L’avenir dans un rétroviseur : Une lecture de l’Économie du bien commun de Jean Tirole, par Jean-Michel Servet

Billet invité.

Sans nul doute l’Économie du bien commun, ouvrage de Jean Tirole paru au printemps 2016 [1], a été au programme des lectures de vacances de nombreux économistes francophones et d’autres spécialistes des science sociales ou citoyens soucieux de s’informer des questions économiques. Pour ceux-ci la notoriété de cet auteur récipiendaire en 2014 du prix dit « Nobel d’économie » a pu être un attrait. Même un magazine grand public comme Paris Match lui a consacré un article en indiquant qu’en un mois et demi l’ouvrage a été vendu à 45 000 exemplaires et qu’il a connu six réimpressions [2]. Pour Le Monde l’auteur prône « une économie de la réconciliation » [3] alors que pour Le Figaro, il est « descendu dans l’arène » [4]. Cet engagement est évident avec sa prise de position en faveur de « la loi travail », ou loi El Khomri, dans sa version première, la plus pro patronat [5]. Dans ce contexte politico-économique, un journaliste de L’Humanité a, sous le titre « Jean Tirole, auxiliaire décomplexé des exploiteurs » [6], centré sa critique sur les conséquences des analyses et propositions de Jean Tirole pour les conditions de travail et de rémunération des salariés. Pierre-Yves Cossé, ancien commissaire au Plan est apparu dans La Tribune comme un de ses rares lecteurs soulignant quelques limites plus générales de la publication [7].

Plus connu jusqu’ici comme expert par les décideurs publics nationaux et européens que du grand public, Jean Tirole espère sans doute par cette publication entretenir la médiatisation que le Nobel lui a apportée. Un livre « fascinant » selon Les Échos [8] et « fondateur » selon Challenges [9]. L’ouvrage est structuré en dix-sept chapitres qui peuvent se lire, selon le conseil même de l’auteur, indépendamment les uns des autres. Ils sont répartis en quatre grandes parties. Tout d’abord sont présentées les relations entre le savoir économique et la société, puis le rôle supposé imparti aux économistes. Il est suggéré que l’économie constitue une portion du réel à laquelle s’appliquent des logiques d’action, en oubliant que ce sont seulement des hypothèses qui construisent une représentation légitimant les politiques menées. La deuxième partie intitulée « le cadre institutionnel de l’économie » comprend deux chapitres traitant de l’État (mais en fait surtout de ses relations au marché) et de l’entreprise (du point de vue de sa gouvernance et sa responsabilité sociale). La troisième partie aborde successivement à travers cinq chapitres le plus grand nombre d’objets (le défi climatique, le chômage, la construction européenne, le rôle de la finance et la crise dite « financière » de 2008). Les cinq derniers chapitres sous l’intitulé « enjeu industriel » traitent de la concurrence et de la politique industrielle, de l’économie digitale, des applications du numérique et de leurs conséquences sociales, de l’innovation et de la propriété intellectuelle et enfin de la régulation sectorielle. Celle-ci permet à l’auteur de revenir à la question du rapport jugé essentiel entre État et marché. Le menu est donc copieux. Toutefois, ceux qui ont acquis et lu intégralement l’épais volume (plus de 600 pages) en ayant été attirés par la référence dans son titre au commun risquent fort d’être déçus. La problématique innovante des communs et celle de leur extension au-delà des questions environnementales est absente du cœur de l’ouvrage. Dès l’avant-propos (p. 14), le « bien commun » y est appréhendé de façon très générale comme ce à quoi nous aspirons en matière notamment d’équité, de pouvoir d’achat, d’environnement, de la place accordée au travail et à la vie privée ; ces multiples choix faisant l’objet d’une pondération différente selon les individus. Il s’agit donc d’autre chose que ce dont traitent les travaux contemporains consacrés au(x) commun(s). Ces recherches et propositions vont bien au-delà des implications environnementales que l’ouvrage aborde ou encore de ce qui constitue la doctrine sociale des religions posant centralement la question des limites de l’usage des biens qu’une personne possède ou des obligations qu’elle a vis-à-vis des communautés auxquelles elle appartient. La préférence pour l’individualisme qui domine l’ouvrage et de façon générale pour les conditions des échanges plus que celles de la technique et de la production l’éloignent de l’une ou l’autre des propositions actuelles sur les communs. J’y reviendrai.

La question centrale du livre est récurrente aujourd’hui chez les économistes et les politiques qu’ils inspirent : une interrogation sur la manière la plus efficace de faire fonctionner la concurrence et comment l’État doit contribuer à sa réalisation, notamment à l’encontre d’intérêts collectifs jugés corporatistes. Les nombreux passages consacrés à un éloge de la concurrence (tout en reconnaissant certaines de ses limites) pourront surprendre. Car le professeur Tirole a joué un rôle très actif auprès du gouvernement français et de la présidence de la République dans l’échec de la mise en place dans les universités françaises de deux sections concurrentes de la discipline économie : un courant de sciences économiques mainstream et un courant d’économie politique hétérodoxe soucieux d’intégrer les dimensions sociales et historiques des pratiques économiques. Pourquoi la concurrence n’aurait-t-elle pas été là aussi une émulation pour la progression des savoirs et la qualité de la formation des étudiants ? Faites ce que je dis et non ce que je fais serait-il son adage ?

