LE TEMPS QU’IL FAIT LE 29 JUILLET 2016 – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 29 juillet 2016. Merci à Cyril Touboulic !

Bonjour, nous sommes le vendredi 29 juillet 2016, et pour la première fois dans l’histoire de ces vidéos qui couvrent maintenant, c’est quoi, sept années ? j’ai retardé délibérément le moment où j’allais la faire. Et pourquoi ? Ce n’est pas que je ne savais pas de quoi je voudrais parler, mais j’ai réfléchi à la manière de le faire – ça ne veut pas encore dire que je le ferai de la bonne manière. Mais pourquoi ? Eh bien, ce n’est pas que toute vérité n’est pas bonne à dire mais qu’il y a un timing, il y a parfois un timing dans l’ordre dans lequel on… oui, ce n’est pas la question du moment mais c’est l’ordre dans lequel les dire, voilà.

Il y a eu cet assassinant affreux à Rouen. Il y a, on nous dit, voilà ce qu’on nous dit maintenant, on nous dit, voilà : « Eh bien, il y a toujours eu des fous furieux, et puis ces fous furieux, eh bien, maintenant, ils ont un discours dans lequel enrober ce qu’ils disent. Et voilà, eh bien, aujourd’hui, c’est le djihadisme, une autre fois ça sera une autre chose. » Oui, mais enfin bon, des fous furieux, il faut bien dire qu’il y en a en permanence mais voilà, ils ne tuent pas des gens systématiquement au Bataclan, ils ne tuent pas des dessinateurs caricaturistes de dessins politiques que nous aimons bien, comme Cabu, Wolinski, ils ne tuent pas des économistes comme Bernard Maris, ils ne tuent pas des agents de police ou des gens qui travaillent pour la police chez eux en les attendant, ils ne tuent pas des enfants devant des écoles, ils ne tuent pas des gens qui vont au musée de l’Holocauste – je pourrais continuer –, des gens qui vont dans un magasin parce que c’est un magasin qui est casher, et ainsi de suite, non. Il y a une… je ne veux pas employer ce mot « guerre » parce qu’on emploie ce mot « guerre », et du coup, voilà, du coup on va mettre l’artillerie lourde, c’est de l’ordre de la guérilla quand ça se passe chez nous, mais ça a un lien avec quelque chose.

Quand j’ai vu hier cet article de Abdennour Bidar, j’ai tout de suite attiré l’attention des amis du blog de Paul Jorion dessus en disant : « Est-ce qu’il y a quelqu’un qui veut commenter ça ? », et Roberto Boulant l’a fait (il l’a fait très bien). Ce que dit Abdennour Bidar, il nous dit : « Il faut passer à autre chose, il faut passer à la fraternité », moi, je suis tout à fait d’accord. C’est le mot qui m’est venu quand on m’a fait des propositions de dialogue il y a quelques années avec le Front National, j’ai dit : « Bon, eh bien, d’abord la fraternité à l’avant-plan et puis on parlera de la suite, du reste », et on a dit : « Ah non, désolé, pas tout de suite, ah oui, pas tout de suite, non », si ! c’est tout de suite ! il faut commencer par ça ! C’est ça, la difficulté.

Alors, la question qui se pose, c’est, et voilà, c’est pour ça que je veux les choses dans le bon ordre : si on veut parler de fraternité, est-ce qu’on peut le faire dans le cadre de toutes les religions, ou bien est-ce qu’il y en a qui s’y prêtent mieux que d’autres ? Voilà, et puis la deuxième question, qui est la plus importante et c’est le cadre même dans lequel il faut poser les choses : est-ce que le cadre même d’une religion s’y prête ? Bon, je traite les deux questions dans l’ordre – rapidement, hein, rapidement [rires]. Le message de fraternité et le message d’amour, ils sont mieux dits dans certaines religions que dans d’autres – bon, ça, c’est l’ethnologue qui vous parle, c’est la personne qui a eu des cours, voilà, ça fait partie de son cursus d’anthropologue, qui a eu des cours sur le christianisme donnés par des grands spécialistes, des cours sur l’islam donnés par des grands spécialistes. Le message d’amour et de fraternité n’est pas central, il faut bien le dire, et ça, je vous le dis là maintenant, il n’est pas central à l’islam comme il est au christianisme. Moi, personnellement, si je devais choisir avec un revolver sur la tempe entre l’islam et le christianisme, je choisirais le christianisme, voilà.

