“Panem et circenses”

On ne peut qu’admirer sans doute les jeunes “Niçois [qui] ont provoqué des supporteurs nord-irlandais, cours Saleya, une voie piétonne du Vieux-Nice” : provoquer des Nord-Irlandais, ce n’est pas moi qui aurais fait ça en tout cas. Même à vingt ans !

Admirons aussi les hooligans russes et britanniques : il faut un certain courage pour se lancer comme cela, la tête en avant, sachant parfaitement quelle est la férocité de ceux d’en face !

Pourquoi faut-il que 22 sportifs s’affrontent rituellement pendant quatre-vingt-dix minutes avant que puissent débuter ce qu’on appelle les “débordements”, comme s’il s’agissait chaque fois d’incidents fâcheux sans rapport avec le reste ? Parce que l’agitation des drapeaux et la montée des chants patriotiques, combinées à l’alcool consommé en quantités astronomiques, contribuent à déconnecter les corps des cerveaux, rendant impossible toute rétroaction des seconds vers les premiers. Il suffit alors qu’une moitié de la foule se gonfle de la toute-puissance qui vient avec le triomphe et que l’autre soit prise de la rage du désespoir accompagnant la défaite, pour que les conditions soient réunies d’un bel embrasement, conduisant les journaux à afficher le lendemain avec une candeur toujours renouvelée : “Comment expliquer une telle violence ?”.

“Du pain et des jeux !” Tant que le pain leur est assuré, les hooligans s’en prennent – comme il est attendu d’eux – les uns aux autres. Lorsque cela cesse d’être le cas, ils se tournent, menaçants, vers ceux qui organisent tout ce cirque et ont malencontreusement oublié qu’il fallait encore les nourrir.

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