D’aucuns verront dans l’ouvrage une contribution implicite aux prochains débats de la campagne présidentielle française de 2017 [10]. Il servira peut-être de bréviaire aux candidats des partis traditionnellement et alternativement au pouvoir et en mal actuel de soutiens intellectuels. À de multiples reprises, telles ou telles propositions se trouvent rejetées par Jean Tirole avec des arguments diversement convaincants (sans que les auteurs ou candidats potentiels soutenant ces propositions soient explicitement cités et leurs arguments reconnus, comme en matière de réduction du temps de travail, de l’existence de fonctionnaires « inutiles », de limitation de l’immigration, d’appartenance à la zone euro, de renforcement de l’« excellence » de l’enseignement, de privatisation de l’assurance santé par exemple). De multiples champs sont ainsi abordés au fil des pages. Ils apparaissent comme autant d’exercices d’application de « la » méthode économique pour articuler la concurrence des intérêts privés (considérée comme un optimum souhaitable) et la gestion administrée (pouvant apparaître de façon circonstanciée comme un mal nécessaire) : notamment la responsabilité sociale des entreprises, le réchauffement climatique, le chômage, la construction européenne, les marchés financiers, la politique industrielle, la production et la distribution d’électricité, la régulation des transports, l’économie numérique, les innovations technologiques, la propriété intellectuelle, pour ne citer que quelques-uns.

On pourrait de cet inventaire conclure que les instruments économiques proposés par Jean Tirole à partir de la théorie des jeux et de la théorie de l’information (dont il fait ici une présentation très pédagogique) sont à même de faire des propositions pratiques argumentées pour répondre aux principaux problèmes du temps ou d’éclairer les solutions à apporter à travers les choix proposés. Tout n’est pas à rejeter dans les multiples suggestions faites. On doit ici particulièrement regretter que l’absence d’un index thématique ne permette pas de retrouver tel ou tel exemple ou argument. Pourquoi ne pas avoir suivi cette bonne pratique largement répandue dans les ouvrages anglo-saxons ? Mais certaines propositions laissent perplexes… par leur manque de réalisme. Ainsi celle de l’application d’un principe de bonus-malus (p. 325, 329) pour décourager les entreprises de licencier les salariés en excédent par rapport à leur carnet de commandes. Grâce à une taxe spécifique, l’État imputerait aux entreprises qui licencient le coût collectif représenté par l’indemnité versée à un chômeur. A priori la proposition illustre la conciliation entre la discipline de la concurrence (encourageant une diminution de charges sociales supposées « peser » sur les entreprises, alors qu’elles se révèlent par le jeu de la redistribution un élément de la demande globale qui amortit les crises…) et la liberté entrepreneuriale, grâce une intervention publique en charge de limiter les effets négatifs des licenciements. Sauf qu’on a tout lieu de penser que cette pénalité, surcoût de charge pour une entreprise déjà en difficulté et contrainte de réduire ses coûts salariaux, aurait toute chance de précipiter sa disparition. Les difficultés d’une entreprise ne sont pas systématiquement dues à une mauvaise gestion, qu’il conviendrait de pénaliser. Elles peuvent provenir d’une modification des taux de change, de la faillite d’une autre entreprise, d’un contexte économique global devenu défavorable, etc. D’où la mise en place de mécanisme de solidarités… Or l’idée du partage est très éloignée du mainstream économique auquel appartient Jean Tirole [11].

Mais surtout des questions essentielles aujourd’hui sont seulement effleurées, voire oubliées ou ignorées. Peut-on se satisfaire d’une explication « financière » de la crise de 2008, laissant entendre par conséquent que des régulations financières et une meilleure information auraient pu l’éviter et pourraient permettre d’échapper à une récidive ? Si l’on fait l’hypothèse que cette crise est la première d’un nouveau système économique qui a été graduellement mis en place au cours des dernières décennies, peu de propositions nous préparent à faire face aux suivantes. La comparaison des taux de croissance à l’échelle mondiale (en excluant la Chine et l’Inde) montre que, dans la période 1950-1970 caractérisée par de fortes interventions économiques publiques. Ces taux ont été environ le double de ceux constatés entre les années 1980 et 2005 marquées par des politiques néolibérales. Croire que l’État est absent de celles-ci et donc que toute proposition actuelle faisant intervenir la puissance publique en est éloignée, c’est ignorer la réalité du néolibéralisme. L’État y apparaît comme étant en charge de la promotion de la concurrence. Ce modèle économique dominant que soutient l’auteur est aujourd’hui en cause du fait de son inefficacité à produire les forces d’une nouvelle croissance et à satisfaire les besoins que le système économique lui-même engendre. Mais l’analyse critique de ses logiques profondes de fonctionnement n’est pas faite par Jean Tirole. Peut-être pense-t-il l’exercice inutile puisque « aucun autre monde n’est possible » ? Une autre limite aux propositions pratiques de l’auteur relève bien de la nature profonde du système économique dominant : peut-on présenter comme Jean Tirole le fait (p. 390, 436), les établissements financiers comme étant des intermédiaires entre épargne et investissement en occultant ainsi, par l’anglicisme « investissement », la confusion entre placements spéculatifs et investissements productifs et le fait que la création monétaire contemporaine est essentiellement assise sur les reconnaissances des dettes des emprunteurs (entreprises et particuliers) [12]. On se trouve face à un privilège de seigneuriage capté par le secteur financier et une inadéquation du rythme de production de liquidités aux besoins des économies ; d’où l’ignorance par l’auteur de suggestions telles que celles visant à mettre un terme à ce privilège des banques à travers les propositions d’une monnaie pleine, gagée, positive, etc. Ces propositions sont en débat aujourd’hui notamment au Royaume-Uni, en Islande et en Suisse. Il s’agit de répondre de façon adéquate aux besoins de liquidité des économies ; de retrouver un contrôle collectif sur cette création et pour certains d’alimenter sous des formes diverses un revenu minimum d’existence (plutôt que de voir les banques centrales soutenir les banques commerciales sans beaucoup de succès jusqu’ici en matière de « reprise économique »). La montée des inégalités de patrimoine et de revenus en lien notamment avec la financiarisation des économies et les ponctions qu’elle opère mériteraient sans doute une attention beaucoup plus soutenue pour comprendre les éléments déterminants du nouveau mode de production actuel, au sens d’extraction d’un surplus à travers la finance ; et sa crise. Les changements subis au cours depuis trois décennies ne sont ni des excès, ni seulement techniques, par les réseaux informatiques ou ceux du travail autonome.