Est-ce que je choisis le christianisme ? Non, parce que je n’ai pas le revolver sur la tempe et que je peux faire un choix qui est un autre : c’est de faire le pas en arrière et de ne pas me situer dans le cadre d’une religion. Ça ne veut pas dire, et vous le voyez bien dans ce que j’explique, qu’il ne faut pas s’intéresser au personnage de Jésus-Christ, qu’il ne faut pas s’intéresser au personnage de Saint Paul, ce n’est pas ça que je dis. Mais, dans le cadre dans lequel on se situe, et qui est celui des grandes religions monothéistes, ce sont des cadres où, et ça c’est la manière dont, moi, je vois les choses, où les prêtres qui ont eu parlé de ça, ne l’ont pas fait de la bonne manière. D’une certaine manière, je dirais que les prêtres parlent mal des messages intéressants qui ont été dits à l’intérieur de leur religion. Et je ne dois pas chercher très loin ce que je viens de dire : il y a ce cardinal, il y a un cardinal, en France, qui, dans une cérémonie, dans une grande cathédrale – les cathédrales, c’est quelque chose, hein, quand même –… alors qu’il devait parler de l’assassinat horrible de ce prêtre – bon, il y a des prêtres antipathiques et des prêtres sympathiques, et là vraiment celui qui a été tué de manière ignominieuse l’autre jour était plutôt, évidemment, du côté des sympathiques –, qu’est-ce que ce cardinal a fait ? Il est allé parler, comme si c’était la priorité, comme s’il y avait urgence, il est allé parler des homosexuels, et dire qu’il ne les aimait pas.

Voilà, ça : ce monsieur, monsieur le cardinal, vous faites la preuve, hein, vous avez quand même fait la preuve que les prêtres parlent mal des religions dont ils devraient s’occuper et qui ont apporté des messages qui sont, je dirais, d’une toute autre qualité que les imbécillités que vous nous sortez ce jour-là, voilà.

Alors, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de grands prêtres, hein. J’ai dit hier dans une petite chose que j’ai écrite hier soir pour quand j’ai lancé mon appel pour le mois de juillet : le seul chef d’État que nous avons en ce moment et qui se conduit de manière, je dirais, de manière admirable, mais enfin bon, il fait simplement ce qu’un chef d’État devrait faire : il sépare les problèmes, il dit : « Voilà ce à quoi il faudrait s’attacher en urgence », et c’est le seul chef d’État que nous avons là devant nous, c’est le pape François 1er. Bon, là aussi, il faut [appeler] les choses par leur nom.

Alors, on me dit : « Eh bien, vous parlez d’une manière pas claire des religions : vous êtes à la fois pour et contre, etc. », non ! J’essaye de faire ce que je viens de dire : porter un regard critique, séparer les problèmes, en parler d’une manière systématique.

Alors, je termine, parce qu’il faut que vous lisiez ce message d’Abdennour Bidar. Il fait ce qu’il faut faire, il dit ce qu’il faut dire. Roberto Boulant dit ce qu’il faut dire au sujet de ce que dit Abdennour Bidar. Il y a des messages d’amour dans les religions et ceux-là, voilà, il faut les mettre en avant (les messages de solidarité), les autres, ce n’est pas intéressant. Et comme je viens de le dire : le cadre des religions avec leurs prêtres n’est pas nécessairement le cadre qui convient le mieux à ces messages d’amour et il vaut mieux que ce soit nous qui en parlions entre nous, comme ça, en dehors de ce cadre-là. S’il y a des gens à l’intérieur de ce cadre qui font les choses comme il faudrait le faire, comme je viens de le dire du pape François 1er, eh bien, il faut le souligner aussi.

La tâche devant nous, là, dans les jours qui viennent, dans les semaines qui viennent, vous le voyez bien : ça ira beaucoup plus mal avant que ça n’aille beaucoup mieux, va falloir s’accrocher. C’est à nous tous de le faire en tendant la main vers tous ceux qui peuvent aider et en se méfiant comme de la peste de ceux qui font le contraire de ce qu’il faudrait, et malheureusement, ces jours derniers, un cardinal parmi ceux qui font le pire de ce qu’il faudrait faire.

Voilà, je n’ai pas grand chose à dire [de plus]. Comme vous l’avez vu, je marche sur des œufs [rires] et c’est pour ça que j’ai voulu un peu répéter dans ma tête pendant une heure ou deux ce que j’allais dire. Je ne sais pas si je l’ai fait de la manière idéale, mais enfin voilà.

Je crains que les jours devant nous soient des jours où le pire sans doute dans ce qu’il y a de l’humain risque de prendre le pas sur le meilleur. Parlons-en, on en parle sur le blog, il faut aller de l’avant, il faut se protéger contre ce qui pourrait advenir, il faut éviter les « knee-jerks », comme on dit en anglais (les « actes-réflexes »). C’est surtout un moment où il faut réfléchir à ce qu’on dit, à ce qu’on fait parce que le pire du genre humain est là, déchaîné dans nos rues.

Voilà, allez, à bientôt.

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