avec son outil les lignes de force internes de la pierre brute pour que son travail les mette à jour en créant de la beauté. La forme idéale que prendra le jade est déjà présente dans le bloc grisâtre non dégrossi avant que l’homme ne le travaille, il doit la pressentir et s’y adapter pour la révéler.

Cette grande divergence de nos rationalités, donc ce hiatus entre nos conceptions du rite, c’est toute la distance qui existe entre être au monde en se donnant pour but de le maîtriser (voire le modifier) et être au monde en s’efforçant de se couler le mieux possible dans une harmonie préexistante et de ne pas faire trop de fausses notes dans la symphonie universelle.

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18 réflexions sur « « Originalités de la Chine -3- » RITUALISME, par DD & DH »

  1. Le temps qu’il fait le 3 juin 2016

    D’après Paul,pas très beau;ni l’incompréhensible pensée chinoise ,ni la rationalité européenne ne sont en mesure de régler le bordel inextricable dans lequel nous nous sommes fourrés.Nuit debout ou couché c’est pareil,les bipèdes vont dans le mur.
    Cela dit grand merci pour vos contributions à mon édification et bon week-end à tous.

  2. Je vous salue, je vous serre la main (puis dépose la mienne sur mon coeur, chez certains), je vous embrasse d’une accolade, je vous offre cadeaux, à charge de réciprocité : rituels de civilité mais aussi de moralité.
    Notre calendrier des jours est aussi d’origine antédiluvienne : c’est Babylone qui a donné un nom de planète à chacune des heures du jour, avec un cycle différent de 24, de sorte que le nom de planète de chaque première heure a donné ce nom astral à nos noms de jour : lune pour lundi, mars, etc. Et Ali MAgoudi a montré comment le calendrier rationnel des révolutionnaires ne pouvait s’imposer, car seul un calendrier fondé à l’origine (du temps) est crédible (“Quand l’homme civilise le temps” 1992).
    Ne pourrait-on pas dire que la religion chrétienne (et d’autres monothéismes), attentive à voler et détourner toutes nos fêtes païennes (feu de la St-Jean, etc.) a imposé ainsi (souvent par la force) une morale sans origine, sans fondement, avec un rituel abscons, individuel, formel. Et largement démonétisée aujourd’hui après des siècles d’hypocrisie ?

  3. Fort belle explication. Je pense traduction (pour explication) car c’est sans doute ce type de saut qu’il faudrait faire pour saisir toute la différence de pensée qu’induit l’idéogramme. Pas mon cas et pas dans mes compétences, hélas.
    Par l’évocation de la taille du jade on peut facilement faire communiquer les deux mondes. Il suffit d’écouter Michel Ange qui dit la même chose, exactement, le sculpteur est un révélateur, il dévoile juste un peu mieux ce qui était tout juste esquissé dans le bloc, dans la matière. Par là, au travers de ces deux modes d’expression les deux civilisations pensent ensemble, disent pareil. Par la peinture encore, bien que les techniques des uns et des autres n’aient pas grand chose en commun, le courant passe. Il suffit de lire “L’unique trait de pinceau” de Shitao pour ressentir les liens d’une même gémellité. Mais ça s’arrête là. Pour les rites, il aurait bien le religieux chrétien et le religieux laïque que l’on pourrait montrer du doigt mais à toute petite dose pour l’Occident.
    Je me dois de citer Simon Leys de son vrai nom Pierre Ryckmans pour ses ouvrages sur la Chine et la culture chinoise. Pas par forfanterie mais parce que c’est un fort bel écrivain aussi.

    1. Hervey +1

      “Par l’évocation de la taille du jade on peut facilement faire communiquer les deux mondes. Il suffit d’écouter Michel Ange qui dit la même chose, exactement, le sculpteur est un révélateur,”

      Il en va de m^me de tout créateur. Une amie pharmacienne à la retraite, aujourd’hui hélas dcd, avait appris à faire de la sculpture sur pierre sur le tard, à 64 ans passés. Surprise et étonnée, elle aussi, des découvertes de qui elle était à travers ses créations ….Michèle était douée, elle savait que les compliments que je faisais sur son taf de sculpteur n’étaient pas de la “courtoisie de circonstance” et encore moins une politesse convenue, dont je me fiche éperdument. Conviée chez elle à déjeuner, elle m’a montré un jour ses sculptures dans une pièce de son appart transformée en mini-atelier. Alors que je regardais une de ses oeuvres avec beaucoup d’attention, son époux entra et me déclara avec emphase “il était dans la pierre” et je lui ai répondu “oui mais il fallait le sortir donc il fallait l’y voir”, son regard et son sourire m’ont suffit , lui, en tant que violoniste savait ce que je voulais dire….faut aller le chercher voire l’arracher !