Le manque d’intérêt de Jean Tirole pour la question montante de la reconnaissance et la construction de communs, à des niveaux locaux et globaux dans les domaines les plus variés, frappe l’ouvrage d’obsolescence scientifique et politique. Les communs posent de façon nouvelle la question des droits d’usage, de la mutualisation des activités en dépassant celle de la complémentarité et l’opposition des interventions publiques et privées. À travers la question de la propriété intellectuelle, l’ouvrage indirectement inclut la question des communs. Le préjugé de l’auteur, maintes fois répété, en faveur d’une concurrence qui serait juste et équitable, l’empêche de comprendre certaines transformations essentielles en cours et de saisir les opportunités contemporaines de nouveaux modes de partage. Ils ne sont vus que comme des façons d’étendre la concurrence. L’économie de l’échange masque le nécessaire retour à une économie de la production et de l’agir collectif.

Comme le montrent de nombreuses notes de bas de pages, l’ouvrage synthétise, dans un langage accessible à un grand nombre de lecteurs, des travaux que son auteur a publiés sous forme savante depuis trente ans. L’initiative de cette publication est courageuse et utile car, en traduisant un discours spécialisé, son idéologie (autrement dit la logique des idées émises) se trouve en quelque sorte dévoilée. L’auteur affirme de nombreuses limites au bon fonctionnement de l’économie de concurrence. Il en fait tant une critique générale (p. 73-77, 210-214, 477 sq.) qu’à propos des exemples donnés. Toutefois sa critique de ce qui serait une économie non fondée sur la concurrence paraît particulièrement sommaire lorsqu’elle se résume dans une formule du type : « Auriez-vous envie de vivre sous le régime politique et économique de la Corée du Nord ou du Cuba ? » Outre le fait que l’assimilation du régime de Cuba à celui de la Corée du Nord mériterait d’être prouvée et que le gouvernement chinois prétendu aussi « socialiste » n’a sans doute rien à envier pour ce qui est des carences démocratiques à celui de Cuba (mais « l’ouverture économique » de la Chine fait oublier à nombre d’économistes pro market bien des péchés politiques), que penserait-on de celui ou celle qui pour rejeter l’économie de marché aurait pour principal argument : « Auriez-vous eu envie de vivre sous le régime politique et économique du Chili d’Augusto Pinochet ? » La défaillance des économies dites « socialistes » après la chute du mur de Berlin permet de faire l’économie d’une critique argumentée de ce qui fut aussi une construction et des débats théoriques, dont certains éléments pourraient resurgir bientôt, qu’il s’agisse des Saint-Simoniens, de Robert Owen, de Marx ou de Proudhon par exemple, pour repenser certaines dimensions du collectif et notamment des modes mutualistes de production et de financement. Pour ne pas parler d’une véritable relecture d’Adam Smith afin de saisir la différence essentielle existant entre le libéralisme économique de celui-ci et le néolibéralisme contemporain.

Jean Tirole se veut pragmatique en n’opposant pas Marché et État et en mettant en avant ce qu’il désigne et illustre comme leur nécessaire complémentarité. Toutefois, à de multiples reprises, le lecteur doit comprendre que, à défaut de pouvoir donner libre cours à la concurrence sans provoquer des effets négatifs, l’intervention publique est indispensable. L’utopique libre choix des individus consommateurs comme meilleur régulateur de l’économie apparaît en contradiction avec la mise en évidence de choix des consommateurs néfastes à l’environnement.

Il est de bon ton aujourd’hui pour les économistes d’affirmer être ouverts aux autres disciplines des sciences sociales, même si de fait les apports de celles-ci apparaissent très limités (en l’occurrence ici surtout à la psychologie comportementaliste pour mettre en avant les « biais cognitifs » des individus et les incitations possibles). On peut s’amuser de la réaffirmation incidente de croyances d’économistes toujours ignorants des analyses contemporaines des anthropologues ou des historiens, comme celle (p. 186) de « l’invention de la monnaie » qui aurait « simplifié la mécanique de l’échange ». On peut surtout s’étonner qu’un ouvrage mettant au centre de son analyse les vertus et les limites de la concurrence et affirmant les apports des autres sciences dites « sociales » ignore trois décennies de travaux de sociologues et d’anthropologues consacrés à la « construction sociale des marchés ». Jean Tirole a tout à fait le droit de refuser ce type d’analyse. Mais l’écriture d’un ouvrage destiné à un large public suppose de présenter les multiples facettes des objets traités. Quand emprunts à d’autres disciplines sont faits par l’auteur, ils servent essentiellement à conforter l’autosuffisance de la discipline économie et non à reconnaître les limites et la relativité de ses hypothèses fondatrices.

La démographie par exemple pourrait considérablement enrichir les connaissances des économistes. Comment comparer le coût des collectivités locales en France par rapport à des pays comme l’Allemagne, l’Italie ou le Royaume-Uni sans tenir compte du fait que notre pays a une densité démographique beaucoup plus faible ? On ne peut donc pas se limiter au chiffre global de population. On peut aussi s’étonner de voir privilégier dans les causes d’un taux de chômage en France, supérieur à ceux d’autres pays européens, la durée du travail ou les types de contrats d’emploi en oubliant des contraintes démographiques spécifiques. On comprend que les facteurs indiqués sont surtout choisis en fonction de la préférence pour une fluidité des marchés par la concurrence pour réformer dans le sens d’une quasi disparition des contrats à durée indéterminée et de la capacité d’imposer entreprise par entreprise la durée du travail. On s’étonne toutefois que des comparaisons intra-européennes Jean Tirole n’ait pas tiré quelques leçons de la comparaison des pyramides des âges : un pays qui a une population plus jeune que d’autres voit affluer chaque année un nombre supérieur d’actifs potentiels. La France est aussi un pays qui encourage les mères de famille à continuer à travailler (grâce à des politiques dites « familiales », à l’existence de crèches ou d’aides aux emplois domestiques, à une scolarisation plus précoce des jeunes enfants notamment). Or pour paraphraser une formule célèbre, l’offre, en matière d’emplois comme en d’autres, ne crée pas sa propre demande… Cette comparaison de la France et de l’Allemagne par exemple, vaut aussi pour ce qui est des contraintes de l’Inde et de la Chine. Pour confronter les durées du travail et les coûts salariaux, on ne peut pas se satisfaire de données globales. Les comparaisons valent secteur par secteur et branche par branche. Dans ce cas, la suggestion d’un abaissement du coût de la main d’œuvre perd de sa force. Les causes du chômage apparaissent plus alors dans une insuffisance de l’innovation dans les investissements (donc de la responsabilité des employeurs) que de celles de leurs salariés… Par conséquent les réformes de « libéralisation » du marché du travail ont plus de risques d’encourir les coûts de résistances que de promouvoir une société socialement apaisée.

Jean Tirole, comme nombre de spécialistes d’une discipline, se plait à faire référence de manière, incidente ou générale et sur tel ou tel point précis, à de grands maîtres de son domaine. Parmi ces ancêtres économistes, Adam Smith. Il est le plus souvent cité, à côté de Dupuis, Keynes, Schumpeter et Pigou. Alors que les travaux récents sur lesquels Jean Tirole s’appuie sont cités en note de bas de pages avec une grande précision (… en omettant généralement les controverses et critiques auxquelles ils ont pu donner lieu), ses références anciennes sont dans la plupart des cas non précisées. On peut s’interroger sur la connaissance précise que Jean Tirole en a. Ces auteurs anciens apparaissent davantage comme un décor que comme un outil précis et actif de réflexion. Lorsqu’il affirme : « On ne demandait pas à Adam Smith de faire des prévisions, de rédiger des rapports » (p. 47) Jean Tirole oublie ou ignore [13] qu’Adam Smith a occupé à partir de 1778 et jusqu’à sa mort en 1790 les fonctions de commissaire des douanes en Écosse. Les archives conservent les nombreux rapports très détaillés et argumentés qu’il a rédigés dans cette fonction ; qu’il a certes occupée après la rédaction de La Théorie des sentiments moraux et de La Richesse des Nations. Cet oubli, parmi d’autres, illustre la distance qu’entretiennent un grand nombre d’économistes contemporains avec l’histoire de leur discipline et les soubresauts qu’ont connu de façon incessante ses courants de pensée. Chaque génération, chaque école s’affiche comme surpassant l’autre. Jean Tirole manifeste ainsi une forte croyance à un progrès cumulatif du savoir. Cela rendrait inutile la (re)lecture des « armées mortes ». Or celle-ci permet de redécouvrir des pistes oubliées, de les reformuler pour repenser le temps présent et ses opportunités, ainsi que ses limites. Une amnésie théorique (mais aussi historique) alimente l’idée qu’il n’existe pas d’alternatives aux modes contemporains de fonctionnement des sociétés. Elles seraient donc pour l’essentiel condamnées à confondre le collectif et l’État et à réduire celui-ci à un rôle de promoteur de la concurrence. Il est possible de croire ou de donner à croire que si ce modèle avait efficacement fonctionné le monde aurait échappé à la crise de 2008. Toutefois, cette illusion n’est-elle pas celle de généraux qui préparent les prochaines batailles en repensant les batailles qu’ils viennent de perdre (sans vraiment reconnaître ni les raisons de leur défaite, ni les conjonctures nouvelles) ? Autrement dit n’est-ce pas voir le monde dans un rétroviseur ? Ajoutons que ce rétroviseur offre une perspective à courte vue puisque l’épaisseur historique des sociétés est absente. Jean Tirole affirme que la limitation du contrôle politique sur les décisions économiques par le développement de commissions indépendantes d’experts est un progrès nécessaire à des décisions efficaces et indépendantes d’intérêts particuliers (p. 224-225). Ce qu’illustreraient entre autres l’autonomie des banques centrales ou les instances de contrôle de la concurrence. Les erreurs d’appréciation commises par ces experts sont nombreuses. Citons l’absence d’anticipation de la crise, du vote majoritaire en France contre le traité constitutionnel européen ou pour le Brexit britannique. Les bévues tiennent pour beaucoup aux liens directs et indirects, du fait même de la carrière des experts, avec des groupes d’intérêt dominants. Leur connivence bienveillante avec ceux-ci, pour ne pas dire les relations stipendiées qu’ils entretiennent et surtout leur conformisme idéologique quant à une préférence « pour l’économie de marché » sur toute autre forme d’organisation de la production, des échanges et de leur financement sont évidentes. Si la réponse à la récurrence de la crise n’est ni la concurrence des intérêts privés ni un retour à une administration économique bureaucratique, encore moins la combinaison des deux soumises à l’appréciation des experts, l’exploration d’autres voies est urgente. Parmi celles-ci il y a celle de la mutualisation. Elle est caractérisée par des logiques de solidarités non seulement en matière d’échange et de financement mais aussi de production. Elles sont aussi soumises à un principe de subsidiarité ascendante permettant de répondre démocratiquement aux défis locaux et globaux contemporains. Jean Tirole considère les expériences coopératives et associatives, la gestion tripartite où les usagers sont inclus, comme étant des pratiques accessoires par rapport au monde des entreprises à but lucratif (p. 237). Il affiche une certaine condescendance pour ces expériences et projets (p. 268) qu’il limite d’ailleurs au développement durable sans envisager leur capacité de contribuer à des changements plus essentiels de l’organisation des sociétés. Nous sommes là face non à une démarche scientifique mais à un préjugé puisque l’analyse n’est pas faite de ces dispositifs innovants. La préférence pour l’expertise au détriment de la démocratie, jointe à l’oubli de la sympathie des néolibéraux pour des régimes politiques autoritaires voire fascistes (au nom d’une prétendue efficacité économique), risquent fort de nous précipiter vers des ténèbres pendant quelques décennies. Loin d’une propagation du bien commun que la démocratie doit inclure, les sociétés subiront (ou subiraient alors) soit l’oligarchie planétaire d’experts, soit des tyrannies populistes engendrées par les échecs des précédents, dont Jean Tirole est un éminent représentant.