      L’esprit du Tao. Le rite dans cette acception rejoint la méditation. Vécu dans son sens profond c’est une recherche intérieure et un chemin voire un cheminement car il est une partie intégrante de la Voie. : “Cette grande divergence de nos rationalités, donc ce hiatus entre nos conceptions du rite, c’est toute la distance qui existe entre être au monde en se donnant pour but de le maîtriser (voire le modifier) et être au monde en s’efforçant de se couler le mieux possible dans une harmonie préexistante et de ne pas faire trop de fausses notes dans la symphonie universelle.”

      Et je rajoute et ça c’est un ART et dans ce mot il y a un mot que j’aime plus que tout, plus que celui d’artiste : artisan !

      “Outre la mise en œuvre des procédés qui font l’objet de l’apprentissage, un ouvrage réussi exige de l’artisan quelque chose d’autre, (…) quelque chose qui ne s’apprend pas et qu’en désespoir de cause nous appelons le « tour de main »… Jankélévitch, Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien,1957”

  4. Un très grand merci pour cette succession de billets sur une lecture approfondie de culture chinoise qui me fascine par certains aspects et me fait peur parfois.
    “Le rite, dans la vacuité de ses formes, n’engage pas l’intimité”.
    Il me semble que tout ce qui est dit sur les pratiques des rites en Chine colle à merveille avec les pratiques de nos “rites administratifs” et les mythes correspondants – avancement et carrière – en nos bureaucraties publiques et privées, bureaucratie sacrée, militaire ou simplement culturelle. Le fond compte alors peu ou pas du tout car seule la forme et le rite sont “sanctifiés”.
    Il semble que face à de vrais question de fond, les politiciens nationaux – de la mairie à la présidence – nous répondent “à la chinoise”, en abusant de rites démocratiques (49,3 !) et en oubliant volontairement “le fond” des débats, laissant surnager la médiocrité ambiante.
    Ils ne comprennent pas que c’est ainsi que, année après année ils ont déroulé le tapis rouge à ceux qui se prétendent meilleurs conservateurs de rites dépassés, faussement sécurisants.
    Nuit debout veut sortir de situations médiocres mais nos rites démocratiques ne permettent guère l’innovation. Et la recherche ne devrait pas s’étonner de voir ses crédits révisés à la baisse : ce sont des révolutionnaires potentiellement dangereux !

  5. Au plan des institutions, les rites règlent les rapports sociaux, ils remplissent la fonction qui est celle du droit et rendent inutile le recours à la loi.

    Les quelques exécutions capitales en Chine relèvent donc de l’ordre du rituel ; nous voilà rassurés.

    1. Ce billet utile pour ceux qui connaissent peu la Chine, ne doit pas en effet induire en erreur : ne pas confondre une présentation du ritualisme associé au confucianisme, comme idéologie, et comme composante, parmi d’autres, taoïsme, légisme, moïsme, bouddhisme …, et ce qui fit la réalité effective, sociale et politique de de la Chine. Et a fortiori de la Chine d’aujourd’hui, désormais intriquée dans une marche du monde, de dimension planétaire. François Joyaux qui a formé toute une génération de diplomates en enseignant l’histoire de la diplomatie chinoise à Langues’O rappelait pendant ses cours que ses collègues culturalistes commettaient parfois l’erreur de méthode consistant à vouloir tout montrer et démontrer par l’identification des traits culturels comme facteur explicatif : les guerres, les conflits s’expliquent d’abord par des rapports de force, des conflits d’intérêt … Il visait ainsi par exemple son collègue Léon Vandermeersh qui dans son livre “Le monde sinisé ” tendait à montrer que le développement capitaliste des 4 dragons asiatiques trouvait des forces dans le confucianisme…. Cela pour dire qu’il faut se méfier des grandes synthèses, utiles pour appréhender des réalités culturelles qui nous sont plus ou moins étrangères, mais qui ne doivent pas occulter les analyses pluri factorielles, politiques, et socio-historiques. Ainsi le décollage des 4 dragons doit plus à la mondialisation néo-libérale, au mouvement générale de circulation des capitaux et à la liberté du commerce, qu’au confucianisme, même si évidemment le confucianisme présentait des traits pas incompatibles, et même favorables sous certains aspects (sens de la hiérarchie) au développement économique fulgurant que nous savons.