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[1] Jean Tirole, 2016, Économie du bien commun, Paris, PUF, 629 pages.

[2] Anne–Sophie Lechevallier, « Jean Tirole et le ‘commun’ des mortels », Paris Match, 2 juillet 2016, http://www.parismatch.com/Actu/Economie/Jean-Tirole-et-le-commun-des-mortels-1009855

[3] Antoine Reverchon , Le Monde, 9 mai 2016, http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/05/09/jean-tirole-l-economie-de-la-reconciliation_4915940_3232.html

[4] Charles Jaigu, Le Figaro, 8 mai 2016, http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/05/08/20002-20160508ARTFIG00118-le-nobel-d-economie-descend-dans-l-arene.php.

[5] « Contrat unique : pourquoi la proposition du prix Nobel d’économie Jean Tirole mérite plus qu’un simple débat théorique », 14 mai 2016, http://www.atlantico.fr/decryptage/contrat-travail-unique-pourquoi-proposition-prix-nobel-economie-jean-tirole-merite-plus-attention-qu-simple-debat-theorique-2698113.html

[6] Gérard Le Puill, mardi 7 juin 2016, http://www.humanite.fr/jean-tirole-auxiliaire-decomplexe-des-exploiteurs-608931.

[7] Notamment du fait de l’absence d’une prise en compte de la dimension historique tant pour ce qui est des faits que de la pensée, de l’absence d’une réflexion sur les contradictions entre temps court et temps long, d’une approche fonctionnelle de l’État, d’une pétition de principe sur les changements possibles et nécessaires de mentalités et de l’absence d’une réflexion sur la croissance. Voir Pierre-Yves Cossé, « Jean Tirole. Le moraliste qui veut votre bien », La Tribune, 27 juillet 2016, http://www.latribune.fr/opinions/blogs/generation-deuxieme-gauche/quand-jean-tirole-monopolise-le-bien-commun-587643.html

[8] Julien Damon, « La leçon d’économie de Jean Tirole », Les Échos, 13 mai 2016, http://www.lesechos.fr/idees-debats/livres/021921409286-la-lecon-deconomie-de-jean-tirole-1221638.php . Julien Damon est consultant et professeur associé à Sciences Po Paris (cours sur la pauvreté).

[9] « Les 7 leçons du Nobel Jean Tirole », Challenges, 22 mai 2016, http://www.challenges.fr/economie/20160519.CHA9421/les-7-lecons-d-economie-du-nobel-jean-tirole.html

[10] Le site (de droite) Atlantico a sous-titré son compte-rendu de l’ouvrage, paru le 30 juin 2016, « À l’école, messieurs les politiques… », http://www.atlantico.fr/decryptage/economie-bien-commun-jean-tirole-ecole-messieurs-politiques-editions-puf-jean-pierre-tirouflet-culture-tops-2750092.html

[11] Lire l’analyse critique par Denis Dupré et le pasteur Caspar Visser’t Hooft d’une conférence donnée par Jean Tirole à l’Académie des Sciences morales et politiques le 11 janvier 2016 http://www.huffingtonpost.fr/denis-dupre/incoherences-et-mensonge-jean-tirole_b_9251266.html publié le 18 février 2016.

[12] Voir Paul Jorion, 2015, Penser tout haut l’économie avec Keynes, Paris, Odile Jacob p. 113-124 et les contributions à Les Dossiers d’Alternatives économiques, Réinventer la monnaie, mai 2016.

[13] Espérons que l’idée selon laquelle La Richesse des Nations aurait été rédigée à Toulouse par Adam Smith, comme l’affirme Corinne Lhaïk dans son compte rendu de l’ouvrage de Tirole paru dans L’Expansion le 3 mai 2016, ne lui a pas été soufflée par l’auteur (http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/les-lecons-d-economie-du-nobel-jean-tirole_1788544.html). Adam Smith a visité Toulouse dans son périple européen. Mais quant à y rédiger son célèbre ouvrage…

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34 réflexions sur « L’avenir dans un rétroviseur : Une lecture de l’Économie du bien commun de Jean Tirole, par Jean-Michel Servet »

  1. Très bonne et très complète analyse de la prose de Tirole par Jean-Michel Servet. S’il montre bien les a priori et l’impasse dans laquelle conduit la vision économique classique de Tirole, il la critique, souvent hélas, sur son incapacité à relancer une machine économique grippée et productrice d’inégalités. Mais lui et le détenteur du prix d’économie de la banque de Suède semblent aveugles à ce qui est le centre de « Le dernier qui sort… » de Paul: le caractère suicidaire du productivisme et du technologisme qui, ayant dépassé leur poit d’efficacité optimale, sont aujourdhui contre-productifs et carrément une menace pour la survie de la civilisation thermo-industrielle ayant basculé dans l’excès, A la barbarie sociale que la capitalisme a développé depuis plus de 2 siècles s’ajoute aujourd’hui la destruction des écosystèmes supports de toute société humaine développée.
    Même le convivialisme très critique au départ vient de produire un ouvrage (« Eléments d’une politique convivialiste ») qui rassemble un peu tout et n’importe quoi, au nom de la relance improbable et néfaste d’une croissance non réfléchie. Il reste décidément beaucoup de travail pour élaborer et faire percoler chez ceux qui croient penser, un projet écosocialiste dans lequel l’obsession du toujours plus (de n’importe quoi, pourvu que cela se vende) ne soit plus l’objectif insensé à atteindre.

    1. Qui croit encore en la valeur d’un Prix Nobel?
      En dehors des sciences naturelles où seul l’objectivité fait le prix.

    2. C’est vrai que dans mon compte rendu déjà très long je n’aborde pas cette question du productivisme. Je ne parle pas non plus des rapports de genre… et de pas mal d’autres questions… Toutefois ce silence ne signifie pas que je suis un « productiviste ». J’y parle de « choix des consommateurs néfastes à l’environnement » et de « l’inefficacité à produire les forces d’une nouvelle croissance et à satisfaire les besoins que le système économique lui-même engendre ». Nouvelle croissance… inclut par exemple des circuits courts, des échanges par monnaies locales, de nouvelles énergies, etc. rien à voir donc avec le productivisme et la destruction de la planète.

  2. La comparaison des taux de croissance à l’échelle mondiale (en excluant la Chine et l’Inde)

    Et hop ! 2 milliards 700 millions d’Indiens et Chinois boutés hors du monde statistique. Oui mais pour la bonne cause.

    On se trouve face à un privilège de seigneuriage capté par le secteur financier et une inadéquation du rythme de production de liquidités aux besoins des économies ; d’où l’ignorance par l’auteur de suggestions telles que celles visant à mettre un terme à ce privilège des banques à travers les propositions d’une monnaie pleine, gagée, positive, etc. Ces propositions sont en débat aujourd’hui notamment au Royaume-Uni, en Islande et en Suisse.

    Encore ces vieilles lunes…
    Morgan Ricks,
    Safety First? The Deceptive Allure of Full Reserve Banking
    http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2801757

  3. Un grand merci pour cette longue analyse qui confirme ce que je pensais de J. Tirole et m’évitera de m’enfiler 600 pages en me disant à chaque page, pourquoi perds-je mon temps à lire l’écrit d’une personne, prix Nobel, qui écrit sur des sujets sur lesquels il n’a pas de compétences démontrées.

    Comme j’avais un doute, je suis allé écouté J. Tirole lors d’une allocution à laquelle j’avais été conviée. J’en suis revenu avec l’idée d’un professeur Tournesol, à côté de ses pompes. Et encore, je suis gentil. Il ne comprendra pas pourquoi il prendra des claques alors qu’il est tant estimé par d’autres. Il se consolera en se disant que ceux qui le critiquent sont des imbéciles car ceux qui l’apprécient sont au pouvoir.

    JT me fait penser à ces scientifiques qui sont hyperointus dans leur domaine, et totalement à côté de la plaque ailleurs. Trop spécialisé, ils sont totalement inaptatés sur tout autre sujet, à moins d’avoir de l’empathie. JT me parait plus proche du 2 sur une échelle de l’empathie allant de 1 à 10.

    Conclusion : au suivant, il n’y a pas grand chose à voir pour comprendre notre monde d’aujourd’hui. JT a certainement mené des travaux intéressants, mais ils me m’intéressent pas car sans levier sur nos difficultés actuelles. Si je me trompe, je veux bien revoir mon jugement. Quelqu’un veut-il bien me remettre dans le bon chemin ?

    @Vigneron : OK même pour la grosse blague !

    1. … » Il(=Tirole) se consolera en se disant que ceux qui le critiquent sont des imbéciles car ceux qui l’apprécient sont au pouvoir« …
      Joli et tellement vrai… C’est de vous?

  4. « les propositions d’une monnaie pleine, gagée, positive, etc. Ces propositions sont en débat aujourd’hui notamment au Royaume-Uni, en Islande et en Suisse. »

    Je suis en Islande actuellement. Je pose des questions à gauche et à droite. Il semble qu’il ne se passe plus rien. A chaque fois, « ils » se plaignent des politiques. Le projet de constitution est enterré pour l’instant bien qu’écrit. Par contre, les islandais n’ont pas encore la mémoire courte. Peut-être désenchantés mais prêt à bondir.

    Ces propositions pourraient faire l’objet d’un petit débat. Pour ma part, que du Maurice Allais, mais du bon, sauf, si comme d’hab, je me trompe. Je pense que ces propositions ne vont pas encore assez loin. Tant qu’on aura pas déployé le « intérêt » zéro partout, on retombera dans les crises.

      1. Pas mal. Je vais relire la proposition 4 fois au moins pour la digérer. N’oubliez pas que si elle est efficace, elle sera rejetée.