      Aucune dynastie chinoise ne fut dans réalité sociale et historique un pur produit du ritualisme confucéen. A telle enseigne que le premier empereur chinois de Qin, littéralement le Premier empereur Qin (du nom d’un des royaumes combattants, qui donna par translittération “Chine”) plutôt féru de taoïsme et de recettes d’immortalité, fut carrément un anti ritualiste confucéen acharné, imposant l’ordre implacable de la loi pénale, rigoureusement prescriptive, et donc indiscutable. Un ordre militaire au premier chef, qui parmi les soldats valeureux rapportait tant de têtes coupées, qui avait droit à son lot de terres où s’établir dans les zones conquises. …

      La dynastie suivante, la dynastie Han, qui fut par sa longévité la première grande dynastie chinoise, fit du confucianisme politique la doctrine officielle du régime, les confucéens sont réhabilités, mais ils devient la doctrine officielle, à l’exclusion des autres, alors qu’ils avaient été éliminés par le court régime précédent, totalitaire notamment en 213 avant notre ère, lors d’un tristement célèbre autodafé, pour autant, la loi pénale ne disparaît pas, les rites ne suffisent pas à assurer le maintien de l’ordre social et la survie du régime. Et il en sera de même tout au long de l’histoire impériale chinoise. Les Rites s’accommodèrent très bien des extorsions exactions, en tous genres. Y compris de la torture …Rappelons que Confucius lui-même se plaint amèrement lors de ses pérégrinations dans les royaumes de ne pas voir appliqués par les souverains ses bons conseils… Au 6 ème siècle avant notre ère en “Chine” Confucius rêve de restaurer un régime basé sur les Rites et la Musique, parce ce qu’il idéalise la Voie des Rois anciens. Une voie qui est partout autour de lui battue en brèche. Les régicides ne sont pas rares…

      La grand historien Sima Qian, de la dynastie Han, le plus grand historien et le plus admiré des historiens de la longue histoire chinoise qui comptera 25 dynasties officielles, eut lui-même à subir les conséquences d’un ordre bien peu ritualiste confucéen lorsqu’il prit la défense d’un général qui avait faibli devant les barbares au Nord et s’était rendu pour sauver sa peau alors qu’il aurait dû préférer la mort au combat ou le suicide pour loyauté au souverain. Le grand historien endura la plus humiliante et bien peu rituelle des punitions : la castration.
      Signalons au passage que Sima Qian introduit dans ses Mémoires Historiques, le modèle inégalé, donc, de toutes les histoires dynastiques suivantes, une notion qui contredit la représentation cyclique de l’histoire, même si par ailleurs il ne s’en dégage pas complètement partout dans ses propos. Pour l’historien l’Histoire n’est pas faite que de répétitions, il y a de véritables ruptures, des évolutions qu’il s’agit d’attester, chaque époque comporte des spécificités … explicitement Sima Qian vise certaine conception qui avait court à son époque, notamment celle d’un Dong Zhongshu, conception dans laquelle le Ciel et l’Homme se répondent mutuellement. DD et DH dans un de leurs précédents billet note que le tremblement de terre de Tangshan fut interprété comme un signe du Ciel, comme réponse au désordre introduit par l’homme, je ne suis pas sûr que le rationaliste Sima Qian aurait accordé grand crédit à cette lecture de l’histoire.
      Sima Qian s’efforce au contraire d’inscrire l’histoire humaine dans un temps spécifiquement humain. Il appartient donc aux homme de produire de bonnes institutions …

      Bref, oui, le ritualisme est une dimension spécifique de l’histoire de la Chine, mais il s’articule à maints autres aspects. Ne faisons pas d’une partie constitutive du monde chinois, son tout. Que dirait-on, chez nous, d’une histoire de notre monde européen qui ferait sienne les présupposés du dogme catholique, qui n’établirait pas clairement un distinguo entre système de représentations, idéologie et réalités effectives ?

      1. Vigneron avait fait plus bref ,mais je crois que vous êtes d’accord .
        Toujours pas sollicité pour une traduction sensible des œuvres de Paul Jorion en mandarin?

      1. (Sourire)
        Comme quoi c’est le tempérament et la personnalité qui feraient le rite.

        Et le rite ,comme toutes nos manifestations peut avoir une face destructrice ( grimaçante) et une face progressiste(souriante).

        Le rite comme l’empire se jugent ( et perdurent) à l’aune de la survie et du bonheur de vivre .

  6. Bonjour,
    je ne connais rien à la Chine. La dernière intervention me semble remettre les pendules à l’heure. Elle donne des limites au culturalisme.
    De formation philosophe, quand je lis “être au monde en se donnant pour but de le maîtriser (voire le modifier)”, je vois une absurdité. Je pense que la relation positiviste au monde est très récente. Certainement pas à Descartes, que l’on se plait à citer comme le départ de la maîtrise de la nature par l’homme. A mon avis, c’est un processus qui se cristallise au 19ème siècle, suite à trois cents ans de colonisation, massacres et transformation marchande du monde et des peuples par les hommes blancs européens.
    Bien à vous

    1. La maitrise par le pouvoir n’a pas d’âge. Voir Hérodote. Mais si l’on veut schématiser une réflexion sur ce sujet on peut se tourner vers la formation des empires. L’analyse de leurs déclins est tout aussi instructive.
      Suis pas thèseux mais si j’en avais le temps et le désir, je suivrai le fil rompu de la pelote depuis la Grèce puis Rome et la résurgence de ses valeurs à la Renaissance pour donner une explication de la domination (en temps que maitrise) de l’Occident sur le reste du monde jusqu’à aujourd’hui. Et cette représentation passe par la géométrie et les techniques ; la peinture de la Renaissance étant l’étendard de cette domination.

  7. On a beau savoir Jorion proche de Pigasse et donc ennemi de Macron, on peut trouver fort de café qu’il en arrive au point de nommer ” opération spéculative ” le rachat d’une filiale de Pfizer par Nestlé, même si l’opération s’est faite grâce au talent de Macron et au détriment de l’ami Pigasse et de son client Riboud (Danone)…
    C’est pas sans rapport avec la Chine puisque cette chinoiserie appelée “opération spéculative selon Jorion ” concernait particulièrement le marché stratégique du lait maternisé en Chine.

  8. Le livre des Rites, Georges Charles
    Remettre le coeur droit

    Pour Georges Charles, si l’on se réfère aux rites, il est impossible de ne pas évoquer Confucius et le « Liji ».
    Il y est question de cœur, de centre et de bon sens !

    “L’étymologie latine de rite est ritum : passage ou gué. Le caractère chinois ancien désignant le Tao, ou Dao, représente un chemin sinueux, ou une rivière, et la tête d’un grand cerf avec sa ramure (le chef de harde capable de faire traverser le troupeau sans encombre). On comprend que sur ce point, au moins, taoïstes et confucianistes seront tout à fait en accord ! Les bouddhistes chinois ont eux choisi le caractère Chan désignant la méditation, car il représente simplement une pelle avec laquelle on défriche, on nettoie et on aplanit un terrain avant d’y pratiquer un rituel dans l’assise. C’est « l’action centrée ». Dans le chinois actuel, le salut, Jingli, signifie littéralement « honorer le rituel » ; ce qui nous ramène encore à celui-ci comme moyen de passage du monde profane vers « autre-chose encore » (Hua Shen) que nous nommons en Occident le « sacré ».