        J’ai une proposition simplissime : bras de levier 1 pour les fonds d’investissement. Ca fait plus mal car tout le monde comprendra comment les fonds se gavent au dépend des autres et font plonger tout le monde qd ça va mal, les bonus ayant été mis à l’abri.

    1. Le rapport parlementaire islandais pour une monnaie pleine, gagée, etc. est un des mieux faits qui existent sur le sujet. Evidemment on peut imaginer la résistance des banques pour que ce système se mette en place. Il a notamment l’avantage de montrer la diversité des propositions depuis les années 1920, donc bien avant Allais. Certains l’articulent avec la proposition d’un revenu minimum d’existence. Pas d’orthodoxie monétaire dans ce cas…
      Jean Michel Servet

      1. J’ai lu le rapport (parlementaire ?) islandais, il y a deux ans. Il m’avais fait penser à du Maurice Allais car je n’avais pas lu d’autres auteurs avant lui.
        Je ne m’intéresse sérieusement à l’économie que depuis l’année 2008. Auparavant, je me croyais capable de comprendre et j’avoue que j’étais totalement à côté de la plaque.

        Ceux qui prennent du recul se rendent compte rapidement que le système est bâti sur des principes qui génèrent et l’inégalité, et des crises. Il n’est pas étonnant que de nombreuses personnes s’en soient émues et aient fait des propositions.

        Quelles sont, selon vos connaissances, les incontournables ? Merci pour votre réponse.

      2. Yves Vermont me demande
        « Quelles sont, selon vos connaissances, les incontournables ?  »

        je cite un certain nombre de ces auteurs ayant traité de la monnaie pleine, gagée etc dans
        . « Propositions citoyennes de ‘monnaie pleine’. La monnaie comme bien commun », Banque et Stratégie. Cahier de prospective bancaire et financière, N°345, mars 2016, p. 24-28.
        . «  Interdire aux banques commerciales de créer la monnaie », Les Dossiers d’Alternatives économiques, Réinventer la monnaie, mai 2016, p. 48-51.
        Je suis loin de ma documentation mais si mon souvenir est exact le rapport islandais (en anglais) comporte plusieurs pages faisant l’inventaire des différentes propositions des années 1920 jusqu’à nos jours et analysant leurs différences. Le site le mieux documenté est celui de Positive Money au Royaume Uni.

  5. Comme l’écrit l’économiste hétérodoxe André Dorleans, à quoi sert-il d’avoir autant de « grands économistes » si ils disent tous la même chose? M. Tirole est la face convenable d’un système qui ne l’est pas. Faisant partie de ce système, il perd toute légitimité à se présenter comme un expert indépendant maîtrisant une réalité qui nous échappe. Tout comme la masse des « grands journalistes », il défend une politique réactionnaire précise en la naturalisant, car TINA. Les louanges qui lui sont décernées par la presse spécialisée ou pas mettent en lumière les engagements idéologiques et politiques de cette dernière, ce qui n’étonnera personne.

    1. @M Pucciarelli

      Croyez-vous que nous ayons encore besoin d’économistes. Tout a été déjà dit et écrit, des plus grosses c… au meilleur. Le bon sens me parait plus judicieux que tous les papiers et commentaires idiots qui flottent sur le web.

      Voici une remarque d’un niveau qui dépasse l’entendement. Ce raisonnement est inaccessible au commun des mortels (foutage de gueule total, c’est vrai).
      Supposons une économie qui croisse en moyenne de 0%. Supposons que la croissance des revenus se répartissent suivant une gaussienne, ce qui est probablement faut, la réalité étant pire encore. Certains voient leurs revenus croitre, d’autres décroitre. C’est très difficile à démontrer, il y a forcément des intégrales triples, des dérivés, des régressions linéaires, etc, sans parler de E = MC2 et de la dérivée de la relative restreinte. Après deux pages d’équations, j’arrive à une question à laquelle je n’arrive pas à répondre : quels sont ceux dont les revenus croissent, quels sont ceux dont les revenus décroitre ?
      Et je me pose une question auquel je ne vois aucun moyen de répondre, sauf à amplifier le phénomène : la société doit elle corriger le phénomène ?

      Questions à Monsieur Jean Tirole : pourquoi la société vous paye-t-elle un salaire ? Quels sens souhaitez-vous donner à vos travaux, quelle est votre utilité sociale ?

      Pour ma part, je suis Keynésien, je préfèrerais vous payer à ne rien écrire et ne rien faire. La société serait gagnante.

  6. Bon, voici le décor attendu :
    Une économie au service des humains et du vivant dans le respect absolu de leur planète, de ses ressources et de sa capacité à se régénérer.
    Voici maintenant les acteurs humains :
    Des êtres dont beaucoup ne sont pas philosophes, affligés de tares considérables : une tendance forte à l’illimitation, une volonté insatiable de dominer d’autres hommes et femmes, les animaux, la nature, une cécité absolue devant les injustices, l’incapacité à croire ce qu’ils savent, dont le nombre est en augmentation constante, à la recherche d’un perpétuel équilibre en raison des naissances et des décès quotidiens nombreux.
    Dans la société humaine, chacun est en mesure de produire objets et services susceptibles d’intéresser les autres dans un réseau où chacun dispose d’une place qui ne peut être remise en question.
    Comment les êtres humains peuvent-ils s’organiser pour que chacun puisse faire valoir dès sa naissance et où qu’il aille son droit inaliénable et imprescriptible au bonheur ?
    Tirole, pas plus que les autres ne peut rien pour nous, car il n’est capable de se mouvoir que dans un seul cadre, celui de sa seule formation universitaire. Il s’y déplace habilement certes mais il ne découvre jamais que ce qui existe déjà. Il n’a pas d’imagination et prend la complexité pour un progrès. Lui et ses semblables nous font perdre du temps car ils n’ont d’autres projets que la préservation de leur habitat.
    L’homme n’a besoin que de vivre, d’y prendre du plaisir et pour simplifier sa vie, d’une monnaie dont il gardera collectivement la maîtrise.
    Il ne s’agit pas de revenir en arrière mais d’aller enfin de l’avant.