    “Dans « La Grande Etude », Ta Hio ou Da Xue 1, il conclut : « Cela veut dire que le sage après avoir fait briller en lui-même sa vertu doit étendre son action aux autres ». De ce fait, Wang Bi (Wang Pi) au 3e siècle affirme : « Toute la doctrine du Maître Kong (Confucius) consiste en (deux caractères) Zhong et Shu et rien d’autre ! (…) Zhong, c’est aller au bout de soi-même. Shu, c’est se porter vers les autres ».

    “Dans la notion de rituel, Zhong est la verticale du Yang, la vigueur énergique et éclatante du Ciel ; Shu est l’horizontale du Yin, la douceur malléable et la réceptivité de la Terre. Il est à noter que Zhong s’écrit avec le caractère centre (Zhong) au-dessus et cœur (Xin) en dessous. Il s’agit du « cœur centré », donc l’action centrée et juste comme la flèche qui atteint le cœur de la cible et qui provoque le son « Zhong ! ». Lorsque le centre précède le cœur, on retrouve la notion de bien-être, par exemple, dans les pratiques de santé.
    C’est « remettre le cœur droit ». Et cette droiture, c’est Zheng, l’authenticité. Lorsque Confucius propose de « rectifier les mots » (Zheng Ming) il conseille simplement de retrouver le « bon sens ». Le rituel est donc simplement une question de « bon sens » qui permet de mieux cheminer sur la Voie.”

    http://www.generation-tao.com/produit-fiche_17_178_1376_le-livre-des-rites-#desc

  9. Ca n’est pas forcément convaincant de lire :
    “Effectuer le rite à la perfection, en respectant scrupuleusement les prescriptions traditionnelles sans rien y ajouter de personnel, sans faire preuve d’aucune créativité, sans manifester la moindre originalité, sans chercher à y exprimer sa personnalité, voilà ce qui importe.”
    Ainsi aussi le rite est-il efficace en tant que mode de gouvernement. Le rite est inséparable du politique, gouverner c’est officier.
    « Un homme dépourvu d’humanité, qu’aurait-il à faire des rites ? » demande Confucius
    Le rite force à la rigueur, c’est une école d’exigence qui demande toujours plus d’effort sur soi pour le bien d’autrui
    Il ne convient pas, cependant, de s’appesantir sur cet aspect ésotérique du rite car, à trop s’y consacrer, il devient vite pratique superstitieuse et magique, ce qui prend le dessus, aujourd’hui encore, dans toutes les cérémonies taoïstes.”
    On a parfois l’impression de lire un discours de propagande. Ne remettez rien en question, soumettez-vous au rite, sacrifiez votre identité, et pourquoi pas votre vie pour le bien de l’humanité…

    Contre exemple simple : la cérémonie du thé. Tous les mouvements rituels, toutes les subtilités sont utilisées pour développer l’état méditatif de la conscience. A ne surtout pas confondre avec cette interprétation superstitieuse et magique.
    L’état méditatif ou mystique est la connaissance absolue alors que toute connaissance rationnelle est limitée. Nous avons tendance à confondre notre représentation de la réalité et la réalité elle-même (la carte n’est pas le territoire)

    Quelques pistes de réflexion :
    Les Chinois sont des gens pratiques mais il ne faut pas dissocier la sagesse intuitive et la connaissance pratique.
    Au VIè siècle avant notre ère, les deux aspects de la philosophie chinoise se sont développés en deux écoles philosophiques distinctes, le confucianisme et le taoïsme.
    Le confucianisme était la philosophie de l’organisation sociale, du sens commun, de la connaissance pratique. Il nantit la société chinoise d’un système d’éducation et de conventions strictes de conduite sociale.
    Le Taoïsme en revanche, s’occupa essentiellement de l’observation de la nature et de la découverte de la Voie ou Tao. Le bonheur humain selon les Taoïstes est réalisé lorsque les hommes suivent l’ordre naturel, en faisant confiance à leur connaissance intuitive.

    Ces deux orientations représentent deux pôles opposés dans la philosophie chinoise, mais elles furent toujours considérées en Chine comme les pôles d’une seule et même nature, et donc COMPLEMENTAIRES
    En Occident : la part rationnelle de la recherche serait vaine si elle n’était complétée par l’intuition qui donne aux scientifiques de nouveaux aperçus et les rend créatifs.
    La philosophie chinoise a toujours mis en relief la nature complémentaire de la raison et de l’intuition.

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