    1. Et que dire dans ces conditions de l’ingénierie procédurale (et interstitielle) des nouveaux dévots de l’économie sociale et solidaire revisitée ?

  7. Jean Tirole, membre de la société des économistes, atterrés, atterrants, orthodoxes, hétérodoxes…membre de l’imposture économique qui veut faire passer cette branche de la sociologie écosystémique pour une science dure.

    Pas un qui ne soit arrivé à penser la surproduction, la surexploitation et qui ne se soit pas rendu compte que la micro économie insérer dans la société ne peut se réduire à cette chimère qu’est la macro économie.

    D’aucun me rétorqueront qu’un Passé a souhaite réintégrer le vivant dans l’économie mais lui aussi reste sur un surtechnologisme.

    Alors Tirol, mieux vaut Ma grand mére.

  8. […..Toutefois sa critique de ce qui serait une économie non fondée sur la concurrence paraît particulièrement sommaire lorsqu’elle se résume dans une formule du type : « Auriez-vous envie de vivre sous le régime politique et économique de la Corée du Nord ou du Cuba ?]….
    Je ne connais pas l’économie de la Corée du Nord, mais il faut admettre qu’une économie administrée (correctement?!) peut avoir quelques avantages: le prix fixé pour un réfrigérateur à Las Tunas est le même que celui pratiqué dans les magasins de La Havane, le carburant est au même prix partout, etc…, l’on ne crée donc pas de désavantage pour ceux qui n’ont pas la chance d’habiter une grande ville ou de se trouver proche d’une raffinerie.
    La concurrence dans le système égoïste où nous vivons, crée des inégalités, c’est le chacun pour soi, mais rassurez-vous, l’être humain étant ce qu’il est, les cubains cherchent aussi à contourner leur système et de tenter de s’enrichir, mais l’état veille encore et saisi tout ce qui s’apparente à un enrichissement illégal (decomisa)

    1. rassurez-vous, l’être humain étant ce qu’il est, les cubains cherchent aussi à contourner leur système et de tenter de s’enrichir

      S’enrichir peut-être pas, juste s’en sortir. A 1 dollar le litre de super pour 20 dollars de salaire mensuel, c’est clair que t’es content de pas avoir de caisse à nourrir.

  9. Pour le moment je n’ai lu que 250 pages du livre de Jean
    Tirole.J’ai néanmoins pris connaissance de l’analyse qu’en
    donne Michel Servet.Cette dernière est tout à fait intéressante par sa dimension critique.J’y reviendrai plus
    tard à l’occasion.
    Cela dit,on peut relever une lacune de Michel Servet,facile à déceler quand on connaît quelque peu les
    travaux de J.J.Laffont et J.Tirole,et qui est apparente même si l’on se limite aux 250 premières pages.Le fait que Tirole,à la suite de JJ Laffont ,met l’accent dans ses
    analyses sur les ASYMETRIES D’INFORMATIONS et par
    ailleurs les INCITATIONS.C’est à l’évidence une démarche utile.Michel Servet a tort de ne pas l’avoir
    souligné.
    Cela dit j’ai pour ma part des critiques FONDAMENTALES à formuler à l’endroit des éléments
    développés par Tirole.Elles ne rejoignent celles de Servet que partiellement.J’en ferai état lorsque j’aurai
    terminé la lecture complète de cette « économie du bien
    commun ».

    1. A propos de la remarque de Guy Deville Bichot sur la nouvelle économie comportementale
      Elle a fait l’objet du rapport 2015 de la Banque mondiale sur les développement et travaillant sur l’inclusion financière je suis particulièrement critique sur les applications et les tests auxquels ce type d’approche donne lieu (voir l’ouvrage d’Isabelle Guérin paru en 2015 contre Duflo and co)
      Ma critique a été d’abord sur ce blog
      2015 « A la World Bank tout doit changer pour que … tout reste pareil », à propos du rapport 2015 de la Banque mondiale sur le Développement dans le monde intitulé « Pensée, société et comportement ».
      ttp://www.pauljorion.com/blog/2015/09/04/a-la-world-bank-tout-doit-changer-pour-que-tout-reste-pareil-par-jean-michel-servet/

      puis sur deux articles dans le site Veblen où j’ai développé

      . 2015 « L’économisme rampant de la « nouvelle » Banque mondiale, Une lecture critique du Rapport sur le développement 2015 de la Banque Mondiale » », Site de l’Institut Veblen, 15 novembre 2015,
      http://www.veblen-institute.org/L-economisme-rampant-de-la?lang=fr.
      : nouveaux enjeux, nouvelles perspectives », Juillet 2015, Lyon, France https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01169131
      .2015 “L’économisme rampant des études comportementalistes (2) : usages de l’épargne et de la monnaie”, Site de l’Institut Veblen, 17 décembre 2015,
      http://www.veblen-institute.org/L-economisme-rampant-des-etudes?lang=fr.

      Ces écrits sont la raison de mon silence pour un compte rendu de Tirole déjà bien long. Une revue de gestion m’a demandé de reprendre mon compte rendu de Tirole. Je ferai un note. Merci

  10. Bien merci à Michel Servet pour ces 2 articles dans les
    publications de l’Institut T. VEBLEN.

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